i-vol

De retour de vacances, et après lecture du dernier post de Calimaq, un blog à recommander chaleureusement, j’aimerai re-préciser ma position sur le financement des biens immatériels culturels et se faisant tordre le cou à quelques idées sur le Piratage et les offres dites légales.

Comme vous le savez, je ne suis pas juriste et j’ai donc une interprétation du Droit purement naïve, débarrassée des évènements de l’Histoire, ce qui dans le cas précis des biens charriés par l’Internet, me semble être une position raisonnable. En effet, comment peut-on vouloir appliquer un corpus de lois (Droit d’Auteur, Copyright, ayants droits,…) datant de 19ème ou 20ème siècle sur l’Internet qui n’en est encore qu’à son enfance !

Si on considère que le « vol » a pour définition l’usurpation ou la privation d’un bien appartenant à autrui, il est clair pour tous les biens immatériels, il n’y a jamais et il ne pourra jamais y avoir « vol » car le producteur n’est jamais dépossédé de son bien. Donc les discours et vidéos à la HADOPI sont tout simplement faux/illégaux.

Maintenant, on peut vouloir définir une notion de « vol » appliquée seulement aux biens immatériels d’Internet, appelons cette notion: i-vol. Imaginons un artiste qui travaille dur et longtemps  pour produire un bien immatériel (un e-book, un album de musique, un film, un plan d’un objet 3D,…). Il parait légitime que le créateur touche un revenu pour cette oeuvre, et le montant doit être fonction du temps de travail consacré et du génie du créateur. Ce dernier peut toucher un revenu de base inconditionnel, comme tout citoyen afin de subvenir aux besoins vitaux, mais une société doit pouvoir offrir un petit plus à ses membres artistes, ne serait ce que par reconnaissance de leur talent.

Pour bien comprendre les situations à identifier pour l’i-vol, il est nécessaire de comprendre deux faits importants :

  • Les créateurs d’oeuvres culturelles doivent jouir d’une totale liberté de création afin d’être seulement jugés par la satisfaction procurée au public (les consommateurs de ces biens). Contrairement à la science pour laquelle on peut définir des critères de jugement et d’évaluation par les pairs et donc « fonctionnariser » facilement les chercheurs, il est généralement contre productif pour un état de déclarer tel artiste « professionnel » d’un côté et de ne pas aider tel autre « amateur »…sur des critères contestables, car l’originalité et l’impertinence artistique ne sont pas ou sont mal récompensées…or l’artiste est justement là pour surprendre le peuple.
  • L’internet est un réseau qui permet de mettre en relation directe, un lien entre un artiste, ses créations (nous parlons ici de biens immatériels)  avec un ensemble de consommateurs, Internautes. Le mot important ici est lien, qui est différent de « copie » car justement la copie simple coupe le lien entre le producteur et le consommateur. Cela implique qu’il n’y a besoin d’aucun intermédiaire. Si un artiste a besoin d’un tiers pour l’aider ou d’un éditeur, producteur ou autre pour jouer les « psy », cela le regarde mais il est toujours possible de classer ces intermédiaires du monde matériel en co-artiste ou en externe dans le monde immatériel. Qu’on soit clair sur ce  point, ajouter des intermédiaires serait équivalent à créer des péages tous les dix km sur autoroute sous prétexte que cela crée des emplois de caissier.

Puisque  l’Etat ne peut pas totalement subvenir aux revenus des artistes de biens immatériels (nous militons bien entendu pour un revenu de base inconditionnel), alors on pense que seul le marché « capitaliste », peut résoudre ce problème. C’est vrai à la condition première qu’on applique pas les lois des biens matériels sur des biens immatériels et donc qu’on respecte les caractéristiques de l’acte d’achat/vente d’un tel bien. Voir la page Wikipedia pour comprendre tous les différences et en particulier la relation n-n à la place d’une relation 1-1 connue depuis l’antiquité. Remarquons que les conditions de transparence et d’accès à l’information pour que le mécanisme d’offre/demande se réalise est plus proche de l’idéal théorique dans le cas de biens immatériel que dans le cas de biens matériels, car le marché n’est pas localisé et donc il y a aucun avantage à être à un emplacement précis sur Terre.

L’i-vol est simplement le non-respect d’une transaction normale et juste portant sur un bien immatériel; une i-oeuvre.

Le revenu cumulé tiré de la vente d’un bien immatériel est croissant et borné entre une valeur initiale et une limite choisie initialement et tous les acheteurs payent à tout instant le même prix, décroissant vers zéro, valeur indiquant que le bien est passé dans le domaine public.

