Pour un partage marchand !

Un article plus scientifique est en préparation sur la «théorie du partage marchand»(Merchant Sharing Theory). Il est disponible sur HAL.

L’Internet a une emprise de plus en plus grande sur notre vie et donc sur la Culture. La quantité de biens culturels immatériels continue à croitre, ce qui est, à-priori une bonne nouvelle pour l’accès populaire aux œuvres, pour le développement de l’esprit critique, et finalement pour le bonheur de chacun.

Mais l’Internet d’aujourd’hui n’est pas l’Internet de demain. Les maux et agressions dont il souffre aujourd’hui doivent être corrigés, en pensant à l’application sur l’Internet à venir et à leurs conséquences sur notre vie de demain sans s’attacher à son état actuel. Cependant, nous sommes en 2013 dans une situation, certains collectifs proposent des solutions dangereuses pour l’avenir. Basée sur des constats de véritables problèmes accumulés par l’industrie culturelle, et dénoncés légitimement, les solutions proposées vont à l’encontre de l’objectif initial et risquent de desservir la société entière. On peut même qualifier de « populiste » l’argumentaire proposé, car sous couvert de s’attaquer aux élites dirigeantes de et défendre le peuple, il arrive à séduire facilement les moins attentifs par de juteux bénéfices immédiats. Ces moyens mis en œuvre, pourrait créer un désastre non réversible dans le monde de la culture, avec des répercutions sur le reste de la société, plus encore quand cette dernière est fragilisée par une crise, qui prive de plus en plus de citoyens d’un revenu décent, quand des financiers abusent encore plus du système au point que des citoyens puissent douter des principes démocratiques à la base de l’économie.

Je suis plutôt partisan de ne pas trop faire entrer le Droit dans les affaires de l’Internet car le Droit a montré, avec le « Droit d’Auteur » en particulier combien il était inadapté au monde numérique. Il apparait normal qu’un corpus de règles artificielles datant de plusieurs siècles n’ait pas anticipé, ni pensé à l’Internet, aux contraintes qu’il impose (économie) et aux choix qu’il permet (politique). En conséquence, des initiatives fleurissent,  proposant la suppression pure du Droit d’Auteur (sa version anglo-saxonne Copyright), comme dans l’ouvrage Un monde sans Copyright, alors que des collectifs comme Savoirscom1 ou LaQuadratudeDuNet proposent une réforme de ce droit (voir Pour une réforme du droit d’auteur ).

S’il est tout à fait légitime de constater et de dénoncer les méfaits du Droit d’Auteur vis à vis du développement de la culture à l’ère numérique, il me parait inutile et dangereux de proposer et de demander aux députés Français et Européens la légalisation du partage non marchand. Pourquoi ?

D’abord, l’Internet évoluera vers plus de décentralisation, il reviendra en fin de compte aux principes qui l’ont guidé initialement avec des protocoles et des architectures distribués. Benjamin Bayart parlait dès 2005 du Minitel 2.0 pour qualifier et pour dénoncer la course à la puissance, la centralisation excessive des serveurs conduisant à un déséquilibre du réseau entier. Encore aujourd’hui, d’énormes centres de calculs, dirigés par des sociétés privées, exploitent les données personnelles et les biens immatériels, en particulier culturels. Certains observateurs pensent même que ces intermédiaires subsisteront éternellement. Or la percée des architectures réparties en « Peer2Peer » (sans serveur central) est bien réelle, inéluctable. On ne sait pas combien de temps cela prendra pour qu’elle reprenne la main de l’Internet. Il est nécessaire d’analyser la situation qui se présentera demain, c’est à dire une décentralisation d’une très grande majorité des services disponibles. Les producteurs, des humains, vont alors se rapprocher des consommateurs humains eux aussi, et toute la mécanique des intermédiaires encore contrôlées par des multinationales sera automatisée par diverses couches protocolaires qui formeront cet Internet. Donc la dé-intermédiation tant attendue aura bien lieu, mais à quel horizon ?

