Merci Menbiens !

Menbiens vient de consacrer un billet au Partage Marchand

Même si c’est pour évoquer trois prétendus obstacles, son billet fait avancer le débat car peut être que d’autres personnes ont la même vision mais n’osent pas l’écrire…donc merci Marie ! Au passage, j’en profite pour m’étonner de l’attitude de quelques universitaires que j’ai contactés et qui ne me répondent pas. S’il y a bien une chose dont je suis certain, c’est que le Partage Marchand peut avoir une implication énorme dans l’économie du XXIe siècle. Il ne devrait donc pas laisser indifférents ceux qui s’intéressent à l’avenir du Net. N’hésitez donc pas à suivre l’exemple de Marie.

Reprenons l’argumentaire sur le fond:

1 Le Partage Marchand, ça sent l’arnaque !

C’est un peu normal que l’on ait cette impression car depuis l’Antiquité, pour les biens matériels, partage et marchandisation n’ont jamais fait bon ménage. C’est parce que le Net est maintenant disponible à tous pour calculer, enregistrer, signer que l’on peut avoir des relevés de comptes incluant une myriade de petits remboursements…et qu’il est possible de partager, même en achetant à des instants différents.

releve

L’arnaque pourrait être scientifique….système mathématiquement ou informatiquement infaisable ! Il reste certes quelques inconnues sur le passage à l’échelle (un réseau d’un million de nœuds ne se comporte pas comme un réseau de 10 nœuds !), mais je suis bien entouré et mes collègues chercheurs ne me laisseraient pas, je l’espère, raconter trop de bêtises (un bug est toujours possible…voir l’histoire récente de la faille sur OpenSSL/TLS). Enfin, je ne vois pas trop ce que j’y gagnerais pour ma carrière à jouer les fumistes, même médiatisé !

Je sollicite des économistes et des experts de la finance car ce ne sont pas mes domaines de compétence initiaux. Reste le domaine juridique (dont fait parti Menbiens), qui s’inscrit souvent dans une histoire (voire une jurisprudence), mais dans le cas du Net, il y a un double problème que l’histoire du Net est très courte d’un part et que les biens immatériels obéissent à des lois naturelles différentes des biens matériels. Un avocat ne s’amuserait pas à remettre en cause la rotondité de la Terre ou la gravité. Pour le numérique, il faudrait que le Droit d’Auteur passe sa révolution des Lumières et intègre bien les conséquences du coût marginal nul d’un bien immatériel du Net.

La question des licences en découle. La notion de propriété n’est pas bien comprise et je propose une distinction entre propriété forte et propriété faible. Finalement, en assurant un droit de mobiquité que je revendique pour tous, chacun peut littéralement posséder un bien immatériel à vie (sa vie) et le propriétaire ne peut s’en défaire, ni le donner, ni le vendre, ni le louer, ni le prêter ni en hériter. C’est une propriété plus forte que celle définie temporellement associé à un bien matériel dégradable, volable. La notion que je propose est totalement opposée à l’idée commune qu’avec le Net, on perdrait la possession, on ne ferait qu’un usage, tout serait location (donc DRM !).

Menbiens me taraude avec le Domaine Public. C’est complètement déplacé. Il faut une protection morale des auteurs (paternité, référence, horodatage…d’autant plus facile avec le numérique) et protéger des acheteurs (principalement la mobiquité car le Partage Marchand assure la transparence et l’équité), mais je propose l’approche pragmatique suivante :

Mettons en place le système sans faire appel à un arsenal juridique, et selon les tentatives de fraude que l’on pourra constater, alors les institutions seront amenées à légiférer. Cela ne donne pas du boulot et des batailles acharnées pour les juristes de métier, mais est ce qu’il ne faut pas être simple si possible dans ce domaine et éviter les escalades américaines où c’est le service juridique qui fait le chiffre d’affaire de la boite !

Le Partage Marchand répond parfaitement au « reuse » « mashup« , « remix » par deux mécanismes « co-auteurs et inclusion« …ce qui enlève une grosse épine du pied du Droit d’Auteur.

Sur le temps de passage dans le domaine public, effectivement non garanti, il est quand même limité par la mort de l’auteur, car avec le PM, il n’y a pas d’héritiers, ni ayants droits (de quoi?). Donc au pire, c’est passer de 70 ans à 0 ans !

Sur les revenus raisonnables, il y deux composantes, le prix initial et le revenu maximal. Si tous les deux sont trop élevés, alors je le dis clairement: j’invite les internautes à pirater comme en 2014 pour montrer leur désapprobation…espérons que cela ne concerne que quelques anciennes stars qui ne supporteraient pas de baisser leur niveau de vie 🙂

2 Le domaine public, tous n’en rêvent pas !

Si c’est financièrement, je ne comprends pas! Un sculpteur actuellement est obligé de vendre son œuvre sur le marché de l’Art pour vivre et donc il voit ensuite des spéculateurs multiplier son prix par 1000 sans rien toucher (il y aurait un droit de suite m’a dit Calimaq). Oui, un artiste peut toujours dans sa jeune carrière sous estimer le succès d’une œuvre et regretter de ne pas avoir demandé plus, mais je veux rompre avec l’idée que la production artistique serait nécessairement un jeu de loterie avec des écart pharaoniques de gains.

Je comprends des réticences sentimentales, mais en grande part, les créateurs seraient rassurés si la paternité était mieux respectée, comme dans la recherche, ou finalement la citation est l’ultime récompense. Donc être repris et cité devraient moins faire peur aux artistes…cela sous entend une répartition équitable des revenus entre le copieur et le copié (voir le mécanisme d' »inclusion ») Dans un tel système bien rodé, il n’y a pas besoin de demande le consentement à un autre. Par contre « oublier » de référencer un autre porte atteinte sérieusement à la reconnaissance de l’auteur par ses pairs, peut être même par le public. Il n’y a plus l’excuse technique de l’analogique, car avec le numérique, c’est un fichier, qui peut contenir du texte et donc les références de tous les autres œuvres utilisées ou inspirées. Généralement, un niveau suffit, il ne s’agit pas de faire remonter chaque œuvre à une peinture rupestre !

3 Le partage marchand, un service sans marché ?

Pour les e-book, qui à priori sont les meilleurs candidats au partage marchand, il ne sont pas tous à 99 centimes ! Avec le PM, je dirais qu’un prix de départ pourrait être de 5€, mais que très rapidement, il tombera sous 1€, puis 10 centimes, avec une différence énorme par rapport au système actuel. Tout l’argent de la vente va à l’auteur. (même le 70% d’Amazon sont battus!)

Enfin, dire que le PM n’est pas une théorie générale, j’ai la prétention de prétendre exactement le contraire, d’une certaine universalité de la formule.

Quant à savoir s’il faut une étude de marché…si vous voulez,… mais c’est un peu la même situation que Jobs qui demanderait en 1978 si ses clients voulaient une souris ou pas sur leur ordinateur !

On vient de confirmer que le piratage de proximité représente une part très importante des échanges et des consommations culturels, imaginez déjà le transfert de cette masse en Partage Marchand. Enfin, le succès du Crowdfunding montre que les gens sont prêt à donner pour financer la culture. Simplement, il ne faut pas les prendre pour des idiots et il faut leur proposer un système vraiment démocratique.

Ce n’est pas la contribution créative, ce n’est pas le don, ce n’est pas la publicité, c’est le Partage Marchand !

LF

 

 

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Piratage de proximité, Partage Marchand et RPP

Voici une très bonne nouvelle venant des chercheurs du labo M@rsouin,(J’étais invité à un séminaire de ce labo en Mai, mais je ne pourrai malheureusement pas y aller) et beaucoup d’observateurs du Net diront que ce n’est pas nouveau, tout le monde le sait :

Le piratage de proximité se porte bien et de plus, ce marché s’apparente très fortement au marché de produits matériels illicites tel que la drogue.

Voir l’entretien, et le papier.

By Harco Rutgers from Deventer, Netherlands [CC-BY-SA-2.0]

Pourquoi est-ce une bonne nouvelle ?