Plus exactement, il y situation d’i-vol quand:

  • des intermédiaires existent et plus encore se rémunèrent sur le dos des artistes. Ils crieront qu’ils apportent un service, c’est faut, Internet EST le seul et l’unique service et ces intermédiaires n’en sont pas propriétaires. Ils touchent juste une rente de situation temporaire profitant du manque de maturité d’Internet. Or toute amélioration de l’Internet doit être Open-Source et gratuite d’utilisation.
  • un consommateur ou un tiers (souvent un intermédiaire) rompt le lien initial entre les utilisateurs et l’auteur. C’est par exemple l’acte de copie gratuite brute d’une oeuvre alors que l’auteur attend un revenu, mais c’est aussi le cas du producteur ou de l’éditeur qui empêchent de rémunérer directement le ou les auteurs et ponctionne une commission même minime.
  • la transaction n’est pas transparente, c’est à dire que le prix unitaire et le nombre d’acheteurs ne sont pas connus de tous en temps réel.
  • la transaction est inéquitable c’est à dire que le revenu de l’auteur est disproportionné et que le prix unitaire est trop élevé ou bien encore que chaque acheteur ne paye pas au même instant le même prix pour la même oeuvre. Dans l’autre sens, l’auteur qui touche pas ou peu de revenu est victime d’ i-vol si son oeuvre est populaire.

En fin de compte, il y a i-vol dans une transaction dès l’instant que le principe énoncé par CupFoundation n’est pas respecté.

Après, on peut se poser la question « méta-légale » de savoir si voler un voleur est-il un vol ? Appliqué à un exemple concret, quand un internaute (un Pirate) choisi de télécharger un film en utilisant le protocole Bittorrent au lieu d’acheter ce même film sur Amazon ou sur ITuneStore, il comet effectivement un i-vol, mais l’intermédiaire Apple en commet aussi un.

Franchement, j’aimerais que l’on m’explique en quoi l’un des actes précèdent est plus répréhensible que le second. Bien entendu, une multinationale a un pouvoir de pression sur la justice plus important  qu’un simple citoyen, même e, démocratie. C’est pourquoi dans le vocabulaire courant, on parle d’offre légale pour qualifier les i-vol d’organisations établies et de « piratage » pour qualifier les i-vol de vulgaires citoyens.

En 2013, parce que le Net n’offre pas encore une mobiquité totale, il est tout aussi admissible et tolérable moralement qu’une entreprise essai de monétiser sa position d’intermédiaire qu’un citoyen essai de s’en soustraire par la copie. J’ai affirmé à une conférence à SciencesPo en Mars dernier que l’Internaute avait seulement le choix de voler ou d’être volé. L’Internet est encore dans la position du FarWest. Opprimer le petit pirate reviendrait en plein FarWest à reprocher à un citoyen de travailler au noir quand la rue regorge de voleurs en tout genres.

Si d’après certaines études, les offres dit légales se renforcent, c’est principalement que de nombreux citoyens ont la paraissent ou n’ont pas la connaissance de copier un bien immatériel sur un réseau P2P…installer un client BitTorrent n’est pas aisé pour un possesseur d’une Livebox ! Cela ne signifie en rien la mort du piratage. Je suis tombé ces vacances sur un livre de 2006, d’Atali qui prédit que dans 50 ans, toutes les oeuvres culturelles immatérielles seront gratuites et disponibles à tout citoyen de l’HyperDémocratie. C’est vrai et c’est faux ! C’est vrai que chaque oeuvre sera accessible pour un prix bien inférieur à ceux pratiqués actuellement et les biens les plus populaires sortiront rapidement dans le domaine public car leur créateur aura été rémunéré au mieux qu’il espérait. Mais pour un bien peu populaire ou « de niche » ou si l’auteur en demande un revenu élevé, alors le bien aura un coût certain pour le consommateur.

Il faut bien voir que dans l’acte d’achat, il y a une évaluation simple et précise de la satisfaction que procure le bien. C’est donc un système « j’aime/j’aime pas » beaucoup plus fiable. Passé la nouveauté des points, le temps des gens étant le bien le plus précieux, il n’y a aucun intérêt à gaspiller de ce temps pour évaluer gratuitement ces oeuvres pour des inconnus, à distinguer de la notification d’amis sur des oeuvres que l’on aime et le partage de playlistes qui ont une valeur ajoutée.

Le problème n’est pas de savoir si le piratage nuit ou pas à la consommation de biens culturel. Il n’est qu’une adaptation naturelle à une situation temporaire, et il ne servirait à rien de la réprimer…à part se mettre à dos une grosse partie de la population, souvent sa jeunesse. La vrai question est de savoir combien de temps faudra t-il pour voir disparaître tous les intermédiaires actuels ?

Nous à CupFoundation travaillons modestement pour sortir de ce FarWest le plus rapidement possible et offrir une mémoire personnelle de biens immatériels culturel avec assurance de Mobiquité, sans se soucier de copier ses achats sur ses multiples appareils. Il y a de nombreux avantages à s’approprier une oeuvre que l’on a aimé et cela, la consommation en streaming ne pourra jamais l’offrir. De plus, avec une offre de biens immatériels bien fournie, le streaming ou autre DRM ne trouverait aucun acheteur s’il est payant. Ce que je prédis donc est la mort des support limités (DRM) payants. Ils pourront exister pour pré-consommer une oeuvre, la découvrir sans l’acheter, la prendre en bibliothèque, mais quand on voudra l’ajouter à sa mémoire personnelle, aucun DRM ni Publicité ne sera admis.

La première étape passe par la création d’une identité numérique citoyenne pérenne, que nous proposons avec PingPongCash. Rendez-vous dans quelques mois pour la suite de cette aventure….application IPhone disponible à l’automne et réseau P2P avant fin 2013.

LF

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