Olivier Bomsel, l’Economie Pré-numérique

Olivier Bomsel est professeur d’économie et directeur de la Chaire ParisTech d’Economie des Médias et des Marques. Il a donc acquis une position très respectable dans les strates de la recherche en France. Comme je m’intéresse à l’Economie Numérique, j’ai lu ses principales publications à savoir:

  • Economie Immatérielle, paru en 2011
  • Gratuit! Du déploiement de l’économie numérique, paru en 2007
  • Protocoles Editoriaux, Qu’est ce que publier ?, paru en 2013

Je me suis premièrement étonné de ne pas trouver ses ouvrages de recherche scientifique disponibles gratuitement sur le Net car Mr Bomsel est pourtant rémunéré par des fonds public (et privé visiblement) pour ces travaux et donc il ne devrait pas requérir un revenu supplémentaire de la vente de ses écrits. Qui plus est pour les versions numériques à la vente pour un prix similaire à une version imprimée (!), ces versions comportent les DRM les plus désagréables qui existent actuellement. Heureusement, j’ai pu me procurer les ouvrages papier à la bibliothèque José Cabanis de Toulouse. Cette politique de publication payante de résultats de recherche publique (malheureusement encore fréquente actuellement, mais cela change) permet un filtre des lecteurs; peu de citoyens dépenserons 20€ pour un ouvrage si pointu s’ils ne travaillent pas directement dans ce domaine. Cette position est très cohérente avec les idées on va le voir très conservatrices, défendues par le professeur, mais en ne s’adressant pas à un public nombreux comme le permet maintenant la publication sur l’Internet, il contredit la soit disante analyse de la publication, un chapitre entier de son dernier ouvrage. Il est quand même surprenant qu’en voulant étudier l’économie portée par l’Internet, on exclue ceux qui y sont les plus actifs et les plus expérimentés, même s’ils n’ont pas de titre académique.

Maintenant, sur le fond, Olivier Bomsel base toujours son argumentation sur des exemples de bien matériels et une analyse de l’aire pré-numérique. Dans « Gratuit! » page 159, il reconnait en parlant de l’historique de la propriété intellectuelle que:

« La non-rivalité et la non excluabilté garantissent une diffusion à priori parfaite des informations. Ce faisant, elles décourage la production d’information « utile », les producteurs étant dans l’impossibilité de tirer des revenus des informations crée. La solution est donc de crée artificiellement de l’exclusion…Les droits exclusifs d’exploitation pour une période limitée, autrement dit les règles de propriété intellectuelle , émergent comme une solution paramétrable à ce problème. »

Nous somme la au coeur du problème; le Numérique permet naturellement de partager gratuitement toute la connaissance des hommes, par une publication idéale. Il est légitime pour les auteurs de biens immatériels culturels, pas pour les scientifiques ni les éducateurs (rémunéré par l’Etat, donc produisant des résultats publics) d’espérer tirer un revenu de la vente directe de leur oeuvres. Avant l’Internet, cette rémunération était assurée par la main mise des éditeurs et autres intermédiaires sur la chaine de production des supports matériels (livres, CD, DVD). Le rapport de force entre auteurs et éditeurs étant arbitré par un code de la propriété intellectuelle. Il n’était pas possible de mettre en place un système économique avec des prix dynamiques, équitables et des revenus transparents. Ce droit a donc très artificiellement décrété un prix unique pendant une période (70 ans après le décès de l’auteurs) et un droit d’héritage très surprenant (comme si le don artistique se transmettait par le sang! ) et plus encore quand ce sont des personnes morales (entreprises dénuée de tout sens artistique, attribut humain) qui se revendique « ayant droits » des oeuvres de l’auteur décédé. C’est donc très artificiel, complètement injuste, mais admis tant qu’il n’existe pas d’alternative.

Or justement, le Numérique apporte cette alternative tant espérée et en plus de ses avantages, elle rend inutile la construction artificielle du droit de propriété intellectuelle.

Olivier Bomsel part de la propriété intellectuelle comme l’institution qui serait le salut et le révélateur de l’aire Numérique, alors même qu’elle est sa principale entrave en qu’elle cherche à cacher la vrai solution permettant à la fois une diffusion large de la culture par le numérique et une rémunération meilleure des auteurs de biens immatériels.

Les intermédiaires tout puissants dans l’aire pré-numérique n’ont plus de raison de ponctionner la création (faibles revenus) et la consommation (prix élevés) comme il nous ont habitué à le faire depuis des années, mais bien entendu, ils ne veulent pas lâcher leur proie sans se débattre eux même, et s’ils doivent se sacrifier, autant faire un massacre autour, tuer quelques pirates ou crier au vol.

Oui le numérique permet une quasi auto-production de qualité, individuelle ou en groupe. Si vous connaissez les principes de mon modèle économique (cf autres posts), vous comprenez que tout le monde (artistes, consommateurs) en sortent gagnants, sans produire un arsenal législatif. Le protocole sur l’Internet assure l’équité, la transparence et la des conditions idéales de commerce de bien immatériels culturels.

Nous sommes encore en 2013 à la préhistoire 2.0 et l’on peut m’accuser de décrire un avenir plutôt qu’un présent, mais ne serait ce pas ce que l’on attend d’un chercheur qui analyse l’économie Numérique; anticiper sur les prochains modèles, au besoin les critiquer (J’ai envoyer en Décembre 2012 mon papier à Olivier Bomsel, qui n’a pas dénié le critiquer !)

Au contraire, dans la listes des idées sur le numérique de demain, celles de Mr Bomsel sont les plus conservatrices que j’ai rencontré. On prends les recettes du passé (avant l’Internet) et on explique soit quelles marchent, soit qu’il faut qu’elles marchent encore pour le bien économique, soit enfin que ceux qui les remettent en cause sont des pirates, voleurs de la pire espèce sans aucune explication…un peu comme quand la justice s’en remettait à Dieu pendant l’inquisition.

Sur l’acte de i-vol (vol de bien numérique) qui aurait du être analysé en long et en large, Olivier Bomsel l’utilise comme un fait avéré, alors que ma conclusion est qu’en 2007, comme encore en 2013, nous avons seulement le choix d’être i-volé ou de i-voler, car les condition de mobiquité et de commerce démocratique (même prix pour tous, décroissant vers zéro et revenu transparent croissant borné) ne sont pas encore remplies.

De même sur la publication, on attendrait une analyse du partage façon « Wikipédia », qui supplante dans son domaine les encyclopédies payantes d’experts. … rien !

et quand son propre éditeur s’interroge sur le bien fondé de ce dernier livre, j’attend d’un éditeur qui a compris l’apport du numérique qu’il produise une préface de plus de 5 lignes et même qu’il puisse défendre les idées de l’auteur qu’il cautionne face à des petits blogeurs comme moi !

Bonne soirée,

LF

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