Pourquoi la culture numérique doit être marchande ?

Les biens immatériels culturel ont un cout marginal nul par définition. Le créateur n’est jamais dépossédé de son œuvre si elle est copiée, mais ce constat est-il un argument suffisant pour légaliser la copie gratuite, contre l’avis de l’auteur ?

Le créateur à besoin comme tout le monde de gagner de l’argent pour vivre. Si la société rendait impossible la marchandisation des biens immatériels, en légalisant le partage gratuit non-marchand, alors l’artiste ayant une activité purement numérique, ne pourrait pratiquer son art qu’en amateur et devrait donc recourir à un autre métier, rémunérateur mais surement moins passionnant. Peut-on lui verser un salaire venant de l’impôt, comme on le fait pour les chercheurs ou les enseignants ? Ce serait fortement inéquitable car il faudrait une ou plusieurs institutions formées de « sages » qui définiraient les canons de la beauté pour juger de la qualité de chaque œuvre et ainsi de la rémunération de chaque artiste. L’originalité, l’impertinence, la critique, le non conformisme, l’innovation ne seraient pas favorisés ni récompensés par un tel dispositif. Le peuple est bien le seul et l’unique juge de la qualité d’une œuvre d’art, même si il est influencé et manipulé par les industries culturelles. Or l’Internet est un média plus exigeant en décisions/actions de l’utilisateur que les précédents médias et donc l’industrie culturelle ne peut pas aussi bien piloter les foules, ni concentrer l’attention sur une faible minorité d’œuvres. Non seulement les œuvres peu populaires restent accessibles sur le Net, par effet de longue traine, mais les moteurs de recherche donnent des résultats beaucoup plus équitables et moins assujetti au pouvoir financier. On peut espérer que se développeront des sites de critiques d’art dans tous les domaines, véritables chercheurs du Net des meilleures créations mondiales, toutes disponibles à une distance d’un clic de souris. Comme l’Internet met potentiellement tous les biens numériques à disposition de chaque citoyen, la rémunération d’un artiste devrait immanquablement être déterminée par cet outil populaire. Demandons alors aux internautes de voter, mais cette idée butte alors sur deux problèmes :

  • l’unicité du votant doit être assurée ou approchée. Si un tiers compte simplement le nombre de clics ou le nombre de téléchargements, alors des développeurs programmeraient des robots pour biaiser les résultats, tandis que d’autres internautes ne voteraient pas.
  • le vote a un cout en temps non nul et les internautes devraient légitimement demander une compensation financière pour cette tâche simple, mais répétées de nombreuses fois….nous ne sommes pas des robots!

Donc à priori, les internautes n’ont aucun intérêt à répondre gratuitement à des questions sur le Net, pour savoir s’ils aiment ou n’aiment pas telle œuvre. Si par ailleurs ils faisaient une analyse critique sur un blog ou un simple commentaire, il serait impossible de traduire ces avis en données quantifiables pour fixer des rémunérations. Enfin, quand bien même les internautes voudraient-ils voter, ils ne pourraient pas consommer ni noter toutes les œuvres disponibles.

On pense alors au don, sous la forme moderne du « crowdfunding ». Non seulement, ce financement restera minoritaire, mais il bénéficie d’un effet nouveauté qui s’estompera immanquablement.

Ni l’impôt, ni le vote, ni le don sont des solutions pérenne à la rémunération des artistes créateurs de biens immatériels. Il reste alors l’achat direct !

L’acte d’achat est bien le meilleur moyen de juger d’une œuvre car:

  • l’unicité n’est pas imposée, mais elle est logique car une fois une œuvre numérique achetée, plus besoin de la racheter. Elle est disponible à vie de l’acheteur, même si ce dernier égare le fichier (droit de mobiquité). Acheter plusieurs instances d’un bien immatériel est un moyen de faire du mécénat et des dons, mais en grande majorité, une œuvre n’est achetée qu’une fois.
  • seules les œuvres qui nous intéressent vraiment sont achetées, par définition. Acheter est équivalent à affirmer sa préférence; j’aime cela et pas les autres. La disponibilité gratuite engendre un moindre respect de l’œuvre, voir un gaspillage.

Vient alors l’irrémédiable critique sur les inégalités de ressources financières. Constatons que pour l’achat de biens culturels numériques, les effets de ces inégalités sont largement diminués par deux phénomènes:

  • Le temps consacré à consommer de la culture n’est pas extensible à l’infini et il est non dépendant des revenus. On peut posséder dix maisons ou dix voitures, mais regarder dix films en même temps n’est pas très facile ni agréable.
  • Le partage marchand implique une désintermédiation et une baisse sensible des prix des œuvres numériques, concomitant à de meilleurs revenus des artistes. Le risque de blocage à l’achat, uniquement parce que c’est trop cher, tend à disparaitre en conséquence.

Certains craignent la dénaturation des œuvres ou de l’activité créatrice dès l’instant qu’elle serait source de revenu financier, car issue du Capitalisme. C’est la spéculation induite par la possibilité de revente dans le monde physique, qui à conduit à des excès aux dépens des artistes et des consommateurs à l’ère pré-Internet, mais la spéculation n’existe pas dans un monde numérique régulé par le Partage Marchand. La revente n’est simplement pas possible.

Walter Benjamin a écrit en 1935 un essai « L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique » qui décrit la perte de l’aura des œuvres dans cette évolution du XXe siècle. Internet pousse à l’extrême cette reproductibilité car elle est réalisable à cout nul. Mais là où le XIXe et XXe siècles ont inventé un artifice juridique en la matière du Droit d’Auteur afin de rétribuer les créateurs plus justement, le XXIe siècle permettra par le Net d’établir une relation équitable et directe entre les créateurs et les internautes, par le Partage Marchand, à moins que des lois qui imposeraient le partage gratuit (c.f. Contribution Créative) viennent empêcher ce progrès naturel.

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