Parce que cela signifie que l’ampleur de la pratique du piratage est très très largement sous-évaluée par la Hadopi, et on pourrait même dire par les industries culturelles si elles étaient de bonne foi, ce qui est peu vraisemblable ! Or il faut le dire en long et en large: aucun système répressif ne pourra empêcher de se prêter et de transporter/échanger localement des clés USB (plus souvent des disques dur !).

Bien évidemment que les jeunes et les moins jeunes veulent partager leurs préférences culturelles et tant qu’on ne leur offrira qu’un système dit « légal » qui reste injuste dans la fonction même du prix élevé et fixe des biens immatériels, les citoyens partageront, quitte à pratiquer des échanges physiques comme au bon vieux temps des k7 de Commodore64…désolé, c’est ma petite larme nostalgique !

Mais alors, il n’y a pas de solution, rien à faire ?…et si… Comparons la solution de la Hadopi à celle du Partage Marchand;

  • La Hadopi évalue actuellement la RPP, mais la validité du modèle devra être confirmée (voir les hésitations légitimes de Loic Baud !) par un labo de INRIA/CentraleParisTech, qui recherche encore le  postdoc et le chercheur pour réaliser le modèle ! Cette Hadopi recherche aussi un scientifique pour compléter le travail en interne, mais visiblement, l’institution a déjà publié les résultats dans le presse. Il faut dire que la DREV est dirigée par une très jeune scientifique diplômée de l’X, major de l’ENS, Doctoresse à 24 ans, HDR à 28 ans, experte du Net, reconnue mondialement pour ses papiers…aucun copinage politique, pour une autorité publique financée par nos impôts ! Sur le fond, la RPP préconise la légalisation du partage non marchand, ce qui correspond assez bien aux politiques de légalisation de la drogue pour résorber le marché. Autant, cela peut se justifier pour des produits dangereux pour la santé et donc qui coûtent chers à la sécurité sociale, donc à la société. On ne va pas pleurer parce qu’un dealer de drogue se retrouverait au chômage par une décision de légalisation de sa came. Autant pour les biens immatériels culturel, je ne crois pas que cela porte atteinte à la santé de nos concitoyens, ou alors dans le bon sens, en les éloignant de l’idée de se faire la guerre. Mais alors, si la RPP tue et assèche le marché de la culture numérique, comment compte-elle financer les créateurs ? Il n’y a aucun miracle et puisque qu’elle se résigne à ne pas demander une contribution à l’internaute (abonnement type Licence Globale), alors c’est bien la publicité qui finance. Quand vous achetez 10€ un tee-shirt qui n’en coûte que 60 centimes en fabrication, il y de la marge pour financer des campagnes de pub grandioses et vous pouvez aussi payer la publicité du dernier Musso placardé sur tous les bus. Mais, réfléchissons, avec le Net, pour consommer des biens culturels, pourquoi aurions nous besoin de publicité ? On ne regarde pas la télévision ! Quand les annonceurs et leurs clients réaliseront que le Net n’est pas rentable comme support publicitaire, la source magique de revenu risque de se tarir rapidement. On peut théoriquement construire un modèle économique avec une sur-facturation des biens matériels pour financer les biens immatériels, mais cela ne pourra rémunérer que la minorité qui joue le jeux du star-système et de la concentration…très loin des idéaux de diversité culturelle et de rémunération équitable.
  • Le Partage Marchand a une autre approche; celle de dire aux jeunes qui piratent en proximité. Écoutez… imaginez un système bien plus simple et plus confortable car sans échange physique, (tout se passe sur un Cloud open-sosurce !) sans prise de tête pour savoir si cela tient sur un HD d’1To ou pas. Vous achetez un bien immatériel culturel quelques euros ou centimes (environ 1/10 des prix actuels des plateformes dite légales) et plus vous êtes nombreux sur le même bien, plus vous serez remboursés. Pour les gros tubs, ils seront même gratuits, les premiers ayant payé environs 10 centimes pour financer l’auteur. De plus, sachez que tout votre argent va seulement aux créateurs, jamais aux intermédiaires. Vous partagez vraiment vos achats avec vos amis et les coûts avec les créateurs, qui pourront s’ils le veulent, vous envoyer un message (plus sympa qu’une facture iTunes ou Amazon !). Le payement se fera directement avec votre téléphone, pas besoin de CB. Vu la taille du piratage de proximité, cela veut dire qu’il y a un énorme potentiel de marché équitable, et donc un fort potentiel de création d’emplois d’artistes sur le Net,…personnes qui sont pour une part les mêmes jeunes pirates. Non seulement rien n’est demandé à la publicité, ni aux industries culturelles, mais ce Partage Marchand favorise un artisanat numérique des plus sains et des plus démocratiques. Comme votre achat est enregistré sur une DHT publique (une signature électronique en fait), plus de soucis pour sauvegarder vos choix numériques, le droit de Mobiquité impose que vous puissiez les retrouver sur n’importe quel device, toute votre vie. Avec ce système, vous pouvez encore vous échanger des fichiers anonymes, mais cela va vite devenir ringard. Tout le monde saura que vous êtes rapiat à financer quelques centimes pour tel artistes, à moins que justement, un artiste bourré aux as, abuse et demande des revenus trop importants, alors oui, piratez pour montrer votre désapprobation.

Je sais ce que l’on va me dire…qu’est ce que vous attendez pour sortir votre système ? …j’y travaille et toutes les bonnes volontés sont acceptées pour m’aider. Précisons que cela m’aide aussi de vouloir critiquer/casser/démonter le système, car cela le rend plus robuste. Seule l’indifférence ne m’aide pas…et la légalisation du Partage non Marchand qui serait son arrêt de mort, mais il parait que je m’inquiète trop, que la Hadopi n’arrivera pas à sortir le RPP!

Je risque de m’attirer les foudres d’Eric Walter, le secrétaire général de la Hadopi. Je ne pense pas car il ne lit que les messages de moins de 140 caractères et vu son salaire, il ne va pas s’abaisser à venir sur mon blog !

LF

 

Petite formule et grand modèle

\mathcal{T}_i^{\nearrow} = i \mathcal{P}_i^{\searrow}

Cette formule est nommée formule de Pelinquin, c’est mon pseudo et aussi le nom de la rue où j’habite, près de Toulouse 🙂

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La formule recèle un brin de magie ! Elle est d’une simplicité enfantine et d’une beauté mathématique exemplaire…il est donc très fortement probable qu’elle soit vraie ! (on devrait dire ‘valide‘, mais Internet est maintenant si bien installé qu’on peut le considérer comme intégré à la Nature).

Cette formule cache aussi un équilibre, difficile à trouver, car le revenu total \mathcal{T} est croissant tandis que le prix unitaire \mathcal{P} est décroissant. Comment peut-on maintenir cette égalité ? C’est le petit i, le nombre d’acheteurs qui fait toute la différence. L’ère industrielle en avait décelé le pouvoir en créant des usines pour une production en série, mais là où il persistait un coût marginal, le numérique à tout renversé, le coût marginal est maintenant strictement nul sur Internet.

On devrait écrire cette formule:

 \displaystyle \mathcal{T}_i = \sum_{j=1}^{j=i} (\mathcal{P}_j) - \left(\sum_{j=1}^{j=i} (\mathcal{P}_j) - i \mathcal{P}_i \right)

Le revenu est bien la somme des prix unitaires, mais dans le cas général du Partage Marchand, il faut retrancher le remboursement \displaystyle \sum_{j=1}^{j=i} (\mathcal{P}_j) - i\mathcal{P}_i

Ce micro-remboursement était bien caché dans la formule, mais après accumulation, il peut être aussi important que le prix consenti initialement, offrant gratuitement le bien ou à une valeur de 1⊔ (environ 0.1 € !).

