Capitalisme 2.0

Je m’attaque à un sujet difficile à priori, mais avec l’éclairage que j’ai de la Théorie du Partage Marchand, celle ci peut apporter de nouveaux éléments au débat.

J’entends dire que nous serions au début d’une économie de l’abondance et que nous n’aurions que les outils de la rareté pour la gérer. Des ponts sont aussi dressés avec l’économie du partage, développée avec l’Internet.

L’économie du partage n’est rien d’autre qu’une optimisation du capitalisme le plus classique qui soit, avec les capacités de mémorisation et de transmission d’information entre individus par l’Internet. Les échanges commerciaux sont accélérés, les clients sont potentiellement plus nombreux et mieux informés, les ressources partageables sont mieux exploitées, le revente de biens matériels entre particuliers devient importante car chacun dispose par le Net de son propre magasin, sans l’aval d’une autorité….c’est une économie de type Leboncoin. Oublions un moment l’économie matérielle, qui reste prisonnière de la rareté imposée par les biens eux mêmes.

L’économie de la connaissance, elle, ne se penche que sur les biens immatériels, ceux qui sont non rivaux et potentiellement abondants car leur taux marginal de production est nul. La question qui se pose alors est :

Doit on introduire ou pas de la « rareté » dans cette économie ?

Les partisans de la protection du Droit d’Auteur affirment que oui!, c’est indispensable, et même si c’est artificiel et nécessite de nombreuses lois complexes, c’est nécessaire à la survie de cette économie qui, sinon péricliterait avec les créateurs non rémunérés.

Les « commonistes » disent que non!, tous les biens immatériels doivent être diffusés gratuitement sur le Net afin de faire profiter au maximum le peuple de la culture produite et que toute restriction marchande entraine automatiquement une contraction de la demande et donc conduit au déclin de cette Culture.

Donc les deux sont d’accord sur un point; la stratégie de l’autre serait l’enfer culturel ! Balle au centre !

Or le vrai problème est dans la notion même de prix, telle que nous la connaissons depuis quelques millénaires. Nous sommes tellement habitué à la relation un-un entre un vendeur et un acheteur, relation valable pour les biens matériels, que nous n’imaginons même pas que l’Internet a introduit un autre type de relation, un-plusieurs, entre un créateur et de nombreux consommateurs, et l’attitude courante est de:

  • forcer les biens immatériels à présenter les mêmes caractéristiques de rareté que les biens matériels pour leur imposer la marchandisation classique, oubien
  • imposer la gratuité, comme solution inévitable,…au moins, son voisin ne pourra pas s’enrichir !

Ce que propose la Théorie du Partage Marchand, c’est un nouveau principe de « prix », (c’est une fonction et plus un scalaire en terme mathématique), adapté aux biens immatériels et respectueux de principes démocratiques comme l’équité, la liberté et la transparence. Mais surtout, ce nouveau moyen d’échange, qui a tous les attributs du partage, génère des revenus pour les créateurs, donc de la richesse pour la société, donc une meilleure production culturelle, donc minimise les risques de guerres…rien que cela !

Vous me trouvez surement gonflé d’annoncer de si grands bénéfices pour tous. J’en suis le premier surpris et je peux le dire d’autant plus que si ce système s’instaurait, je ne serais pas le premier bénéficiaire, je n’ai aucun don artistique malheureusement.

Il faut bien comprendre qu’il n’y aura bientôt plus de « paywall » sur Internet. On pourra acheter en un clic, donc sans différence avec un téléchargement gratuit. Une longue bataille s’ouvre pour savoir si le moyen de paiement numérique sera privé et payant (comme GoogleWallet), ou Open-source et gratuit (comme notre solution PingPongCash),…on verra.

En revanche, il est certain que l’argument des commonistes sur l’existence d’un paywall ne tiendra plus. L’argument souvent associé est qu’un consommateur de biens culturels n’achèterait pas parce que c’est payant, même 1 centime. Je ne suis pas chercheur en sciences sociale, mais il me semble que le modèle de décision d’achat n’est pas très complexe. Chacun a une propension à payer un bien culturel, en fonction de son portefeuille et des choix précédents, et si le prix de l’œuvre est supérieur, alors l’achat est effectivement refusé, donc ce n’est pas optimal économiquement.

Rappelons que dans le système du partage marchand, il y a éviction des intermédiaires et partage du cout, ce qui conduit à des prix proposés très bas. Donc le risque de refus d’achat pour cause de montant trop élevé est très faible. Si le consommateur comprend et intègre le mécanisme de remboursement automatique, il sait que le prix acheté n’est qu’un maximum, et que si le bien devient assez populaire pour sortir dans le domaine public, il aura été remboursé entièrement de son achat (techniquement, il peut rester quelques centimes de résidu non restitué à cause des effets d’arrondis, mais cet argent ne va jamais dans une commission d’un intermédiaire).

Par ailleurs, le fait qu’il y ait transparence sur le revenu touché par le créateur, donne plus confiance aux acheteurs. Enfin savoir que chacun finance les vrais artistes, pas des multinationales, ni des héritiers, devrait convertir certains anciens « pirates ».

