Art 2.0 Internet au secours de l’Art

Cela ressemble à un sujet de philo du bac, et comme j’ai abandonné l’étude de la philosophie en Terminale, pour des études scientifiques (Doctorat en Informatique), je pars en très mauvaise position, au mieux comme un candide, pour espérer apporter une réelle contribution à la problématique de l’Art1. Cependant, je m’intéresse à l’Internet et à son modèle économique. Quel rapport avec l’Art me direz vous ?

By Leonardo da Vinci [Public domain], via Wikimedia Commons

L’Art est une activité sociale purement humaine, d’un créateur (souvent individuel) d’une œuvre pour la mettre à disposition du plus grand nombre, afin d’émouvoir, de surprendre, de plaire, de stimuler l’intellect des concitoyens, accessoirement de les détourner de projets belliqueux. Cette activité millénaire et naturelle, est complémentaire de la pratique du sport et du sexe. Elle a vu l’arrivée très récente de l’Internet, un énorme disque dur pouvant mémoriser un nombre quasi illimité de connaissances et de créations de l’esprit et les rendre accessible instantanément, n’importe où sur Terre, à n’importe qui. La dématérialisation a permis de réaliser des œuvres à coût marginal nul si bien que plus aucune ressource financière n’est requise à l’artiste pour diffuser et publier ses travaux. Créer des œuvres sans les partager serait contre-nature et Internet satisfait donc le besoin fondamental de l’Art à toucher un maximum de personnes.  De plus, Internet permet et permettra de plus en plus que l’artiste ne se dépossède jamais de sa création originale (penser à une sculpture ou un tableau par exemple), tout en permettant avec les progrès du numérique, de disposer de fichiers copies sur Internet pour reproduire l’œuvre en impression 3D, chez soi ou dans un musée local. Mais Internet pose aussi un très gros problème à l’Art. Il ne lui donne a priori pas de solution de financement tout en rendant obsolète certaines anciennes sources de financement. Explications:

Avant l’ère industrielle, l’artiste était rémunéré au bon vouloir du peuple et surtout des seigneurs, ceux qui avaient l’argent, et la diffusion des œuvres restait très limitée. La société ne donnait pas aux artistes une condition de vie très favorable,… pour la plupart.

Pendant l’ère industrielle, encore présente aujourd’hui, mais avant Internet, des intermédiaires se sont proposés pour diffuser beaucoup plus largement la Culture et donc les œuvres d’art, avec des moyens importants de production industrielle. Pour augmenter leur marges, et réduire les coûts marginaux, ces industries culturelles ont fusionné et deviennent complètement déshumanisées. Le contrat est alors le suivant : L’industrie transforme l’œuvre en un bien marchand  pour le vendre au plus grand nombre, se rétribue et rétribue les artistes, sortant ces derniers de la précarité dans laquelle ils étaient condamnés. Ce changement n’est pas sans conséquences; les citoyens sont éloignés des artistes et ne voient que des multinationales, des marques, des magasins. L’accès aux œuvres est payant, ce qui peut créer des discriminations selon les revenus des ménages (le budget culturel passant après ceux de première nécessité) et augmenter les inégalités, biaiser le travail de l’école… L’Art a dû se plier aux caprices du Luxe, justifier la spéculation sur le marché des « amateurs d’art » ou inversement suivre les canons de l' »undertainment » par pur objectif de maximisation commerciale et financière. Ce petit jeu capitalistique dispose néanmoins en interne de quelques mécanismes de régulation;

  • Si une œuvre est mise trop chère à la vente, elle ne se vendra pas beaucoup, donc les prix sont tirés vers le bas pour toucher plus de clients.
  • S’il y a trop de publicité ou d’agressivité marketing autour et dans le support de l’œuvre, les citoyens risquent de se détourner vers des supports sans aucune publicité. Par exemple, on peut penser que la publicité sur DVD a accéléré la chute de ce support  face à des téléchargements gratuits et sans pub.
  • L’utilisation de DRM s’est vite montré contre-productive car passée une seule mauvaise expérience de mauvaise lecture, le citoyen se tourne alors vers le piratage.

Ajoutons à cela qu’il a fallu arbitrer les revenus entre les intermédiaires (éditeurs) et les créateurs (auteurs). L’ère industrielle a dû construire un corpus légal; le Droit d’Auteur pour assurer une meilleure rétribution aux auteurs, par rapport à la situation précédente, mais les puissants intermédiaires exploitent au maximum le filon, justifiant qu’ils sont investisseurs, assureurs et mécènes.

Dans la logique industrielle, les artistes sont incités à créer des œuvres d’art demandant des investissements de plus en plus grands (Cinéma Hollywoodien). Ces industries favorisent aussi la concentration sur une minorité d’œuvres pour optimiser leurs gains, allant à l’encontre de l’objectif de diversité culturelle, inhérent à l’Art. Le citoyen est prolétarisé (voir définition de B. Stiegler), alors même que la culture devrait lui épanouir son esprit critique. Les plus vicieux diront que l’abrutissement de la masse par l’industrie culturelle permet à une élite de profiter à bas coût des œuvres les plus enrichissantes. C’est aussi l’industrie culturelle qui lute contre les effets de la longue traîne de l’Internet.

On voit donc que le chantage monté de toute pièce par l’industrie culturelle n’est pas neutre pour l’avenir, mais si la société à suivi ce modèle, c’est bien que les gains étaient supérieurs aux concessions. En effet, on a trouvé de cette manière un autre moyen de financement des artistes que « la manche » et on donne la possibilité au peuple d’accéder à une quantité toujours plus grande d’œuvres d’Art. Il faut bien voir que malgré les dérives dénoncées à juste titre par Calimaq et autres collectifs, l’industrie culturelle est un système relativement autonome économiquement, même si elle entretient les inégalités. Elle ne puise pas de façon exagérée (quoi que!) dans les finances publiques et subit de plein fouet ses propres excès (Pub, DRM). Dans ce contexte et avec l’arrivée d’Internet, la question à se poser est:

Le Net peut-il proposer un meilleur système que l’industrie culturelle pour servir l’Art ?

Ma réponse est oui, à condition de ne pas jouer les parasites.

By George Chernilevsky [Public domain]

Il est facile en effet de vanter les mérites du partage sur des biens cédés gratuitement par leurs auteurs. Mais il n’y a pas de secret, une œuvre d’Art est toujours le fruit d’un travail, du temps, peut être de la sueur et du plaisir, et agrémenté de génie. Tout travail ne mène certainement pas à une œuvre d’art, mais une œuvre d’art est toujours le résultat d’un travail qui mérite salaire. Donc quand un bien immatériel est proposé gratuitement sur Internet, c’est bien souvent qu’il n’a pas la valeur d’une œuvre d’art. La rédaction d’un Tweet ou un mur Facebook font partie de pratiques culturelles, mais ne sont pas à élever au rang de l’Art, non pas par conservatisme ou par snobisme, mais simplement que ces objets ne sont pas le fruit de travaux humains importants. Quand Madame Michou dit à son voisin (dans le monde réel ou sur le Net) «…fait pas chaud aujourd’hui !», c’est la preuve d’un lien social qui nous distingue des animaux, mais cette réplique est-elle à conserver, à tracer, à dater, à protéger, à financer, à diffuser comme une œuvre d’Art participant à la Culture et au progrès d’un peuple ? Pour un bien immatériel de réelle valeur sur le Net, la gratuité doit être compensée (voir Free! de Chris Anderson). Or que constate t-on avec le partage non marchand en P2P, dont les collectifs SavoirCom1 et LQDN demandent la légalisation ? La très grande majorité des biens sont sous protection explicite de Droit d’Auteur. Les « pirates » ne partagent pas les répliques de Madame Michou, bien qu’ils le puissent légalement. Ils « cueillent » sans demander l’avis des auteurs leurs œuvres et les diffusent sur le Net. C’est donc une parfaite activité de parasite (même s’ils n’en tirent pas de profit commercial !). Ils puisent sur une « bête » qui se nourrit par ailleurs, mais si on vient à encourager le parasitage, en le rendant légal, alors c’est la bête elle même qui risque de mourir. Le parasite, tout penaud ! dira mais trop tard, qu’il ne voulait pas faire de mal ! Donc contrairement à l’industrie culturelle qui reste autonome, l’Internet gratuit reste un modèle économique de type « parasite », donc non autonome, qui a besoin de ces mêmes anciennes ressources qu’il fustige pour se développer, et qu’il épuise inexorablement. Devant les citoyens, les défenseurs du partage non marchand évitent de trop favoriser le piratage ou le font au second degré en se faisant passer pour des martyrs de l’industrie culturelle qui est soutenue par le vilain système capitaliste. Il est amusant de voir qu’ils font la promotion des multiples micro modèles économiques dont la somme ne compense en rien la perte générée par la gratuité. On en arrive à vanter le Don, (crowdfunding) une sorte de « manche numérique » et donc de revenir au système de financement de l’ère pré-industrielle. Dans quelques années, quand l’e-book deviendra la norme et que les livres papier ne se vendront qu’aux collectionneurs, un auteur pourra t-il vivre de festivals du Livre (Un auteur de chez Gallimard m’a dit gagner 150€ par participation de 3 jours)…pas vraiment de quoi vivre. Demander un revenu de base est une bonne chose mais cela s’applique à chacun, artiste ou pas. Ne rien demander de plus est un signe que la société considère ses artistes comme des résidus, payés au minimum. C’est pourtant ce que prépare les « commonistes » sous les beaux discours de partage. Nous ne parlons pas de la Contribution Créative qui fera l’objet d’un autre billet, mais signalons simplement que malgré son utopie, si elle devait être adoptée comme l’a été le communisme en son temps en Russie, alors elle générerait des inégalités, des héritiers auto-promus et une corruption qui n’auraient rien à envier à la Russie d’aujourd’hui. Peut être sommes nous en présence d’une « intelligencia » qui prépare sa révolution, mais dont les artistes seront les derniers servis ?

