Capitalisme 2.0

Je m’attaque à un sujet difficile à priori, mais avec l’éclairage que j’ai de la Théorie du Partage Marchand, celle ci peut apporter de nouveaux éléments au débat.

J’entends dire que nous serions au début d’une économie de l’abondance et que nous n’aurions que les outils de la rareté pour la gérer. Des ponts sont aussi dressés avec l’économie du partage, développée avec l’Internet.

L’économie du partage n’est rien d’autre qu’une optimisation du capitalisme le plus classique qui soit, avec les capacités de mémorisation et de transmission d’information entre individus par l’Internet. Les échanges commerciaux sont accélérés, les clients sont potentiellement plus nombreux et mieux informés, les ressources partageables sont mieux exploitées, le revente de biens matériels entre particuliers devient importante car chacun dispose par le Net de son propre magasin, sans l’aval d’une autorité….c’est une économie de type Leboncoin. Oublions un moment l’économie matérielle, qui reste prisonnière de la rareté imposée par les biens eux mêmes.

L’économie de la connaissance, elle, ne se penche que sur les biens immatériels, ceux qui sont non rivaux et potentiellement abondants car leur taux marginal de production est nul. La question qui se pose alors est :

Doit on introduire ou pas de la « rareté » dans cette économie ?

Les partisans de la protection du Droit d’Auteur affirment que oui!, c’est indispensable, et même si c’est artificiel et nécessite de nombreuses lois complexes, c’est nécessaire à la survie de cette économie qui, sinon péricliterait avec les créateurs non rémunérés.

Les « commonistes » disent que non!, tous les biens immatériels doivent être diffusés gratuitement sur le Net afin de faire profiter au maximum le peuple de la culture produite et que toute restriction marchande entraine automatiquement une contraction de la demande et donc conduit au déclin de cette Culture.

Donc les deux sont d’accord sur un point; la stratégie de l’autre serait l’enfer culturel ! Balle au centre !

Or le vrai problème est dans la notion même de prix, telle que nous la connaissons depuis quelques millénaires. Nous sommes tellement habitué à la relation un-un entre un vendeur et un acheteur, relation valable pour les biens matériels, que nous n’imaginons même pas que l’Internet a introduit un autre type de relation, un-plusieurs, entre un créateur et de nombreux consommateurs, et l’attitude courante est de:

  • forcer les biens immatériels à présenter les mêmes caractéristiques de rareté que les biens matériels pour leur imposer la marchandisation classique, oubien
  • imposer la gratuité, comme solution inévitable,…au moins, son voisin ne pourra pas s’enrichir !

Ce que propose la Théorie du Partage Marchand, c’est un nouveau principe de « prix », (c’est une fonction et plus un scalaire en terme mathématique), adapté aux biens immatériels et respectueux de principes démocratiques comme l’équité, la liberté et la transparence. Mais surtout, ce nouveau moyen d’échange, qui a tous les attributs du partage, génère des revenus pour les créateurs, donc de la richesse pour la société, donc une meilleure production culturelle, donc minimise les risques de guerres…rien que cela !

Vous me trouvez surement gonflé d’annoncer de si grands bénéfices pour tous. J’en suis le premier surpris et je peux le dire d’autant plus que si ce système s’instaurait, je ne serais pas le premier bénéficiaire, je n’ai aucun don artistique malheureusement.

Il faut bien comprendre qu’il n’y aura bientôt plus de « paywall » sur Internet. On pourra acheter en un clic, donc sans différence avec un téléchargement gratuit. Une longue bataille s’ouvre pour savoir si le moyen de paiement numérique sera privé et payant (comme GoogleWallet), ou Open-source et gratuit (comme notre solution PingPongCash),…on verra.

En revanche, il est certain que l’argument des commonistes sur l’existence d’un paywall ne tiendra plus. L’argument souvent associé est qu’un consommateur de biens culturels n’achèterait pas parce que c’est payant, même 1 centime. Je ne suis pas chercheur en sciences sociale, mais il me semble que le modèle de décision d’achat n’est pas très complexe. Chacun a une propension à payer un bien culturel, en fonction de son portefeuille et des choix précédents, et si le prix de l’œuvre est supérieur, alors l’achat est effectivement refusé, donc ce n’est pas optimal économiquement.

Rappelons que dans le système du partage marchand, il y a éviction des intermédiaires et partage du cout, ce qui conduit à des prix proposés très bas. Donc le risque de refus d’achat pour cause de montant trop élevé est très faible. Si le consommateur comprend et intègre le mécanisme de remboursement automatique, il sait que le prix acheté n’est qu’un maximum, et que si le bien devient assez populaire pour sortir dans le domaine public, il aura été remboursé entièrement de son achat (techniquement, il peut rester quelques centimes de résidu non restitué à cause des effets d’arrondis, mais cet argent ne va jamais dans une commission d’un intermédiaire).

Par ailleurs, le fait qu’il y ait transparence sur le revenu touché par le créateur, donne plus confiance aux acheteurs. Enfin savoir que chacun finance les vrais artistes, pas des multinationales, ni des héritiers, devrait convertir certains anciens « pirates ».

On me critique de vouloir imposer ce système. D’abord, chaque créateur reste libre du choix entre :

  • aucun revenu parce que l’œuvre est sous licence autorisant sa copie gratuite. L’auteur sera glorifié par les commonistes et les plateformes de crowdfunding. Passé l’originalité de l’acte, les généreux donateurs vont ils se pérenniser ?
  • un revenu faible définit par un intermédiaire de poids et une armée de juristes pour défendre tout atteinte au droit d’auteur, et l’espoir de rentrer dans le star système.
  • un revenu pérenne, équitable, correspondant à la popularité exacte de ses oeuvres, sans excès.

Renversons la remarque. Je voudrais en effet promouvoir une forme de démocratie pour le partage des biens du Net. Les opposants demandent la pluralité de dictatures (de la gratuité pour les uns, du droit d’auteur pour les autres), les internautes décideront, mais je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas dénoncer des discours populistes et rappeler le danger, irréversible et amplifié à terme de légaliser le partage non marchand. Ce n’est pas anodin. De même qu’une démocratie n’est pas compatible avec certains principes anarchiques, le « Partage Marchand » n’est pas compatible avec le « partage non marchand en opposition au désir de l’auteur », nommé « piratage« . Je ne demande absolument pas un durcissement de la répression sur le piratage, ce n’est pas rentable ni moralement, ni économiquement. Quand on est face à un système en pleine mutation, non mature, comme l’est actuellement le Net, la bonne décision est surement de ne pas légiférer. Bien entendu, les juristes et avocats auraient un travail assuré pendant 20 ans s’il fallait batailler en 2013 pour légaliser, puis re-batailler en 2020 ou 2030 pour pénaliser…l’internaute n’y comprendrait rien et serait difficilement convaincu de payer pour un acte qui été gratuit auparavant. Les industries culturelles seraient aussi détruites et ne pourraient plus trop faire de mal…révélant alors dans leur absence ce qu’elles ont fait de bien.

Quid des grosses productions cinématographiques ?

Il est vrai que le modèle du « partage marchand » s’adapte en premier aux e-book car la concurrence des formules d’abonnement est moins vive. Les « France Loisir » numérique qui choisissent à votre place votre prochain livre, me semble être une solution de désespoir. Les écrivains n’ont pas la possibilité comme les musiciens ou chanteurs de se rémunérer par des performances en public (concerts). Enfin, même si l’industrie du livre met toutes ses forces et son argent à ralentir (surtout en France) l’arrivée du numérique, le barrage cassera un jour ou l’autre, c’est certain, et comme la demande en livre papier s’affaiblira, les sources de revenu des auteurs se tariront, rendant les écrivains encore plus dépendant des maison d’édition agonisantes ou restructurées à des activités peu littéraires. Donc nous nous penchons en premier sur le marché de l’édition. L’objectif est de renverser le modèle actuel basé sur de grosses plateformes pour le paiement et la promotion, faire auto-éditer des auteurs, publier leurs œuvres sur leurs serveurs personnels et laisser des moteurs de recherche les référencer, les promouvoir, s’interfacer automatiquement pour le paiement direct à l’auteur….c’est juste une petite mécanique avec le protocole HTTP et une couche applicative pour sécuriser (hashage, signature, chiffrement,…) les transactions financières.