Tous les domaines de la sciences ont leurs formules, plus ou moins complexes. Le commerce était semble t-il oublié… trop simple, trop évident, principe du remboursement impossible ! C’était sans compter avec Internet, cette formidable calculatrice et mémoire électronique partagée entre tous. Peut être que à terme, cette formule sera enseignée au collégiens comme on leurs enseigne actuellement la loi d’Ohm U=RI.

Contrairement à la célèbre formule E=mc^2, dont les applications se font sentir à très grande vitesse ou sur de très grandes distance, difficilement perceptible par l’humain, les applications de la formule de Pelinquin peuvent concerner la vie pratique de chacun, dans sa consommation de biens culturels immatériels.

Et voici la formule représentée géométriquement. On remarque qu’un point sur la courbe décroit tandis que la surface représentée par le rectangle tangent à ce point croit.

On se demande comment cela peut fonctionner !

Ajoutons la contrainte que les prix soient toujours exprimés avec des entiers, en . Pour satisfaire le principe d’équité, tous les acheteurs payent le même prix à 1 près. Donc quand le bien passe dans le domaine public, il y a exactement \mathcal{T}_{\infty} acheteurs payant 1 et tous les suivants ne payent rien (0 ). Toute l’astuce est de répartir entre ceux qui payent x et ceux qui payent (x+1) , de telle façon qu’on ne demande jamais à un acheteur de repayer (1) supplémentaire. L’algorithme avec des entiers conduit à une légère modification du revenu par rapport à la valeur continue. Ce calcul en entiers assure que le revenu atteigne bien la limite, sans la dépasser. Cette concession accordée par les créateurs permet une sortie dans le domaine public (pour le prix, car rien ne change sur le droit moral)

Voici l’algorithme en Python, très proche du pseudo-code:

def function_price(p1, pf, i):
"""p1: prix initial, pf: revenu final, i: numéro d'acheteur
   retourne p: prix courant et k: paramètre de distribution
"""
    if p1*i-pf < 0: return p1-1, 0
    for j in range(p1):
        k = (p1-j)*i-pf
        if k < i: return p1-j-1, k

Il faudra alors prouver que le revenu est toujours croissant. Nous l’avons vérifié expérimentalement, en « force brut », en laissant tourner un serveur pour déceler un éventuel contre-exemple….aucune erreur pour l’instant ! Néanmoins, Il serait préférable d’avoir la preuve mathématique de cette croissance….avis aux plus matheux d’entre vous !

J’ai créé un petit simulateur de prix. Par exemple, un prix initial de 10, un revenu de 1000, la fonction-prix/revenu est : http://pingpongcash.fr/?p=10&f=1000

LF

Les douze croyances des communs numériques

Alors que les travaux d’Elinor Ostrom, prix Nobel 2009 de la banque de Suède, portent presque exclusivement sur des biens communs matériels, le mouvement des communs a largement utilisé ces bases scientifiques pour extrapoler au monde numérique et justifier une stratégie politique fondée sur douze croyances :

Hercule et ses douze travaux Par Moreau.Henri (Travail personnel) [CC-BY-SA-3.0]

  1. Proportionnalité; Le commerce classique des biens matériels suit généralement une règle de fixation des prix de vente unitaire d’un bien proportionnellement au coût marginal de sa production. L’application de ce principe aux biens immatériels, qui ont un coût marginal nul (non rivalité), imposerait alors un prix de vente nul ! Donc un bien immatériel sur le Net serait selon cette croyance, inévitablement et naturellement gratuit ! Le Partage Marchand ne formule pas cette hypothèse en considérant que les biens immatériels du Net obéissent à des lois différentes, et que le coût marginal nul n’empêche aucunement de définir un prix de vente non nul.
  2. Intermédiation; L’industrialisation est par définition le règne des intermédiaires, dans une chaîne de production impliquant des transports, de l’entretien et de la publicité. La spéculation naît d’ailleurs de l’existence de ces intermédiaires par un partage non équitable de l’information. Par construction, Internet n’est pas une chaîne de production. Producteurs et consommateurs peuvent être mis directement en relation. Le numérique tend doncà évincer les intermédiaires traditionnels par automatisation de certaines tâches et ubiquité des fichiers accessibles sur le réseau. L’activité passe à un artisanat numérique qui lie directement créateurs et consommateurs. C’est une croyance de ne pas voir ni accepter cette dé-intermédiation ou de la reformuler en re-intermédiation afin de se réconforter. Cette croyance aura du mal à perdurer.
  3. Loyale concurrence; Selon cette croyance, les échanges marchands et non marchands pourraient parfaitement cohabiter sur Internet ! On sait que pour un bien matériel, une concurrence est possible, recherchée et préservée, alors que pour un bien immatériel, un monopole s’installe par le simple caractère prototypique du bien. Par exemple, si je désire acheter une voiture pour me déplacer, j’ai plusieurs choix de modèles et le prix restera un des critères de choix. En revanche, si je désire lire La déesse des petites victoires sur e-book,  je ne vais pas mettre en concurrence d’autres romans de substitution, et me décider en fonction du prix. Je reste face à un monopole; j’achète ou je n’achète pas le livre désiré au prix indiqué. Or avec le numérique, la copie met à égale position sur le Net le copieur et le créateur original. Donc si un internaute met à disposition en partage non-marchand, donc gratuitement, toute œuvre culturelle numérique sans demander l’avis de l’auteur, alors il attirera de fait tous les téléchargements, au détriment de l’auteur lui même qui demandait un prix non nul. Donc le partage non-marchand constitue une concurrence déloyale par l’attirance du gratuit, dans des conditions strictement similaires procurées par Internet.
  4. Lutte contre les DRM; Cette croyance porte sur les méfaits des DRM, ces mesures de protection technique devraient être toujours bannies de tout bien immatériel sans aucune dérogation. La requête est légitime pour les biens destinés à la vente, mais les DRM sont utiles pour effectuer un prêt numérique (gratuit) par exemple par les bibliothèques. C’est une forme d’échantillonnage de l’œuvre, imposant des contraintes pour justement ne pas faire de concurrence déloyale à la vente, elle sans DRM…si on respecte les principes du Partage Marchand !
  5. Prix fixes; l’ère industrielle à permis la production en série de nombreux biens, mais l’industrie a toujours été incapable de procéder à des micro-rembousements des achats comme sait le faire le Partage Marchand avec Internet. C’est une croyance que de considérer que les prix sont toujours fixes, quelque soit le nombre d’acheteurs. Pour des biens immatériels par définition, à coût marginal nul, le revenu potentiel basé sur des prix fixes est infini. La prise de risque est donc entièrement transférées aux acheteurs. Il n’est donc pas surprenant que face à cette injustice flagrante, les internautes succombent au piratage. Or Internet permet techniquement de pratiquer des prix décroissants.
  6. Économie du don; Le don existera toujours et s’avère souvent nécessaire là ou la démocratie a du mal à s’installer. Pour autant, c’est un outil marginal sur le plan économique. Il n’est pas transparent et il véhicule de profondes in-équités. La croyance dans un don généralisé, qui se substituerait à l’échange marchand est dangereuse pour l’équilibre démocratique car elle favorise les héritages, les rentes et bannie toute forme de méritocratie. Le crowdfunding, qui suscite un grosse curiosité par la nouveauté de son modèle, bénéficie de l’absence d’un marché équitable des biens immatériels sur le Net, mais commence à subir quelques déconvenues, à l’image des petits épargnants qui ont pu accéder à la bourse il y a quelques décennies, mais se sont fait plumés par les professionnels.
  7. Confusion entre services et biens immatériels; le discours commoniste utilise toujours l’exemple du développement du logiciel libre pour l’étendre aux biens de la connaissance. Or le développement de logiciel est avant tout un service. La plupart des projets Open-source sont financés par des formations, des expertises ou des sous-traitance d’entreprises réalisant ailleurs leur chiffre d’affaire. Un service n’a de sens qu’au moment de son exécution dans le temps. Au contraire, un bien, fut-il immatériel est une mémoire statique d’un travail passé. Son contenu ne change plus et devra rester pérenne pour l’avenir. Cette croyance est aussi liées à celle de la substitution de la propriété en location d’usage. Le Partage Marchand clarifie la notion de propriété forte et faible et démontre qu’un marché de biens immatériels basé sur cette propriété forte rend caduque toute tentative de location de ces biens.
  8. Contribution créative; Selon cette espérance, la contribution créative serait la solution pour rémunérer les créateurs. Il semblerait que le diable se cache dans les détails car dès que l’on envisage son application, on abouti à la création d’une institution centralisée, règne de toutes les corruptions, une distribution des revenus très injuste et très limitée, une incompatibilité internationale et uns incitation à la multiplication des robots sur le Net pour biaiser les statistiques.
  9. La publicité serait selon cette croyance une source infinie de revenu. C’est est un moyen de décupler la consommation, un outil typique du Taylorisme, et de l’ère « Fordiste ». Elle permet de sur-valoriser la cotation boursière des plus gros acteurs du Net, mais elle entièrement basée sur un postulat;  la publicité sur le Net atteindrait sa cible, l’internaute, qui n’est pourtant pas aussi passif et donc pas aussi réceptif qu’avec la télévision ! Les annonceurs y croient en arrivent encore à convaincre leur clients. Cependant, même avec cet optimisme, cette ressource est obligatoirement limitée et ne pourra rémunérer qu’une minorité de créateurs, des produits d’un star-système produisant un phénomène de concentration. Pour défendre la diversité culturelle et la longue traîne du Net, mieux vaudrait ne pas compter sur la publicité pour l’avenir.
  10. Nouvelle enclosure; Selon cette croyance, les industries culturelles voudraient délibérément rendre rare des ressources non rivales afin d’empêcher leur diffusion, sous entendue gratuite (on note ici une contradiction des commonistes à reconnaître la concurrence du gratuit pour combattre une enclosure et dans le même discours, à vouloir rassurer que le non-marchand n’entrave pas l’activité marchande !). Or ces industries veulent tout simplement faire le plus gros bénéfice possible. Donc, en toute logique, disposant d’un bien immatériel à coût marginal nul, elles espèrent en vendre un nombre maximum d’exemplaires, quitte à baisser le prix et à toucher de nouveaux acheteurs. Opter pour un marché restreint, du luxe, avec des prix très élevés, serait difficilement rentable dans le numérique. La seule enclosure que l’on pourrait constater est quand la diffusion d’un bien numérique est retardée ou empêchée. Les commonistes sont les premiers utilisateurs de cette technique en repoussant la sortie de la version e-book et ne publier qu’en papier.
  11. « Paywall« ; Les commonistes sont très virulents sur toute forme de marchandisation mais peu critiques devant le chantage des monopoles privés des moyens de paiement numériques; Visa, Paypal, Mastercard. Si le Net existe aujourd’hui, il doit pouvoir se substituer aux banques de détail et fournir un moyen de paiement simple, gratuit, sécurisé, Open-sourcce, en P2P, utilisable directement avec un smartphone. Non seulement il est encore complexe et peu sécurisé de payer sur le Net, mais la vente est quasiment réservée au commerçants professionnels, subissant alors de lourdes commission injustifiées. Le paiement électronique de personne à personne est fortement freiné par crainte de ne pas générer assez de TVA. La fiscalisation proposée par le Partage Marchand opère sur les conversions de monnaies entre les mondes numérique et physique, mais ainsi libère l’échange marchand.
  12. La faute de la monnaie; selon cette croyance, la marchandisation serait responsable de tous les maux et polluerait aussi le numérique. Le Partage Marchand n’opérant que sur des biens immatériels, ne risque pas de sombrer dans le matérialisme et la spéculation est impossible, n’attire pas les joueurs de la finance. Alors que les activités associatives continueront à se développer hors cadre marchant, pour satisfaire un besoin social indéniable, elles ne résolvent pas les exigences économiques de nos sociétés modernes, fondée sur une spécialisation, et menant à plus de confort matériel. Récuser le principe même des échanges marchands, en particulier sur le Net n’est en rien un progrès. La monnaie reste le plus vieux outil d’échange en pair-à- pair.