Donc il n’y a pas de solution, les œuvres d’Art doivent rester hors du Net, malgré la facilité de diffusion qu’offre ce média et nous sommes condamnés à utiliser l’Internet pour s’échanger des messages et des biens communs immatériels sans grande valeur artistique !…chacun reste sur son domaine.

Déjà, dans le domaine de la connaissance, tous les travaux de recherche et tous les support éducatifs devraient inconditionnellement être disponibles sur le Net, gratuitement, car leurs auteurs sont financés par des institutions publiques ou privées. Le partage non marchand de la recherche a tout son sens…il ne devrait jamais poser problème, mais comme il y a amalgame chez les «commonistes» avec les biens culturels, il devient parfois difficile de demander la gratuité. Le comble étant quand les chercheurs dans le domaine des sciences sociales, étudiant les biens communs informationnels et favorables à la légalisation du partage non marchand, font obstruction à donner gratuitement le PDF de leur ouvrages de recherche…sous prétexte de contrat avec leur éditeur qui peut être eux même !

Pour les biens culturels, il est impossible de rétribuer leurs auteurs forfaitairement sur la base d’évaluation par les pairs comme pour la Recherche, car aucun institut du « beau » ne peut décréter que tel artiste devra toucher plus que tel autre. Le peuple est et reste souverain dans le jugement du l’Art, et nous n’avons pas trouvé de meilleur moyen que l’acte d’achat direct des œuvres numériques (même le j’aime/j’aime pas est biaisé).

On ne peut trouver aucune solution si l’on présuppose que la marchandisation d’un bien numérique ne peut se faire que par les règles de l’industrie culturelles (Droit d’Auteur, Domaine Public,..) et que l’on ne peut échapper aux dérives du capitalisme (finance pour la finance, spéculation, star-system, marketing, inégalités…). Certains ne veulent même pas entendre parler de marchandisation, même si la notion de prix est différente et si la spéculation est impossible.

Or le Partage Marchand (PM) montre et montrera s’il n’est pas empêché par une légalisation du partage non marchand qu’Internet peut financer l’Art de façon autonome, sans recourir au gratuit et sans parasitage de l’industrie culturelle, sans demander au artistes de faire la manche, mais sans les asservir à des multinationales (ils seraient auto-entrepreneurs), sans les travestir en commerciaux, en les rétribuant mieux, en rétablissant le contact avec leur public (sans intermédiaire), et en profitant d’une diffusion maximale sur Internet. Un bien partagé par le PM devient gratuit quand l’auteur a touché le revenu escompté et donc se diffuse aisément.

Le plus important est que le PM respecte des principes démocratiques d’équité des prix, de transparence, de limite de revenu, et de liberté de l’auteur. Alors que le partage non marchand agit en parasite pour peut-être anéantir une industrie culturelle qui fonctionnait tant bien que mal, pour nous retrouver avant l’ère industrielle en terme de progrès culturel, le Partage Marchand propose pour la première fois dans l’Histoire un modèle économique démocratique, autonome, créant plus de richesse qu’il n’en consomme, sans vraiment inquiéter l’Industrie Culturelle qui succombera d’une belle mort avec la montée du numérique.

Mais pour que le PM puisse sauver l’Art et lui donne une nouvelle peau (2.0), il ne faut pas tomber dans le discours populiste de Calimaq et compagnie surtout quand il invoque la « Droit d’Auteur et corruption de la démocratie« …à vous de choisir.

1J’ai eu 18/20 en philo au bac, mais bon, c’était il y a longtemps !

Le protocole de base du PM

La spécification du protocole de base du Partage Marchand est volontairement minimale.

La version initiale du protocole comporte 6 types de requêtes.

Req-01:  Toutes les requêtes sont envoyées en HTTP de type «POST». Le premier caractère indique le type de requête et la suite est encodée en Base64_urlsafe (le caractère ‘+’ est remplacé par ‘-‘ et le caractère ‘/’ est remplacé par ‘_’). Le nom de la requête est suivi de son format avec chaque champ entre chevrons et la taille en octets entre crochets. La notation [a,b] indique que la longueur de la chaîne est de valeur entre a et b.

  1. Public-Key-Registration ‘@'<pub-key[132]> returns <status[1]>
  2. Intangible-Good-Registration &<hash-url[10]><src[9]><date[4]><f-value[7]><signature[132]> returns <status[1]>
  3. Local-Currency-Purchase ‘+'<currency[1]><date[4]><src[9]><dest[9]><price[3]><log[0,20]><signature[132]> returns <status[1]>
  4. Merchant-Sharing ‘*'<hash-url[10]><src[9]><date[4]><signature[132]> returns <enc-url[10]>|<error[1]>
  5. Get-Position ‘!'<hash-url[1,10]> returns <hash-url[10]>/<nb>
  6. Get-Ballance ‘?'<src[9]><options[1]> returns <balance>|<error>

Le nœud qui reçoit l’une des quatre premières requêtes doit mettre à jour son dictionnaire (base de donnée) local.

Req-02 La signature électronique est basée sur l’algorithme EC-DSA avec la courbe elliptique 521P. Chaque clé est générée localement en mode déconnecté de l’Internet. La sécurité de cette courbe est donc supérieure à celle utilisée par Bitcoin.

Req-03 Chaque signature porte sur le message (hashé), contenant la date et précédant la signature dans la chaîne de la requête (exclu le caractère de type de requête) et le signataire est celui d’identifiant <src>. Le nœud recevant une requête signée peut donc vérifier la signature. Deux requêtes avec la même date ne constituent pas deux achats différents.

Req-04 La clé privée n’est jamais transmise sur le réseau (même en SSL), elle doit être conservée chiffrée en AES 256 sur le téléphone portable de l’utilisateur, dans un fichier non accessible depuis le réseau et inaccessible depuis une autre application. Veiller en particulier au conditions des droits ‘root’ sur le système.

Req-05 L’identifiant <src> ou <dest> sont les 9 derniers octets de la clé publique. Si lors de la génération locale d’une clé, il y a collision avec un identifiant déjà connu, alors une nouvelle génération est requise. La date d’enregistrement de la clé publique discrimine un éventuel conflit entre deux identifiants identiques.

Req-06 La date <date> est la valeur ‘epoch’ avec un reset prévu en Janvier 2038.

Req-07 <hash-url> est le hashé avec ‘sha1’ de l’url publique complète du bien immatériel en vente (hors le préfixe «http://»). <enc-url> est la valeur chiffrée en EC-Elgamal avec la clé publique de l’acheteur du bien immatériel lui même (partie privée).

Req-08 <f-value> donne les valeurs statiques de la fonction-prix du bien immatériels; dans l’ordre:

  • \xi Paramètre de vitesse (7 bits); valeur divisée par 128 pour être normée (entre 0 et 1)
  • \epsilon Précision (4 bits); nombre de chiffres après la virgule
  • \mathcal{P}_1 Prix initial (18 bits) en ⊔
  • \mathcal{T}_{\infty} Revenu final escompté (27 bits) en ⊔

Req-09 <log> est un petit message optionnel de 20 octets maximum pouvant contenir la référence de facturation de l’achat ou tout autre indication à transmettre au vendeur. Le codage attendu est utf-8. Attention, ce message est inclus dans le message signés, donc non modifiable après signature.

Req-10 <price> est un prix maximum autorisé par l’acheteur, dans la monnaie locale. Pour l’€, le montant est exprimé en centimes et pour le $, il est exprimé en cents.