Pour la musique, très morcelée, car l’unité marchande est un morceau de 3 minutes, l’abonnement peut avoir du sens pour le consommateur, mais dérive vite en une forme de radio (musique imposée). Les créateurs ne sont pas vraiment gagnants en majorité et il faudra motiver les auditeurs à être plus actifs dans le choix de playlist, et donc adhérer à un paiement à l’unité. Il n’y aurait pas trop de changement par rapport à iTunes dans l’usage, sauf que les prix serait plus faibles et tous les revenus iraient aux artistes.

Enfin, pour le cinéma, nous ne comptons pas changer l’économie du cinéma (salles de groupe, spectacle, effet de sortie des films, industrie du divertissement). Par contre, pour les DVD et BlueRay qui apparaissent quelques temps après la sortie en salle, on peut utiliser un partage marchand. Le « créateur » serait l’ensemble pondéré de tous les contributeurs artistiques,…ce poids reste fixe de préférence et donc le revenu est partagé équitablement. C’est donc une relation plusieurs-plusieurs. Mais de la même manière que pour un e-book, un film très populaire passerait dans le domaine public et les spectateurs seraient remboursés. Il ne me semblerait pas anomal qu’une place de cinéma en salle donne droit gratuitement à l’œuvre numérique, uniquement pour cette personne,…mais ce sont des considérations marketing qui risquent d’évoluer en 2020, 2030.

Le Partage Marchand nait dans un champ de bataille entre les tenants du droit d’auteurs et la pirates. Il est résolument adapté aux spécificités de l’Internet, sans influence de l’ère industrielle du XX siècle. Il y aurait plus de raisons de le nommer « capitalisme 2.0 » que l’économie du partage ou que l’économie de l’abondance, mais le terme capitalisme est tellement entaché de mauvais souvenirs dans notre monde matériel, que nous préférons garder le terme à priori ambigüe de « Partage Marchand ».

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Le vrai partage marchand

Il me parait utile d’apporter certaines précisions sur l’usage du terme «partage marchand».

Alors que je propose une définition détaillée et publiée ici, j’ai trouvé un usage du terme «partage marchand» sur ce blog, pour désigner quelque chose de bien différent et qui n’est selon moi, absolument pas du partage marchand !

L’article de Calimaq porte sur les deux notes suivantes de l’HADOPI:

…mais à aucun moment, ces deux articles ne parlent de « partage marchand » !

Il y a dans le post du blog (J’ai tenté d’avertir son auteur, mais je suis visiblement banni de tout commentaire…aurais je mis le dois où cela fait mal ?) semble t-il une confusion, délibérée ou pas, du terme « partage » et « piratage ». Si le blogueur pense au modèle de feu Megaupload, il ne s’agissait absolument pas de « partage », car l’utilisateur avait un accès direct aux serveurs centraux et jamais avec d’autres utilisateurs de la même œuvre. Ce système était certes « marchand », en demandant un abonnement, mais j’ose espérer qu’aucun député Français ou Européen n’ait pensé à légaliser ce genre de pratiques. Il serait encore plus surprenant que l’HADOPI ne pense un seul instant à légaliser un pillage manifeste, sous prétexte qu’il y aurait possibilité de taxer tels fournisseurs de service ! C’est un peu comme demander une taxe sur les bénéfices de la mafia!

Si on pense à une version décentralisée, utilisant le protocole BitTorrent, donc partageant les disques durs des utilisateurs, alors je ne crois pas qu’il existe et qu’il puisse exister une version marchande! Ce serait vraiment parier sur la non-rationalité de l’internaute à aller payer pour un service qu’il peut trouver par ailleurs gratuitement, avec le même niveau de confort. On attendra les résultats de l’étude économique demandée par l’HADOPI pour voir s’il y a la moindre source de financement possible sur des intermédiaires. La modélisation mathématique devra prendre en compte l’intrusion de changements législatifs et fiscaux envisagés, car ne doutons pas que ces fameux intermédiaires que l’on voudrait taxer, sauront s’adapter pour justement ne pas être taxés.

Donc je ne vois pas de quoi parle l’article en question, sinon à faire la promotion de la Contribution Créative, qui rappelons le demande la « légalisation du partage non marchand« . Ce dernier point, qui n’est pas évoqué par la note HADOPI, est pourtant le plus dangereux, car il signerait la fin du vrai partage marchand.

Le vrai partage marchand se réalise sans intermédiaires. Parce que ces intermédiaires disparaissent, les prix proposés sont très inférieurs et les revenus générés pour les créateurs sont bien supérieurs. Il est légitime de parler de partage car le prix réel payé par chaque consommateur est le même et décroit au fur et à mesure que des nouveaux consommateurs arrivent. On partage le bien, mais aussi le cout. Quant à la promotion, elle sera assurée par des moteurs de recherche, pouvant éventuellement accepter de la publicité (désactivable par AdBlock, dans ce cas, je ne vois pas trop l’intérêt !), qui ne feraient que du référencement, donc en aucune manière taxable.

En revanche, pour le partage dit non-marchand », il n’y a peut être pas de profit réalisé par les partageurs, mais on exclu du cercle les créateurs du bien eux même ! En les privant d’un revenu légitime, on ne rend service à personne, ni à la société, ni à l’économie, ni à la culture.

Le partage non-marchand reste un partage entre e-voleurs. Le légaliser reviendrait à abandonner une nouvelle source de croissance. Je l’ai évalué à environ 1Md€/mois. On pourra toujours discuter sur cette valeur, mais je ne pourrai pas la défendre scientifiquement.  A défaut, on pourrait en faire une modélisation….à suivre.  Partager derrière le dos de l’auteur n’est pas très respectueux de son travail, de son génie ni de son effort. Si nous le faisons car des multinationales culturelles ont abusé et abusent encore en voulant extrapoler leur rente au numérique, continuons à le faire tant que la situation ne change pas, mais il y a une différence énorme entre cette pratique et une demande de légalisation. Si justement les intermédiaires disparaissent, alors les artistes seront bien plus exposés sans une armée de juristes pour soit disant les défendre, et si l’internaute lambda est dans son bon droit à copier une œuvre d’un auteur vivant pour la déposer sur sa box, alors on peut être certain que ce même auteur ne recevra aucun revenu. Les moteurs de recherche sauront trouver la bonne box dans un univers de partageurs non-marchand. A la manière d’un antibiotique, la légalisation peut tuer le modèle iTunes ou GooglePlay, mais en même temps, elle tuerait toute création indépendante….gros danger en vu pour la culture, et même la démocratie!

Cependant, il faudrait arrêter de faire passer le « partage non marchand » comme la victime de l’odieux Droit d’Auteur et de présenter les gentils « pirates » comme des bienfaiteurs des temps modernes. Le piratage n’est qu’une situation temporaire due à l’immaturité du Net, qui ne dispose pas encore de sa propre monnaie et n’assure pas encore le droit de mobiquité. Ne mélangeons pas toutes les œuvres de l’esprit. Autant il faut se battre pour que les travaux de recherche, et les supports éducatifs numériques soient tous gratuits sur le Net (car leurs auteurs sont payés par l’État), autant on ne peut accepter de légaliser le partage contre l’avis de l’auteur, de ses œuvres. N’aurait-il pas le droit de vivre de son art sur Internet ? Quand la création se sera déplacée du physique vers l’immatériel, avec les multiples avantages pour la diffusion de la culture, faut-il interdire tout concept d’e-propriété ?

Notre proposition de « partage marchand » permet un passage logique, simple et continu d’une œuvre dans le domaine public, durant la vie de l’auteur. Je me rends compte que cette proposition est gagnante pour tout le monde (consommateurs, créateurs, états,…) sauf pour des intermédiaires bien installés sur des rentes, et aussi pour les activistes des deux bords (Droit d’Auteur qui s’oppose au partage et des collectifs comme SavoirsCom1 ou LQDN qui jouent du lobbying pour alimenter la bataille et justifier quelques débat « entre amis » sur Internet.)

Attaquez ma proposition, je ne demande que cela, mais soyez un peu plus critiques face à des discours populistes qui vous promettent la culture pour tout gratuitement, légalement et prônent un communisme numérique pour financer quelques artistes qui auraient les faveurs de l’État.

La «théorie du partage marchand» expliquée à ma fille !

