Le vrai partage marchand

Il me parait utile d’apporter certaines précisions sur l’usage du terme «partage marchand».

Alors que je propose une définition détaillée et publiée ici, j’ai trouvé un usage du terme «partage marchand» sur ce blog, pour désigner quelque chose de bien différent et qui n’est selon moi, absolument pas du partage marchand !

L’article de Calimaq porte sur les deux notes suivantes de l’HADOPI:

…mais à aucun moment, ces deux articles ne parlent de « partage marchand » !

Il y a dans le post du blog (J’ai tenté d’avertir son auteur, mais je suis visiblement banni de tout commentaire…aurais je mis le dois où cela fait mal ?) semble t-il une confusion, délibérée ou pas, du terme « partage » et « piratage ». Si le blogueur pense au modèle de feu Megaupload, il ne s’agissait absolument pas de « partage », car l’utilisateur avait un accès direct aux serveurs centraux et jamais avec d’autres utilisateurs de la même œuvre. Ce système était certes « marchand », en demandant un abonnement, mais j’ose espérer qu’aucun député Français ou Européen n’ait pensé à légaliser ce genre de pratiques. Il serait encore plus surprenant que l’HADOPI ne pense un seul instant à légaliser un pillage manifeste, sous prétexte qu’il y aurait possibilité de taxer tels fournisseurs de service ! C’est un peu comme demander une taxe sur les bénéfices de la mafia!

Si on pense à une version décentralisée, utilisant le protocole BitTorrent, donc partageant les disques durs des utilisateurs, alors je ne crois pas qu’il existe et qu’il puisse exister une version marchande! Ce serait vraiment parier sur la non-rationalité de l’internaute à aller payer pour un service qu’il peut trouver par ailleurs gratuitement, avec le même niveau de confort. On attendra les résultats de l’étude économique demandée par l’HADOPI pour voir s’il y a la moindre source de financement possible sur des intermédiaires. La modélisation mathématique devra prendre en compte l’intrusion de changements législatifs et fiscaux envisagés, car ne doutons pas que ces fameux intermédiaires que l’on voudrait taxer, sauront s’adapter pour justement ne pas être taxés.

Donc je ne vois pas de quoi parle l’article en question, sinon à faire la promotion de la Contribution Créative, qui rappelons le demande la « légalisation du partage non marchand« . Ce dernier point, qui n’est pas évoqué par la note HADOPI, est pourtant le plus dangereux, car il signerait la fin du vrai partage marchand.

Le vrai partage marchand se réalise sans intermédiaires. Parce que ces intermédiaires disparaissent, les prix proposés sont très inférieurs et les revenus générés pour les créateurs sont bien supérieurs. Il est légitime de parler de partage car le prix réel payé par chaque consommateur est le même et décroit au fur et à mesure que des nouveaux consommateurs arrivent. On partage le bien, mais aussi le cout. Quant à la promotion, elle sera assurée par des moteurs de recherche, pouvant éventuellement accepter de la publicité (désactivable par AdBlock, dans ce cas, je ne vois pas trop l’intérêt !), qui ne feraient que du référencement, donc en aucune manière taxable.

En revanche, pour le partage dit non-marchand », il n’y a peut être pas de profit réalisé par les partageurs, mais on exclu du cercle les créateurs du bien eux même ! En les privant d’un revenu légitime, on ne rend service à personne, ni à la société, ni à l’économie, ni à la culture.

Le partage non-marchand reste un partage entre e-voleurs. Le légaliser reviendrait à abandonner une nouvelle source de croissance. Je l’ai évalué à environ 1Md€/mois. On pourra toujours discuter sur cette valeur, mais je ne pourrai pas la défendre scientifiquement.  A défaut, on pourrait en faire une modélisation….à suivre.  Partager derrière le dos de l’auteur n’est pas très respectueux de son travail, de son génie ni de son effort. Si nous le faisons car des multinationales culturelles ont abusé et abusent encore en voulant extrapoler leur rente au numérique, continuons à le faire tant que la situation ne change pas, mais il y a une différence énorme entre cette pratique et une demande de légalisation. Si justement les intermédiaires disparaissent, alors les artistes seront bien plus exposés sans une armée de juristes pour soit disant les défendre, et si l’internaute lambda est dans son bon droit à copier une œuvre d’un auteur vivant pour la déposer sur sa box, alors on peut être certain que ce même auteur ne recevra aucun revenu. Les moteurs de recherche sauront trouver la bonne box dans un univers de partageurs non-marchand. A la manière d’un antibiotique, la légalisation peut tuer le modèle iTunes ou GooglePlay, mais en même temps, elle tuerait toute création indépendante….gros danger en vu pour la culture, et même la démocratie!