Req-11 <nb> est le numéro d’achat du bien immatériel. Il implique un prix maximum selon les paramètres statique du bien désiré. Utiliser la requête Post-Position pour avoir la valeur courante de <nb> et donc le prix courant du bien. Le message signé n’a pas besoin d’avoir la valeur <nb> ni le montant du prix du bien car il est impossible que ce prix augmente après l’achat (principe de remboursement du Partage Marchand).

Req-12 La requête Get-Balance en version « verbose » retourne les données pour éditer un relevé de compte à jour. En version courte, et appelée en interne par le nœud avec une valeur d’achat désirée, la requête retourne un « status » pour autoriser ou pas l’achat selon que le compte est provisionné ou pas. Par construction, un compte débiteur d’un particulier n’est pas possible.

Note-1 L’achat dans la monnaie locale est une version électronique du chèque classique qui indique la devise, l’émetteur, le destinataire, le montant, la signature et éventuellement une référence de facture. La requête d’achat (155 ou 157) octets binaires peu éventuellement être encodée dans un SMS. Aucune requête n’a besoin d’être chiffrée, elles transitent en clair sur le réseau.

Req-13 Attaques DOS. Les requêtes signées (déclaration de bien à vendre et achats) engagent leur auteur et donc sont peu abusives. La requête Get-Position est ré-dirigée vers le nœud principal hébergeant le bien. Ce serveur y répond très rapidement et peu refuser certains requêtes insistantes. La requête « Public-Key-Registration » est aussi un simple enregistrement ou une vérification d’existence dans la base locale, ce qui ne devrait jamais surcharger les nœuds.

La base de donnée locale (persistante) au nœud est de type clé-valeur. Nous suggérons d’utiliser une base de type Berkeley (par exemple GnuDB).

Nous donnons un exemple d’implémentation en Python ici.

Chaque nœud décide de prendre en charge ou pas un identifiant selon sa capacité et sa puissance. Il conserve donc toutes les transactions relatives aux identifiants adhérents au nœud et il renvoie à ses voisins les requêtes concernant les identifiants non pris en charge.

Une politique de répartition des prises en charge assure un compromis entre une nécessaire redondance de nœuds qui peuvent s’éteindre sans prévenir, et une optimisation de la sauvegarde pour minimiser le nombre de transactions transférées. La suite de la spécification portera sur l’architecture pair à pair et la synchronisation des nœuds.

Tout compte créé part avec un solde nul et suite à toute transaction, la somme des soldes reste nulle. Pour initier le système, il faut donc autoriser un certain type d’identifiants, nommés i-bank à avoir un solde négatif en deçà d’une limite. La qualification d’i-bank n’est obtenue auprès d’un seul agent, en charge de la sécurité du système. Cet organisme délivre contre la souscription d’un abonnement, un certificat de débit pour un montant donné et une durée (généralement 1 an, renouvelable). Les ibanks peuvent créditer le compte de leur clients contre l’opération inverse dans la monnaie locale sur leur compte de banque classique. Pour les conversions <->€ ou <->$ ou toute autre monnaie locale, une taxe est due et reversée par l’ibank à l’administration locale en charge de la monnaie locale.

Req-14 L’identifiant de l’organisme central en charge de la sécurité est «IbankVBixRIm». Dès sa création, chaque nœud conserve la clé publique racine:

AQTMiBfFFaDdokV0d7dPEeyURA_yUmMaXVaQm86YxciRuOpz5oSXdAh2r-6jxdj3cazLExL4B75-V3_hqtbuG_yI

Aeqq8dmyMTAZUZFBS0fCPK52TzZ6bEyo3H3QHzbk5geIepws4bi2se19WoyZ6xiWDk0COUXLvQAEIbankVBixRIm

Le certificat doit être vérifié (date/montant/signature) avant toute transaction d’une ibank vers un compte client.

Cette spécification se veut suffisante pour l’implémentation d’un nœud compatible et inter-opérable sur Internet.

Ostrom & communs informationnels

Il est parfois surprenant mais assez éclaircissant d’aller plus en détail dans certaines présentations économiques pour montrer que les moyens avancés sont contraires aux objectifs affichés. Si le processus analysé est volontaire, nous dirons que le discours verse alors dans le populisme et s’il n’est pas volontaire, le raisonnement souffre d’un manque de rigueur scientifique.

Partons du récent billet du Calimaq sur « Les deux économies de la connaissance ».

By US Embassy Sweden (Flickr: Nobel Laureate Elinor Ostrom (Economics)) [CC-BY-2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/2.0)%5D, via Wikimedia Commons

La vidéo de Lionel Maurel reste très générale, mais il justifie son raisonnement par la référence aux travaux d’ Elinor Ostrom sur les communs. Il y a une petite erreur à parler de prix Nobel d’économie, car c’est en fait une extension par la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, mais le citoyen retiendra que c’est une chercheuse sérieuse, méritante et renommée, qui a développé une « Théorie des biens communs », bien que sur le plan mathématique, l’axiomatisation et les théorèmes découverts soient légèrement absents pour former une véritable théorie! Contrairement à ce qui est annoncé par Calimaq, la contribution d’Elinor Ostrom sur les biens communs informationnels se limite à un seul article introductif d’une dizaine de pages; « Introduction: An Overview of the Knowledge Commons« , publié en 2007 avec comme co-auteur Charlotte Hess. L’ouvrage en question « Understanding Knowledge as a Commons » est un regroupement de contributions individuelles d’autres chercheurs. (On remarque à cette occasion que très souvent, les ouvrages collectifs sont loin de présenter la qualité et originalité d’ouvrages individuels…comme si le chercheur puisait bien dans la communauté mais se retrouvait bien seul dans la construction d’une réelle avancée.) Or l’article en question ne contient aucune contribution significative en faisant le constat un peu rapide d’une extension possible des principes des biens communs et de leur gouvernance au type particulier des biens communs informationnels, que l’on trouve principalement sur l’Internet. Il y a l’idée que la « non rivalité » de ce type de biens rendrait l’applicabilité de la gouvernance des biens communs encore plus facile et encore plus naturelle. Il devient assez courant de s’appuyer sur l’existence et l’histoire du Logiciel Libre et de l’encyclopédie partagée Wikipedia, pour souhaiter et revendiquer une extrapolation de ce modèle économique à toute l’économie de la connaissance, qui était le sujet de ce séminaire.

Les biens communs informationnels n’ont pas encore une définition claire et rigoureuse et ils s’apparentent tantôt à des biens publics, tantôt à des biens de club, pour finalement être synonyme de bien immatériel, parfois nommé « bien numérique ». S’il est une caractéristique défendue par les «commonistes», c’est sûrement la gratuité des biens communs informationnels. En effet, trois arguments penchent en faveur de cette gratuité:

  1. l’inéluctabilité de la copie numérique à coût nul, agissant comme une loi naturelle, impossible à limiter légalement, toute répression étant inefficace,
  2. l’extrapolation au monde numérique du principe connu dans le monde physique de fixation du prix proportionnellement au coût marginal, nul pour un bien immatériel, donc impliquant un prix nul,
  3. la volonté d’empêcher toute forme d’enclosure sur les biens communs, et donc le refus d’un prix non nul, qui restreint de fait l’accès seulement à ceux qui peuvent payer.

Précisons que la gratuité peut être une arme marketing redoutable
(cf Gratuit d’Olivier Bomsel) et elle est souvent compensée (cf « Free ! » de Chris Anderson) pour cacher des pratiques en fin de compte peu démocratiques. Nous distinguons les biens immatériels résultats de travaux de recherche ou supports éducatif qui devrait incontestablement être gratuits et partagés sans restriction car leurs auteurs sont déjà rémunérés et les œuvres culturelle dont leurs auteurs ne peuvent pas équitablement être rémunérés au forfait.

Autant, pour les biens communs naturels (non informationnels), la gratuité n’est pas requise ni désirée par les «commonistes», autant pour les biens informationnels, elle semble prévaloir pour démontrer la non adaptation du modèle basé sur le Droit d’Auteur à l’ère numérique. Le raisonnement prouverait le bienfait d’une généralisation des œuvres sous licence Créative Commons et de la nécessité de financer la création par une multitude de sources mélangeant l’État (contribution créative), le don (crowdfunding), le revenu de base, et la vente de performances (spectacles) et de biens matériels associés.

Nulle part il n’est mentionné la possibilité de recourir au Partage Marchand. Il est vrai que ce modèle économique est encore récent et son application à large échelle n’a pas été démontrée, mais il implique de revenir sur cette implicite gratuité des biens du Net dans l’optique de maintenir des principes démocratiques. Il se trouve que ce système a d’énormes avantages économiques et écologiques au point que nous avançons ici que la position défendue actuellement par les «commonistes» s’avère être anti-écologique.