Le semblant de rapprochement entre les internautes sur les réseaux sociaux est aujourd’hui surveillé et géré par des serveurs administrés par des tiers pas toujours bien intentionnés, mais dans peu de temps, nos ordinateurs personnels mis bout à bout (par exemple ce nœud P2P est hébergé chez moi par un RPI à 30€!) formeront une puissance de calcul suffisante et l’utilisation d’algorithmes de cryptographie nous permettra de vous passer complètement des gros intermédiaires et de protéger nos données personnelles produites ou consommées, ce dans la plus grande « mobiquité » (voir Wikipedia).

Quand on parle en 2013 de « partage non marchand », on pense et on désigne explicitement la famille des protocoles P2P type BitTorrent. Ces protocoles ont été conçus pour s’échanger des fichiers gratuitement. Une analyse historique nous dirait que c’est en réaction aux exigences toujours plus grandes et au chantage dirigé par les majors et autres multinationales armées du Copyright. Ces protocoles n’ont pas été conçus pour monétiser les échanges, mais cela ne veut pas dire qu’il est impossible de concevoir des réseaux P2P pour un échange marchand, et sans employer Bitcoin/Freecoin/Zerocoin.

Parallèlement, la monétique s’est informatisée mais en restant extrêmement centralisée au point que peu de gens imaginent que l’Internet puisse servir de moyen de paiement direct, simple et sécurisé entre deux citoyens, quels qu’ils soient et où il se trouve sur Terre, sans être observés et même sans l’aval de banques (les gouvernements ont une responsabilité dans cet obscurantisme). On en arrive à une situation telle que des écrivains gérant eux même l’édition numérique de leurs livres, les déposent sur une plateforme actuellement pourvue du système de paiement CB (VISA, Mastercard, PayPal), proposant un service tout sauf simple, gratuit et sécurisé. Ces auteurs n’ont simplement pas d’autre choix vu l’offre technique actuelle. Ce point est très important car les défenseurs du « partage non marchand » argumentent que l’acte d’achat bloque et bloquera les internautes dans leur consommation culturelle et donc ils demandent la gratuité totale du bien immatériel pour tous. Or il faut s’imaginer que le paiement de demain sur le Net se fera en un seul clic, donc finalement sans différence avec le clic pour déclencher le téléchargement gratuit d’un fichier actuellement. Il n’y aura aucun « paywall ». Il y a cependant un vrai danger dans cette évolution, elle s’appelle GoogleWallet, car non seulement l’internaute est invité à lier ses données personnelles à son portefeuille mais il laisse aussi les clés de sa vie numérique et son argent à la même entreprise privée, gigantesque donc faillible. Nous pensons que ce serait ici la priorité sur laquelle devrait agir les collectifs précédents; exiger la conception, l’implantation et la diffusion sous la direction des États, par leurs agences de recherche d’un moyen de paiement décentralisé (P2P), simple, ouvert, gratuit et sécurisé. En particulier, et sans trop entrer dans les détails techniques, chaque citoyen devra générer personnellement des clés (comme nous le faisons en nous choisissant une signature manuscrite!) pour signer et chiffrer depuis son smartphone, sans qu’aucune autorité n’ait besoin de délivrer des identités numériques (cartes à puce,…).

