La double impasse de la Contribution Créative et du Droit d’Auteur

Depuis une dizaine d’années, s’affrontent deux visions de la culture sur support numérique. D’un coté les défenseurs des « communs » et de la Contribution Créative, menés par Philippe Aigrain, Lionel Maurel, Silvère Mercier, et biens d’autres rassemblés sous les collectifs « SavoirsCom1 », « Quadrature du Net »,…De l’autre, quelques universitaires comme Olivier Bomsel, Françoise Benhamou (avec une position plus consensuelle) et la majorité des « professionnels » du secteur qui entendent faire respecter à la lettre le Droit d’Auteur pour que l’industrie culturelle survive et même prospère avec le numérique.

Les analyses menées par P. Lescure ou Colin&Collins en 2013 ne proposent pas de solution réaliste pour sortir de cet affrontement. Les deux partis ne concèdent rien sur leurs exigences, ce qui conduit à un blocage permanent et ce qui empèche toute avancée.

Cette guerre de tranchées est-elle évitable ?  Beaucoup de personnes, universitaires, journalistes, blogueurs, entrepreneurs, demandent qu’un nouveau modèle économique soit développé pour que le Numérique ne les abandonne pas. Chacun s’arque-boute sur ses acquis et sur un historique du monde « analogique » sans revenir aux fondamentaux de justice et de principes démocratiques.

Nous proposons ici une troisième voie, bien plus équitable pour les citoyens, qu’ils soient créateur ou simple consommateur. Ce modèle marche parfaitement sur ordinateur et un travail commun avec deux laboratoires Inria est envisagé pour corriger/tester le passage à l’échelle, les performances et le maintient de la sécurité cryptographique maximale.

Parallèlement, il reste à convaincre les internautes du bien fondé de ce modèle, et ce n’est pas une tâche facile. Toutes les critiques, de ce système, sont attendues, sollicitées depuis longtemps, espérées même!
Malheureusement, mes contacts, souvent des chercheurs, ont un agenda bien chargé et des sujets de recherche plus fondamentaux qui les accaparent. Certain peuvent penser qu’ils agissent par politesse à ne pas trop critiquer ma proposition, alors qu’en réalité, ils ne me rende pas service en gardant pour eux leur avis!
De plus, j’ai une difficulté certaine à expliquer ce modèle aux humains. L’oreille la plus attentive reste celle de l’ordinateur. Je ne comprends vraiment un concept que si je le programme. Doit-on mettre des formules mathématiques ou faut-il en donner une intuition littérale ? La multitude des compétences des lecteurs rend la tâche d’explication assez dure!
Est-il nécessaire d’avoir un pouvoir politique et financier conséquent pour faire évoluer les choses en la matière? C’est oublier que l’Internet est fortement « non-linéaire » et des simples citoyens peu fortunés peuvent s’y exprimer et si les outils qu’ils fournissent sur le Net sont suffisamment bénéfiques aux internautes, il ne faudra pas longtemps pour que l’information se propage, quelque soit la puissance de l’initiateur.

Avant de présenter notre modèle, il est nécessaire de mettre en évidence quelques faits:

Toute activité apportant un valeur ajoutée à la société mérite rémunération et il n’y a pas d’exception pour les créateurs de biens immatériels sur support numérique, généralement le Net. Dire que seuls la production de bien matériel (ou sur support matériel) et la performance artistique (spectacle) sont rémunératrices et que l’artiste peut se satisfaire d’un revenu de base est une grave atteinte à la capacité créatrice des générations Y. Pourquoi un écrivain devrait faire la bête de cirque dans des écoles et ne toucher qu’une part infime des ventes papier de ses œuvres, s’il publie aussi en numérique&nbsp? On peut penser que dans dix ou vingt ans, l’impression papier d’un ouvrage sera un luxe dont les revenus ne suffiront pas pour rémunérer les auteurs si la grosse partie de la production passe au numérique.

Le Net est un espace qui se développe parallèlement au monde physique, mais qui n’obéit pas aux même lois fondamentales et ce quelque soit l’arsenal juridique existant, désiré ou ayant pu existé (voir Wikipédia « bien immatériel »).