Comme corpus quasi religieux, ces douze croyances ne sont pas démontables scientifiquement, mais le problème est qu’elle conduisent les partisans des communs à exiger préalablement la légalisation du partage non marchand, ce qui détruirait toute tentative de mise en place du Partage Marchand.

Or, dans une société post-industrielle qui ne pourra pas occuper chaque citoyen avec un travail salarié du fait de l’automatisation et de l’augmentation sensible de la rentabilité de production des biens matériels, la situation est encore aggravée par la nécessaire contrainte écologique de ne pas trop épuiser les ressources naturelle de la Terre.

Une alternative mérite plus d’attention; le revenu de base, qui dans son principe, serait facteur de progrès à condition qu’il soit financé par un transfert de prérogative de création monétaire des banques centrales vers les citoyens. Mais la phase transitoire pour respecter totalement la TRM, sera très difficile à mettre en place. De plus, légaliser le partage non marchand cantonnerait les créateurs à ce revenu de base, qui a de fortes chances d’être au niveau d’un RSA ! C’est faire bien peu de considération et bien peu de reconnaissance pour les membres les plus doués en Art dans une société dite moderne. De plus, pourquoi restreindre la croissance écologique que permet le Partage Marchand ? Nous pensons même que l’emploi le plus rémunérateur du XXIe siècle puisse être de nature complètement artistique et numérique. Grâce au Net, l’Art peut enfin se diffuser à la Terre entière, tout en rémunérant plus justement les créateurs.

Donc la seule solution, qui revêt un caractère impératif en période de crise économique, écologique et sociale, est de créer un nouveau marché des biens immatériels peuplant Internet. Ce nouveau marché sans aucune spéculation possible, ces nouveaux emplois d’artisans numérique, cette nouvelle croissance non énergivore, ce nouveau commerce démocratique ne peuvent apparaître que par la mise en place, la diffusion et la protection du Partage Marchand. Le mouvement des communs s’oppose frontalement à cette solution et nous pensons que le suivre aggraverait la crise actuelle, Dans tous les cas, les partisans des communs se porteraient victimes et en accusant le capitalisme et le communisme de tous les maux. Nous sommes face à une très grande irresponsabilité des mouvements politiques, caractéristique de mouvement populistes, qui s’attaquent aux fondements même de la démocratie.

L.F.

NB: Dénoncer certaines dérives des mouvements des communs ne veut pas dire que je sois complaisant avec les partisans d’un Droit d’Auteur dur. Dans le numérique, l’industrie culturelle est irrémédiablement entravée par la facilité de copie et de diffusion des biens culturels sur Internet. ces règles sont d’un autre temps et ne fonctionnent bien que sur les œuvres sur support matériel. Il faut évidement dénoncer leurs tentatives de CopyFraud, mais elles ne forment pas à mes yeux l’obstacle principal à la création d’un Partage Marchand, profondément numérique.

Le commoniste; un cro-magnon numérique

Toto Grossepierre est un homme de cro-magnon courageux, fort, rusé, rapide. C’est un nomade semble t-il heureux. Il conduit sa tribu vers des contrées inconnues, découvrant d’autres hommes aux meurs parfois étranges.

Par Elapied at fr.wikipedia [CC-BY-SA-2.0-fr (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/fr/deed.en) ou CC-BY-SA-2.0-fr (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/fr/deed.en)%5D, de Wikimedia Commons

Un jour, attiré par des bruits et des odeurs venant d’un petit village, il décide de s’approcher. Il découvre que des joyeux hommes et même des femmes (il sentait bien que leurs meurs étaient bizarres!) soigneusement habillés déposent sur des étalages des tas de fruits et de légumes fraichement récoltés. Surpris que cette population ne l’accueille pas avec des cris de guerre et quelques lancés de flèches, et devant ce don venu du ciel, il appelle aussitôt toute sa tribu pour leur ordonner, c’est lui le chef, de prendre les denrées gentiment offertes par ces inconnus.

