UNIX cp & ls

Unix est né il y a plus de 40 ans, …une éternité à l’échelle de l’histoire de l’informatique !

Nous savons que de nombreux systèmes d’exploitation s’en sont inspirés, dont Linux, macOSx,..Or deux des commandes UNIX les plus simples et les plus connues sont:

  • cp‘ pour copier un ou plusieurs noeuds (fichiers, répertoires) à un endroit différent de l’arborescence,
  • ln‘ pour créer seulement un lien symbolique avec le noeud original (‘ln -s’ plus exactement).

cp coupe le lien avec l’original, réservant une nouvelle place mémoire, de telle façon qu’une modification de l’original n’est jamais répercutée sur le noeud copié. Au contraire, ln maintient le lien avec l’original, donc un lien avec son auteur. Il ne consomme que très peu de mémoire supplémentaire et surtout suit toutes les évolutions du noeud original.

Maintenant analysons l’équivalent des commandes ‘cp’ et ‘ln’ dans le contexte de l’Internet, c’est à dire un réseau de réseau sur lequel des créateurs (internautes) de biens immatériels entendent vendre leurs créations à des internautes. Il ne s’agit pas de présenter les version « remote » ou « secure » de ces commandes mais d’y relever une similitude avec les enjeux de copies débattus par les acteurs de l’Internet, en particulier comparer la vision de l’Informaticien et celle du juriste.
Nous avons été habitués depuis de nombreuses années à copier manuellement des fichiers sur un PC, puis sur le réseau, mais convenons que cette tâche produit parfois de très mauvais résultats; certains fichiers sont copiés en milliers d’exemplaires déconnectés (penser aux fichiers attachés dans un email au sein d’une entreprise), ce qui n’empêche pas de perdre certains fichiers importants malgré des procédures de sauvegardes peu transparentes.
Or avec la généralisation des systèmes de gestion de configuration (svn, git, hg,..) et du « cloud computing », la copie devient automatique et permet de gérer de façon plus optimale la redondance des fichiers en fonction de leur utilisation, de leur besoin de disponibilité en ligne ou hors ligne. Ainsi, sans action explicite de l’utilisateur, un fichier n’est jamais perdu, mais le plus important est que l’utilisateur est libéré de la contrainte imposée par les machines de penser à effectuer des copies de fichiers dans tous les sens. L’utilisateur désire profiter du contenu des fichiers, mais il n’a jamais demandé ni trouvé un intérêt particulier à gérer manuellement le stockage de ces fichiers. Cette requête de se libérer de la copie est un droit appelé droit de mobiquité.
Nous avançons que tant que la mobiquité n’est pas assurée, il n’est simplement pas juste de vendre un bien immatériel. L’accès gratuit (dit aujourd’hui ‘illégal’) au bien doit être considéré comme une tolérance qui compense l’exigence de travail demandé à l’utilisateur en l’obligeant à copier le fichier sur ses divers appareils numériques. En revanche, quand la mobiquité peut être assurée, même en mode déconnecté (cela implique l’absence de DRM), alors l’exigence d’un paiement du bien immatériel est légitime à condition que les consommateurs payent directement à l’auteur, ou aux auteurs originaux, impliquant aussi une totale dé-intermédiation.
Il faut comprendre que le Net peut proposer maintenant un équivalent de la commande ‘ln’ pour pouvoir utiliser un fichier n’importe où, n’importe quand, sur n’importe quel appareil et par n’importe qui à la condition d’en respecter les conditions de vente et de garder le lien avec l’auteur original. On a longtemps cru que seule la commande ‘cp’ n’existait au niveau de l’Internet, et certains veulent faire de la copie un droit pour l’internaute, sans y voir une servitude.
Cette incompréhension est alimentée par des intermédiaires qui veulent justifier leur existence et ont utilisé l’absence d’offre pour s’imposer.
Garder le lien avec l’auteur n’implique absolument pas de passer par un intermédiaire, bien au contraire. Constatons par exemple que dans le domaine de l’édition, certains auteurs sont prêt à s’auto-éditer, et butant sur la simple difficulté de capter les revenus des consommateurs, ils en viennent à faire appel à Amazon, qui prend 30% des transactions. Il est clair qu’une solution de paiement numérique entres particuliers, comme pingpongcash.net les libèrerait d’Amazon mais aussi de Visa/Mastercard/Paypal.
C’est donc un ‘ln’ libre et accessible à tous qui doit être défendu et non une revendication à faire du ‘cp’.
Attention, des intermédiaires peuvent arguer d’un objectif similaire en faisant la promotion de la vente à l’usage, à la demande, en streaming, mais outre qu’ils deviennent indispensables, ils enferment les internautes dans des systèmes contrôlés par des DRM et imposent une forte publicité à l’internaute. Nous nous opposons fermement à cette approche et considérons que la location de biens immatériels est un non-sens. A partir du moment où un individu a acheté un bien immatériel, il doit en disposer à vie, sans publicité ni DRM. Jamais il ne doit repayer pour revoir un film acheté 10 ans auparavant. En revanche, tout autre personne, même un proche, membre de sa famille devra s’acquitter du prix de vente pour profiter du bien, lui aussi à vie. Il faut comprendre que dans le monde numérique, qui se moque de la proximité physique, il serait difficile de définir juridiquement une notion de cercle de proches qui permettrait de partager un bien immatériel par exception. Au contraire, dans le modèle économique de la monnaie « cup », le partage est complètement réalisé par l’acte d’achat et de remboursement automatique des précédents acheteurs, de telle manière que chaque consommateur ait payé à tout instant le même prix tandis que l’auteur reçoit un revenu croissant, mais borné. Pour que le modèle fonctionne et que les auteurs soient rémunérés, il est impératif que l’identité des internaute soit respectée et qu’il n’y ait pas de porosité entre individus. Les biens achetés forment une mémoire, véritable identité numérique de chacun, reflétant ses choix et ses goûts personnels. Partager des biens immatériels culturels ne veut pas dire pour un groupe de personne de choisir le même pseudo et le même mot de passe sur l’Internet.
Or on observe un combat juridique entre les partenaires de l’application stricte du droit d’auteur d’un coté et les mouvements « opendata/commons » qui veulent légaliser l’acte le copie numérique, nous avançons que c’est un problème transitoire, du au manque de maturité du Net, mais que très rapidement, à mesure que la mobiquité pourra être assurée, la bataille devra se faire contre les intermédiaires qui n’apporte absolument rien en terme de création artistique de biens immatériels.
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