L’hypothèse que les institutions et industries culturelles garantes du droit de propriété intellectuelle seraient à l’heure du numérique la seule solution pour positiver des externalités sous la forme de contrats entre les artistes et les acheteurs est une pure extrapolation du monde physique mais ne tient absolument pas pour le monde Numérique.
Non seulement le Net peut établir des contrats entre individus, sans autorité, ni même entreprise tiers, mais il peut être beaucoup plus efficace et plus équitable, pour ne laisser s’affirmer dans l’échange que les entités qui ont un cerveau; les artistes et les consommateurs.

En 2013, le Net n’a toujours pas de monnaie dédiée pour les biens qui le compose, et en même temps, les quelques 300 propositions concurrentes dans le monde de moyens de paiement numérique prennent toutes une commission sur les échanges financiers, ce qui est bien loin des protocoles gratuitement diffusés à l’origine de Net.

Cette absence de monnaie est un signe de manque de maturité. Le Net est encore dans sa pré-histoire! Disposer d’une monnaie universelle et d’un moyen de paiement gratuit, tous deux sur le Net, par le Net et pour le Net, sera un signe de passage à sa phase historique. (Bitcoin n’est pas la monnaie du Net pour plusieurs raisons trop longues à expliquer ici)

On peut refuser le besoin de monnaie en affirmant que les créateurs du Net doivent être financés par l’impôt et/ou sponsorisés par des sociétés privées. En contrepartie, l’accès libre et gratuit pour tous de toutes les œuvres serait reconnu. C’est la position des tenants des « communs » qui demandent la légalisation des partages non marchands, une contribution créative et aucun DRM inconditionnellement.  S’il n’est pas trop difficile d’ajouter un nouvel impôt, il se crée des disparités entre pays, selon la nationalité de l’internaute. De même, la rétribution se fait aussi sur des critères de nationalité, pouvant conduire à des sectorisations alors que les biens culturels sur le Net sont par essence internationaux, ou plus exactement, a-nationaux. C’est la situation de la recherche scientifique. Nous soutenons entièrement les actions visant à la publication gratuite sur le Net des travaux de recherche, mais aussi des ouvrages éducatifs. S’il est bien un scandale actuel, c’est le lobbying des maisons d’édition scolaire pour faire payer aux établissements et aux parents des contenus numériques éducatifs, généralement crées de bout en bout par des enseignants (le travail de mise en page demandait des spécialistes il y a 40 ans alors que les enseignants peuvent s’auto-éditer maintenant avec les outils numériques). Parce que le chercheur ou l’enseignant sont rémunérés forfaitairement, mais au prix d’une évaluation entre pairs et le passage de concours très sélectifs (mérite), il est intolérable de faire payer leurs œuvres numériques. Beaucoup de nos concitoyens l’ont bien compris et se tournent vers le « piratage » pour montrer l’absurdité du comportement des éditeurs.

Le problème serait réglé si tous les biens de la connaissance se classaient dans les rubriques « éducation » ou « recherche ». Or il y a aussi des biens culturels (numériques), dont les auteurs n’ont pas à être reconnus par des pairs. Contrairement à la science, la culture ne se décrète pas par des institutions et les créateurs ne doivent pas seulement être jugés sur concours afin d’être fonctionnarisés. Les amateurs doivent avoir la possibilité de publier et le seul critère qui vaille reste l’acceptation par le public de l’œuvre. Avec le Net, ce processus est plus à même de repérer les meilleurs artistes et les meilleures œuvres. Fini le temps où il fallait être bourgeois, avec des revenus assurés, pour s’adonner à une passion artistique. Le Net offre à tout un chacun la possibilité d’écrire publiquement (musique, photo, vidéo, plan 3D,…). La production devient alors gigantesque et une grande partie sans intérêt (les Tweets ou autre page Facebook ne résisteront pas longtemps à l’histoire), mais c’est assurément une avancée démocratique. On comprend que les défenseurs des communs soient si motivés face à un secteur de la culture traditionnelle qui entend ne maintenir et ne publier qu’une élite, même si la qualité des œuvres en pâtit et que l’industrialisation produit une concentration abrutissante (le contraire des objectifs de la culture)