L’article plus scientifique est ici et la page Wikipedia Merchant Sharing que je vous invite à compléter. La page Wikipédia a été récemment jugée « TooSoon » ou « Travail Inédit », vous pouvez retrouver l’état avant la suppression ici. Comme cette théorie ne m’appartient pas et que j’aimerais qu’elle soit diffusée rapidement dans les écoles, il ne tient qu’à vous de créer et de défendre une page Wikipedia sur ce sujet.

Alice vend son vélo 90€ à Bob. Cela veut dire que Alice est dépossédée de son vélo, ce n’est donc plus le sien. Bob en est maintenant le propriétaire. En échange, Alice à reçu de Bob une somme d’argent; 90€. La transaction n’a duré que quelques secondes, elle est quasiment instantanée, mais Bob et Alice ne se connaissent pas forcément et ne sont pas obligatoirement amis dans la vie. Chacun essaie dans ce petit ‘jeu’ de l’échange commercial de recevoir le plus possible ou de donner aux autres le moins possible. Alice voudrait bien vendre son vélo 100€, mais elle sait qu’il existe à la vente des vélos équivalents au sien à environ 90€. Donc si elle le met en vente à 100€, il y a de fortes chances qu’elle ne le vende pas. Inversement, Bob aimerait acheter un vélo à 80€, mais il a regardé par tous les moyens (dont leboncoin), personne ne propose un tel vélo à moins de 90€ !
Bob et Alice sont indépendants l’un de l’autre, ils vivent leur vie sans que cet achat les obligent à nouer ou à entretenir une relation entre eux.
Si Alice avait fait un don de son vélo à Bob, ce dernier aurait été surement très heureux, mais Alice et la société toute entière n’aurait pas intérêt à complètement déposséder Alice de ses moyens de subsistance. Ce don serait plutôt la marque que Alice veux nouer une relation (amitié, lien familial, compassion,…) avec Bob. Si Bob accepte le vélo, il est ainsi redevable d’une dette morale envers Alice. Qu’il solde ou pas, maintenant ou à l’avenir cette dette n’est pas le problème. Par le don, Alice et Bob seraient plus proches, donc plus dépendants l’un de l’autre. On remarque que l’échange marchand préserve l’indépendance des acteurs quand le don lie les personnes entre elles. Tout ceci est très bien, les échanges marchands se réalisent entre anonymes et les échanges non-marchands entres amis. Le commerce de biens matériels, comme le vélo d’Alice, permet à certaines personnes de vendre des objets fabriqués et à d’autres de les acheter pour les utiliser. C’est la base du système capitaliste, qui, s’il n’est pas dénaturé, conduit globalement à une croissance économique, une élévation du niveau de vie des citoyens et espérons le, à leur bonheur relatif. Il y a derrière cet acte d’achat, instantané, très localisé, presque anodin, l’obligation de respecter certains principes démocratiques; a priori, ni Alice, ni Bob ne contraint l’autre, la présence des autres êtres humains et de leurs échanges réels ou potentiel permet d’établir une concurrence saine sur la vente de vélo (parmi les moyens de transport) et donc établit un relatif équilibre. Toutefois, dans le mode physique, les biens matériels doivent être transportés, transformés par de nombreux intermédiaires qui voudront prendre une commission maximum pour leur travail. En cachant certaines informations à Alice et/ou à Bob, un intermédiaire peut alors spéculer, un peu comme un parasite se nourrit de sa proie; il tente de lui prendre un maximum de ressources, sans toutefois l’épuiser ou la tuer.
Enfin, toutes les activités économiques ne sont pas commerciales. Si Alice est professeur des écoles, elle reçoit un salaire de l’État, lui même payé par les impôts. Alice ne « vends » heureusement pas ses cours aux parents d’élèves, comme elle vend aujourd’hui son vélo. Si on généralisait à toutes les activités des membres d’un pays un salaire fourni par l’État, on serait pour simplifier dans un système « communiste« , qui interdit la notion même de propriété.

Voyons maintenant les conséquences de l’arrivée de l’Internet et surtout de l’Internet qui sera disponible dans quelques années, si nos prévisions se réalisent. Ce réseau global regorge de biens immatériels, c’est à dire de biens que l’on ne peut pas toucher, ce ne sont pas des objets, mais des suites de ‘0’ et de ‘1’ formant des fichiers stockés sur des ordinateurs connectés en réseau. De plus en plus de gens, de plus en plus éduqués, travaillent dur pour créer de tels fichiers qui servent à d’autres. Ces données ont donc une valeur qui est tout sauf négligeable, comme le vélo d’Alice à une certaine valeur. Tout objet qui a une valeur sera échangé pour que ceux qui en ont le plus besoin puisse l’utiliser. Comme nous vivons en société, nous avons développé des spécialités pour augmenter le rendement économique général. Si chacun d’entre nous devions faire tous les métiers pour tous les biens dont nous avons besoin, nous ferions un mauvais travail, nous travaillerions beaucoup plus et nous souffrions certainement plus. Donc ceux qui fabriquent les fichiers de valeur sur l’Internet doivent trouver un moyen de gagner de l’argent pour vivre, comme ceux qui fabriquent des biens matériels ou comme les fonctionnaires de l’État.

Ce qu’il y a de génial avec le numérique, c’est que l’on peut copier un fichier sans aucun effort ! Alice essai d’être écrivain pendant son temps libre. Elle a écrit une nouvelle pour les enfants et l’a déposé sur l’Internet (un ami lui a montré comment créer son site web, directement sur sa « box », chez elle). Alice estime que son travail d’écrivain lui a demandé un effort valant au moins 100€.

Bob est un lecteur potentiel. Alice peut donc envoyer sa nouvelle à Bob ou à qui bon lui semble, elle n’en sera jamais dépossédée contrairement à son vélo. Si elle donne gratuitement sa création, elle ne touchera bien évidemment rien et donc pas les 100€ tant espérés !
Maintenant arrive Carole, qui comme Bob, voudrait lire la nouvelle d’Alice. Chouette ! Puisqu’ils sont deux, je vais leur proposer mon texte à 50€ chacun se dit Alice… sauf que c’est un peu cher, car Alice n’est pas très connue.
Alice mettra donc par exemple sa nouvelle au prix de 10€, espérant que dix lecteurs potentiels se manifestent. Qu’elle ait un, deux, cent, mille, un million ou un milliard de lecteurs, cela lui aura couté exactement le même travail de création et le même temps, et donc elle aimerait un revenu légitime de 100€. Si maintenant la nouvelle d’Alice est un succès planétaire, disons un milliard d’acheteurs la désirent, elle aura gagné dix milliards d’euros! Comme Alice est une personne très raisonnable, elle se dit que c’est bien bête, si elle avait mis son œuvre en vente à un centime d’euro, elle aurait reçu bien plus que les 100€ escompté et aurais permit à ses nombreux lecteurs d’économiser sur cet achat pour profiter d’autres biens et pourquoi pas, acheter sa prochaine nouvelle. On remarque donc que si l’on fixe un prix au départ, le créateur d’un bien reçoit un revenu très variable; ou-bien très faible, ou-bien très élevé. Nous n’avions pas ce problème avec les biens matériels comme pour le vélo. Les internautes ont bien compris que la copie d’un fichier ne dépossède pas son créateur, donc ce n’est pas du « vol » au sens de la Justice, qui n’a pas encore très bien assimilé les règles du très jeune Internet. Voyant que pour se procurer un bien culturel immatériel, il faut passer par de grosses sociétés multinationales sans aucun gout artistique (seul les humains ont cette notion), toujours plus gourmandes, nombres d’internautes se disent que finalement, ils peuvent copier gratuitement le fichier et le partager avec leurs amis. Beaucoup crient que le « piratage », c’est le « partage » et que rien ne pourra éviter sa généralisation.
En attendant, si le bien immatériel s’échange gratuitement, le créateur ne gagne rien. Il est obligé de se trouver un autre métier et donc passe moins de temps sur ses créations, qui deviennent de moins bonnes qualité. L’internaute a l’impression que ce partage est bénéfique, d’autant plus, qu’il participe à la diffusion de la culture, mais à long terme, le piratage précarise inévitablement les auteurs. Ce phénomène d’appauvrissement ne peut que s’accélérer car la quantité de biens immatériels culturels devient de plus en plus grande par rapport à celle des biens matériels. Alice n’a pas songé à imprimer sa nouvelle car elle n’en a pas les moyens et en 2030, la diffusion littéraire se fera principalement par e-book. Les auteurs subissent aussi un chantage des intermédiaires traditionnels qui s’étaient habitués dans le monde physique à ponctionner les artistes et les consommateurs, sous couvert du Droit d’Auteur. Avec Internet, ce système désuet crée plus de problèmes qu’il n’en résout. En effet, sans cout de transport, de stockage, de maintenance, ces intermédiaires sont tout simplement inutiles et nuisibles. C’est là qu’intervient la deuxième magie de l’Internet, à savoir que ce réseau peut se créer un lien durable entre le créateur et les acheteurs, car généralement, il n’y a jamais qu’un seul acheteur, comme le bien est copiable à l’infini sans frais. Des universitaires ont pensés qu’un lien commercial dans le temps entre personnes, définition du « contrat » ne pouvait se passer d’une entité particulière; l’entreprise, dit « personne morale » (le terme est très mal choisi car justement, elle n’a rien de moral !), mais l’Internet lui même peut établir de tels liens entre personnes, sans faire appel à une quelconque organisation centralisée ou intermédiaire.
Donc, grâce à l’Internet, un créateur de biens immatériels, comme Alice peut les « vendre » directement, potentiellement à tous les internautes, donc à Bob et à Carole. L’éviction des intermédiaires donne plus de pouvoir d’achat aux consommateurs et aux créateurs.
Maintenant, il reste à définir le prix de vente du bien. Nous avons vu que l’usage commun du commerce appliqué aux biens immatériels ne convenait pas. Il crée d’énormes inégalités et donc incite les citoyens à refuser tout échange marchand pour se tourner vers le « piratage ».