Mais les locaux ne semblent pas approuver les méthodes de Toto quand ses troupes repartent avec un maximum de victuailles, comme si ces étrangers attendaient quelque chose en échange. Toto pousse alors son cris de guerre, prouvant qu’il est toujours le maitre de toutes les bêtes sauvages qu’il a jamais rencontré et qui oseraient le menacer. Cette démonstration devrait servir à ces gens peu courageux et les disuader d’en découdre.

De retour à son campement, Toto se dit que ces gens était bien tordus à ne pas vouloir nourrir sa tribu. Si notre mère Terre nous a donné tous ces fruits et tous ces légumes, c’est pour les partager. Comme c’est un bon chef, il fait quelques dons de ces trouvailles à ceux de sa tribu qui sont moins fort que lui….quelle générosité ! quelle compassion ! quelle sagesse ! Toto est un vrai démocrate de la préhistoire !

Il retourne tous les jours au village, et s’aperçoit au bout d’un mois que les gens ont déserté, il n’y a plus aucune denrée alimentaire à prendre. Etrange !, au fond de lui, Toto le savait bien, on ne pouvait pas faire confiance à ces gens là, ces « marchands » comme ils se nommaient.

Toto Geekcom est un descendant très très lointain de Toto Groosepierre. C’est un gars de la génération Y. Il n’a plus de CD, plus de DVD et plus aucun livres papiers chez lui, trop ringard. Il prend tout sur Tinternet. Un jour il découvre un site de partage non marchand en TitTorrent; (T412). Plein de super films, musiques, BD,…Il lance un maximum de Torrents pour divertir et cultiver sa petite famille…car il sait que la Culture, c’est important.

Il reçoit deux ou trois t-mail de la Tadopi qui lui dit que c’est illégal de partager de tels biens. Quoi ! elle est bien bonne celle la ! lui le « geek », il sait que « copier c’est partager » et que sur Tinternet, on ne peut empêcher la copie, c’est comme cela, le réseau Tinternet a été fait par des hippies barbus comme cela dès le départ. Ils voudraient nous refiler du Tinitel se dit-il. En plus, qu’est ce qu’on lui reproche à lui Toto Geekcom ? il ne les vends pas ces films téléchargés. Sa cousine, qui fait des études d’Art lui a dit que l’Art devait être diffusé le plus possible et au peuple, riches ou pauvres. C’est bien ce qu’il fait…il se dit qu’il devrait même recevoir un petit revenu pour cela. Les Tafa touchent des milliards en pub, alors quelques euros pour Toto, cela serait cool ! Pour fêter cette idée, il ajoute quelques trouvailles numériques d’artistes peu connus sur sa box Tree et monte un serveur immédiatement visible de Toogle.

Un jour, il entend à la radio qu’au prix d’une longue bataille juridique et politique, les députés européens ont légalisé le partage non marchand. Enfin ce dit il, ils ont mis du temps à comprendre ces fonctionnaires ! Au moins, lui Toto ne sera plus ennuyé par ces t-mails de la Tadopi. C’est la crise économique, la moitié des actifs comme Toto sont au chômage. Mais que peut-il y faire, c’est la faute des multi-nationales, de la finance et de l’euro. Au moins sur Tinternet, comme tout est gratuit, on est pas pollué par la marchandisation, par l’ultra-libéralisme ! C’est marrant, il pense a ce mec qui dans les années 2015, avait voulu « vendre » des biens immatériels culturels, un truc incompréhensible avec des calculs partout. Il se croyait malin, mais heureusement, avec la légalisation du piratage, son système n’a pas tenu long feu.

Les années passent et Toto trouve que Tinternet est de plus en plus envahi de publicités qui passent même avec AB++ installé sur son navigateur Tozilla. Il milite alors dans le collectif SavoirsComT pour dénoncer ces pubs. Le secrétaire général, un bibliothécaire expert en Droit, lui dit que la pub permet de rémunérer les créateurs de biens, pas tous, 5%, mais c’est mieux que rien ! Toto demande alors pourquoi la Rémunération Proportionnelle au Partage, proposée par la Tadopi, ne rapport-elle pas des milliards comme prévu ? Personne ne semble avoir la réponse. Il décide alors d’écrire au ministère de Tinternet et reçoit un t-mail qui l’informe que la RPP n’est plus active car les Tafa préfèrent soutenir directement les artistes plutôt que de passer par les administrations publiques françaises. Mais rassurez vous monsieur Geekcom, un projet de loi de Contribution Créative est à l’étude au plus haut niveau de l’État Français. Le ministère de Tinternet y travaille.

Curieux et agacé de cette pub sur Tinternet, Toto va voir le gourou Trouzet. Après un voyage en Inde, ce sage de Tinternet lui vente les bienfaits du Don, qui libère les hommes et les femmes. Top de top ! se dit Toto. Il rentre chez lui avec une super idée !

Cela fait des mois que Toto bosse comme un fou sur un projet Open-Source et il doit sortir une appli TiOS, mais il n’a qu’un vieux Tell pourri sous Tinux. Il décide alors de demander qu’on lui « donne » un super TiMac 27 pouces à 1800€ ! puisque Trouzet affirme que le don fonctionne à merveille sur Internet.

(C) Apple

(C) Tapple TiMac 27 pouces

Il le mérite bien ce beau TiMac, lui qui a passé des nuits à programmer gratos, pour la communauté, pour sa renommée !

Les jours, les semaines, les mois passent et enfin, il reçoit un virement de 1800€, en un seul don! Waouh ! Super généreux ce donateur, cela valais vraiment le coût d’attendre ! Tient, il a reçu aussi un t-mail de sa maman !

Mon Chéri !, j’arrive enfin à envoyer des t-mails et à naviguer sur Tinternet. J’ai vu sur ton Tlog que tu avais besoin d’un TiMac, alors je t’ai envoyé un chèque de 1800€…bon c’est une avance sur ton Anniversaire. Sois sage ! signé: Ta Maman qui t’aime.

Bof !, cela marche pas super bien les dons du père Trouzet se dit Toto. Mais l’important, c’est qu’il ait un TiMac. Sa mère a reçu récemment un gros héritage, elle peut bien lui en faire profiter. C’est comme ces classes dans la société indienne dont lui parlait Trouzet, tu hérites de la caste de tes parents. C’est cool si t’es chez les riches !

Toto est un militant actif des commonistes, comme son père, son grand père…cela semble remonter à la préhistoire. Il se sait plus trop ce que c’est….enfin si, il connait les arguments pour dénoncer l’hyper-capitalisme, la Finance abusive, les États tortionnaires, mais ce qui est cool, c’est que les commonistes font souvent des fêtes, on vient avec ce que l’on a sous la main, il n’y a pas d’argent échangé. Les gens discutent, rigolent, s’échangent des films…c’est plus simple à faire dans son canapé, mais c’est le coté entraide, partage, anti-marchandisation, don de soi, de son temps qui plait à Toto. Il y a même des artistes dans le groupe. Ils ne roulent pas sur l’or, c’est évident, mais peut être qu’un jour l’un d’entre eux sera milliardaire, repéré par les Tafa, il engendrera plein de pub. Cela a toujours été comme cela la vie d’artiste; la galère et la gloire en rêve. Toto ne voit pas en quoi le numérique changerait cela. C’est écrit.

Attention, le commonisme sur Tinternet, c’est du sérieux. Il y a des universitaires, comme le professeur Taigrain, qui vient faire des conférences de temps en temps.

Depuis quelques temps, on ne retrouve plus trop de nouveauté culturelles sur Tinternet. Il y a beaucoup de remix, comme les artistes ont l’obligation d’avoir un taff pour manger et peu de temps libre. Du coup, Toto commence à délaisser Tinternet. Il préfère maintenant les matchs de foot. Au moins c’est vivant, c’est physique.

Quelques années plus tard, la guerre civile éclate et se propage en Europe. Les banques ferment tous les comptes. Heureusement, Toto a retrouvé un « job », il est pilote de drone de chasse pour l’armée europeenne,…un peu comme son ancêtre Toto GrossePierre qui chassait et cueillait ce que lui offrait notre mère Nature.

