La Nouvelle France Industrielle

Je découvre, avec un peu de retard, le document présenté par Arnaud Montebourg, Ministre du Redressement Productif;

La Nouvelle France Industrielle. (allez directement au pdf)

Je ne me permettrai pas d’apporter un avis sur tous les domaines industriels abordés, car la plupart sont hors de ma compétence, mais j’aimerai revenir sur une filière, présentée ici comme prometteuse en terme de croissance et d’emploi: le NFC.

La photo suivante, tirée de ce rapport, me fait bondir!

nfc

…et je la mettrais en comparaison à celle ci:

robot

Si l’on convient facilement en 2013 que la prévision de 1900 sur le maquillage en l’an 2000 s’est légèrement trompé,  on peut aussi prévoir que la méthode de paiement dans moins de 10 ans ne sera surement pas celle présentée par la photo.

En effet, quel est cet objet en forme de calculette des années 80 ? (on dirait la TI57!).

Un terminal de paiement ?…mais à quoi cet objet peut-il servir ?

Comme vous le savez, de plus en plus de monde s’équipe de téléphone type smartphone, connectable à l’Internet. Le marché dépasse celui des ordinateurs. Le téléphone est le véritable moi-numérique, à tel point que quand vous emmenez des ados en vacances, ils vous demandent en premier s’il y aura le Wifi/3G avant de de soucier s’il y aura de l’eau chaude! Ce téléphone est un investissement largement consenti par le citoyen, malgré son prix (voir par exemple un iPhone5S 64Go), que son utilisateur soit commerçant, ou client. Chaque téléphone dispose d’un clavier alphanumérique permettant de saisir une « passphrase » bien plus complexe que le PIN à 4 chiffre du terminal de paiement, mais surtout, pourquoi un client irait faire confiance dans une boite électronique tendue par un commerçant ? C’est un peu comme si une machine génératrice de chèque signait à votre place en allant chercher sur le Net la belle calligraphie de votre signature manuscrite!

L’objet est gros car il contient une mini-imprimante pour éditer le reçu obligatoire. Le téléphone ne peut-il pas recevoir ce reçu sous forme électronique ? Quant au fait qu’un reçu papier soit obligatoire en 2013, c’est une décision purement arbitraire, qui ne tient absolument pas compte des évolutions numériques inévitables et qui dans ce contexte n’est qu’un frein à l’innovation….à moins que les fournisseurs de papier soient aussi à sauver!

Non seulement ces terminaux de paiement ne servent à rien dès l’instant que chacun dispose d’un téléphone, mais surtout, il coutent très cher au commerçant quelque soit la formule (achat, location) et l’enferme dans un système de paiement CB, soumis à fortes commissions. Bien entendu, la fabrication de ces terminaux, des puces NFC qui équipent les téléphones et de toute l’industrie du paiement électronique fait prospérer des multinationales, proposant des emplois que l’on aimerait en théorie nombreux. Mais comme ce « marché » ne répond pas au besoin du citoyen, on peut s’attendre à ce que la soit distante innovation ne soit que temporaire, à l’image du Minitel face aux réseau TCP/IP, et que la bulle éclate un jour ou l’autre….avec une visite d’Arnaud Montebourg cette fois ci pour résoudre un plan social.

Et il n’y a pas que les terminaux à remettre en cause, la technologie NFC pour le paiement aussi. Pas étonnant qu’Apple n’ait pas intégré le NFC dans ses produits. Il faut savoir que pour des petites sommes (moins de 15€), il n’est pas demandé de saisie du code PIN à l’acheteur, dans le but de faciliter l’action de paiement. Donc si vous vous promenez dans une foule compacte, avec un lecteur NFC en mode réception de petits montants, vous pourrez débiter de nombreux anonymes à leur insu !

Ce qui est gênant dans le NFC pour le paiement, c’est que les acteurs (acheteur et vendeurs) ne visualisent rien de l’échange de données,

  • ni le sens de l’échange,
  • ni la taille des données échangées,
  • ni l’instant de début et l’instant de fin d’échange.

…tout pour que la méfiance s’installe et elle devrait légitimement s’installer.

Or dans un échange marchand, les acteurs peuvent comprendre ce qui se passe par l’analogie avec le chèque papier qu’ils connaissent.