Avant la découverte du partage marchand, il n’y avait que deux solutions qui s’affrontaient et s’affrontent encore, comme deux enfants qui soutiendrait pour l’un que la Terre finit sur un océan et pour l’autre que la Terre finit sur une montagne. Il faudra certainement du temps pour convaincre nos deux enfants que la Terre est sphérique,….voyons cette proposition :
Quand un créateur diffuse sur l’Internet un bien, fruit de son travail et de son génie, il ne contrôle pas les instants d’achats des consommateurs et ne sait pas si l’achat de tarira rapidement, ni combien d’acheteurs vont se présenter. Comme l’Internet permet de mettre en relation, nous l’avons vu, le créateur avec l’ensemble des acheteurs, on peut définir une règle du jeu qui soit la plus équitable pour tout le monde.
Le créateur devra faire une concession sur son revenu potentiellement infini en fixant au départ le revenu maximum qu’il désire; les 100€ que Alice voudrait pour sa nouvelle.
Ensuite, le créateur choisit un prix initial, pour le premier acheteur, disons qu’Alice choisisse 1€ pour sa nouvelle.
Parce qu’il est techniquement possible à partir d’un nouvel achat de rembourser de l’argent aux précédents acheteurs, nous aimerions que chaque acheteur du même bien ait à tout moment payé le même montant. Les acheteurs « partagent » le bien ET les couts.
Il existent plusieurs solutions mathématique à ce problème, mais nous n’allons pas les décrire ici, nous allons juste en décrire le principe (voir l’article « Merchant Sharing Theory » pour tous les détails).
Bob est un e-ami de Carole et comme tous les deux veulent lire la nouvelle d’Alice, la première idée est que Bob l’achète à Alice, puis la donne à Carole, comme le ferait de vrais amis dans le monde physique. Mais comme Bob aimerait bien amortir ses frais et se dit que la transaction n’est pas équitable, il demande un remboursement de 50 centimes à Carole, ce que Carole fait volontiers. Mais quant-est il d’Alice ? il serait appréciable qu’elle touche un peu plus si elle vend à deux personnes plutôt qu’à une seule, tout en restant dans la limite fixée de 100€. Oublier l’artiste dans un partage est au moins un manque de courtoisie, et au plus une flagrante injustice pour l’auteur.

En fin de compte, un vrai partage, c’est un partage qui n’oublie pas le créateur du bien, qui le rémunère sans toutefois lui fournir un revenu illimité. C’est un revenu non nul, mais tempéré. Ce partage, que l’on qualifie de marchand, car il n’est jamais gratuit, vérifie les propriétés suivantes:
\mathcal{I}_i \geq 0 et \mathcal{P}_i \leq \mathcal{P}_i + \mathcal{P}_{i+1} \leq 2\mathcal{P}_i

avec:

  • \mathcal{P}_i le prix payé par l’acheteur numéro i
  • \mathcal{I}_i le revenu (income) touché par le créateur par l’achat numéro i

Les précédentes propriétés disent tout simplement que premièrement, le revenu de l’auteur est toujours croissant…heureusement, qu’il n’ait jamais à rembourser de l’argent ! Deuxièmement, le prix payé par deux personnes achetant le même bien doit être supérieur à celui payé par seulement la première (cas d’un achat suivi d’un don), mais inférieure à deux fois le prix payé par la première (cas de l’achat dans un système classique sans partage). Cette situation intermédiaire est caractéristique du partage marchand….partage du bien et des frais.

Le simple fait d’être passé du vieux système où \mathcal{P} = \mathcal{I}; le prix est égal au revenu (plus commissions des intermédiaires), à un système certes un peu plus complexe, avec plusieurs acheteurs dans la même transaction,…ce changement permet de satisfaire des exigences démocratiques jusque là ignorées. Tous le monde paye (marchand) la même chose au même moment (partage), le revenu du créateur n’est pas nul (contrairement au cas du piratage), mais il reste borné…et enfin l’information est transparente pour tous.

Pour résumer; si on essai d’appliquer les lois du commerce de biens matériels à l’Internet, on obtient un système non démocratique, conduisant par réaction à un refus global de la population par une croissances des activités de piratage. Il suffit de changer les règles du commerce pour respecter les lois qui régissent les biens immatériel pour :

  • permettre un vrai partage des biens culturels entre un maximum d’internautes,
  • dissuader le piratage,
  • évincer les intermédiaires devenus inutiles,
  • ne pas recourir à une économie du don,
  • ne nécessiter aucun organisme redistributeur central (communisme numérique),
  • ne pas développer la spéculation,
  • soutenir un véritable marché, créateur de croissance et d’emplois.

On comprend alors que la demande de légalisation du partage non marchand, telle que l’entend la Contribution Créative (soutenue par LQDN et Savoirscom1), sur des œuvres dont l’auteur voudrait de son vivant une rétribution, cette demande signerait la mort claire et nette du système démocratique que nous essayons de faire connaitre et de mettre en place pour le bien de tous. Nous passerions à coté d’une immense ressource  économique à restreindre l’Internet à un espace « non marchand ». Les excès de la marchandisation dans le monde des biens matériels, la spéculation en particulier, ne doivent pas entacher tout nouveau système commercial, surtout quand ce dernier est insensible à la spéculation.

Il persiste souvent l’argument de l’éventuel « paywall » des systèmes marchands, qui bloquerait des volontés d’achat culturel. L’unique cause est le système de payement actuel (CB, Paypal), qui est complexe, mal sécurisé et payant (au moins pour le commerçant). La généralisation d’un paiement en « un clic » enlève et enlèvera ce « paywall ». Le prix de toute œuvre numérique ayant une certaine valeur, peut être très faible par acheteur, ce prix peut néanmoins générer des revenus conséquents, il n’est pas justifiable économiquement qu’il soit nul. Donc Alice pourrait finalement vendre un centime d’euro sa nouvelle à 10.000 personnes pour toucher les 100€, alors que le prix de vente initial est de 1€. Quand le montant escompté est atteint, le bien passe automatiquement dans le domaine public, devenant gratuit pour tout le monde (…les effets d’arrondi sont responsables de la différence  un/zéro centimes) Donc le prix de la nouvelle d’Alice est le couple (1,100).

Nous avons donc crée un système de numération non plus sur un seul nombre (on parle de scalaire), mais sur plusieurs nombres (on parle de vecteur). En fait, c’est une fonction, au sens mathématique, du prix, résumée par la donnée de deux nombres (\mathcal{P}_1,\mathcal{I}_{\infty}) ou de tois nombres (\mathcal{P}_1,\mathcal{I}_{\infty}, \xi ), …pour une famille de courbes mathématiques donnée.

