Réponse à Richard Stallman

Précisons d’abord que je respecte le personnage à double titre car:

  • J’utilise emacs comme outil d’édition local sous GNU-Linux (…et aussi sur mac, mais il ne faut le lui dire !), pour de moins en moins de code C/C++/ADA avec GCC car je préfère Python, même pour générer du LaTeX !
  • Je salue la persévérance de RMS dans la défense des libertés du Net à travers le monde.

C’est la raison pour laquelle je me suis permis de lui envoyer un e-mail pour lui demander son avis sur le partage marchand et il m’a bien gentiment répondu. Merci à lui !

CCO Bill Ebbesen

Richard me dit d’abord que:

«The terminology is wrong.  It’s not a theory, it’s a system.
A theory is supposed to explain something.  This is not intended
to explain something, it’s intended to be used.»

Je pense que cette assertion est doublement fausse car:

  • C’est vraiment une théorie au sens mathématique du terme car on part d’un ensemble d’axiomes pour construire des théorèmes. Les plus matheux trouveront surement qu’il persiste des incomplétudes ou que la démonstration manque peut être de rigueur, mais j’aimerais volontiers l’améliorer avec l’aide de chercheurs en Math, …pour la prochaine version.
  • On peut discuter indéfiniment pour savoir si Internet est une pure création artificielle (venant le l’espèce humaine), ou-bien un appendice du XXIe siècle à la Nature. J’aime bien ceux qui disent que les évènements importants sont «le feux, la roue et Internet !» Internet existe maintenant, pour longtemps et il permet une chose incroyable; la publication mondiale à coût marginal nul pour l’auteur de biens immatériels.  Mais nous n’avions pas compris que ce petit détail impliquait que la notion même de prix (scalaire) dans une relation commerciale devait changer, si nous voulions maintenir des critères démocratiques. Le passage à un prix-fonction est une découverte de la nature d’Internet, ce n’est pas absolument pas un système. Tous le respect des principes de liberté et d’égalité est contenu dans la formule \mathcal{T}_i^{\nearrow} = i \mathcal{P}_i^{\searrow}. C’est une simple formalisation d’une loi naturelle de l’Internet. Il serait impossible de la breveter ou de la protéger comme une marque. Cette théorie appartient à l’Internet, donc à tout le monde.

Ensuite, Richard me dit:

«See stallman.org/ebooks.pdf, which lists the injustices of today’s commercial ebooks.   This system appears to share some of those injustices».

Je partage avec lui le constat des dérives du système actuel, et principalement celles d’Amazon, mais je trouve complètement rétrograde de ne pas proposer et de ne pas considérer une alternative numérique au livre papier. L’accélération de la diffusion des connaissances est en partie du fait de l’informatisation, la diffusion par Internet et donc la publication de fichiers numériques. Reprenons les injustices citées (pas dans le même ordre);

  • sur les formats, il faudrait bien entendu défendre le format PDF simple (v1.5) non chiffré, autonome (PDFA), vectoriel, et respectueux de la mise en page de l’auteur. L’EPUB peut être généré à la volée pour un meilleur confort de lecture sur tablette. Pas étonnant que la communauté scientifique ait adopté PDF, surtout quand il est de qualité comme généré à partir de la chaîne TeX, LaTeX.,
  • sur la licence, il n’y a aucune licence restrictive sur le Partage Marchand (contrairement à Amazon), au contraire, le droit moral est maintenu dans la phase payante et dans la phase gratuite. Le mécanisme de co-auteurs et d’inclusion permet même de rétribuer équitablement la réutilisation. En revanche, nous voudrions défendre certains droits du citoyen, comme le droit de mobiquité. Le respect des règles du partage marchand et en particulier la protection contre l’i-vol est un travail juridique pragmatique, en fonction des infractions qui seront constatées sur Internet, pour peut être définir à l’avenir une «Merchant Sharing License».
  • sur la notion de propriété, le concept étant différent entre la propriété faible des biens matériels et la propriété forte des biens immatériels, il faut simplement dire que l’on doit respecter le droit de propriété des possesseurs d’e-book, et aucune CGU ne peut le changer (Amazon ou autre).
  • sur le location, elle n’est simplement pas possible avec un bien immatériel, le prêt (gratuit) est possible si on tolère un DRM pour ne pas faire de concurrence déloyale à une vente directe.
  • sur les DRM, le partage marchand exige que toute vente de bien immatérielle se fasse sans aucun DRM, ni publicité embarquée. C’est une question de mobiquité.
  • sur la copie, ce terme n’a plus de sens avec le Partage Marchand car on télécharge directement le bien sur le site du producteur (répliqué en P2P) et on partage les frais, mais jamais l’utilisateur ne doit se soucier de « dupliquer » un bien. Tout bien acheté est disponible à vie sur n’importe quel appareil du propriétaire.
  • Il est impossible pour quiconque de détruire les droits de propriété sur un e-book partagé.
  • sur l’identification des usagers, le partage marchand utilise le même niveau d’anonymat que pour Bitcoin, c’est à dire qu’il est possible de se définir plusieurs identités, certaines pouvant être publiques, d’autres privées et d’y associer les biens immatériels acquis. Ce n’est certes pas aussi anonyme que l’achat instantané en liquide.