Pour fournir un accès à la culture pour tous et à l’échelle que permet le numérique, avec ses avantages (coût marginal nul de reproduction), on peut être séduit par la Contribution Créative, qui reprend les principes de la Licence Globale. La véritable question a se poser est: Pourquoi deux artistes qui ne se connaissent pas, qui ne travaillent pas ensemble, et dont les œuvres sont très différentes devrait être rémunérés par le même pot commun ? Sur quel critère donnerait-on plus à l’un qu’à l’autre ? N’est ce pas au public et à lui seul à décider de la popularité d’une œuvre ? Quels moyens dispose le citoyen pour juger une œuvre de telle façon que la société puisse collecter les résultats ?

  • le vote est certainement le moyen le plus démocratique, mais si un vote manuel est d’un coût bien trop élevé, il n’y a pas actuellement de système vraiment sécurisé de vote par Internet, assurant une confidentialité, l’unicité, une exactitude du résultat et une résistance à la contrainte.  Même si un tel système sera disponible à terme, on ne peut pas obliger chaque citoyen à s’intéresser à chacune des œuvres numériques produites.
  • le « j’aime » et « j’aime pas » donne des résultats complètement biaisés car le simple fait d’aller sur la page montre un intérêt, pour aider l’artiste ou au contraire pour marquer sa désapprobation. Ce petit clic demande une réflexion sans aucun avantage en retour. Passé la découverte du mécanisme, les consommateurs l’utilisent peu car ils préfèrent consacrer le temps précieux de leur attention à profiter de l’œuvre plutôt qu’à juger bénévolement de sa qualité.
  • les critiques qualitatives, commentaires, articles de blogs peuvent constituer une véritable valeur ajoutée à une œuvre et révéler une véritable production de l’internaute, mais comment traduire un ensemble de jugement qualitatifs et subjectifs en une valeur tangible de rémunération, même pour la partie prime du salaire ?
  • l’acte d’achat est finalement le plus simple (généralisation de l’achat en un clic), le plus valorisant (je me distingue du non acheteur et affirme ainsi mon soutient à l’auteur), et le plus équitable. En effet, cela n’a pas de sens pour le même individu d’acheter plus d’une fois une œuvre numérique dont il pourra bénéficier à vie (à moins qu’il s’agisse d’un geste de mécénat). Dépassés les besoins d’existence (nourriture, habillement, logement,…) le budget consacré aux biens culturels numérique est bien plus équitablement réparti que les revenus. Ainsi la gestion que chacun a d’une quantité limitée de ressources permet d’acheter telle ou telle œuvre et donc de faire savoir son soutien par un « j’aime » automatique, sans abus. La plus grande propension à dépenser des plus riches est régulée par le temps limité consacré à la culture, quelle que soit sa situation. Nous excluons les cas très minoritaires de riches achetant les œuvres sans les consommer!

Si on revient à la question posée sur nos deux artistes différents, le plus juste serait que chacun touche le revenu tiré de la vente de son œuvre, donc sans pot commun, sans Contribution Créative.

Il a été mainte fois vérifié que les organismes collectifs chargés de la rétribution des artistes sont corruptibles dans le seul fait que les artistes soient acceptés ou pas en tant que bénéficiaire (statut de professionnel), que ces organismes entrainent des frais administratifs importants et que des intermédiaires publics ou privés, utiles du temps de l’aire pré-numérique, viennent s’insérer pour toucher des commissions sans apporter la moindre valeur ajoutée artistique.

Donc la solution serait de revenir à une forme de « vente directe » du concepteur au consommateur, la base du commerce. En fait le Net permet cela et même davantage, mais certains à-priori du monde pré-numérique ne l’ont pas révélé. De plus, l’image de la transaction marchande est souvent galvaudée car dans le monde physique des biens matériels, tous les abus perdurent; spéculation, taux d’intérêt, vols. Les tenants des « communs » rejettent souvent en bloc les marchés et les organisations financières, sans voir que toute société même archaïque s’organise naturellement et très rapidement autour de l’utilisation d’une monnaie d’échange marchand.

