⊔ et ESS

Quels sont les relations entre la monnaie ⊔ et l’Économie Sociale et Solidaire ?

Aujourd’hui, Il est naturel de penser que l’introduction d’une nouvelle monnaie puisse servir l’ESS. Or le se présente avant tout comme un outil démocratique, donc plus en amont des objectifs de l’ESS, dont il respecte pourtant les principes.

La première caractéristique à noter est que le n’est pas une monnaie alternative aux monnaies nationales et encore moins une monnaie régionale ou locale. A l’image de l’Internet, le est mondial, totalement global, donc pouvant potentiellement établir un échange marchand entre deux personnes quelconque sur Terre. Quand l’ESS favorise des circuits courts, échanges physiques et commerces locaux en contraignant/taxant les échanges plus distants, le  au contraire ne fait aucun cas de la distance entre agents d’un même échange. Il suffit que chacun ait un jeu de clés cryptographique (clé publique et clé privé) et que le compte à débiter soit créditeur dans la limite du découvert autorisé pour qu’une transaction puisse s’établir.

La monnaie est limitée exclusivement aux biens immatériels (accessible sur l’Internet) quand les autres monnaies sont surtout dévouées aux biens matériels. Cette caractéristique fait que par construction, la spéculation n’est pas possible, pour deux raisons, sans faire appel à un sens moral ou à une éthique particulière.

  • On ne peut pas échanger de la monnaie directement, seules les opérations de vente et d’achat de bien immatériels (en ) sont autorisées. Si la valeur affichée en d’un bien immatériel (œuvre artistique) est visiblement sous-estimée ou sur-estimée, alors elle cache probablement un échange parallèle d’un bien matériel ou d’une monnaie nationale, ce pour échapper à certaines taxes. Ce type de transaction est facilement repérable sur le réseau.
  • La conversion de dans une monnaie nationale ou inversement obéit à des règles et passe obligatoirement par des organismes financiers (banque classique ou banque spécialisée qui devrait apparaître sur l’Internet) qui ont l’habilitation de leur banque centrale et qui applique un taux de change connu et le plus stable possible (un algorithme de type amortisseur détermine le taux de change journalier avec les autres monnaies). Ces organismes bancaire sont aussi chargés de prélever une taxe à l’achat et à la vente, pour le compte de(s) État(s) impliqués dans la transaction, mais ne touchent aucune commission. Ainsi la spéculation entre monnaies n’a aucun intérêt à utiliser le  comme intermédiaire.

Il est tacitement reconnu que la contrepartie du soutient de l’ESS aux petites structures sans but lucratif affiché est une taxation nulle ou faible. L’insertion sociale par le travail est facilitée, voire aidée publiquement tant qu’elle ne fait pas la richesse trop flagrante d’une minorité de dirigeants. Le est lui un instrument de prélèvement de taxes sur les créations artistiques dématérialisées, donc au service de l’État, et répondant à une problématique actuelle de fiscalisation du Numérique.

Le n’a pas pour objectif premier d’embaucher des personnes. La gestion et la sécurité est assurée par des protocoles et applications sur l’Internet, donc automatiquement et sans donner de statut privilégié à une quelconque personne ou groupe de personne. En revanche, le favorise la rémunération des créateurs sans exiger un statut d’artiste professionnel. Ainsi des personnes douées dans leur art peuvent vendre leurs œuvres et en tirer un bénéfice tout en exerçant une autre activité non artistique. L’effort, le don et la renommée sont récompensés. Le n’est pas sensible à l’arbitraire de sociétés de perception ou de tout autre mécanisme de type licence globale, défavorisant les découvertes et artistes originaux. Chaque artiste a l’entière liberté de fixer le prix et le revenu escompté de son œuvre.