On me critique de vouloir imposer ce système. D’abord, chaque créateur reste libre du choix entre :

  • aucun revenu parce que l’œuvre est sous licence autorisant sa copie gratuite. L’auteur sera glorifié par les commonistes et les plateformes de crowdfunding. Passé l’originalité de l’acte, les généreux donateurs vont ils se pérenniser ?
  • un revenu faible définit par un intermédiaire de poids et une armée de juristes pour défendre tout atteinte au droit d’auteur, et l’espoir de rentrer dans le star système.
  • un revenu pérenne, équitable, correspondant à la popularité exacte de ses oeuvres, sans excès.

Renversons la remarque. Je voudrais en effet promouvoir une forme de démocratie pour le partage des biens du Net. Les opposants demandent la pluralité de dictatures (de la gratuité pour les uns, du droit d’auteur pour les autres), les internautes décideront, mais je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas dénoncer des discours populistes et rappeler le danger, irréversible et amplifié à terme de légaliser le partage non marchand. Ce n’est pas anodin. De même qu’une démocratie n’est pas compatible avec certains principes anarchiques, le « Partage Marchand » n’est pas compatible avec le « partage non marchand en opposition au désir de l’auteur », nommé « piratage« . Je ne demande absolument pas un durcissement de la répression sur le piratage, ce n’est pas rentable ni moralement, ni économiquement. Quand on est face à un système en pleine mutation, non mature, comme l’est actuellement le Net, la bonne décision est surement de ne pas légiférer. Bien entendu, les juristes et avocats auraient un travail assuré pendant 20 ans s’il fallait batailler en 2013 pour légaliser, puis re-batailler en 2020 ou 2030 pour pénaliser…l’internaute n’y comprendrait rien et serait difficilement convaincu de payer pour un acte qui été gratuit auparavant. Les industries culturelles seraient aussi détruites et ne pourraient plus trop faire de mal…révélant alors dans leur absence ce qu’elles ont fait de bien.

Quid des grosses productions cinématographiques ?

Il est vrai que le modèle du « partage marchand » s’adapte en premier aux e-book car la concurrence des formules d’abonnement est moins vive. Les « France Loisir » numérique qui choisissent à votre place votre prochain livre, me semble être une solution de désespoir. Les écrivains n’ont pas la possibilité comme les musiciens ou chanteurs de se rémunérer par des performances en public (concerts). Enfin, même si l’industrie du livre met toutes ses forces et son argent à ralentir (surtout en France) l’arrivée du numérique, le barrage cassera un jour ou l’autre, c’est certain, et comme la demande en livre papier s’affaiblira, les sources de revenu des auteurs se tariront, rendant les écrivains encore plus dépendant des maison d’édition agonisantes ou restructurées à des activités peu littéraires. Donc nous nous penchons en premier sur le marché de l’édition. L’objectif est de renverser le modèle actuel basé sur de grosses plateformes pour le paiement et la promotion, faire auto-éditer des auteurs, publier leurs œuvres sur leurs serveurs personnels et laisser des moteurs de recherche les référencer, les promouvoir, s’interfacer automatiquement pour le paiement direct à l’auteur….c’est juste une petite mécanique avec le protocole HTTP et une couche applicative pour sécuriser (hashage, signature, chiffrement,…) les transactions financières.

Pour la musique, très morcelée, car l’unité marchande est un morceau de 3 minutes, l’abonnement peut avoir du sens pour le consommateur, mais dérive vite en une forme de radio (musique imposée). Les créateurs ne sont pas vraiment gagnants en majorité et il faudra motiver les auditeurs à être plus actifs dans le choix de playlist, et donc adhérer à un paiement à l’unité. Il n’y aurait pas trop de changement par rapport à iTunes dans l’usage, sauf que les prix serait plus faibles et tous les revenus iraient aux artistes.

Enfin, pour le cinéma, nous ne comptons pas changer l’économie du cinéma (salles de groupe, spectacle, effet de sortie des films, industrie du divertissement). Par contre, pour les DVD et BlueRay qui apparaissent quelques temps après la sortie en salle, on peut utiliser un partage marchand. Le « créateur » serait l’ensemble pondéré de tous les contributeurs artistiques,…ce poids reste fixe de préférence et donc le revenu est partagé équitablement. C’est donc une relation plusieurs-plusieurs. Mais de la même manière que pour un e-book, un film très populaire passerait dans le domaine public et les spectateurs seraient remboursés. Il ne me semblerait pas anomal qu’une place de cinéma en salle donne droit gratuitement à l’œuvre numérique, uniquement pour cette personne,…mais ce sont des considérations marketing qui risquent d’évoluer en 2020, 2030.

Le Partage Marchand nait dans un champ de bataille entre les tenants du droit d’auteurs et la pirates. Il est résolument adapté aux spécificités de l’Internet, sans influence de l’ère industrielle du XX siècle. Il y aurait plus de raisons de le nommer « capitalisme 2.0 » que l’économie du partage ou que l’économie de l’abondance, mais le terme capitalisme est tellement entaché de mauvais souvenirs dans notre monde matériel, que nous préférons garder le terme à priori ambigüe de « Partage Marchand ».

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Une réflexion au sujet de « Capitalisme 2.0 »

  1. « Je n’ai aucun don artistique malheureusement » un don ? N’importe quel Artiste répondrait du travail…
    « On est face à un système en pleine mutation, non mature » ; c’est assez juste.
    « Je voudrais en effet promouvoir une forme de démocratie pour le partage des biens du Net. Les opposants demandent la pluralité de dictatures (de la gratuité pour les uns, du droit d’auteur pour les autres)… » et vous vous êtes au milieu ; n’ayant aucune certitude comme je vous comprends sur ce coup.

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