Il est encore complexe et couteux en 2013 de faire du paiement C2C (citizen2citizen) par le Net, et les institutions freinent à son adoption pour des raison de traçabilité et de perception de taxes (privée ou publique). Or le Net a la capacité technique d’enregistrer chaque transaction gratuitement, avec la plus grande sécurité (face au vol), grâce aux avancées en cryptographie, protocoles réseaux et informatique.

Surtout, ce sont les intermédiaires qui devront s’effacer. Transport, mise en page, distribution, deviennent inutiles avec le numérique, et il serait absurde de reproduire artificiellement des contraintes du monde matériel dans le monde numérique. Or c’est précisément ce que cherchent à faire les tenants du Droit d’Auteur. Même Olivier Bomsel reconnait que le Droit de propriété intellectuelle est une construction artificielle pour faire payer à tout acheteur un montant sur un bien non rival et non exclusif.

Ce qu’a oublié le Droit d’Auteur, et c’est normal pour un corpus conçu avant l’arrivée de l’Internet, c’est qu’une transaction numérique met en relation un concepteur et plusieurs acheteurs se manifestant à différents moments. Une transaction matérielle établit un lien instantanément rompu passé l’achat, en revanche, pour un bien immatériel sur le Net, le lien peut exister éternellement. Le vendeur peut donc établir un contrat avec l’ensemble des acheteurs et appliquer des calculs complexes (gérés par le Net bien entendu) pour satisfaire des principes d’équité impossibles avant l’aire numérique.

En particulier, on peut exiger d’un modèle de commerce de bien immatériel que tout acheteur paye à tout instant le même prix. On peut aussi exiger que le revenu cumulé de l’auteur ne soit pas potentiellement infini, car proportionnel exactement au nombre d’exemplaires vendus, mais tende vers une borne qu’il s’est fixé comme « revenu espéré maximal ». Cette concession le rapproche du choix que doit faire tout artiste de bien matériel au moment de fixer un prix de vente de l’exemplaire unique.

La conséquence de ces deux exigences est que le prix de l’œuvre publiée est naturellement décroissant vers zéro à mesure que celle ci se vend à un nombre élevé de consommateurs et que parallèlement, les concepteurs reçoivent un revenu toujours croissant dans le temps.

Pour réaliser techniquement cette transaction plus complexe que X somme d’argent prélevé à l’acheteur va dans la poche du vendeur, modèle des biens matériels, il faut procéder à un remboursement automatique d’une partie des achats des précédents acheteurs dès l’instant qu’un nouveau acheteur se présente, mais en même temps assurer un revenu au concepteur.

Si plusieurs familles de courbes mathématiques vérifient les précédentes exigences, nous préférons utiliser et proposer une base exponentielle, pour définir les trois quantités importantes d’une transaction à savoir quand le ieme acheteur se présente:

  • \mathcal{I}_i: le revenu supplémentaire pour le concepteur
  • \mathcal{P}_i: le prix le l’œuvre à cet instant
  • \mathcal{R}_i: le remboursement des i-1 précédents acheteurs

Pour un bien immatériel vendu initialement au prix \mathcal{P}_1 avec un revenu escompté \mathcal{I}_{\infty}, on définit un paramètre de vitesse \xi \in [0,1], et un coefficient:
\lambda = \left( \frac{ \mathcal{I}_{\infty} - \mathcal{P}_1}{ \mathcal{I}_{\infty} - 2 \mathcal{P}_1} \right)^{\xi}

On a alors:

\mathcal{I}_1=\mathcal{P}_1, \mathcal{R}_1=0 et \forall i>1:

\mathcal{P}_i = \frac{ \mathcal{I}_{\infty} + (\mathcal{P}_1 - \mathcal{I}_{\infty})\lambda^{1-i}}{i}
\mathcal{I}_i = (1-\lambda)(\mathcal{P}_1 - \mathcal{I}_{\infty})\lambda^{1-i}
\mathcal{R}_i = \frac{ \mathcal{I}_{\infty}+ \lambda^{1-i} \left( 1+i(\lambda-1) \right) (\mathcal{P}_1 - \mathcal{I}_{\infty})}{i(i-1)}