Ce changement est tellement profond qu’il nous semble obligatoire de créer une nouvelle unité pour le décrire; soit le « cup », noté \sqcup. Cette unité est ainsi dédiée au commerce des biens immatériels du Net, à ne pas confondre avec le commerce électronique des biens matériels (le Net n’est alors utilisé que pour transporter de l’information). Cette monnaie est internationale par nature, alors que l’euro ou le dollar sont limités à des zones géo-politiques. Une transaction en \sqcup est indissociable de l’échange d’un bien immatériel et enfin elle n’est pas sensible à la spéculation.

Nous n’abordons pas dans cet article la question de la convertibilité de la monnaie, mais il faut savoir que cette convertibilité est assurée, sans subir d’attaque de spéculateurs.

Il y a un débat ouvert par les historiens et anthropologues pour savoir si l’échange marchand s’est développé en Asie quelques 3000 ans avant notre ère, ou s’il est concomitant avec l’apparition de la monnaie, 800 ans avant J.C. Chacun semble s’accorder à dire que le processus à été long, progressif, inéluctable et assez bien adapté au commerce des biens matériels,… les essais de privation de la propriété privée n’ont pas été d’un grand succès pour le peuple. Il est ainsi clair qu’à cette échelle de temps, l’Internet vient juste de naitre! et donc tout changement de paradigme sur les échanges commerciaux ne peut que prendre du temps pour être assimilé. Je compte beaucoup sur les jeunes générations, comme celle de ma fille, née en 2003, en plein XXI siècle, car l’Internet constituera pour ces jeunes une réalité autant naturelle que la Terre. Espérons qu’ils arrivent à persuader leurs ainés que la Terre numérique est bien ronde !

Les conséquences de cette découverte ne sont encore toutes bien évaluées, mais si elles semblent aller dans le bons sens, c’est à dire vers une plus grande démocratie…n’est ce pas le principal ?

La Nouvelle France Industrielle

Je découvre, avec un peu de retard, le document présenté par Arnaud Montebourg, Ministre du Redressement Productif;

La Nouvelle France Industrielle. (allez directement au pdf)

Je ne me permettrai pas d’apporter un avis sur tous les domaines industriels abordés, car la plupart sont hors de ma compétence, mais j’aimerai revenir sur une filière, présentée ici comme prometteuse en terme de croissance et d’emploi: le NFC.

La photo suivante, tirée de ce rapport, me fait bondir!

nfc

…et je la mettrais en comparaison à celle ci:

robot

Si l’on convient facilement en 2013 que la prévision de 1900 sur le maquillage en l’an 2000 s’est légèrement trompé,  on peut aussi prévoir que la méthode de paiement dans moins de 10 ans ne sera surement pas celle présentée par la photo.

En effet, quel est cet objet en forme de calculette des années 80 ? (on dirait la TI57!).

Un terminal de paiement ?…mais à quoi cet objet peut-il servir ?

Comme vous le savez, de plus en plus de monde s’équipe de téléphone type smartphone, connectable à l’Internet. Le marché dépasse celui des ordinateurs. Le téléphone est le véritable moi-numérique, à tel point que quand vous emmenez des ados en vacances, ils vous demandent en premier s’il y aura le Wifi/3G avant de de soucier s’il y aura de l’eau chaude! Ce téléphone est un investissement largement consenti par le citoyen, malgré son prix (voir par exemple un iPhone5S 64Go), que son utilisateur soit commerçant, ou client. Chaque téléphone dispose d’un clavier alphanumérique permettant de saisir une « passphrase » bien plus complexe que le PIN à 4 chiffre du terminal de paiement, mais surtout, pourquoi un client irait faire confiance dans une boite électronique tendue par un commerçant ? C’est un peu comme si une machine génératrice de chèque signait à votre place en allant chercher sur le Net la belle calligraphie de votre signature manuscrite!

L’objet est gros car il contient une mini-imprimante pour éditer le reçu obligatoire. Le téléphone ne peut-il pas recevoir ce reçu sous forme électronique ? Quant au fait qu’un reçu papier soit obligatoire en 2013, c’est une décision purement arbitraire, qui ne tient absolument pas compte des évolutions numériques inévitables et qui dans ce contexte n’est qu’un frein à l’innovation….à moins que les fournisseurs de papier soient aussi à sauver!

Non seulement ces terminaux de paiement ne servent à rien dès l’instant que chacun dispose d’un téléphone, mais surtout, il coutent très cher au commerçant quelque soit la formule (achat, location) et l’enferme dans un système de paiement CB, soumis à fortes commissions. Bien entendu, la fabrication de ces terminaux, des puces NFC qui équipent les téléphones et de toute l’industrie du paiement électronique fait prospérer des multinationales, proposant des emplois que l’on aimerait en théorie nombreux. Mais comme ce « marché » ne répond pas au besoin du citoyen, on peut s’attendre à ce que la soit distante innovation ne soit que temporaire, à l’image du Minitel face aux réseau TCP/IP, et que la bulle éclate un jour ou l’autre….avec une visite d’Arnaud Montebourg cette fois ci pour résoudre un plan social.

Et il n’y a pas que les terminaux à remettre en cause, la technologie NFC pour le paiement aussi. Pas étonnant qu’Apple n’ait pas intégré le NFC dans ses produits. Il faut savoir que pour des petites sommes (moins de 15€), il n’est pas demandé de saisie du code PIN à l’acheteur, dans le but de faciliter l’action de paiement. Donc si vous vous promenez dans une foule compacte, avec un lecteur NFC en mode réception de petits montants, vous pourrez débiter de nombreux anonymes à leur insu !

Ce qui est gênant dans le NFC pour le paiement, c’est que les acteurs (acheteur et vendeurs) ne visualisent rien de l’échange de données,

  • ni le sens de l’échange,
  • ni la taille des données échangées,
  • ni l’instant de début et l’instant de fin d’échange.

…tout pour que la méfiance s’installe et elle devrait légitimement s’installer.

Or dans un échange marchand, les acteurs peuvent comprendre ce qui se passe par l’analogie avec le chèque papier qu’ils connaissent.

Bob veut acheter le vélo d’Alice, 90€ (tous les deux sont d’accord pour ce prix). Alice tape 90 sur son téléphone, qui génère un QRcode (ou Datamatrix) donnant l’information: « je suis Alice » et « l’objet que je vends vaut 90€ ». Bob scanne ce QRcode, ensuite tape sur son téléphone sa passphrase (choisie précédemment, seul) pour signer le message: « Date:Alice->Bob:90 ». Message et signature ne représentent pas plus de 200 octets affiché par un second QRcode, montré à Alice. Chacun envoie sur le Net le message signé de la même façon qu’il mettrait un chèque à l’encaissement. Un joli son emis par les deux téléphone confirme que l’échange s’est bien passé. Par construction, la transaction ne peut être falsifiée même si un des acteurs modifie le logiciel sur son téléphone. Il n’y a plus besoin de faire confiance dans un terminal électronique d’un tiers et fabriqué par une multinationale faillible. Enfin l’authentification est forte car basée sur la combinaison de trois éléments;

  • quelque chose que je mémorise (une passphrase)
  • quelque chose que je transporte toujours avec moi (mon téléphone)
  • quelque chose de moi (donnée biométrique)

Bilan ce cette transaction; pas besoin de NFC, pas besoin de terminal de paiement, pas besoin de réseau haut débit (3G,4G), la transaction sécurisée passe sur un ou deux SMS. Imaginez la perte sèche pour les sociétés qui ont investi des milliards dans les puces, électronique dédiée et protocole complexes de paiement!

Si en plus, le paiement par QRcode est totalement gratuit pour l’acheteur comme pour le vendeur, que la cryptographie soit publique, donc sans nécessiter une assurance, qu’il n’ai aucun besoin d’opérateur téléphonique en dehors de fournir un accès faible débit au Net, et qu’aucun gros investissement en serveurs surpuissants ne soit nécessaire parce que les transactions et les clés publiques sont stockées sur un réseau distribué, alors toute une filière industrielle est potentiellement tarie et donc l’exemple du paiement numérique ne pourrait pas figurer dans la plaquette conçue par les services d’Arnaud Montebourg. Les acheteurs et les vendeurs (commerçant ou particulier) y gagneraient beaucoup en pouvoir d’achat, donc seraient activateurs de croissance, mais cette croissance compenserait-elle la perte d’intermédiaires financiers, même si leur inutilité est avérée à l’ère de l’Internet ?