Merci Tinternet !

Ceci est bien entendu sous licence libre C0 et j’invite tout lecteur, avec surement  plus d’imagination que moi, à poursuivre les Aventures de Toto sur Tinternet, aux pays des commonistes.

Artisanat numérique

L’ère industrielle s’est développée au XIXe et XXe siècle sur la recherche de la meilleure rentabilité, obtenue en fusionnant des entreprises pour produire avec un coût marginal toujours plus faible et ainsi augmenter les marges. Ce processus s’est accompagné d’une intermédiation toujours plus grande, parce que les biens matériels exigent de nombreuses transformations et de longs transports. Comme l’économie ne partage pas l’information équitablement entre les acteurs, la spéculation a pu se développer ainsi que des inégalités inhérentes à la gestion de grands groupes industriels internationaux, en exploitant au passage, sans limites, les ressources naturelles de la Terre. La Culture a aussi subit la même transformation, dégageant assez de ressources pour rémunérer une minorité, qui par concentration produit un star système, mais en laissant de côté une majorité d’artistes.

Artisan Boulanger

Artisan Boulanger

Si on en était resté à l’ère purement artisanale, la société moderne n’aurait pas le confort de vie moyen actuel. Les artistes ont vécu de la générosité des seigneurs et du peuple et nombreux sont ceux qui pensent qu’il ne peut en être autrement, fustigeant l’industrie culturelle d’attirer l’attention du peuple vers quelques stars et ainsi d’appauvrir l’indispensable diversité culturelle qui devrait disperser ses effets éducatifs et libérateur pour chaque citoyen.

Internet apporte au XXIe siècle une évolution dont on ne mesure pas encore l’ampleur et le potentiel de création économique, de lien social et finalement de paix. Le simple fait que le fruit d’un travail puisse être valorisé dans un bien immatériel à un coût marginal vraiment nul change tout. Plus besoin de fusionner des moyens de production, le coût marginal ne peut pas baisser plus bas que zéro. Plus besoin de transports, de diverses transformations mécaniques, l’automatisation des ordinateurs du Net s’en charge. Un bien immatériel produit par un étudiant dans sa chambre à Toulouse est immédiatement disponible en Colombie et diffusé à tous les chinois sans que cela ne coûte rien de plus à cet étudiant. On devrait tous dire… Waouh !

La réaction traditionnelle face à cette magnifique opportunité prend généralement deux directions opposées, mais aucune des deux ne semble vraiment démocratique.

  • Les tenants du modèle industriel, sous justificatif d’un Droit d’Auteur défini bien avant l’arrivée d’Internet, entendent imposer au numérique les mêmes lois, en particulier fournir à la chaîne de production d’un bien culturel un revenu strictement proportionnel au nombre de consommateurs, même si cela produit des marges astronomiques. Comme un circuit RLC sans résistance (circuit RL) qui résonne jusqu’à l’explosion, le peuple répond aux abus de l’industrie culturelle en piratant au maximum les oeuvres. Chacun sait qu’un revenu potentiellement infini n’est pas humainement raisonnable, donc pourquoi les producteurs tireraient seuls les bénéfices des coûts marginaux nuls ?
  • les partisans des « communs », en réaction aux premiers et aux excès du capitalisme matériel partent de l’idéologie que tout bien immatériel doit être disponible gratuitement à tous sur le Net. Ils rêvent d’un modèle économique numérique basé sur le don pour rémunérer les créateurs. On peut facilement constater qu’une légalisation du partage non marchand empêcherait toute tentative de revenu tiré de la vente directe des oeuvres, car les sites gratuits seraient en concurrence déloyale par rapport à tout site payant.

Revenons un instant sur le don. Thierry Crouzet, dans son livre « L’alternative nomade » fait l’éloge du don. Son argument le plus fort à mon sens est qu’il est plus agréable de  « Voir puis payer éventuellement. » plutôt que  d’«  Acheter avant de voir. ».

Seulement, il est dans la nature humaine d’oublier de donner après avoir consommé, et peut-être encore plus caché derrière un ordinateur. Pensez-vous qu’une société qui demanderait de régler l’impôt par le don recevrait de grosses recettes ? Pourtant chaque citoyen sait que ce budget est nécessaire à l’Etat, aux services publics, et la très grande majorité sont d’honnêtes gens…

L’équité est totalement absente du don, car on ne sait pas combien donne son voisin, ni même si son don est suffisant pour le créateur ou au contraire trop généreux. Or l’artiste sait mieux que quiconque combien une oeuvre lui a coûté en travail, temps, et ressources, et ce qu’il peut ajouter en marge raisonnable. Pourquoi ne lui ferions-nous pas confiance ? Le don oblige le donateur potentiel à se poser beaucoup de questions embarrassantes, alors que justement l’acte d’achat résout ces questions et laisse l’esprit libre pour consommer, s’imprégner, expérimenter l’oeuvre, pas pour se « prendre la tête » avec le montant du don. Dans le doute, le donateur s’abstiendra de donner. Le don exige un lien fort avec un devoir moral, que l’on réserve à ses proches, amis, mais ce serait trop lourd à porter que de faire la comptabilité des dons reçus et des dons fournis avec tous les inconnus côtoyés dans une société basée sur la spécialisation, donc sur l’échange marchand. Plus encore, le don est souvent la marque d’un manque de processus démocratique avancé. En France, personne ne pense à faire un don à l’Education Nationale et pourtant l’Ecole est fondamentale. Je fais personnellement un don à MSF, parce que justement, ils interviennent dans des pays pas vraiment démocratiques, mais je préfère payer les soins en France par l’impôt et les cotisations sociales, car je sais que c’est plus équitable. On me dira que les artistes ont souvent fait la manche et pourquoi ne feraient-ils pas la manche numérique ?

Quant à la transparence, elle est totalement absente du don, combien a gagné Thierry Crouzet avec son Livre sur l’histoire d’un don scientifique ? Personne ne le saura exactement et je doute que ce revenu lui suffise pour vivre.

Donc si aucune des deux approches n’est convenable à l’ère numérique pour la Culture, existe t-il une troisième voie ? Oui et elle peut vraiment favoriser la diversité culturelle, générer de la croissance (écologique en plus), fournir des milliers d’emplois, et ne souffre pas des effets du star-système. C’est le Partage Marchand. Non seulement il n’y a pas besoin d’intermédiaire, donc de risque de spéculation, mais par Internet, il redonne un sens à l’artisanat qualifié ici de numérique. Les créateurs sont directement au contact des acheteurs, ce qui par le partage et cette proximité, évite le piratage. La transparence des revenus est totale et si une oeuvre devient populaire, elle passe automatiquement et naturellement, doucement, dans le domaine public (et devient gratuite). Chacun ayant payé le même prix (1 ⊔ de différence au maximum…voir la simulation). On ne peut pas faire mieux comme équité entre acheteur et avec l’auteur. Cet artisanat numérique n’est bien entendu pas concerné par les abus de la finance et du marketing, mais comme toute opération commerciale, il est basé sur un prix (prix-fonction pour être exact) déterminé par un équilibre de l’offre et de la demande, qui traduit finalement bien dans le cas d’un bien culturel, sa valeur. Ce n’est pas des « sages » qui décident de la valeur de l’art, mais bien le peuple et parce que chacun ménage son argent et le distribue avec prudence, on obtient une évaluation la moins mauvaise possible des créateurs, déterminant directement leur revenu. L’artisanat est le meilleur exemple d’économie P2P (Pair à Pair). Aucune autorité n’intervient. Le Partage Marchand ne distingue pas un statut de professionnel d’un statut d’amateur. C’est simplement le montant du revenu qui détermine si le créateur peut vivre de son art ou doit trouver une source complémentaire.

L’Etat n’est pas en reste car la conversion entre € et ⊔, conversion qui génère des recettes fiscales automatiquement récoltées par les i-banks. et ce faisant, participe à l’effort de solidarité.