Si ce moyen de paiement numérique entre citoyens était mis en place, il serait possible aux créateurs de bien culturels immatériels de les vendre sur ces réseaux P2P très facilement et aussi pour les consommateurs de les acheter directement, en circuit court, sans aucun passage aux USA ! Le phénomène de blocage observé par les économistes de l’économie de culture est relatif au prix trop élevé du bien par rapport à la propension à payer du consommateur potentiel, mais jamais par l’effet de gratuité. Au contraire, la gratuité induit un comportement peu optimal économiquement car le bien est copié précipitamment sans observer la petite retenue qui prévaut avant tout acte d’achat…voulons nous vraiment ça ? Si dans l’univers matériel, une certaine écologie de l’accumulation freine l’entassement des biens gratuits, qui sont rares, dans le numérique, on se souvient du réflexe de « copier pour copier » (moi c’était les jeux Ebdogiciel sur Comodore64 en 1984…snif!), sans limite et dépassant le temps possible à visionner, à consommer ces biens (des internautes encore aujourd’hui disposent de Téraoctets de données dont il n’ont pas le temps de profiter). Dans le même temps et conséquence de cette copie gratuite, le producteur du bien est privé mécaniquement d’un revenu direct… si le bien est échangé gratuitement. Un auteur peut trouver, surtout actuellement à cause du « paywall », mais de moins en moins demain car libéré de ce « paywall » qu’il est avantageux pour sa promotion de diffuser gratuitement une création, mais c’est un micro acte suicidaire si le téléchargement gratuit ou le téléchargement payant restent aussi simples l’un comme l’autre, l’intérêt que suscite l’œuvre auprès de l’acheteur vaut obligatoirement quelques centimes, jamais zéro. Autrement, il n’y a aucune raison qu’elle occupe son disque dur. A l’époque du cloud de plus en plus réparti, le soucis de sauvegarde sera géré directement par le Net et l’utilisateur n’aura plus à s’en soucier, enfin !

Or le numérique permet l’extrapolation des économies d’échelle recherchées durant toute l’époque industrielle pour les biens matériels, ce qui s’énonce par une loi qui établit que le cout marginal d’un bien immatériel est nul. Donc si corolairement les couts de production pour le créateur sont indépendants du nombre d’acheteurs (fabriquer une nouvelle instance du bien ne coute rien), alors le créateur peut tirer un bénéfice substantiellement infini, même si chaque acheteur ne paye que quelques centimes. Comme un échange marchand est un rapport de force entre des classes d’individus (voir Paul Jorion sur ce point précis), il est besoin de corriger le mécanisme du commerce classique, connu depuis l’Antiquité et adapté aux bien matériels, pour en définir un nouveau, de préférence démocratique et dédié aux biens immatériels exclusivement. Ce mécanisme inclut un remboursement automatique des acheteurs précédents de telle façon que chacun ait payé le même montant à tout instant, prix décroissant dans le temps, tandis que le vendeur (l’artiste) touche un revenu croissant mais borné par un montant escompté au départ. Donc avec ce système, chaque artiste est devenu un micro-entrepreneur qui doit fixer les prix initiaux et les revenus désirés de ses œuvres pour les vendre directement sur le réseau P2P.

Parlons maintenant de « partage ». Tout le monde veut partager, plus encore de la culture avec sa famille et ses amis, mais le vrai partage d’un bien se fait avant tout aussi avec le concepteur de ce bien. La revente et l’occasion sont des concepts qui n’ont aucun sens pour des biens immatériels, et libéré des contraintes physiques de transport, on peut par l’Internet établir et maintenir un lien avec l’auteur d’une œuvre culturelle (c’est la commande ‘ln -s’ au lieu de la commande ‘cp’ connues des Unixiens).

Partager en excluant l’auteur n’a pas de nom actuellement et donc je l’ai nommé ‘i-voler’. Ce n’est pas du vol classique car il n’y a pas dépossession du bien immatériel (c’est une caractéristique intrinsèque des biens immatériels, voir Wikipedia), mais cela s’en rapproche dans la mesure où l’acte empêche l’auteur de toucher un quelconque revenu de son travail quand bien même il le désirerait…et il n’a aucune raison de ne pas le désirer car il doit vivre comme tout le monde, donc gagner un minimum d’argent. Ce serait aberrant que pour l’activité qu’il aime (une pratique d’un art n’est généralement pas faite sous contrainte) et pour laquelle il est doué, il ne puisse pas réclamer et toucher de l’argent et qu’il soit obligé de prendre une activité rémunératrice non artistique qui lui déplairait.