Enfin, alors que des startup innovantes ont vraiment du mal à faire passer leurs idées d’innovation et à toucher quelques k€ de l’État, ce dernier finance avec de très grosses enveloppes des multinationales du CAC40 croyant préserver et soutenir l’innovation.

Or concernant le numérique, l’innovation est non-linéaire; il ne faut pas être deux fois plus gros pour innover deux fois plus. C’est plutôt l’inverse, de très petites équipes indépendantes, sont concrètement les seules à innover quand les grosses équipes ne produisent que des projets dépassés avant même qu’ils ne commencent.

Réclamer un « Airbus » du numérique est un non sens, car s’il faut une énorme structure pour concevoir et produire un avion, il y a des innovations sur le Net qui sont à la porté d’une seule personne sans aucun capital autre que sa tête. Cela demande pour l’État un travail de veille technologique plus important pour dénicher dans la botte de foin de l’Internet, la PME, le labo de recherche, le chercheur, … véritable aiguille, mais qui peut proposer un concept révolutionnaire à l’horizon 2020 (l’échelle de temps est modifiée par le Net).

Je dois me tromper sur le NFC, car la DGIS a dédié au NFC un ses experts, mais j’ai le sentiment que le choix raisonné sur ce sujet est plutôt pris à Cupertino qu’à Paris…mais si je ne me trompe pas, la France et l’Europe seront encore passées à coté d’une innovation numérique.

Le véritable danger s’appelle Google Wallet (Apple peut aussi sortir rapidement une solution concurrente), et cette solution n’est pas prévue d’être gratuite, ni libre (au sens de la disponibilité du code source) pour le consommateur et pour le commerçant. J’aurais aimé que la Nouvelle France Industrielle soit celle qui propose des solutions courageuses (génératrice d’emploi à plus long terme), innovantes pour le citoyen/internaute. Il semblerait qu’on préfère mettre une photo d’une espèce de TI57, rassurante pour les actionnaires de Gemalto, d’Orange ou de Thales.

L.F.

Pour un partage marchand !

Un article plus scientifique est en préparation sur la «théorie du partage marchand»(Merchant Sharing Theory). Il est disponible sur HAL.

L’Internet a une emprise de plus en plus grande sur notre vie et donc sur la Culture. La quantité de biens culturels immatériels continue à croitre, ce qui est, à-priori une bonne nouvelle pour l’accès populaire aux œuvres, pour le développement de l’esprit critique, et finalement pour le bonheur de chacun.

Mais l’Internet d’aujourd’hui n’est pas l’Internet de demain. Les maux et agressions dont il souffre aujourd’hui doivent être corrigés, en pensant à l’application sur l’Internet à venir et à leurs conséquences sur notre vie de demain sans s’attacher à son état actuel. Cependant, nous sommes en 2013 dans une situation, certains collectifs proposent des solutions dangereuses pour l’avenir. Basée sur des constats de véritables problèmes accumulés par l’industrie culturelle, et dénoncés légitimement, les solutions proposées vont à l’encontre de l’objectif initial et risquent de desservir la société entière. On peut même qualifier de « populiste » l’argumentaire proposé, car sous couvert de s’attaquer aux élites dirigeantes de et défendre le peuple, il arrive à séduire facilement les moins attentifs par de juteux bénéfices immédiats. Ces moyens mis en œuvre, pourrait créer un désastre non réversible dans le monde de la culture, avec des répercutions sur le reste de la société, plus encore quand cette dernière est fragilisée par une crise, qui prive de plus en plus de citoyens d’un revenu décent, quand des financiers abusent encore plus du système au point que des citoyens puissent douter des principes démocratiques à la base de l’économie.

Je suis plutôt partisan de ne pas trop faire entrer le Droit dans les affaires de l’Internet car le Droit a montré, avec le « Droit d’Auteur » en particulier combien il était inadapté au monde numérique. Il apparait normal qu’un corpus de règles artificielles datant de plusieurs siècles n’ait pas anticipé, ni pensé à l’Internet, aux contraintes qu’il impose (économie) et aux choix qu’il permet (politique). En conséquence, des initiatives fleurissent,  proposant la suppression pure du Droit d’Auteur (sa version anglo-saxonne Copyright), comme dans l’ouvrage Un monde sans Copyright, alors que des collectifs comme Savoirscom1 ou LaQuadratudeDuNet proposent une réforme de ce droit (voir Pour une réforme du droit d’auteur ).

S’il est tout à fait légitime de constater et de dénoncer les méfaits du Droit d’Auteur vis à vis du développement de la culture à l’ère numérique, il me parait inutile et dangereux de proposer et de demander aux députés Français et Européens la légalisation du partage non marchand. Pourquoi ?

D’abord, l’Internet évoluera vers plus de décentralisation, il reviendra en fin de compte aux principes qui l’ont guidé initialement avec des protocoles et des architectures distribués. Benjamin Bayart parlait dès 2005 du Minitel 2.0 pour qualifier et pour dénoncer la course à la puissance, la centralisation excessive des serveurs conduisant à un déséquilibre du réseau entier. Encore aujourd’hui, d’énormes centres de calculs, dirigés par des sociétés privées, exploitent les données personnelles et les biens immatériels, en particulier culturels. Certains observateurs pensent même que ces intermédiaires subsisteront éternellement. Or la percée des architectures réparties en « Peer2Peer » (sans serveur central) est bien réelle, inéluctable. On ne sait pas combien de temps cela prendra pour qu’elle reprenne la main de l’Internet. Il est nécessaire d’analyser la situation qui se présentera demain, c’est à dire une décentralisation d’une très grande majorité des services disponibles. Les producteurs, des humains, vont alors se rapprocher des consommateurs humains eux aussi, et toute la mécanique des intermédiaires encore contrôlées par des multinationales sera automatisée par diverses couches protocolaires qui formeront cet Internet. Donc la dé-intermédiation tant attendue aura bien lieu, mais à quel horizon ?

Le semblant de rapprochement entre les internautes sur les réseaux sociaux est aujourd’hui surveillé et géré par des serveurs administrés par des tiers pas toujours bien intentionnés, mais dans peu de temps, nos ordinateurs personnels mis bout à bout (par exemple ce nœud P2P est hébergé chez moi par un RPI à 30€!) formeront une puissance de calcul suffisante et l’utilisation d’algorithmes de cryptographie nous permettra de vous passer complètement des gros intermédiaires et de protéger nos données personnelles produites ou consommées, ce dans la plus grande « mobiquité » (voir Wikipedia).

Quand on parle en 2013 de « partage non marchand », on pense et on désigne explicitement la famille des protocoles P2P type BitTorrent. Ces protocoles ont été conçus pour s’échanger des fichiers gratuitement. Une analyse historique nous dirait que c’est en réaction aux exigences toujours plus grandes et au chantage dirigé par les majors et autres multinationales armées du Copyright. Ces protocoles n’ont pas été conçus pour monétiser les échanges, mais cela ne veut pas dire qu’il est impossible de concevoir des réseaux P2P pour un échange marchand, et sans employer Bitcoin/Freecoin/Zerocoin.

Parallèlement, la monétique s’est informatisée mais en restant extrêmement centralisée au point que peu de gens imaginent que l’Internet puisse servir de moyen de paiement direct, simple et sécurisé entre deux citoyens, quels qu’ils soient et où il se trouve sur Terre, sans être observés et même sans l’aval de banques (les gouvernements ont une responsabilité dans cet obscurantisme). On en arrive à une situation telle que des écrivains gérant eux même l’édition numérique de leurs livres, les déposent sur une plateforme actuellement pourvue du système de paiement CB (VISA, Mastercard, PayPal), proposant un service tout sauf simple, gratuit et sécurisé. Ces auteurs n’ont simplement pas d’autre choix vu l’offre technique actuelle. Ce point est très important car les défenseurs du « partage non marchand » argumentent que l’acte d’achat bloque et bloquera les internautes dans leur consommation culturelle et donc ils demandent la gratuité totale du bien immatériel pour tous. Or il faut s’imaginer que le paiement de demain sur le Net se fera en un seul clic, donc finalement sans différence avec le clic pour déclencher le téléchargement gratuit d’un fichier actuellement. Il n’y aura aucun « paywall ». Il y a cependant un vrai danger dans cette évolution, elle s’appelle GoogleWallet, car non seulement l’internaute est invité à lier ses données personnelles à son portefeuille mais il laisse aussi les clés de sa vie numérique et son argent à la même entreprise privée, gigantesque donc faillible. Nous pensons que ce serait ici la priorité sur laquelle devrait agir les collectifs précédents; exiger la conception, l’implantation et la diffusion sous la direction des États, par leurs agences de recherche d’un moyen de paiement décentralisé (P2P), simple, ouvert, gratuit et sécurisé. En particulier, et sans trop entrer dans les détails techniques, chaque citoyen devra générer personnellement des clés (comme nous le faisons en nous choisissant une signature manuscrite!) pour signer et chiffrer depuis son smartphone, sans qu’aucune autorité n’ait besoin de délivrer des identités numériques (cartes à puce,…).