Le est un outil démocratique pour plusieurs raisons:

  • Justice; contrairement aux biens matériels qui ne peuvent se passer d’intermédiaires (pour le transport par exemple) et donc sont la cible de spéculateurs car contrairement au modèle idéal de l’offre et de la demande, l’économie réelle est très largement influencée par l’opacité de l’information. Celui qui possède l’information ou quantité plus importante que les autres peut anticiper et donc spéculer. Ce n’est bien souvent pas le créateur initial du bien, ni le consommateur final qui en profite. Avec les biens immatériels, les intermédiaires sont volontairement évincés (remplacé par l’Internet). Certains qui avaient une réelle contribution artistique se retrouve comme co-auteurs de l’œuvre, mais globalement, la valeur économique crée est uniquement partagée entre les auteurs et les consommateurs. L’exclusion des parasites est en quelque sorte un principe de justice.
  • Liberté; non seulement l’auteur ou les auteurs sont libres de fixer le prix et le revenu escompté de leur œuvre, mais ils ne subissent aucune contraintes. Prenons le cas de l’édition (actuellement en version papier), pour avoir une chance d’obtenir un prix, par exemple le Goncourt, les romanciers savent qu’il est préférable de signer (et abandonner leurs droits!) avec telle ou telle maison d »édition, même si cette dernière n’apporte aucune contribution artistique dans l’e-book. L’arrivée du Numérique libère de l’emprise, voire du chantage de certains intermédiaires. Bien que les moteurs de recherches et les distributeurs de contenu (nœud du réseau net) puissent éventuellement modifier l’ordre des résultats des requêtes pour favoriser certains artistes ou-bien insérer de la publicité de clients, la magie de l’Internet avec des applications complètement distribuées, en P2P, met potentiellement à la même distance en nombres de clics une œuvre d’un riche artiste de renommée planétaire et celle d’un amateur inconnu. Le véritable talent, l’originalité et l’innovation peuvent ainsi se révéler par l’Internet. Certains sites peuvent même se spécialiser dans la recherche de nouveaux talents.
  • Égalité; un principe de est que chaque acheteur paye à tout moment exactement le même montant pour le même bien. Comme chacun ne procède pas à l’achat au même moment et que le prix décroit obligatoirement, un mécanisme de remboursement des précédents acheteurs vient maintenir une égalité parfaite (Voir le papier « Économie des biens immatériels » sur HAL pour l’explication mathématique).
  • Transparence; Le revenu cumulé des auteurs d’un bien immatériel est connu de tous à tout instant, ce qui permet à chacun d’apprécier et d’appliquer la loi de l’offre et de la demande dans de bien meilleures conditions qu’avec le système classique (ITunes par exemple).
  • Solidarité; Le système contraint tout auteur à définir avant la première vente la borne supérieure du revenu cumulé qu’il escompte pour cette œuvre. Cette concession sur un revenu potentiellement infini (cas de milliardaires vendant toujours leur œuvre populaire au prix fort) est un geste de solidarité vis à vis des consommateurs, qui bénéficient de la popularité en payant le bien de moins en moins cher. A l’extrême, un bien immatériel très populaire devient gratuit pour tous, donc considéré comme dans le domaine public, tout en ayant rémunéré l’auteur à hauteur de ses prétentions. Contrairement à des systèmes de licence globale qui force la solidarité des artistes entre eux, créant de fortes injustices, la solidarité du  s’établit entre vendeur(s) et acheteur(s) d’une même œuvre, indépendamment des autres créateurs.  Le mécanisme de signature numérique permet une dédicace personnalisée de chaque bien acheté, rendant possible un éventuel contact privilégié – et contrôlé par l’auteur pour ne pas abuser de son temps – avec ses consommateurs. Enfin la solidarité s’exprime aussi par le simple fait de prélever une taxe, servant à la collectivité selon les choix du gouvernement en place.
  • Moralité; l’identité numérique requise par ⊔ oblige à une authentification forte de personnes physiques, donc le ⊔ ne peut pas être utilisé par une entreprise, dite « personne morale », qui est tout sauf morale (voir le film de D. Moore « The Corporation » sur ce sujet). L’activité de création est obligatoirement personnelle (ou un groupe restreint de personnes) et les organisations elle mêmes ne produisent jamais d’œuvre d’art. De même la consommation de biens culturel alimente une satisfaction, un plaisir dans un moment de loisir de personnes physiques et donc n’est pas utile à l’entité juridique de l’entreprise.
  • Ubiquité; comme il est expliqué sur la page « bien immatériel » de Wikipedia, un bien immatériel acheté doit être disponible à son acheteur (uniquement à lui!) toute sa vie, en tout lieux et sur tout équipement, même temporairement, et même s’il n’est pas propriétaire du matériel de lecture. On parle aussi de « mobiquité ».