Pour information, le commerce de biens matériels vérifie les valeurs:
\forall i\geq1 \hspace{1cm} \mathcal{I}_i=\mathcal{P}_i=\mathcal{P}_1 \hspace{1cm} \mathcal{R}_i=0

Une propriété très avantageuse de notre système est que le prix de tout bien devient nul si le bien est très populaire. Corollairement, inviter ses amis à acheter le même bien que le sien permet un certain partage automatique des frais. Il s’agit donc d’un partage numérique qui se fait sans oublier le concepteur et donc marque une profonde différence avec le piratage qui exclue de rémunérer le concepteur. Un bien à prix nul est donc dans le domaine publique, automatiquement et naturellement, sans application d’une quelconque loi arbitraire qui spécifie un temps (70ans) de réserve. En plus, le Droit d’Auteur oblige à la création d’un concept fortement injuste à savoir les « ayants droits » qui peuvent même être une personne morale (une société, pourtant dépourvue de tout sens artistique!). Non seulement le génie artistique ne se transmet pas par héritage, mais l’auteur lui même est souvent exploité durant sa vie pour faire profiter des rentiers. Une facette du Droit d’Auteur qui a fait se tourner la population vers le « piratage ». Doit-on payer pour voir « la grande vadrouille » sur sa télé ?

Les partisans des communs font valoir qu’il se crée par l’acte de copie des communautés d’internautes en extension du cercle familial non marchand. Chacun sait que ces communautés sont très opportunistes et le plus critiquable est que l’auteur ou les auteurs de l’œuvre en sont tout simplement étrangers. Au contraire, dans notre système, il y a possibilité de communication entre les acheteurs et l’auteur (avec un mécanisme simple pour ne pas importuner l’auteur si celui ci désire rester tranquille). Cette fonction permet de dédicacer numériquement chaque œuvre et d’incorporer à chaque exemplaire une marque unique pouvant reprendre les critiques diverses ou avis du lecteur, le tout formant un exemplaire unique pour chaque acheteur. Le fichier est signé par l’auteur et horodaté de telle façon que le contenu de l’œuvre ne puisse être contesté (sans recourir à une licence particulière).

Notre système n’impose aucun DRM et ne propose aucune action répressive contre la copie pirate. Simplement, il met à disposition des internautes des biens culturels à des prix très intéressants et dégressifs dans le temps. L’acheteur sait que tout les intermédiaires sont exclus de toute commission et le Net lui offre un droit de Mobiquité, c’est à dire que son bien acheté lui est redonné quelque soit l’endroit sur le Net, le moment de sa vie, le matériel qu’il utilise, qu’il en dispose sur tous ses appareils, même déconnectés, sans DRM, ni publicité. Celui qui continue à pirater montre simplement un signe d’égoïsme vis à vis du concepteur et de ses con-citoyens qui ont acheté le même bien, et il n’a plus a affirmer son désaccord avec la politique d’un organisme de gestion collective comme exigé par la Contribution Créative ou encore avec des vieilles lois du Droit d’Auteur.

Nous ne demandons pas la reconnaissance juridique du partage non marchand pour des œuvres qui ne seraient pas encore dans le domaine public, car c’est l’auteur (vivant) qui serait privé d’une rémunération méritée. Aussi, nous ne demandons pas l’abrogation des DRM sur les œuvres numériques prêtées en bibliothèque. Là aussi, sans DRM et accessible de chez soi gratuitement, c’est une incitation à la copie sans rétribuer l’auteur. Le DRM joue un rôle d’échantillonnage; il donne accès à une partie de l’œuvre ou à l’œuvre entière mais sous contrainte (connexion obligatoire au Net). Il marque aussi la différence avec l’achat qui est bien évidemment sans DRM. Nous invitons à refuser tout bien culturel mis à la vente avec un DRM (le mieux est de contacter l’auteur pour le convaincre de publier sans DRM). Le summum de la honte numérique reste par exemple un e-book vendu près de 20€, avec un DRM, par un auteur chercheur financé par l’État !