Au contraire, revendiquer un accès gratuit pour tous à la culture numérique peut sembler bénéfique mais cela s’accompagne d’une paupérisation des créateurs, d’un appauvrissement de la production culturelle en quantité et en qualité, c’est finalement une très mauvaise idée, même populiste quand elle est utilisée dans un discours politique. Qu’il serait dommage de se priver d’une croissance et des emplois créés par un artisanat numérique en devenir. Les « commonistes » prônent donc une destruction de l’emploi, fragilisant ainsi la société et la rendant finalement plus vulnérable face aux attaques de la spéculation, de la publicité. En refusant la « marchandisation numérique », ils se condamnent et condamnent leurs concitoyens à être des martyrs du capitalisme. La démocratie doit défendre la liberté de vendre et d’acheter sans contrainte des biens immatériels, sans subir les attaques de la dictature de la gratuité.

Un artisan boulanger/patissier/chocolatier qui s’est installé près de chez moi il y a quelques mois, remporte un grand succès car il a misé sur la qualité de ses produits et les gens se déplacent plutôt que de prendre leur pain au supermarché, ou se le faire à la maison. Ce pain n’est pas gratuit, et on pourra toujours trouver qu’1€ la baguette est cher. Il n’empêche que cet artisan répond à un besoin de la population, a créé plusieurs emplois, et n’est absolument pas un manipulateur financier agissant pour le vilain capitalisme international. Parce que producteurs et consommateurs sont en contact direct, avec un lien marchand équilibré, les intermédiaires spéculateurs n’ont aucune prise. Ceci est encore plus vrai pour un artisan numérique qui peut s’auto-produire.  Nous espérons que même le moyen de paiement lui sera bientôt disponible gratuitement, sans passer par Paypal, Visa ou Mastercard. Internet s’offre à tous comme possibilité d’une banque gratuite et démocratique. Mais pour qu’un Partage Marchand puisse opérer, il ne faut pas que des cueilleurs i-volent des biens immatériels et les distribuent gratuitement.

La démocratie n’implique pas que toute la culture soit gratuite pour tous, tout le temps car il est aussi de son devoir de rétribuer justement les artistes. Il est évident que les oeuvres établies d’artistes décédés devraient être gratuites, ou celles dont la popularité est démontrée (l’auteur en a reçu le revenu escompté) et donc dans le domaine public. Que pendant un certain temps, une oeuvre culturelle immatérielle soit payante pour créer des emplois artisanaux est sans preuve d’alternative sérieuse, une exigence démocratique. L’acte d’achat a une seconde fonction très importante, il permet au peuple d’évaluer plus justement que des mesures de nombre de téléchargement, la satisfaction, la popularité et la qualité d’une oeuvre.

On a tendance à oublier que le progrès technique a surtout permis une spécialisation et une liberté pour chacun de choisir son métier en fonction de ses seules compétences, sans subir la contrainte de l’héritage. Internet redonne encore plus de sens à cette indépendance, ce serait dommage de revenir à une société où seuls des rentiers peuvent s’adonner pleinement à un art.

J’aime bien l’exemple de l’homme de cro-magnon qui arrivant sur un marché de fruits et légumes, cueille naturellement pour nourrir sa famille. Il a l’impression de bien oeuvrer pour la société et ne comprend pas que les marchands lui demandent de l’argent en échange. C’est pareil pour le numérique, ce serait tentant de cueillir tous les biens du Net pour nourrir culturellement sa famille, mais nous aurions une vision courte à ne pas considérer que les créateurs peuvent légitimement en faire un métier, avec honneur, sans dépendre du don, à la juste mesure de leur talent.

LF

 

La HADOPI contre l’emploi du futur !

Cette nouvelle est passée presque inaperçue début 2014. Pourtant, la Hadopi avait diffusé il y a quelques mois une note qui présentait la Rémunération Proportionnel au Partage (RPP), mais je n’avais pas trop réalisé les conséquences de cette proposition, étant concentré sur ma présentation du Partage Marchand, fin Janvier, justement dans les locaux de la Hadopi à Paris. Cette note expliquait qu’une modélisation mathématique serait réalisée par l’INRIA (Centrale-Paris) et une validation juridique par un laboratoire de Droit de Nantes. Ces études doivent donner leurs résultats fin Juin 2014, mais Eric Walter, secrétaire général de la Hadopi a accordé un entretien au journal Libération sur les détails de la RPP, sans même attendre la validation des modèles par les universitaires !

By Parti Pirate CC-BY-3.0

Avant d’expliquer en quoi cette proposition serait destructrice d’emploi, il convient d’analyser les obstacles techniques à son instauration pratique. La RPP entend faire payer les intermédiaires qui contrôlent les plateformes de diffusion de contenus immatériels culturels, et ce proportionnellement à leurs revenus. La Hadopi étant une institution de l’Etat, elle ne fait que préconiser par la RPP une nouvelle forme d’impôt sur les sociétés, applicable au secteur numérique. Or en matière de fiscalité, il y a obligation institutionnelle d’appliquer, en toute transparence, des règles connues à l’avance, sans effet rétroactif, et sans clientélisme. Ce n’est pas parce que toute le monde trouve subjectivement que les GAAF (Google Apple Amazon Facebook…) ne payent pas assez d’impôt, particulièrement en France, qu’on peut les taxer sur cette seule appréciation. D’autre part, il ne faut pas confondre leur valorisation (boursière), leur chiffre d’affaire, et leurs bénéfices. Certains rêvent (voir le rapport Colin & Collins 2013) de faire payer ces acteurs du Net sur le seul fait de stocker dans leurs « Cloud », des données personnelles des citoyens. Il est clair qu’avec quelques recettes publicitaires, leur modèle économique permet de ne pas faire payer à l’internaute l’entretien de cette mémoire sur leurs serveurs. En effet, en 2014,on peut avoir gratuitement environ 200Go/utilisateur et comme chacun est libre de se définir plusieurs identités numériques (e-mail), il est aisé de disposer de plus d’1To gratuitement. Par quel artifice juridique l’État pourrait définir un nouvel impôt sur ce service ? Quant à taxer les nœuds du Net, cela reviendrait à demander une contribution à l’utilisateur final, ce que proposaient la Contribution Créative et la Licence Globale. Si une telle source fiscale existait, pourquoi les partisans de la Contribution Créative ne l’auraient jamais demandé depuis dix ans, leur évitant de monter une proposition financée par les internautes via leur FAI ?

Comme le Net est par définition mondial, une taxation forte par un pays ou par un continent peut faire fuir les fournisseurs vers des lieux plus cléments fiscalement, d’autant plus facilement que ces entreprises ont déjà une implémentation multinationale. Souhaitons alors bon courage à la petite institution de 60 personnes qu’est la Hadopi pour faire fléchir les GAAF par la force de la loi Française. De toute façon, une nouvelle taxe, qui serait obligatoirement annoncée bien à l’avance, laisserait tout le temps aux entreprises concernées de s’organiser pour faire de l’optimisation interne…comprendre: minimisation fiscale !

Même si l’État arrivait à encaisser des intermédiaires des sommes importantes pour la Culture, se pose alors le problème de la répartition aux ayants droits et aux auteurs, problème révélé pour la Contribution Créative et qui n’a jamais trouvé de solution équitable. Contrairement au monde de la recherche qui s’auto-évalue par des pairs, sélectionnés par concours, quelle institution, collège ou minorité pensante pourrait établir un barème des rémunérations des artistes, du simple amateur occasionnel au professionnel ? Seul le peuple reste souverain pour juger du ‘beau’ et on n’a pas encore trouvé de meilleur moyen pour exprimer les goûts culturels que de passer par un acte d’achat..à coût très faible mais non nul. Sur le Net, s’il y a un revenu financier à la clef, il serait très facile de simuler des millions d’identités par des robots qui biaiseraient les statistiques et si l’on s’avisait d’ajouter des mécanismes de discrimination de ces robots, cela alourdirait tellement l’accès aux œuvres que les internautes créeraient eux même des plateformes libre d’accès.