Face aux trois arguments de la gratuité, on peut opposer que:

  • La copie est facile en numérique mais il est aussi facile de créer et maintenir des liens numériques. Ainsi, dans le cercle d’un partage de fichiers en P2P, il n’y a rien qui justifie que l’on se coupe de l’auteur ou des auteurs, si ce n’est pour leur prendre gratuitement leur création sans leur avis. Au contraire, le partage marchand est lui respectueux de l’auteur.
  • La pratique de la fixation des prix proportionnellement au coût marginal n’est applicable que dans le monde physique. La règle devrait plutôt être que le revenu soit proportionnel au coût total de production. Or justement, le coût marginal nul des biens numériques agit comme un circuit oscillant sans résistance et peut conduire à l’emballement, c’est à dire à des revenus quasiment infinis pour une très faible minorité (les stars), avec une industrie culturelle qui force à la concentration au détriment de la diversité. Résultats: les internautes ne voulant pas être pris pour de simples consommateurs passifs sans exigence, se tournent, par revanche, vers le piratage des œuvres culturelles. Le partage marchand impose lui un revenu escompté, donc une borne totalement transparente ainsi qu’un prix unitaire qui tend vers zéro pour tous les acheteurs du même bien. On rétablit l’équité démocratique qui ne pouvait pas s’appliquer avec une notion de prix scalaire, et sans mécanisme de remboursement automatique, comme pour les biens matériels, toujours sujets à des attaques spéculatives.
  • Selon les principes des communs, une gouvernance locale et spécifique devrait s’établir pour tout bien. Dans le cas des biens informationnels, la gouvernance est au niveau d’Internet, soit le monde entier. Il n’y a encore actuellement aucune règle économique propre aux biens immatériels et donc s’affrontent comme au FarWest, deux économies, l’une classique du Droit d’Auteur qui désire étendre ses prérogatives au Net et de l’autre, une « non-économie » qui rejette toute marchandisation à la périphérie du Net. Quand se pose la question de la rémunération des auteurs, et si elle n’est pas posée, les «commonistes» se gardent bien de la soulever, elle mène inévitablement au débat de la légalisation du piratage et de l’hypothétique contribution créative. On se tourne alors vers des pratiques pré-historiques, à base de don, troc, et hypothétique bienveillance étatique. Une vraie gouvernance sur Internet serait d’offrir le moyen de vendre et acheter par le partage marchand toute œuvre culturelle immatérielle en se servant du Net comme portefeuille, banque et réservoir de biens.

Or, à soutenir des collectifs comme SavoirsCom1 ou LaQuadratureDuNet sous l’idée tout à fait unanime de partage gratuit de la connaissance entre les peuples, d’une demande de légalisation du partage non marchand revient à nier l’existence d’une marchandisation démocratique des biens immatériels, même si la spéculation, le véritable fléau du capitalisme, n’est pas applicable au Numérique! Le plus important dans le Partage Marchand est qu’il crée un tout nouveau marché, non spéculatif, sans puiser dans les ressources de la Nature, créateur d’emplois et générateur de croissance…presque trop beau pour être vrai, mais je ne trouve aucune faille au système. On peut contester le montant du gain de croissance car il n’y a pas de limite supérieure. Une société complètement robotisée et qui n’abuserait pas de la Nature pourrait avoir dans l’immense majorité une activité et une élévation du niveau de vie provenant de la création/consommation de biens immatériels culturels. La post-industrialisation serait culturelle. On peut avoir une position très prudente et se dire que cela ne coûte presque rien d’essayer. Cela coûte cependant d’abandonner la demande de légalisation du partage non marchand, demande qui sur le plan politique est principalement portée précisément par la communauté des «commonistes». Le plus surprenant est que cette communauté est soutenue par les mouvements écologiques et environnementaux les plus durs. L’analyse de Valérie Peugeot est édifiante sur ce mouvement qui se politise.

Sans le Partage Marchand, les créateurs professionnels de biens immatériels sont amenés à disparaître, alors même qu’ils pourraient devenir une majorité. En interdisant toute marchandisation sur le Net, on encourage le troc et le don bien qu’ils n’apportent pas d’équité, activent les tensions entre personnes et masquent la réalité que les artistes ont besoin d’argent pour vivre comme tout autre citoyen. Si nous pouvons faire autrement, pourquoi devrions nous maintenir les artistes dans une précarité sous prétexte qu’historiquement, cela a été leur condition depuis l’Antiquité ? La qualité et la quantité des œuvres culturelles sont directement liées à la condition de vie à l’ère numérique des créateurs artistiques. Derrière tout cela, et même si ce n’est pas évaluable, il y a en jeu toute la cohérence et la paix de sociétés (ajoutons du sport et du sexe pour calmer les moins férus de culture). C’est donc une question grave et le fait de la biaiser par un éloge du partage gratuit sur le Net en fait une profonde marque d’irresponsabilité. J’insiste sur le fait que dans un premier discours, les «commonistes» ne présentent jamais directement la gratuité et encore moins de piratage, il faut creuser pour qu’ils apparaissent.

Le partage marchand est pour résumer notre solution plus ‘salutaire’ pour éviter de trop puiser sur dame Nature. Il implique une évolution du Net, et son plus grand adversaire est donc ce mouvement qui s’organise au niveau politique et idéologique pour promouvoir les biens communs informationnels gratuits. En extrapolant les biens communs naturels aux biens immatériels et en prétendant utiliser les travaux d’Elinor Ostrom comme référentiel scientifique, les «commonistes» sont les plus ardents défenseurs d’un capitalisme classique, aux mains des spéculateurs, du marketing industriel, pour ne laisser sur le Net qu’un espace gratuit et amateur où chacun peu cueillir à souhait. Soit ils soutiennent une décroissance généralisée pour préserver les ressources naturelles au détriment de notre niveau de vie actuel, soit ils misent sur une croissance continue mais doivent ravaler leurs prétentions écologiques.

Par simple effet de vase communiquant, en proposant de nouveaux emplois purement immatériels et une croissance qui ne prélève rien sur la Nature, le Partage Marchand contribue au développement durable. Inversement, imposer de fait la gratuité sur Internet oblige à poursuivre la recherche de croissance sur des ressources physiques. Même si l’exploitation est mieux gérée, on n’obtiendra jamais la performance d’un nouvel espace de progrès, par le partage marchand des biens culturels au niveau planétaire. Je pourrais aussi évoquer la facilité de paiement (gratuit, sécurisé, embarqué dans le protocole du Net) directement entre personnes par exemple entre l’Europe et l’Afrique, sans utiliser le moindre intermédiaire financier, ce qui contribue à aider les pays émergents.

Avoir une ambition écologique et de développement durable passe selon moi par l’utilisation moderne et décentralisée de l’Internet pour développer le Partage Marchand. Je n’irai pas jusqu’à prétendre qu’Elinor Ostrom est une économiste « de droite », mais l’extension qu’on lui prête sur les biens communs informationnels la classerait plutôt dans les adversaires politiques de l’économie écologique soutenable et équitable. Cette conclusion est surprenante quand on sait qu’elle a travaillé principalement sur la gestion de ressources naturelles comme les pêcheries ou l’irrigation. Pour ma part, je pense que c’est un abus des «commonistes» à vouloir globaliser et généraliser, mais qu’Elinor Ostrom n’a pas vraiment cherché à percer les mystères de l’Internet et les conséquences de ses recherches sur les biens immatériels.

Réponse à Richard Stallman

Précisons d’abord que je respecte le personnage à double titre car:

  • J’utilise emacs comme outil d’édition local sous GNU-Linux (…et aussi sur mac, mais il ne faut le lui dire !), pour de moins en moins de code C/C++/ADA avec GCC car je préfère Python, même pour générer du LaTeX !
  • Je salue la persévérance de RMS dans la défense des libertés du Net à travers le monde.

C’est la raison pour laquelle je me suis permis de lui envoyer un e-mail pour lui demander son avis sur le partage marchand et il m’a bien gentiment répondu. Merci à lui !

CCO Bill Ebbesen

Richard me dit d’abord que:

«The terminology is wrong.  It’s not a theory, it’s a system.
A theory is supposed to explain something.  This is not intended
to explain something, it’s intended to be used.»