Cependant, il faudrait arrêter de faire passer le « partage non marchand » comme la victime de l’odieux Droit d’Auteur et de présenter les gentils « pirates » comme des bienfaiteurs des temps modernes. Le piratage n’est qu’une situation temporaire due à l’immaturité du Net, qui ne dispose pas encore de sa propre monnaie et n’assure pas encore le droit de mobiquité. Ne mélangeons pas toutes les œuvres de l’esprit. Autant il faut se battre pour que les travaux de recherche, et les supports éducatifs numériques soient tous gratuits sur le Net (car leurs auteurs sont payés par l’État), autant on ne peut accepter de légaliser le partage contre l’avis de l’auteur, de ses œuvres. N’aurait-il pas le droit de vivre de son art sur Internet ? Quand la création se sera déplacée du physique vers l’immatériel, avec les multiples avantages pour la diffusion de la culture, faut-il interdire tout concept d’e-propriété ?

Notre proposition de « partage marchand » permet un passage logique, simple et continu d’une œuvre dans le domaine public, durant la vie de l’auteur. Je me rends compte que cette proposition est gagnante pour tout le monde (consommateurs, créateurs, états,…) sauf pour des intermédiaires bien installés sur des rentes, et aussi pour les activistes des deux bords (Droit d’Auteur qui s’oppose au partage et des collectifs comme SavoirsCom1 ou LQDN qui jouent du lobbying pour alimenter la bataille et justifier quelques débat « entre amis » sur Internet.)

Attaquez ma proposition, je ne demande que cela, mais soyez un peu plus critiques face à des discours populistes qui vous promettent la culture pour tout gratuitement, légalement et prônent un communisme numérique pour financer quelques artistes qui auraient les faveurs de l’État.

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3 réflexions au sujet de « Le vrai partage marchand »

  1. Bonjour,
    ça fait du bien de retrouver un discours posé et modéré sur ce sujet. Effectivement personne ne connaît les conséquences réelles d’un choix plutôt qu’un autre.
    Le tout gratuit plongerait certainement nombre de gens, riches ou pas, dans la difficulté en les privant d’emploi créant de nouveaux « maîtres » au sein de l’état ; reste à savoir si ces nouveaux « maîtres », humains, auraient la capacité de rester fidèles à leur cause face à ce nouveau statut : rien n’est moins sûr.

    Par ailleurs, la position de l’Art n’est pas bien définie et reste floue, bien qu’apparaissant réduite à une simple distraction, amputant l’humanité d’une de ses caractéristiques fondamentales. Et comme vous le soulignez, sur un autre blog, on trouve des confusions bien que j’accorde à l’auteur que ce sujet est vaste.
    Mais il paraît difficile de traiter de tous les aspects par une seule et unique personne surtout si elle n’est pas forcément concernée par les répercussions qu’elle provoque. Je reconnais à Calimaq, un talent de rédaction et de réflexion mais j’admets que parfois, c’est assez « virulent »…

    Votre point de vue est intéressant, mais la méthode reste floue à première lecture. Je pense que vous devriez exposer comment ça fonctionne maintenant avec tous les acteurs et comment ça fonctionnerait sous « votre » régime. Par ailleurs, une traduction littéraire de l’expression mathématique est nécessaire pour des gens ne maîtrisant pas ce vocabulaire (ex : scalaire).

    A voir.

    Cordialement

  2. Sur le vocabulaire; scalaire veut dire « un seul nombre », il s’oppose à « vecteur » (un ensemble de nombre) ou « fonction » (une infinité de nombres).
    Tout le monde sait qu’est la valeur d’un prix d’un bien matériel; 90€ un vélo, un seul nombre: 90.
    Pour un bien immatériel, un faut une fonction qui peut se résumer à 2,3 ou 4 nombres (paramètres) si l’on spécifie une famille de courbes. Par exemple, et pour rester simple, la nouvelle de ma fille est en vente à 10⊔1000. Cela veut dire que le premier acheteur doit l’acheter 10⊔, le deuxième environ 6⊔, le troisième 4⊔, …ainsi de suite jusqu’à zéro⊔, quand ma fille aura touché les 1000⊔ espérés. Dans le même temps, les acheteurs précédents sont automatiquement remboursés afin que chacun ait payé le même prix, qui correspond au prix courant du dernier acheteur.
    Je vais faire un petit simulateur sur le Net pour faire comprendre cette notion.

  3. Personnellement, je sais ce que sont un scalaire (nombre représentatif d’une valeur donc déterminée comme une distance ou un poids) un vecteur (caractérisé par une norme, un sens, une direction) ainsi qu’une fonction ; mais ce que je voulais dire, c’est qu’il serait bon de faire un lien explicatif (ou un rappel) pour des gens extérieurs à ce type de raisonnement. De la sorte vous ciblez uniquement un public averti ; vulgarisez pour les autres si vous souhaitez transmettre vos idées, j’avais cerné le concept, mais moins saisi la nécessité de tout l’argumentaire… alors peut-être suis-je passé à côté d’autres choses.

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