Les intermédiaires traditionnels ne se laisseront pas faire comme Kodak l’a fait à ses dépends avec la photo argentique. Certain rêvent d’une adaptation au numérique de ces acteurs traditionnels alors qu’il est clair que les maintenir dans la chaîne a un coût élevé, payé par les extrémités; concepteurs et consommateurs.

Notre petite entreprise (CupFoundation) et le projet qu’elle défend n’entendent pas prendre une part dans le gâteau numérique (virtuel!) mais plutôt être un « catalyseur » de l’économie numérique, c’est à dire faciliter, accélérer et intensifier les échanges de biens immatériels et mettre à disposition un moyen de paiement « overIP » totalement gratuit, sécurisé, libre (code source disponible) et simple (Téléphone ou papier, sans NFC, terminal de paiement, Géolocalisation, Bitcoin…)

Il y a encore beaucoup de choses à développer et à expliquer sur notre proposition de modèle, des solutions très mineures de financement comme le don ou le crowdfunding car ils ne pourront jamais être généralisés…

J’invite le lecteur à consulter nos autres articles (HAL, blog,…) et surtout à nous faire un retour… merci d’avance.

LF

Olivier Bomsel, l’Economie Pré-numérique

Olivier Bomsel est professeur d’économie et directeur de la Chaire ParisTech d’Economie des Médias et des Marques. Il a donc acquis une position très respectable dans les strates de la recherche en France. Comme je m’intéresse à l’Economie Numérique, j’ai lu ses principales publications à savoir:

  • Economie Immatérielle, paru en 2011
  • Gratuit! Du déploiement de l’économie numérique, paru en 2007
  • Protocoles Editoriaux, Qu’est ce que publier ?, paru en 2013

Je me suis premièrement étonné de ne pas trouver ses ouvrages de recherche scientifique disponibles gratuitement sur le Net car Mr Bomsel est pourtant rémunéré par des fonds public (et privé visiblement) pour ces travaux et donc il ne devrait pas requérir un revenu supplémentaire de la vente de ses écrits. Qui plus est pour les versions numériques à la vente pour un prix similaire à une version imprimée (!), ces versions comportent les DRM les plus désagréables qui existent actuellement. Heureusement, j’ai pu me procurer les ouvrages papier à la bibliothèque José Cabanis de Toulouse. Cette politique de publication payante de résultats de recherche publique (malheureusement encore fréquente actuellement, mais cela change) permet un filtre des lecteurs; peu de citoyens dépenserons 20€ pour un ouvrage si pointu s’ils ne travaillent pas directement dans ce domaine. Cette position est très cohérente avec les idées on va le voir très conservatrices, défendues par le professeur, mais en ne s’adressant pas à un public nombreux comme le permet maintenant la publication sur l’Internet, il contredit la soit disante analyse de la publication, un chapitre entier de son dernier ouvrage. Il est quand même surprenant qu’en voulant étudier l’économie portée par l’Internet, on exclue ceux qui y sont les plus actifs et les plus expérimentés, même s’ils n’ont pas de titre académique.

Maintenant, sur le fond, Olivier Bomsel base toujours son argumentation sur des exemples de bien matériels et une analyse de l’aire pré-numérique. Dans « Gratuit! » page 159, il reconnait en parlant de l’historique de la propriété intellectuelle que:

« La non-rivalité et la non excluabilté garantissent une diffusion à priori parfaite des informations. Ce faisant, elles décourage la production d’information « utile », les producteurs étant dans l’impossibilité de tirer des revenus des informations crée. La solution est donc de crée artificiellement de l’exclusion…Les droits exclusifs d’exploitation pour une période limitée, autrement dit les règles de propriété intellectuelle , émergent comme une solution paramétrable à ce problème. »