De son coté l’ESS est de plus en plus la cible de stratégie marketing pour améliorer la communication des entreprises et véhiculer certains valeurs qui influence les choix des consommateurs et partage les marchés. Ainsi, les groupes pétroliers sont les champions des investisseurs en énergie renouvelable, les groupes bancaires sont tous devenus éthiques, les moteurs à combustion arborent une feuille verte toute écologique, les produits bios font recette même chez les grands distributeurs et le commerce équitable s’offre une niche à bobos en mal de culpabilité. Le ne résoud pas ces problèmes et reste étranger aux difficultés de moraliser le commerce des biens matériels, objectif de l’ESS, mais il n’est totalement concerné quand certains intermédiaires essaient de faire croire aux citoyens que les même règles s’appliquent aux biens matériels et aux biens immatériels. Par exemple, nous dénonçons vigoureusement la tentative d’Amazon d’installer un mécanisme de location d’e-book en plus de la vente et associant sans l’avouer un DRM.  De même, le projet français MO3T avance l’objectif de satisfaire le consommateur de biens culturels en préservant ses repères de commerce de livres papier (achat, location, prêt, revente, héritage,…), mais il cherche en réalité à faire perdurer la suprématie des éditeurs, introduire de nouveaux acteurs comme les opérateurs de téléphone, contre l’intérêt des lecteurs et des auteurs. Si ces projets venaient à s’imposer, cela ne ferait que conforter une partie croissante de la population à  télécharger librement les œuvres sur l’Internet, ajoutant de nouveaux artistes victimes de l’appétit des intermédiaires avant d’être celle de l’illégalité des internautes.

Une constante de l’ESS est de soutenir des petits projets, de petites structures et pour des montants modestes si bien que toute PME peut trouver des arguments pour s’inscrire dans le cadre de l’ESS. La ⊔Foundation, respecte naturellement et pleinement ces critères, mais elle a besoin du soutient de la puissance publique sur deux plans:

  • Des laboratoires de recherche en sécurité réseau, cryptographie, droit, économie font participer des chercheurs à des programmes de protection et de sécurité du réseau ⊔net.
  • Le réseau bancaire et les banques centrales doivent valider les principes utilisés par ⊔, respecter les taux de change, ne prélever aucune commission et récolter une taxe, ce qui implique des adaptations des textes législatifs dans chaque pays.

Comme le protocole et applications de gestion des ⊔/biens immatériels sont en P2P, il n’y a pas d’investissement particulier à faire en serveurs surpuissants, les machines de l’Internet et son réseau procurent les ressources matérielles nécessaires.

Il serait tentant d’autoriser la publicité pendant la consultation d’œuvres mais nous considérons que c’est une pollution et une violation de l’intimité du consommateur  de biens culturels et un obstacle à l’abandon du téléchargement dit illégal (les œuvres téléchargées n’ont évidemment pas de publicité). Pour cela, nous autorisons seulement un encart publicitaire sur les factures et relevés de compte au format PDF, consultés pour la gestion du budget en ⊔, hors des moments libres dédiés à profiter pleinement d’une œuvre d’art et/ou communiquer avec l’artiste.

En conclusion, l’ESS ne peut que soutenir la démarche du ⊔ qui au retour ne peut pas dévoyer l’ESS comme ce peut être le cas pour des marchés de biens matériels.

Un autre article sera bientôt disponible sur la comparaison de avec le Bitcoin et avec le Ripple.

Plus d’info : ⊔Foundation

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