Le vrai partage est celui qui partage les biens et les couts. Le numérique établit une relation 1-n ou n-n (cf Wikipedia « bien immatériel »), qui si l’on suit quelques règles, est très équitable pour tous. Pensez qu’une œuvre reconnue pour sa qualité, donc achetée en de nombreux exemplaires n’aura finalement rien couté (l’équivalent d’1 centime) aux internautes, et que l’auteur aura obtenu le revenu espéré, cette œuvre passe automatiquement dans le domaine public (les nouveaux acheteurs en disposeront gratuitement). Nous venons de résoudre un point épineux et contesté du Droit d’Auteur sur la durée de protection des droits et la prétendue rémunération des ayants droits…sans  ajouter une quelconque loi, juste en laissant fonctionner l’Internet de demain. Cerise sur le gâteau ! l’échange marchand en circuit court a évincé des intermédiaires, et donc les commissions que ces derniers avaient l’habitude de ponctionner des deux côtés (artistes et consommateurs). Tout cela ne faisant que stimuler l’économie locale de l’acheteur et du vendeur (Dans le cas d’un échange international, deux pays se partagent les bénéfices). Enfin précisons que les gains des auteurs ne sont valables que si les créateurs sont vivants, donc dans l’univers des biens culturels immatériels, seuls ceux des contemporains dans le besoin seraient marchands, tous le reste serait bien évidemment gratuit (non marchand). Ne parlons même pas des productions de la recherche ou à des fins éducatives car les chercheurs étant rémunérés par des organismes publics ou privés, leurs travaux sont obligatoirement des biens non-marchands.

Coupons court à l’idée que si l’auteur s’inspire de toutes les autres œuvres dont il a déjà pris connaissance, alors son œuvre n’est donc pas vraiment la sienne et il doit en quelque sorte la laisser aux autres pour qu’eux-mêmes s’en inspirent. L’i-propriété n’est pas définie et n’est certes pas la propriété que l’on connait sur les biens matériels. La réutilisation est de toute façon encouragée sur le Net (je ne parle pas des restrictions imposées par le Droit d’Auteur), que le bien soit gratuit ou payant. Mettre à la vente un bien trop cher, c’est aussi prendre le risque qu’un autre l’achète, le réutilise, y ajoute sa patte et mette le tout moins cher sur le réseau. S’il respecte le droit moral de paternité, le Net se charge d’horodater chaque œuvre (avec signature digitale) et donc il devient facile pour un tribunal de juger d’un éventuel plagiat, ou abus commercial flagrant, mais ne tombons pas dans l’excès que les œuvres sont le produit de tous et qu’il n’y a aucune différence entre le créateur et le consommateur. Écouter de la musique et jouer d’un instrument n’a jamais été la même chose.

Si la demande récurrente depuis dix ans, de légalisation du partage non marchand (incluant les œuvres protégées) est validée et considérant que les réseaux P2P seront de plus en plus nombreux, il sera légalement possible pour tout internaute de prendre, copier, diffuser gratuitement toutes les œuvres numériques existantes (le copieur aurait même l’impression de faire acte de générosité en laissant une partie de son disque dur à la communauté, tel un bienfaiteur!), même si l’auteur vivant, désire en faire commerce. Certain communards osent prétendre que le partage non-marchand peut cohabiter avec une exploitation marchande des œuvres contemporaines. Il est évident que ce n’est pas vrai avec le partage marchand P2P tel que nous l’avons exposé. Ce dernier serait tout simplement tué dans l’œuf, avant même qu’il ait une chance d’être compris et utilisé. De plus, l’habitude qui serait prise par les internautes, décomplexés par le soutien officiel de la loi, faisant fi de l’auteur, de ses besoins financiers légitimes, téléchargerait tout ce qu’il peut, ce gratuitement, derrière une interface d’ordinateur des plus inhumaines. Comment osent-ils suggérer que le revenu de base, principe que je soutiens, mais qui concrètement ne sera pas supérieur à 400€/moi en Europe, puisse suffire aux artistes, qui par définition ont un don non commun ? On ne redira jamais assez que la qualité d’une œuvre s’évalue mieux par la satisfaction qu’elle procure au peuple que par la désignation d’une autorité bienfaisante du beau, et nous n’avons pas trouvé de meilleur indicateur que le revenu tiré de la vente de l’œuvre immatérielle (le prix x le nombre d’exemplaires), alors que les boutons ‘j’aime/j’aime pas’ ou les clics ne donnent que des données faussées et que le seront plus encore s’il y a un enjeu financier à la clé.