Je pense que cette assertion est doublement fausse car:

  • C’est vraiment une théorie au sens mathématique du terme car on part d’un ensemble d’axiomes pour construire des théorèmes. Les plus matheux trouveront surement qu’il persiste des incomplétudes ou que la démonstration manque peut être de rigueur, mais j’aimerais volontiers l’améliorer avec l’aide de chercheurs en Math, …pour la prochaine version.
  • On peut discuter indéfiniment pour savoir si Internet est une pure création artificielle (venant le l’espèce humaine), ou-bien un appendice du XXIe siècle à la Nature. J’aime bien ceux qui disent que les évènements importants sont «le feux, la roue et Internet !» Internet existe maintenant, pour longtemps et il permet une chose incroyable; la publication mondiale à coût marginal nul pour l’auteur de biens immatériels.  Mais nous n’avions pas compris que ce petit détail impliquait que la notion même de prix (scalaire) dans une relation commerciale devait changer, si nous voulions maintenir des critères démocratiques. Le passage à un prix-fonction est une découverte de la nature d’Internet, ce n’est pas absolument pas un système. Tous le respect des principes de liberté et d’égalité est contenu dans la formule \mathcal{T}_i^{\nearrow} = i \mathcal{P}_i^{\searrow}. C’est une simple formalisation d’une loi naturelle de l’Internet. Il serait impossible de la breveter ou de la protéger comme une marque. Cette théorie appartient à l’Internet, donc à tout le monde.

Ensuite, Richard me dit:

«See stallman.org/ebooks.pdf, which lists the injustices of today’s commercial ebooks.   This system appears to share some of those injustices».

Je partage avec lui le constat des dérives du système actuel, et principalement celles d’Amazon, mais je trouve complètement rétrograde de ne pas proposer et de ne pas considérer une alternative numérique au livre papier. L’accélération de la diffusion des connaissances est en partie du fait de l’informatisation, la diffusion par Internet et donc la publication de fichiers numériques. Reprenons les injustices citées (pas dans le même ordre);

  • sur les formats, il faudrait bien entendu défendre le format PDF simple (v1.5) non chiffré, autonome (PDFA), vectoriel, et respectueux de la mise en page de l’auteur. L’EPUB peut être généré à la volée pour un meilleur confort de lecture sur tablette. Pas étonnant que la communauté scientifique ait adopté PDF, surtout quand il est de qualité comme généré à partir de la chaîne TeX, LaTeX.,
  • sur la licence, il n’y a aucune licence restrictive sur le Partage Marchand (contrairement à Amazon), au contraire, le droit moral est maintenu dans la phase payante et dans la phase gratuite. Le mécanisme de co-auteurs et d’inclusion permet même de rétribuer équitablement la réutilisation. En revanche, nous voudrions défendre certains droits du citoyen, comme le droit de mobiquité. Le respect des règles du partage marchand et en particulier la protection contre l’i-vol est un travail juridique pragmatique, en fonction des infractions qui seront constatées sur Internet, pour peut être définir à l’avenir une «Merchant Sharing License».
  • sur la notion de propriété, le concept étant différent entre la propriété faible des biens matériels et la propriété forte des biens immatériels, il faut simplement dire que l’on doit respecter le droit de propriété des possesseurs d’e-book, et aucune CGU ne peut le changer (Amazon ou autre).
  • sur le location, elle n’est simplement pas possible avec un bien immatériel, le prêt (gratuit) est possible si on tolère un DRM pour ne pas faire de concurrence déloyale à une vente directe.
  • sur les DRM, le partage marchand exige que toute vente de bien immatérielle se fasse sans aucun DRM, ni publicité embarquée. C’est une question de mobiquité.
  • sur la copie, ce terme n’a plus de sens avec le Partage Marchand car on télécharge directement le bien sur le site du producteur (répliqué en P2P) et on partage les frais, mais jamais l’utilisateur ne doit se soucier de « dupliquer » un bien. Tout bien acheté est disponible à vie sur n’importe quel appareil du propriétaire.
  • Il est impossible pour quiconque de détruire les droits de propriété sur un e-book partagé.
  • sur l’identification des usagers, le partage marchand utilise le même niveau d’anonymat que pour Bitcoin, c’est à dire qu’il est possible de se définir plusieurs identités, certaines pouvant être publiques, d’autres privées et d’y associer les biens immatériels acquis. Ce n’est certes pas aussi anonyme que l’achat instantané en liquide.

Le dernier point pose une question intéressante à savoir que la liberté d’un artiste de ne pas rendre transparent son revenu touché de la vente directe de ses œuvres, rend le partage marchand non applicable et donc aucune garantie d’équité n’est assurée entre acheteurs. Ceci peut créer des gains abusivement élevés dans le numérique, au détriment des internautes, qui seront alors incités à pirater (la situation actuelle !). Richard Stallman est aussi conscient du problème en proposant un revenu proportionnel à la racine cubique de la popularité, mais son système nécessite au moins une transparence des revenus et des distributions au sein d’une organisation centrale qu’il est très difficile d’envisager sans tomber dans des mains mafieuses. Richard, en tant qu’informaticien, devrait aussi savoir qu’il est aisé de truquer par des robots les données de nombre de téléchargement si le téléchargement n’est pas adossé à un paiement.

Finalement, Richard me fait aussi la remarque:

I see two aspects of the system that I don’t like. 1. Users are not allowed to share copies. 2. To give a partial refund to the previous customers, the developer (I reject the term « creator » for developers/authors, see http://www.gnu.org/philosophy/words-to-avoid.html) has to be able to find them.  I think it is unjust to make purchasers identify themselves.

Les utilisateurs peuvent toujours se donner des copies, la répression sur ce point n’est pas possible, mais ils sont plutôt encouragés à doublement partager l’œuvre et les frais en comprenant bien que plus le cercle de partage est grand et moins le prix est élevé pour tous, jusqu’à devenir nul, quand l’auteur à reçu son revenu escompté. Parler de «partage» sans rien donner à l’auteur est pour le moins abusif.

Sur le deuxième point, Richard n’a semble t-il pas compris que c’est le réseau P2P, enregistrant les transactions dans des DHT publiques qui se charge des remboursements. Vendeurs et acheteurs n’ont rien à faire. Chaque acheteur peut arriver à trouver le numéro de compte d’un autre acheteur, mais cela ne lui permet pas de remonter à son identité réelle.

Enfin, le terme « créateur » est volontairement utiliser non pas au sens divin, mais pour traduire la difficulté, le travail et la dose de génie que requiert inévitablement la réalisation d’une œuvre qui plaise au peuple. Ce n’est certainement pas utilisé pour désigner les « ayants-droits », qui sont évincés dans le partage marchand. Le terme ne cautionne en rien les dérives du Droit d’Auteur. Je ne considère pas qu’un développeur logiciel soit un véritable créateur au sens d’artiste. Il est de plus rémunéré par un organisme privé ou publique, ce qui le dispense de vendre directement les logiciels et permet que l’économie autour du Logiciel Libre soit possible. On ne peut pas extrapoler ce principe à tous les biens de la connaissance et en particulier aux biens culturels.

Malgré ces nombreux points de désaccord, je remercie chaleureusement RMS d’avoir consacré un peu de son temps précieux à la lecture de mon papier.

Thank you Richard!

Feel free to add any comment on my comments!

I love the following note in your e-mails !

To any NSA and FBI agents reading my email: please consider
whether defending the US Constitution against all enemies,
foreign or domestic, requires you to follow Snowden’s example.

Big-data, Backdoor & Sharing

Hier soir, je lisais Alternatives Économique dans mon lit et je suis tombé sur un très bon article de Marc Chevalier sur la prédominance américaine sur l’Internet. Il a raison de sonner l’alarme pour que l’Europe anticipe et puisse mener les prochaines évolutions du Net. Le journaliste oublie cependant de préciser que les innovations numériques ne suivent pas la classique règle industrielle; « plus l’entreprise est grosse et plus elle innove ». C’est pour cela que les politiques qui veulent et qui rêvent d’un «Airbus du numérique» se trompent de guerre économique. Les prochaines batailles se gagneront si les états savent aider les toutes petites structures, les vrais «start-up», voire les étudiants geek seuls dans leur chambre. Le cabinet de Fleur Pellerin devrait constamment auditionner et écouter les nombreux entrepreneurs et chercheurs autour du numérique et leur donner un petit coup de pouce financier pour se lancer dans l’aventure du Net. Ce sont plutôt les lobbyistes qui se font entendre avec par exemple l’industrie du NFC qui espère encore fournir à tous les citoyens leurs puces Gemalto pour le paiement sans contact.

Je suis moi même porteur d’un projet ambitieux autour du Partage Marchand, qui serait générateur d’une énorme croissance (soutenable vis-à-vis de la Nature !), de nombreux nouveaux emplois, d’une nouvelle ressource fiscale totalement liée au Net et enfin d’une économie résistante à la spéculation. Il y aurait même une autorité à prendre en Europe dans la gouvernance de la nouvelle monnaie; ⊔ proposée, au lieu de se plaindre de l’hégémonie américaine sur l’ICANN pour les noms de domaine, mais j’aurais irrémédiablement besoin de divers soutiens ou à défaut de critiques sévères du système, ce urgemment avant que l’Amérique ne prenne le projet (J’en ai déjà parlé à R. Stallman) !