Nous somme la au coeur du problème; le Numérique permet naturellement de partager gratuitement toute la connaissance des hommes, par une publication idéale. Il est légitime pour les auteurs de biens immatériels culturels, pas pour les scientifiques ni les éducateurs (rémunéré par l’Etat, donc produisant des résultats publics) d’espérer tirer un revenu de la vente directe de leur oeuvres. Avant l’Internet, cette rémunération était assurée par la main mise des éditeurs et autres intermédiaires sur la chaine de production des supports matériels (livres, CD, DVD). Le rapport de force entre auteurs et éditeurs étant arbitré par un code de la propriété intellectuelle. Il n’était pas possible de mettre en place un système économique avec des prix dynamiques, équitables et des revenus transparents. Ce droit a donc très artificiellement décrété un prix unique pendant une période (70 ans après le décès de l’auteurs) et un droit d’héritage très surprenant (comme si le don artistique se transmettait par le sang! ) et plus encore quand ce sont des personnes morales (entreprises dénuée de tout sens artistique, attribut humain) qui se revendique « ayant droits » des oeuvres de l’auteur décédé. C’est donc très artificiel, complètement injuste, mais admis tant qu’il n’existe pas d’alternative.

Or justement, le Numérique apporte cette alternative tant espérée et en plus de ses avantages, elle rend inutile la construction artificielle du droit de propriété intellectuelle.

Olivier Bomsel part de la propriété intellectuelle comme l’institution qui serait le salut et le révélateur de l’aire Numérique, alors même qu’elle est sa principale entrave en qu’elle cherche à cacher la vrai solution permettant à la fois une diffusion large de la culture par le numérique et une rémunération meilleure des auteurs de biens immatériels.

Les intermédiaires tout puissants dans l’aire pré-numérique n’ont plus de raison de ponctionner la création (faibles revenus) et la consommation (prix élevés) comme il nous ont habitué à le faire depuis des années, mais bien entendu, ils ne veulent pas lâcher leur proie sans se débattre eux même, et s’ils doivent se sacrifier, autant faire un massacre autour, tuer quelques pirates ou crier au vol.

Oui le numérique permet une quasi auto-production de qualité, individuelle ou en groupe. Si vous connaissez les principes de mon modèle économique (cf autres posts), vous comprenez que tout le monde (artistes, consommateurs) en sortent gagnants, sans produire un arsenal législatif. Le protocole sur l’Internet assure l’équité, la transparence et la des conditions idéales de commerce de bien immatériels culturels.

Nous sommes encore en 2013 à la préhistoire 2.0 et l’on peut m’accuser de décrire un avenir plutôt qu’un présent, mais ne serait ce pas ce que l’on attend d’un chercheur qui analyse l’économie Numérique; anticiper sur les prochains modèles, au besoin les critiquer (J’ai envoyer en Décembre 2012 mon papier à Olivier Bomsel, qui n’a pas dénié le critiquer !)

Au contraire, dans la listes des idées sur le numérique de demain, celles de Mr Bomsel sont les plus conservatrices que j’ai rencontré. On prends les recettes du passé (avant l’Internet) et on explique soit quelles marchent, soit qu’il faut qu’elles marchent encore pour le bien économique, soit enfin que ceux qui les remettent en cause sont des pirates, voleurs de la pire espèce sans aucune explication…un peu comme quand la justice s’en remettait à Dieu pendant l’inquisition.

Sur l’acte de i-vol (vol de bien numérique) qui aurait du être analysé en long et en large, Olivier Bomsel l’utilise comme un fait avéré, alors que ma conclusion est qu’en 2007, comme encore en 2013, nous avons seulement le choix d’être i-volé ou de i-voler, car les condition de mobiquité et de commerce démocratique (même prix pour tous, décroissant vers zéro et revenu transparent croissant borné) ne sont pas encore remplies.

De même sur la publication, on attendrait une analyse du partage façon « Wikipédia », qui supplante dans son domaine les encyclopédies payantes d’experts. … rien !

et quand son propre éditeur s’interroge sur le bien fondé de ce dernier livre, j’attend d’un éditeur qui a compris l’apport du numérique qu’il produise une préface de plus de 5 lignes et même qu’il puisse défendre les idées de l’auteur qu’il cautionne face à des petits blogeurs comme moi !

Bonne soirée,

LF