Ce ne serait que le début d’une dégradation lente mais obligatoire de la qualité des biens culturels (car il faut du temps pour la qualité et ne pas le perdre à un autre travail non créatif) et en même temps, il priverait l’artiste d’un emploi, ce qui n’a rien d’anodin par temps de crise économique comme celle que nous vivons actuellement. L’État viendrait surement au secours de ses artistes, pour un cout très élevé, après les avoir empêchés de se débrouiller tout seul, et de créer de la richesse. Économiquement, socialement et politiquement désastreux, temporairement populiste!

On peut voir les choses positivement si de très nombreux artistes, micro-entrepreneurs, vendent et vivent de leurs œuvres, on a créé in extenso un marché des circuit courts, marché qui n’existait pas avant, donc alimentant la croissance (ce n’est pas un mot plaisant pour certains !) et en libérant des emplois « non artistiques » pour d’autres citoyens moins doués. Je ne dis pas que ce système résorberait tout le chômage, mais il peut avoir sa contribution, difficile à évaluer maintenant. Il serait même possible que l’état alimente à moindre frais ce marché en donnant quelques ⊔ (prononcer /k^p/, c’est le nom de la monnaie utilisée pour les échanges de biens immatériels) à des citoyens à faible revenu ou par exemple à des jeunes générations très avides de culture par définition. Comme le budget consacré à la culture est potentiellement très élevé et non corrélé à la valeur de fabrication du bien, seul le temps reste limitant, mais si on atteint ces limites, les prix peuvent grimper sans déclencher de blocage et ainsi mieux faire vivre les artistes. Nous serions alors rentrés dans un cercle vertueux avec augmentation du niveau des biens culturels produits et consommés. Cette nouvelle économie n’alimenterait pas inutilement les pays hébergeurs d’intermédiaires comme GAAF (Google, Apple, Amazon, Facebook), élèverait le niveau d’éducation de la société et rendrait plus de gens heureux de vivre à plein temps de leur pratique artistique.

En revanche, en cas de légalisation du partage non marchand, chaque artiste devra rechercher des revenus alternatifs. Des économistes ont montré que l’économie du don ne pouvait être que marginale et donc que le crowdfunding sera limité. J’ajouterais qu’il est d’un rendement minable. Passer 6 mois de promotion et de travail acharné pour ne gagner que 1000€ n’est pas cher payé!

A propos de la « mutualisation » promue par la Contribution Créative, on pourrait spéculer sans fin sur l’inefficacité, le manque d’équité, la possible corruption, l’irréalisme de faire travailler des bénévoles, l’impossibilité de mesurer les activités d’amateurs minoritaires et d’autres méfaits antidémocratiques. On ne peut cependant construire aucun certitude dans un sens ou dans l’autre tant qu’on n’a pas essayé, diront ses défenseurs, soutenu par un discours populiste. On pourrait quand même dire que l’on a essayé, avec un cuisant échec sur les sociétés de gestion. Très bien de vouloir les rénover, mais je ne vois pas pourquoi, par quel miracle, Philippe Aigrain et ses amis arriveraient à créer maintenant un système parfait, dont chaque artiste serait content ! Même Pierre Lescure n’a pas donné suite dans son rapport à la contribution créative.