Si ce moyen de paiement numérique entre citoyens était mis en place, il serait possible aux créateurs de bien culturels immatériels de les vendre sur ces réseaux P2P très facilement et aussi pour les consommateurs de les acheter directement, en circuit court, sans aucun passage aux USA ! Le phénomène de blocage observé par les économistes de l’économie de culture est relatif au prix trop élevé du bien par rapport à la propension à payer du consommateur potentiel, mais jamais par l’effet de gratuité. Au contraire, la gratuité induit un comportement peu optimal économiquement car le bien est copié précipitamment sans observer la petite retenue qui prévaut avant tout acte d’achat…voulons nous vraiment ça ? Si dans l’univers matériel, une certaine écologie de l’accumulation freine l’entassement des biens gratuits, qui sont rares, dans le numérique, on se souvient du réflexe de « copier pour copier » (moi c’était les jeux Ebdogiciel sur Comodore64 en 1984…snif!), sans limite et dépassant le temps possible à visionner, à consommer ces biens (des internautes encore aujourd’hui disposent de Téraoctets de données dont il n’ont pas le temps de profiter). Dans le même temps et conséquence de cette copie gratuite, le producteur du bien est privé mécaniquement d’un revenu direct… si le bien est échangé gratuitement. Un auteur peut trouver, surtout actuellement à cause du « paywall », mais de moins en moins demain car libéré de ce « paywall » qu’il est avantageux pour sa promotion de diffuser gratuitement une création, mais c’est un micro acte suicidaire si le téléchargement gratuit ou le téléchargement payant restent aussi simples l’un comme l’autre, l’intérêt que suscite l’œuvre auprès de l’acheteur vaut obligatoirement quelques centimes, jamais zéro. Autrement, il n’y a aucune raison qu’elle occupe son disque dur. A l’époque du cloud de plus en plus réparti, le soucis de sauvegarde sera géré directement par le Net et l’utilisateur n’aura plus à s’en soucier, enfin !

Or le numérique permet l’extrapolation des économies d’échelle recherchées durant toute l’époque industrielle pour les biens matériels, ce qui s’énonce par une loi qui établit que le cout marginal d’un bien immatériel est nul. Donc si corolairement les couts de production pour le créateur sont indépendants du nombre d’acheteurs (fabriquer une nouvelle instance du bien ne coute rien), alors le créateur peut tirer un bénéfice substantiellement infini, même si chaque acheteur ne paye que quelques centimes. Comme un échange marchand est un rapport de force entre des classes d’individus (voir Paul Jorion sur ce point précis), il est besoin de corriger le mécanisme du commerce classique, connu depuis l’Antiquité et adapté aux bien matériels, pour en définir un nouveau, de préférence démocratique et dédié aux biens immatériels exclusivement. Ce mécanisme inclut un remboursement automatique des acheteurs précédents de telle façon que chacun ait payé le même montant à tout instant, prix décroissant dans le temps, tandis que le vendeur (l’artiste) touche un revenu croissant mais borné par un montant escompté au départ. Donc avec ce système, chaque artiste est devenu un micro-entrepreneur qui doit fixer les prix initiaux et les revenus désirés de ses œuvres pour les vendre directement sur le réseau P2P.

Parlons maintenant de « partage ». Tout le monde veut partager, plus encore de la culture avec sa famille et ses amis, mais le vrai partage d’un bien se fait avant tout aussi avec le concepteur de ce bien. La revente et l’occasion sont des concepts qui n’ont aucun sens pour des biens immatériels, et libéré des contraintes physiques de transport, on peut par l’Internet établir et maintenir un lien avec l’auteur d’une œuvre culturelle (c’est la commande ‘ln -s’ au lieu de la commande ‘cp’ connues des Unixiens).

Partager en excluant l’auteur n’a pas de nom actuellement et donc je l’ai nommé ‘i-voler’. Ce n’est pas du vol classique car il n’y a pas dépossession du bien immatériel (c’est une caractéristique intrinsèque des biens immatériels, voir Wikipedia), mais cela s’en rapproche dans la mesure où l’acte empêche l’auteur de toucher un quelconque revenu de son travail quand bien même il le désirerait…et il n’a aucune raison de ne pas le désirer car il doit vivre comme tout le monde, donc gagner un minimum d’argent. Ce serait aberrant que pour l’activité qu’il aime (une pratique d’un art n’est généralement pas faite sous contrainte) et pour laquelle il est doué, il ne puisse pas réclamer et toucher de l’argent et qu’il soit obligé de prendre une activité rémunératrice non artistique qui lui déplairait.

Le vrai partage est celui qui partage les biens et les couts. Le numérique établit une relation 1-n ou n-n (cf Wikipedia « bien immatériel »), qui si l’on suit quelques règles, est très équitable pour tous. Pensez qu’une œuvre reconnue pour sa qualité, donc achetée en de nombreux exemplaires n’aura finalement rien couté (l’équivalent d’1 centime) aux internautes, et que l’auteur aura obtenu le revenu espéré, cette œuvre passe automatiquement dans le domaine public (les nouveaux acheteurs en disposeront gratuitement). Nous venons de résoudre un point épineux et contesté du Droit d’Auteur sur la durée de protection des droits et la prétendue rémunération des ayants droits…sans  ajouter une quelconque loi, juste en laissant fonctionner l’Internet de demain. Cerise sur le gâteau ! l’échange marchand en circuit court a évincé des intermédiaires, et donc les commissions que ces derniers avaient l’habitude de ponctionner des deux côtés (artistes et consommateurs). Tout cela ne faisant que stimuler l’économie locale de l’acheteur et du vendeur (Dans le cas d’un échange international, deux pays se partagent les bénéfices). Enfin précisons que les gains des auteurs ne sont valables que si les créateurs sont vivants, donc dans l’univers des biens culturels immatériels, seuls ceux des contemporains dans le besoin seraient marchands, tous le reste serait bien évidemment gratuit (non marchand). Ne parlons même pas des productions de la recherche ou à des fins éducatives car les chercheurs étant rémunérés par des organismes publics ou privés, leurs travaux sont obligatoirement des biens non-marchands.

Coupons court à l’idée que si l’auteur s’inspire de toutes les autres œuvres dont il a déjà pris connaissance, alors son œuvre n’est donc pas vraiment la sienne et il doit en quelque sorte la laisser aux autres pour qu’eux-mêmes s’en inspirent. L’i-propriété n’est pas définie et n’est certes pas la propriété que l’on connait sur les biens matériels. La réutilisation est de toute façon encouragée sur le Net (je ne parle pas des restrictions imposées par le Droit d’Auteur), que le bien soit gratuit ou payant. Mettre à la vente un bien trop cher, c’est aussi prendre le risque qu’un autre l’achète, le réutilise, y ajoute sa patte et mette le tout moins cher sur le réseau. S’il respecte le droit moral de paternité, le Net se charge d’horodater chaque œuvre (avec signature digitale) et donc il devient facile pour un tribunal de juger d’un éventuel plagiat, ou abus commercial flagrant, mais ne tombons pas dans l’excès que les œuvres sont le produit de tous et qu’il n’y a aucune différence entre le créateur et le consommateur. Écouter de la musique et jouer d’un instrument n’a jamais été la même chose.