Or je n’ai aucun appui politique et aucune fortune personnelle, je n’arrive pas à réveiller nos institutions sur ce sujet. Le CNNum a annulé au dernier moment une présentation que je devais leur faire en Janvier et je n’ai pour l’instant pas réussi à impliquer la Banque de France, malgré la révélation de son inquiétude sur Bitcoin.

Je suis prêt à faire le pari, (une bière, pas plus!) que la prochaine évolution du Net sera un moyen de paiement simple (oubliez VISA, MasterCard,PayPal,…) et il ne tient pas à grand chose pour que soit un protocole libre, intégré (money over IP), open-source, gratuit pour tous (vendeur et acheteur), très sécurisé, mais si nous ne prenons pas les devants, GoogleWallet ou le prochain moyen de paiement de chez Apple s’imposera au monde. Ce ne sera ni gratuit en commissions (on est habitué avec la CB me direz-vous!), ni open-source (problème de sécurité), ni respectueux des données personnelles et enfin l’État Français aura bien du mal à faire valoir son autorité fiscale, en se consolant de petites amendes comme celle récente déposée par la CNIL; 150.000€ à l’encontre de Google.

On s’émeut de l’espionnage mondiale mené par la NSA. C’est vrai que les infrastructures et les investissements sont impressionnants. Mais toute la problématique associée au BigData serait mis à mal si chaque citoyen disposait de moyens cryptographiques pour chiffrer des messages personnels mais aussi pour les signer (la base du chèque numérique). Pour motiver chacun à quérir une ou plusieurs identités numérique (jeux de clés public-privé générée localement sans autorité), il suffit d’y associer un besoin quotidien; un compte en banque (i-banque) sur le Net. Avec un simple smartphone pour assurer une authentification forte (jamais directement par le Web), il est possible de s’échanger entre personnes, gratuitement et de façon réellement sécurisée, aussi bien de l’argent que des messages privés.

On objectera que la NSA a mis ou mettra des backdoors dans tous les logiciels pour pouvoir lire tous les messages. Comment le pourrait-elle ?

Prenons l’exemple du module cryptographique que j’utilise pour le Partage Marchand. Il est entièrement contenu dans ce code de 160 lignes. Il serait très difficile, voire impossible d’ajouter une backdoor et il faudrait moins d’une heure à un programmeur débutant en python pour la trouver dans seulement 160 lignes de code. Quant à « patcher » l’interpréteur Python sans être vu de la communauté des développeurs, cela me semble relever de l’impossible. Si on donne à l’utilisateur toutes les instructions pour vérifier et reconstruire lui même l’outil de chiffrement/signature, on peut raisonnablement dormir tranquille.

De plus, dans la masse d’informations collectées par PRISM, les bouts de données chiffrées ressemblent comme deux goutes d’eau à du bruit blanc (signal aléatoire pur) et le message se garde bien de dire en entête de quel algorithme il est tiré, avec quel paramètres et par précaution, la chaine chiffrée est entourée de bruits blanc. Donc, pour les super serveurs de la NSA, avant même d’attaquer en force brute un message chiffré, il faut délimiter la chaine chiffrée dans un océan de bruit blanc, trouver dans le contexte de la transaction, quel algorithme est possiblement utilisé. Dans le cas où un serveur s’acharne sur un bruit blanc pensant trouver un message clair, il dépense en pure perte une quantité phénoménale de charge CPU, chaleur, électricité car à priori, rien ne distingue un message chiffré d’un bruit blanc. Pour corser le tout, on peut imaginer des serveurs de FAI qui envoient depuis TOR des millions de messages en bruits blanc pour simplement augmenter l’utilisation de l’Internet et en passant rendre le travail de PRISM beaucoup plus difficile.

Donc j’invite les plus téméraires à tenter de casser ce code de 160 lignes…je leur offre volontiers une bière (désolé, je ne pourrai pas faire plus). Vous vous demandez peut être comment 160 lignes de code sur un répertoire public Github pourrait tenir tête aux milliards dépensés par la NSA pour espionner le monde ?

C’est la simple beauté des mathématiques mises en boite par l’informatique !

Non content d’utiliser une moyen de paiement numérique, le citoyen pourra même partager des biens culturels sur le Net et accessoirement voir se résoudre la problématique du piratage. Il s’agit du vrai partage numérique, incluant le créateur du bien pour le rémunérer décemment, donc ce n’est pas le soit disant « partage non marchand » qui n’est en rien «partageur» avec l’auteur ou les auteurs du bien immatériel.

Les difficultés du Partage Marchand ne sont pas d’ordre technique mais plutôt d’ordre idéologique car il faut combattre la demande de légalisation du partage non marchand. Cette légalisation accélèrerait la chute des industries culturelles à l’ère du numérique, mais ne créerait aucun emploi nouveau, forçant à puiser dans l’économie matérielle malgré les ressources limitée de la Nature.

L’offre du Partage MarchandPartage non non marchand») s’avère donc être beaucoup plus écologique en terme de soutenabilité économique que l’option d’un Internet totalement gratuit1 et défendu par le mouvement des communs, fortement inspiré de mouvements écologiques ! Faut-il s’étonner d’une si flagrante contradiction ?

LF

1- Les communs ne revendiquent pas à priori la gratuité, mais pour le type des biens communs informationnels, comme le Net permet une concurrence directe, un site équivalent gratuit attire automatiquement les internautes et donc s’il y a légalisation du partage non marchand, les biens communs informationnels seront de fait gratuits pour tous, donc hors marché, donc renvoyant les créateurs à un financement externe à la communauté…peu responsable comme règle de gouvernance !

L’avenir du progrès

J’ai fait mes études d’ingénieur dans une école française au joli nom d’Arts&Métiers. Ce nom faisait historiquement référence au savoir faire de l’artisan, le concepteur d’objets, de machines et d’ouvrages pour lesquels il était requis au XIXe et XXe siècle une part importante d’imagination artistique. Le progrès résultait d’une alchimie entre invention humaine et exploitation de techniques scientifique. A la fin du XXe siècle, quand je faisais mes études, la rationalisation, l’optimisation des processus de conception et de fabrication insistait beaucoup plus sur le « Métier » de l’ingénieur que sur son « Art ». La sélection, fortement basée sur les maths n’était absolument pas ouverte à la pratique artistique, et au regard de ma nullité artistique, elle lui tournait vraiment le dos ! Ce n’était donc que par tradition (Trad’s!) que les mots ‘Arts’ et ‘Métiers’ restaient associés…un semblant de conservatisme opposé au progrès penseront certains.

Facade ENSAM

En ce début du XXIe siècle, avec la présence mondialisée et omnipotente de l’Internet, j’ai le sentiment que le progrès passera plus par l’Art que par le Métier. En effet, nous voyons arriver une double saturation d’une part des moyens d’optimisation de la rentabilité du travail par l’automatisation; les robots fabriquant de plus en plus nos biens de consommation et d’autre part une limitation des ressources naturelles, pétrole en particulier. Bien entendu, il faudra encore longtemps des ingénieurs pour concevoir les robots et nous trouvons chaque jours de nouvelles idées pour défendre la soutenabilité de l’économie, et donc mieux gérer les dernières réserves de la Nature. La solution n’est pas dans la financiarisation de l’économie, sauf pour une très petite minorité d’intérêts privés.

Quand les besoins de base (nourriture, habillement, logement,…) sont tant bien que mal satisfaits pour une part grandissante de la population, chacun peut légitimement prétendre et participer à une activité sociale qui lui donne du sens et l’épanouisse. Je prétends que cette principale activité professionnelle sera la pratique d’un art sur support numérique; sur l’Internet. Pourquoi ?

L’Art est une tentative de dialogue entre un humain et l’Humanité. Avant Internet, cet objectif n’était jamais atteignable ou seulement pour une très faible minorité de personnes (les stars). Avant l’ère industrielle, prédominait l’artisanat qui contraignait les artistes à diffuser très localement leur œuvres qui de plus étaient matérielles, donc ne pouvaient se vendre qu’une seule fois (l’artiste était aussi dépossédé de l’original). La fabrication en série à permis de toucher un public bien plus large et d’abaisser sensiblement les coûts marginaux, sans les rendre vraiment nuls si bien qu’il fallait s’entourer de nombreux intermédiaires (transport, publicité,…), qui touchaient leurs commissions sans pour autant apporter de contribution artistique. Ces intermédiaires, utilisant une certaine rareté de l’information ont pu développer la spéculation. L’autre piste était d’éviter la série pour jouer la carte du marché du luxe, mais ce n’est pas sans contrepartie; le public élitiste est volontairement restreint et les soient disant « amateurs d’art » y trouvent surtout un bon placement financier. Or avec le Net et surtout avec la possibilité de créer des œuvres à coût marginal vraiment nul, le public potentiel est automatiquement la Terre entière et si l’artiste s’y prend bien, il peut évincer tous les intermédiaires non contributeur. De l’Antiquité jusqu’au XXe siècle, l’artiste n’a été payé que par la générosité ou par l’industrie culturelle, avec toutes les inégalités, les injustices et les abus que l’on connaît. C’est implicitement comme si la société refusait de donner le terme de « métiers » aux activités de la très grande majorité des artistes; seuls la minorité des stars pouvant y passer un temps complet. Le soutien de l’État a joué un rôle, mais à aussi généré des frustrations et des inégalités de traitement entre les artistes, qui ne souhaitent pas tomber dans des systèmes de sélection par des pairs, comme les chercheurs ou les enseignants.