Le dernier point pose une question intéressante à savoir que la liberté d’un artiste de ne pas rendre transparent son revenu touché de la vente directe de ses œuvres, rend le partage marchand non applicable et donc aucune garantie d’équité n’est assurée entre acheteurs. Ceci peut créer des gains abusivement élevés dans le numérique, au détriment des internautes, qui seront alors incités à pirater (la situation actuelle !). Richard Stallman est aussi conscient du problème en proposant un revenu proportionnel à la racine cubique de la popularité, mais son système nécessite au moins une transparence des revenus et des distributions au sein d’une organisation centrale qu’il est très difficile d’envisager sans tomber dans des mains mafieuses. Richard, en tant qu’informaticien, devrait aussi savoir qu’il est aisé de truquer par des robots les données de nombre de téléchargement si le téléchargement n’est pas adossé à un paiement.

Finalement, Richard me fait aussi la remarque:

I see two aspects of the system that I don’t like. 1. Users are not allowed to share copies. 2. To give a partial refund to the previous customers, the developer (I reject the term « creator » for developers/authors, see http://www.gnu.org/philosophy/words-to-avoid.html) has to be able to find them.  I think it is unjust to make purchasers identify themselves.

Les utilisateurs peuvent toujours se donner des copies, la répression sur ce point n’est pas possible, mais ils sont plutôt encouragés à doublement partager l’œuvre et les frais en comprenant bien que plus le cercle de partage est grand et moins le prix est élevé pour tous, jusqu’à devenir nul, quand l’auteur à reçu son revenu escompté. Parler de «partage» sans rien donner à l’auteur est pour le moins abusif.

Sur le deuxième point, Richard n’a semble t-il pas compris que c’est le réseau P2P, enregistrant les transactions dans des DHT publiques qui se charge des remboursements. Vendeurs et acheteurs n’ont rien à faire. Chaque acheteur peut arriver à trouver le numéro de compte d’un autre acheteur, mais cela ne lui permet pas de remonter à son identité réelle.

Enfin, le terme « créateur » est volontairement utiliser non pas au sens divin, mais pour traduire la difficulté, le travail et la dose de génie que requiert inévitablement la réalisation d’une œuvre qui plaise au peuple. Ce n’est certainement pas utilisé pour désigner les « ayants-droits », qui sont évincés dans le partage marchand. Le terme ne cautionne en rien les dérives du Droit d’Auteur. Je ne considère pas qu’un développeur logiciel soit un véritable créateur au sens d’artiste. Il est de plus rémunéré par un organisme privé ou publique, ce qui le dispense de vendre directement les logiciels et permet que l’économie autour du Logiciel Libre soit possible. On ne peut pas extrapoler ce principe à tous les biens de la connaissance et en particulier aux biens culturels.

Malgré ces nombreux points de désaccord, je remercie chaleureusement RMS d’avoir consacré un peu de son temps précieux à la lecture de mon papier.

Thank you Richard!

Feel free to add any comment on my comments!

I love the following note in your e-mails !

To any NSA and FBI agents reading my email: please consider
whether defending the US Constitution against all enemies,
foreign or domestic, requires you to follow Snowden’s example.

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