Si la demande récurrente depuis dix ans, de légalisation du partage non marchand (incluant les œuvres protégées) est validée et considérant que les réseaux P2P seront de plus en plus nombreux, il sera légalement possible pour tout internaute de prendre, copier, diffuser gratuitement toutes les œuvres numériques existantes (le copieur aurait même l’impression de faire acte de générosité en laissant une partie de son disque dur à la communauté, tel un bienfaiteur!), même si l’auteur vivant, désire en faire commerce. Certain communards osent prétendre que le partage non-marchand peut cohabiter avec une exploitation marchande des œuvres contemporaines. Il est évident que ce n’est pas vrai avec le partage marchand P2P tel que nous l’avons exposé. Ce dernier serait tout simplement tué dans l’œuf, avant même qu’il ait une chance d’être compris et utilisé. De plus, l’habitude qui serait prise par les internautes, décomplexés par le soutien officiel de la loi, faisant fi de l’auteur, de ses besoins financiers légitimes, téléchargerait tout ce qu’il peut, ce gratuitement, derrière une interface d’ordinateur des plus inhumaines. Comment osent-ils suggérer que le revenu de base, principe que je soutiens, mais qui concrètement ne sera pas supérieur à 400€/moi en Europe, puisse suffire aux artistes, qui par définition ont un don non commun ? On ne redira jamais assez que la qualité d’une œuvre s’évalue mieux par la satisfaction qu’elle procure au peuple que par la désignation d’une autorité bienfaisante du beau, et nous n’avons pas trouvé de meilleur indicateur que le revenu tiré de la vente de l’œuvre immatérielle (le prix x le nombre d’exemplaires), alors que les boutons ‘j’aime/j’aime pas’ ou les clics ne donnent que des données faussées et que le seront plus encore s’il y a un enjeu financier à la clé.

Ce ne serait que le début d’une dégradation lente mais obligatoire de la qualité des biens culturels (car il faut du temps pour la qualité et ne pas le perdre à un autre travail non créatif) et en même temps, il priverait l’artiste d’un emploi, ce qui n’a rien d’anodin par temps de crise économique comme celle que nous vivons actuellement. L’État viendrait surement au secours de ses artistes, pour un cout très élevé, après les avoir empêchés de se débrouiller tout seul, et de créer de la richesse. Économiquement, socialement et politiquement désastreux, temporairement populiste!

On peut voir les choses positivement si de très nombreux artistes, micro-entrepreneurs, vendent et vivent de leurs œuvres, on a créé in extenso un marché des circuit courts, marché qui n’existait pas avant, donc alimentant la croissance (ce n’est pas un mot plaisant pour certains !) et en libérant des emplois « non artistiques » pour d’autres citoyens moins doués. Je ne dis pas que ce système résorberait tout le chômage, mais il peut avoir sa contribution, difficile à évaluer maintenant. Il serait même possible que l’état alimente à moindre frais ce marché en donnant quelques ⊔ (prononcer /k^p/, c’est le nom de la monnaie utilisée pour les échanges de biens immatériels) à des citoyens à faible revenu ou par exemple à des jeunes générations très avides de culture par définition. Comme le budget consacré à la culture est potentiellement très élevé et non corrélé à la valeur de fabrication du bien, seul le temps reste limitant, mais si on atteint ces limites, les prix peuvent grimper sans déclencher de blocage et ainsi mieux faire vivre les artistes. Nous serions alors rentrés dans un cercle vertueux avec augmentation du niveau des biens culturels produits et consommés. Cette nouvelle économie n’alimenterait pas inutilement les pays hébergeurs d’intermédiaires comme GAAF (Google, Apple, Amazon, Facebook), élèverait le niveau d’éducation de la société et rendrait plus de gens heureux de vivre à plein temps de leur pratique artistique.

En revanche, en cas de légalisation du partage non marchand, chaque artiste devra rechercher des revenus alternatifs. Des économistes ont montré que l’économie du don ne pouvait être que marginale et donc que le crowdfunding sera limité. J’ajouterais qu’il est d’un rendement minable. Passer 6 mois de promotion et de travail acharné pour ne gagner que 1000€ n’est pas cher payé!

A propos de la « mutualisation » promue par la Contribution Créative, on pourrait spéculer sans fin sur l’inefficacité, le manque d’équité, la possible corruption, l’irréalisme de faire travailler des bénévoles, l’impossibilité de mesurer les activités d’amateurs minoritaires et d’autres méfaits antidémocratiques. On ne peut cependant construire aucun certitude dans un sens ou dans l’autre tant qu’on n’a pas essayé, diront ses défenseurs, soutenu par un discours populiste. On pourrait quand même dire que l’on a essayé, avec un cuisant échec sur les sociétés de gestion. Très bien de vouloir les rénover, mais je ne vois pas pourquoi, par quel miracle, Philippe Aigrain et ses amis arriveraient à créer maintenant un système parfait, dont chaque artiste serait content ! Même Pierre Lescure n’a pas donné suite dans son rapport à la contribution créative.

Admettons que l’on suive les directives de la contribution créative. On trouve 100 bénévoles pour évaluer les téléchargements des internautes. Au bout de quelques temps, ces bénévoles risquent d’exiger une petite rémunération pour leur travail rébarbatif, normal! En même temps, il seront vite identifiés et recevront des pressions, et le directoire sera surement obligé d’élargir ses scrutateurs. Si l’on extrapole le principe à tous les internautes, qui dans ce cas, ne pourront pas réclamer une compensation financière. Donc tout le monde observe tout le monde, ce qui promet un méga super calculateur avec une armée d’administrateurs pour tout gérer. Dans le même temps, il est possible qu’on envisage de pondérer le prix de la taxe par la quantité consommée…cela serait plus juste crie t-il et il n’a pas tort. Et cela est techniquement possible car on dispose de toutes les données. Elles sont fausses par le simple fait que l’identification numérique des personnes n’est pas exacte, mais passons sur ce détail. Chaque internaute payerait finalement en proportion de sa consommation, en fonction des œuvres téléchargées (et oui! tout ne se vaut pas, il y a aurait un classement des auteurs et des œuvres) et les artistes sont rémunérés, après dégrèvement des frais de gestion de la société de gestion (…l’histoire a montré que ces frais sont non négligeables!), en fonction de leur production, de leur popularité (on est pas en régime communiste!) et du nombre effectif de téléchargements.

Par ce système et ses adaptations, nous venons de ré-inventer « l’échange commercial », plus exactement une version complètement centralisée, avec beaucoup de graves défauts, quelques voleurs et beaucoup de volés.

Si à la place, nous avions réfléchi au problème pour en faire une implémentation distribuée, plus encore tenant compte des lois de l’immatériel, nous serions tombés sur la solution de partage marchand en P2P précédemment exposée, qui rappelons le, n’exige absolument aucun organisme central pour fonctionner.

Les réflexes de centralisation sont prégnants dans l’esprit de beaucoup d’internautes. Cela peut être grave quand ce sont des juristes et des férus de politique et qu’ils entendent faire adopter une « légalisation de l’i-vol » par nos députés.

Il faut avoir ceci à l’esprit quand on entend les beaux discours de solidarité et de partage exposés par le collectif Savoirscom1.

Pour sauver la culture numérique, il vaudrait mieux ne pas légiférer sur la partage non marchand, laisser une dissuasion pour faire comprendre que la loi dit que le  partage doit se faire avec l’auteur, et non sans lui. Toute répression sur ce point est contreproductive, c’est vrai, mais cela est bien différent de le constater que de valider une légalisation. Je soupçonne même les milieux juristes de vouloir légiférer là où le besoin n’y est pas, simplement pour alimenter des débats entre avocats, tout en créant  une bombe à retardement sur l’Internet. Utiliser cette arme pour alimenter un affrontement avec le Droit d’auteur et dénoncer sa rente, n’est absolument pas la bonne solution. Les artistes eux même en souffriraient. Ils en ont l’habitude me direz vous, à devoir mendier pour vivre auprès de bon seigneurs, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’une société qui finance très bien ses artistes est possible, sans tomber dans le travers du star système, pur produit de l’industrialisation culturelle. Mais avec un contact direct, entre humains doués de sens, sans « personne morale » entre eux, il est clair que l’économie du luxe et le monde des stars prendra de la distance avec celui des arts, car la culture est pour le peuple. Merci à l’Internet de rendre enfin cela possible.

Malheureusement, cette bombe peut ne pas être métaphorique dans le cas d’une réduction massive de la culture, et d’un détournement des peuples vers les religions et les guerres.