Ajoutons à cela que l’utilité de l’Art n’est jamais évidente ni directe à évaluer et que sa pratique peut être source de plaisir…pour que l’opinion public ne veuille pas qualifier la pratique artistique de travail, impliquant une pénibilité, une souffrance.

Avec le Partage Marchand (voir les nombreux posts et papiers sur le sujet), il est possible de rémunérer directement, donc sans passer par les aléas d’un pouvoir central (cf Contribution Créative), convenablement (l’éviction des intermédiaires y contribue) et sans abus (la limitation au revenu escompté assure qu’à terme les acheteurs sont remboursés de leur achat s’ils sont nombreux). L’Art s’approche enfin de son idéal car le créateur dispose de tous les instruments de création sans recourir à d’énormes capitaux/entreprises et il peut toucher les internautes du monde entier instantanément, mais aussi dans la durée car Internet sait établir des liens dans le temps, pour suivre l’évolution d’une œuvre (ce qui fait aussi l’intérêt du crowdfunding mais existe aussi dans le PM). Internet donne enfin une chance à un artiste de « travailler » à temps complet sur son art, à condition que la qualité de ses œuvres soit reconnue par le peuple pour déclencher un nombre conséquent d’achats…le même peuple est le seul juge et détermine la rémunération, dans un processus démocratique (tout le monde paye le même montant). Il est important de noter que passé la fourniture d’accès à l’Internet, les artistes du monde entier sont sur un pied d’égalité. Leurs qualités humaines priment sur leurs capitaux ou leur pouvoir politique. On assiste à un retour à une forme d’artisanat, les acteurs sont des auto-entrepreneurs collaborant sur le Net, sans les contraintes de localité qu’imposait le commerce de bien matériels. On s’éloigne aussi du modèle industriel qui imposait des fusions d’entreprises pour augmenter les marges par simple effet d’échelle.

Donc se développe un « marché de l’Art sur Internet », sans spéculation possible, sans intervention excessive de l’État, marché qui n’est absolument pas prédateur de la Nature, et qui possède le double effet d’occuper sainement les loisirs de la population (il faut aussi des jeux, du sexe et du sport!) tout en fournissant un métier rémunérateur à un ensemble pouvant être très grand de la population active, celle qui est moins impliquée dans l’amélioration de la rentabilité économique.

Il doit bien y avoir une limite à ce beau système ? Certes, il y a le temps d’attention de chacun consacré à la consommation d’une œuvre, mais en revanche, il n’y a pas de limite à la valeur partagée d’une œuvre, seulement le pouvoir d’achat des ménages. Un système économique peut très bien être à l’équilibre avec une tomate cerise correspondant à la valeur d’un film de grande production, ou-bien cent kilos de tomates correspondant à la valeur d’un petit post d’un écrivain sur son blog. L’immatériel n’a aucune limite à sa valorisation économique si le partage respecte des principes démocratiques (revente impossible) et une loi de l’offre et de la demande adaptée aux biens immatériels.

Au lieux de se limiter à proposer des adaptations écologiques à l’exploitation inexorable des ressources naturelles, le PM propose une vrai définition du commerce de biens immatériels, et donc une nouvelle source de progrès. C’est presque une chance qui s’offre à nous au moment où les politiques et les économistes se regardent désenchantés face à une crise qui semble leur échapper.

Quels sont les obstacles qui se présentent devant ce progrès ?

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la technique ne me semble pas être un gros obstacle. Il reste des détails à gérer mais les grosses briques, le protocole P2P, la crypto, l’authentification sur smartphone, la conversion de la monnaie,…sont établis.

Il reste un obstacle politique qui est la « demande de légalisation du partage non marchand« , et je prends cette demande très au sérieux car les pressions actuelles sont fortes et surtout, toute expérience de ce type serait irréversible à court terme…il faudrait bien 50 ans pour convaincre le peuple de revenir à un système marchand après avoir goutté au partage gratuit légalisé et inconditionnel des œuvres culturelles. Bizarrement, je suis moins inquiet vis à vis du Droit d’Auteur, car malgré les dégâts qu’il fait à la Culture en général, il s’autodétruit petit à petit et se cantonne aux biens matériels.

Merci d’avance pour me faire part de votre avis sur cette vision du progrès, je ne prétends pas détenir l’unique solution, mais comme elle est très positive, peut être naïve, j’aimerais la proposer à votre critique.

NB. Ce post fait suite aux travaux de l’Institut Diderot sur L’avenir du progrès, animé en 2011 par Paul Jorion.

La contribution créative est-elle dangereuse ?

La Contribution Créative est une proposition de mutualisation des revenus tirés d’une taxe sur les FAI pour soutenir la création à l’ère numérique. Son inventeur, Philippe Aigrain tient à la distinguer de la Licence Globale, car elle serait sous gouvernance public, (l’État) et rétribuerait aussi bien les amateurs que les professionnels. A plusieurs reprises, j’ai demandé aux partisans de la Contribution Créative de lui consacrer une page Wikipedia, mais il semblerait qu’ils aient du mal à la décrire simplement. Philippe Aigrain, soutenu par divers collectifs comme SavoirsCom1 ou LaQuadratureDuNet, propose la Contribution Créative uniquement pour obtenir des puissances publiques une légalisation des partages non marchand. Valérie Peugeot l’avoue à la fin de cette présentation, alors que généralement, elle est plus prudente dans ses écrits.

Emmitouflé dans un discours positif, utilisant les termes de « partage », « contribution », « mutualisation », « défense des libertés », « biens communs »,…on peut se demander ce que je peux bien trouver de dangereux dans la « contribution créative » et n’est-il pas légitime à l’ère du numérique de ne pas légaliser une pratique généralisée ? On peut même se dire que je dois avoir des intérêts personnels à défendre un système d’enclosures ou que je suis réticent à toute évolution par le numérique !

J’espère au contraire vous convaincre de ne pas vous laisser berner par ce discours populiste qui consiste à proposer des armes séduisantes au premier abord, mais qui s’avéreraient largement destructrices à l’encontre des concitoyens si elles devraient être utilisées. Il est tentant de s’appuyer sur un statut de chercheur pour promouvoir un projet politique, mais comme ce projet peut avoir des répercutions graves sur l’emploi des citoyens, leur niveau de vie, l’économie globale, il me parait irresponsable ou populiste (selon que c’est volontaire ou pas), de ne pas présenter tous les problèmes et toutes les difficultés générées par le modèle en question.

Sur le même sujet, quand LaQuadratureDuNet s’adresse aux instances européennes, face à des interlocuteurs plus spécialisés, elle exige la légalisation du partage non marchant avant tout travail préalable de réforme du Droit d’Auteur. Elle insiste moins sur la Contribution Créative, qui viendrait dans un second temps, si l’Europe envisageait cette légalisation. Du reste, certaines associations ou groupes politiques comme le Parti-Pirate s’opposent clairement à toute forme de Licence Globale et donc de Contribution Créative et se limitent à demander la légalisation du partage non marchand.

Rappelons que cette légalisation permettrait à chacun de « cueillir » n’importe quel bien immatériel, même protégé temporairement par le Droit d’Auteur et de publier gratuitement sur un réseau P2P, partageant ce bien, mais en excluant du cercle le créateur et accessoirement en le privant d’un revenu. On assiste à des véritables campagnes de pression auprès des auteurs pour diffuser leurs œuvres si possible sous licence  CreativeCommons, voire en PublicDomainLicense, sans les soutenir dans leur nécessaire besoin de revenu. S’en devient un chantage pour les petits, ceux qui ne sont pas encore connus…de toute façon, nous ne serez jamais embauchés par l’industrie culturelle, alors quitte à être fauché, diffusez gratuitement, et comme cela, vous aurez peut être une chance d’être connus sur le Net…sans compter que même dans le gratuit, la concurrence à la popularité est rude !