Bob veut acheter le vélo d’Alice, 90€ (tous les deux sont d’accord pour ce prix). Alice tape 90 sur son téléphone, qui génère un QRcode (ou Datamatrix) donnant l’information: « je suis Alice » et « l’objet que je vends vaut 90€ ». Bob scanne ce QRcode, ensuite tape sur son téléphone sa passphrase (choisie précédemment, seul) pour signer le message: « Date:Alice->Bob:90 ». Message et signature ne représentent pas plus de 200 octets affiché par un second QRcode, montré à Alice. Chacun envoie sur le Net le message signé de la même façon qu’il mettrait un chèque à l’encaissement. Un joli son emis par les deux téléphone confirme que l’échange s’est bien passé. Par construction, la transaction ne peut être falsifiée même si un des acteurs modifie le logiciel sur son téléphone. Il n’y a plus besoin de faire confiance dans un terminal électronique d’un tiers et fabriqué par une multinationale faillible. Enfin l’authentification est forte car basée sur la combinaison de trois éléments;

  • quelque chose que je mémorise (une passphrase)
  • quelque chose que je transporte toujours avec moi (mon téléphone)
  • quelque chose de moi (donnée biométrique)

Bilan ce cette transaction; pas besoin de NFC, pas besoin de terminal de paiement, pas besoin de réseau haut débit (3G,4G), la transaction sécurisée passe sur un ou deux SMS. Imaginez la perte sèche pour les sociétés qui ont investi des milliards dans les puces, électronique dédiée et protocole complexes de paiement!

Si en plus, le paiement par QRcode est totalement gratuit pour l’acheteur comme pour le vendeur, que la cryptographie soit publique, donc sans nécessiter une assurance, qu’il n’ai aucun besoin d’opérateur téléphonique en dehors de fournir un accès faible débit au Net, et qu’aucun gros investissement en serveurs surpuissants ne soit nécessaire parce que les transactions et les clés publiques sont stockées sur un réseau distribué, alors toute une filière industrielle est potentiellement tarie et donc l’exemple du paiement numérique ne pourrait pas figurer dans la plaquette conçue par les services d’Arnaud Montebourg. Les acheteurs et les vendeurs (commerçant ou particulier) y gagneraient beaucoup en pouvoir d’achat, donc seraient activateurs de croissance, mais cette croissance compenserait-elle la perte d’intermédiaires financiers, même si leur inutilité est avérée à l’ère de l’Internet ?

Enfin, alors que des startup innovantes ont vraiment du mal à faire passer leurs idées d’innovation et à toucher quelques k€ de l’État, ce dernier finance avec de très grosses enveloppes des multinationales du CAC40 croyant préserver et soutenir l’innovation.

Or concernant le numérique, l’innovation est non-linéaire; il ne faut pas être deux fois plus gros pour innover deux fois plus. C’est plutôt l’inverse, de très petites équipes indépendantes, sont concrètement les seules à innover quand les grosses équipes ne produisent que des projets dépassés avant même qu’ils ne commencent.

Réclamer un « Airbus » du numérique est un non sens, car s’il faut une énorme structure pour concevoir et produire un avion, il y a des innovations sur le Net qui sont à la porté d’une seule personne sans aucun capital autre que sa tête. Cela demande pour l’État un travail de veille technologique plus important pour dénicher dans la botte de foin de l’Internet, la PME, le labo de recherche, le chercheur, … véritable aiguille, mais qui peut proposer un concept révolutionnaire à l’horizon 2020 (l’échelle de temps est modifiée par le Net).

Je dois me tromper sur le NFC, car la DGIS a dédié au NFC un ses experts, mais j’ai le sentiment que le choix raisonné sur ce sujet est plutôt pris à Cupertino qu’à Paris…mais si je ne me trompe pas, la France et l’Europe seront encore passées à coté d’une innovation numérique.

Le véritable danger s’appelle Google Wallet (Apple peut aussi sortir rapidement une solution concurrente), et cette solution n’est pas prévue d’être gratuite, ni libre (au sens de la disponibilité du code source) pour le consommateur et pour le commerçant. J’aurais aimé que la Nouvelle France Industrielle soit celle qui propose des solutions courageuses (génératrice d’emploi à plus long terme), innovantes pour le citoyen/internaute. Il semblerait qu’on préfère mettre une photo d’une espèce de TI57, rassurante pour les actionnaires de Gemalto, d’Orange ou de Thales.

L.F.

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