Admettons que l’on suive les directives de la contribution créative. On trouve 100 bénévoles pour évaluer les téléchargements des internautes. Au bout de quelques temps, ces bénévoles risquent d’exiger une petite rémunération pour leur travail rébarbatif, normal! En même temps, il seront vite identifiés et recevront des pressions, et le directoire sera surement obligé d’élargir ses scrutateurs. Si l’on extrapole le principe à tous les internautes, qui dans ce cas, ne pourront pas réclamer une compensation financière. Donc tout le monde observe tout le monde, ce qui promet un méga super calculateur avec une armée d’administrateurs pour tout gérer. Dans le même temps, il est possible qu’on envisage de pondérer le prix de la taxe par la quantité consommée…cela serait plus juste crie t-il et il n’a pas tort. Et cela est techniquement possible car on dispose de toutes les données. Elles sont fausses par le simple fait que l’identification numérique des personnes n’est pas exacte, mais passons sur ce détail. Chaque internaute payerait finalement en proportion de sa consommation, en fonction des œuvres téléchargées (et oui! tout ne se vaut pas, il y a aurait un classement des auteurs et des œuvres) et les artistes sont rémunérés, après dégrèvement des frais de gestion de la société de gestion (…l’histoire a montré que ces frais sont non négligeables!), en fonction de leur production, de leur popularité (on est pas en régime communiste!) et du nombre effectif de téléchargements.

Par ce système et ses adaptations, nous venons de ré-inventer « l’échange commercial », plus exactement une version complètement centralisée, avec beaucoup de graves défauts, quelques voleurs et beaucoup de volés.

Si à la place, nous avions réfléchi au problème pour en faire une implémentation distribuée, plus encore tenant compte des lois de l’immatériel, nous serions tombés sur la solution de partage marchand en P2P précédemment exposée, qui rappelons le, n’exige absolument aucun organisme central pour fonctionner.

Les réflexes de centralisation sont prégnants dans l’esprit de beaucoup d’internautes. Cela peut être grave quand ce sont des juristes et des férus de politique et qu’ils entendent faire adopter une « légalisation de l’i-vol » par nos députés.

Il faut avoir ceci à l’esprit quand on entend les beaux discours de solidarité et de partage exposés par le collectif Savoirscom1.

Pour sauver la culture numérique, il vaudrait mieux ne pas légiférer sur la partage non marchand, laisser une dissuasion pour faire comprendre que la loi dit que le  partage doit se faire avec l’auteur, et non sans lui. Toute répression sur ce point est contreproductive, c’est vrai, mais cela est bien différent de le constater que de valider une légalisation. Je soupçonne même les milieux juristes de vouloir légiférer là où le besoin n’y est pas, simplement pour alimenter des débats entre avocats, tout en créant  une bombe à retardement sur l’Internet. Utiliser cette arme pour alimenter un affrontement avec le Droit d’auteur et dénoncer sa rente, n’est absolument pas la bonne solution. Les artistes eux même en souffriraient. Ils en ont l’habitude me direz vous, à devoir mendier pour vivre auprès de bon seigneurs, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’une société qui finance très bien ses artistes est possible, sans tomber dans le travers du star système, pur produit de l’industrialisation culturelle. Mais avec un contact direct, entre humains doués de sens, sans « personne morale » entre eux, il est clair que l’économie du luxe et le monde des stars prendra de la distance avec celui des arts, car la culture est pour le peuple. Merci à l’Internet de rendre enfin cela possible.

Malheureusement, cette bombe peut ne pas être métaphorique dans le cas d’une réduction massive de la culture, et d’un détournement des peuples vers les religions et les guerres.

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Une réflexion au sujet de « Pour un partage marchand ! »

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