Le Droit d’Auteur, bien entendu issu de l’ère industrielle, reste foncièrement inadapté à l’ère numérique, et comptant les nombreux abus des rentes d’ayants droits qui n’ont jamais rien créés,… on comprend que cela suscite la haine des citoyens (…72% pratiquent le piratage nous dit Valérie Peugeot), mais aussi des artistes qui restent les dindons de la farce. Mais proposer de légaliser le partage non marchand sous prétexte d’inexorabilité de l’économie de l’abondance est un retours en arrière des pratiques sociétales.

Au Moyen Age, l’artiste ne vivait qu’au bon vouloir des seigneurs qu’il devait amuser. Encore aujourd’hui, le fait de trouver des artistes qui font la manche dans la rue prouve que la société n’a pas complètement changé d’attitude. On a tenté de « fonctionnariser » les créateurs, mais c’est un peu comme apprivoiser des bêtes sauvages; la créativité, l’irrespect, l’originalité, la liberté, l’imagination, toutes les qualités qu’on apprécie d’un artiste, ne s’enferment pas dans les évaluations de groupe de sages sur le « beau », assemblée qui déciderait de récompenser plus tel artiste et moins tel autre, ou inversement donnerait le même revenu à tous, revenu souvent faible quelque soit les efforts, le travail et la qualité des œuvres.

La cueillette des champignons 09068

Plutôt que de parler de « piratage », qui a une connotation héroïque alors que planqué derrière son PC, le risque n’est pas très élevé, je préfère utiliser le terme de cueillette. De la même façon que nos ancêtres puisaient autant que faire se peut dans la Nature sans gestion, sans anticipation et sans véritable travail que demandera ensuite l’agriculture et l’élevage, les internautes cueillent, se servent donc gratuitement sur le Net, choisissent les biens numériques culturels, sans se soucier du processus économique de création. On essaie même de cacher la grande quantité constatée de cueillette derrière une pratique très minoritaire de création communautaire (crowd-sourcing) ou d’œuvres dont personne ne revendiquerait la paternité. Internet est donc à l’image de la Nature, une source infinie de nourriture pour le corps et pour l’esprit et quoi de plus naturel que d’être opportuniste face à ces deux sources inépuisables ! Pourquoi devrait-on restreindre l’accès et demander le paiement d’une somme pour un bien abondant, non rival ? Allez expliquer à une famille cro-magnon que c’est mal venu de se servir sur un marché de fruits et légumes sans rien donner en échange aux producteurs. La légalisation du partage non marchand n’est ni plus, ni moins que la légalisation de la cueillette numérique. Sous l’intention bonne et généreuse de nourrir culturellement une famille, on empêche ou on tue toute possibilité d’établir un marché, de légumes comme de biens culturels. Il n’est pas compliqué de comprendre que c’est toute la production, artisanale ou industrielle, qui est pendue à ce risque de légalisation. La pression est grande sur nos politiques pour franchir le pas. Certains « commonistes » avancent que les pirates sont aussi des gros consommateurs de biens culturels payants. C’est oublier d’une part que leurs achats sont principalement dans la sphère matérielle, et non sur l’Internet et d’autre part, il faut considérer le comportement des internautes APRÈS la légalisation et non avant. S’il n’y aurait aucun frein mais plutôt une incitation généralisée à la cueillette… une sorte de pillage de tous les biens culturels numériques, les internautes se regarderont comme le faisaient les pilleurs ayant dévasté un village. Maintenant qu’est ce que l’on fait ? Avec le Net, il n’y a qu’un seul village à piller, et si rien ne valorise le créateur en terme financier, on va assister à un appauvrissement de la création numérique, simplement par manque de temps et parce que les revenus tirés de la création matérielle vont doucement diminuer face au numérique qui serait non rémunérateur. Faudra t-il en passer par le troc : je te donne mon morceau de musique si tu me donnes ton e-book ?

La contribution créative veut intervenir comme solution de rémunération des artistes qui auraient cédé leurs droits patrimoniaux, par chantage ou par légalisation du partage non marchand. Bien que cette proposition est une bonne dizaine d’années, sans trop évoluer, elle ne précise pas les détails…on réglera les problèmes de répartition quand on aura l’argent disent ses auteurs !

Il est surprenant que ce soit les défenseurs de l’économie du pair à pair, décentralisée, sans organe maître, qui défendent la Contribution Créative qui demeure une forme hyper centralisée, étatique et globale, des sociétés de gestion des droits, abusivement privées, mais spécialisées dans un domaine artistique. On veut bien croire que la Contribution Créative ne veuille pas tomber dans les mêmes ornières dans lesquelles les états communistes étaient tombés, mais dès l’instant qu’il y a de l’argent en jeux, et donc le revenu de familles entières entre les mains de cette future institution, le Net ne sera plus un terrain d’échange de gentils amateurs, mais la source d’attaques des pires mafias. Non seulement, il sera facile de développer des robots qui biaiseront les résultats des téléchargements, et très difficile de trouver des bénévoles non corruptibles pour analyser les trafics, mais plus on voudra être précis dans l’évaluation, et plus on transgressera la neutralité du Net et plus on établira une société de surveillance généralisée.

Le danger le plus grave se cache dans les détails. Par exemple, il est mentionné dans la réponse faite par LaQuadratureDuNet à la prochaine consultation européenne que les sommes collectées par la contribution créative sont destinées:

…à la rémunération des contributeurs aux œuvres ayant fait l’objet d’un partage non marchand (page 25).

Si on associe cette petite phrase avec la volonté de rémunérer les amateurs, pour se différencier des sociétés de gestion qui compensaient la perte des professionnels, et si on l’envisage avec la légalisation du partage non marchand, on aboutit au système encore plus dangereux où celui qui cueille un bien numérique et le partage gratuitement peut être considéré comme véritable contributeur pour son acte de copie et serait candidat à recevoir une rétribution (amateur), d’autant valorisée que sa copie est non-marchande. Si la réutilisation est encouragée, ce qui est souhaitable, mais non encadrée parce tout est nivelé vers le gratuit, alors il est aisé pour quiconque sans réel don artistique de très légèrement modifier une œuvre dès sa publication et de revendiquer une contribution, donc un revenu de la Contribution Créative. La différence entre la prescription et la création devient floue. Ce faisant , le vrai créateur de l’œuvre, peut être moins rompu sur les mécanismes marketing ou de partage en P2P, pourrait se voir exclu du cercle des partageurs et voir des petits malins se rémunérer sur le dos de l’État, par la taxe contributive que chacun payerait, sans ajouter qu’il ne pourrait plus vendre directement son œuvre car celle ci serait en concurrence (déloyale) avec des instances gratuites, aussi facilement accessibles, en toute légalité.
Lionel Maurel m’a même dit l’an dernier à Toulouse, chez Pouhiou, qu’il serait envisageable qu’un blogueur comme lui touche un petit revenu tiré de la Contribution Créative. Qu’il soit déjà rémunéré comme bibliothécaire et qu’il fasse la promotion d’un système qui dénude tout créateur d’une rémunération directe des œuvres numériques ne semble pas le choquer outre mesure !

Je suis biens d’accord avec Valérie Peugeot qu’une société qui compte 72% de personnes dans l’illégalité est face à un grave problème et la légitimité de ses dirigeants peut en pâtir. Mais il y a pourtant une solution consistant à faire passer l’Internet de la Préhistoire à l’Histoire, en lui associant une monnaie dédiée et un mécanisme très démocratique de Partage Marchand.

Je n’arrête pas de solliciter des chercheurs, économistes pour critiquer le Partage Marchand, trouver des failles que je n’aurais pas détectées. Il semblerait que Valérie Peugeot, Lionel Maurel, Philippe Aigrain,…les parrains de la Contribution Créative et les premiers demandeurs de la légalisation du partage non marchand, ne veuillent pas me répondre, m’interdisent de commenter sur leur blog, voire même empêchent que je présente cette théorie et les applications qui en découlent au CNNum. C’est dommage pour moi, mais plus encore pour tous les créateurs qui pourraient en tirer profit dans l’avenir. J’ai évalué à 1 Milliard d’euros par mois le coût de retard pris dans la mise en place du Partage Marchand. C’est l’équivalent de 300.000 emplois créés sans contrepartie. Je ne pense pas que les beaux discours sur les « communs informationnels » puissent revendiquer un tel effet sur la croissance.

Qu’est ce que cela coûte d’essayer ? Si vraiment, je proposais une arnaque, par exemple pour me faire mousser, il est certain que ma compétence et ma crédibilité en tant que chercheur en informatique seraient irrémédiablement écorché dès que l’arnaque serait mise à jour par des experts. Mais peut être que le problème n’est pas là. En me répondant et en analysant le Partage Marchand, ils risquent de révéler des failles de leur propre système et d’ouvrir les yeux de nos concitoyens.

J’ai comme l’impression que les créateurs sont encore pour longtemps les dindons de la farce, que ce soit du coté du Droit d’Auteur ou du coté des commonistes !