Passé l’applicabilité, cette proposition serait très courageuse de la part de la Hadopi, mais la RPP cache un second volet beaucoup plus pervers, clairement avancé par son secrétaire général. Ce dernier promet que la mesure s’accompagnera d’une légalisation du partage non marchand (en particulier le partage en P2P, protocole BitTorrent). Cette annonce semble tellement attendue par des collectifs (LQDN, SavoirsCom1, PartiPirate,…), par des internautes et même par des journalistes du Net que personne n’ose plus trop critiquer la Hadopi, devenue soudainement humaine et gentille, juste avant d’être méchamment absorbée par le CSA. Les « commonistes » exultent et n’auraient jamais rêvé mieux. Non seulement les GAAF passeront (si cela marche!) à la caisse, les ayants droits seront comblés donc moins agressifs, et les internautes pourront enfin s’échanger gratuitement et légalement tous les biens culturels qu’ils veulent sur le Net. S’il n’y avait pas en jeu quelques milliers d’emplois, on serait même séduit par cette proposition.

Qui accepterait de croire que l’Hadopi n’a aucune intention de mettre en place la RPP, que tout cela n’est qu’une opération de communication afin de redorer l’image ternie de l’institution ? On pourrait être rassuré dans les faits, mais très mécontent quant aux moyens utilisés, plus encore par un organisme public. Dans le domaine de la recherche, l’ANR ne joue pas à ce jeu de séduction populiste. Ne prenons pas la RPP pour un poisson d’Avril !

Pour comprendre ce que cette légalisation impliquerait, prenons un exemple du monde physique. Imaginons une grande chaîne de magasins avec 1000 points de vente répartis dans toute la France. Le service commercial fait le calcul qu’il y a 0.1% de vol de leurs produits en moyenne et conclut que ce n’est pas la peine de renforcer la présence de surveillants, qui donnerait une mauvaise image de la chaîne auprès des honnêtes clients. Selon le même raisonnement suivi par les tenants du partage non marchand, on ne peut pas empêcher le piratage sur le Net, donc autant légaliser cette pratique puisque toutes les études montrent que le piratage n’a pas d’impact négatif sur les ventes, il serait même incitateur !  Appliqué à notre exemple, la chaîne de magasins pourraient décider légalement pour un seul de ses 1000 points de vente (soit 0.1%), que tous les produits de ce magasin fussent gratuits. Selon les chiffres, il n’y a aucun impact tangible sur les résultats des ventes! Seulement voila, on comprendra facilement sans être expert en modélisation stochastique, que ce magasin particulier attirerait beaucoup de monde, et si l’obligation lui été faite de se réapprovisionner en continu, il serait rapidement pillé et les honnêtes clients deviendraient de véritables guerriers pour défendre leur chariot de cueillette. La chaîne de magasins perdrait tous ses clients dans les 999 autres centres et fermerait boutique. C’est parce qu’il y a interdiction légale et morale de voler avec un risque d’amende à la clef que le système marche et maintient une relative paix sociale. Il semblerait donc que la bonne mesure sans impact s’avère être un cauchemar mettant les centaines de personnes au chômage.

Or la légalisation du Partage non Marchand donnerait quitus à tout citoyen de déposer sur un cloud ou sur sa propre box des œuvres numériques d’autrui, contre l’avis de son auteur. Avec le Net, sans frais de transport, chaque nœud ip est à égal distance de tout internaute et donc on observerait une attraction naturelle vers les sites gratuits par rapport à ceux proposant les mêmes biens payants. C’est simple, tous les créateurs numériques seraient privés d’un revenu tiré de la vente directe de leurs œuvres. Alors que chacun condamne aujourd’hui l’hégémonie de l’industrie culturelle, cette légalisation rendrait encore plus esclaves les créateurs vis à vis des gros intermédiaires, seuls capables de fournir à une minorité seulement des revenus tirés de la publicité. Mais en même temps, si les sites centralisés sont submergés de cette même publicité, le Net va se re-configurer et retrouver une forme beaucoup plus distribuée, une bonne chose en soit, mais appauvrissant les clients des GAAF et ces derniers ne pourraient plus alors contribuer à l’assiette fiscale dont rêve la Hadopi.

De plus, une légalisation s’appliquant pour tous et pour toutes les œuvres, un créateur n’aurait plus la liberté de choisir un autre modèle économique. La dictature de la gratuité s’imposerait sur le Net. Certains trouvent cela normal en regardant le passé et considèrent que seul le monde physique peut être support à la marchandisation. A ce niveau, faisons juste remarquer que si l’économie au XXIe siècle n’est que physique (énergivore) et non numérique, alors elle puise sur notre Terre et agit insensiblement contre l’écologie rien que pour satisfaire notre besoin de croissance. Quant au don vers les artistes, il ne peut être que minoritaire et inéquitable par nature.

Le piratage a finalement beaucoup moins d’effet négatif que la légalisation…du partage non marchand. Un membre du Parti Pirate reconnait même qu’il l’utilise plus comme un outil politique pour contester les abus du Droit d’Auteur sur le Net que comme principe à suivre. La légalisation du piratage actuel est en revanche tout sauf anodine. Ne pas légiférer sur ce point ne veut pas dire que l’on accorde tout crédit à la répression. On sait que cette répression de la Hadopi est d’une très grande inefficacité et d’une très faible rentabilité, mais il est nécessaire que l’interdit persiste pour retenir une trop grande pratique.

Nous vivons depuis des siècles avec l’habitude de maintenir nos artistes dans la précarité alors il est difficile d’imaginer que l’arrivée l’Internet puisse changer la situation. J’affirme que la légalisation proposée par la Hadopi détruirait de nouveaux emplois potentiels qui n’existent pas dans le monde physique, mais qui sont pourtant rémunérateurs. Comme beaucoup n’ont pas encore envisagé ce potentiel de création d’emploi du numérique, la RPP n’est pas encore perçue comme mauvaise.

En détruisant ce qui n’existe pas encore, on ne fait que maintenir la situation actuelle. Certes ! Sauf que le numérique s’immisce dans tous les recoins de notre société et dé-matérialise de nombreux domaines dont les biens culturels. Dans 10 ans, quand chacun disposera de liseuses, publier un roman seulement en version numérique aura tout son sens, mais cela impliquera qu’aucun revenu ne pourra être tiré de la vente de livre papier. La création culturelle ne va pas sombrer au jour de la promulgation de cette loi, mais elle risque se s’assécher petit à petit car les créateurs devront passer leur temps dans des métiers classiques (concurrentiels) pour vivre, les œuvres perdront en qualité mais le plus grave est que ce processus est irréversible. Allez expliquer à des internautes rompus au partage non marchand légalisé qu’il faut revenir en arrière parce que la majorité des auteurs est à l’agonie. Si certains créateurs connus pourront espérer recevoir des dons par charité, je ne trouve pas que cela soit un signe de maturité démocratique mais plutôt l’aveu d’un échec social et culturel.

Cette légalisation est quand même proposée par pur anti-capitalisme, pour contrer la marchandisation imposée par l’industrie culturelle, ses abus, sa concentration, ses inégalités. Certain préfèrent laisser le Net économiquement vierge plutôt que de le voir accaparé par l’industrie, le marketing, pensant qu’il ne peut exister d’alternative démocratique. Je conseil toujours de revenir aux lois fondamentales des biens immatériel pour bien distinguer le capitalisme classique et un commerce démocratique envisageable sur le Net, avec le Net, par le Net.

Nous sommes à l’ère du numérique dans la même situation préhistorique de l’homme cueilleur, opportuniste vis à vis de la nature, ne connaissant ni la propriété, ni la monnaie, ni l’écriture. Difficile d’imaginer pour des cueilleurs qu’une certaine spécialisation du travail et l’utilisation d’un moyen de paiement pour les échanges commerciaux puisse apporter plus de confort, plus de bonheur aux membres d’un groupe ou de la société naissante.

Non seulement un système d’échange de biens numérique existe, c’est le Partage Marchand, mais plus encore, il ne souffre pas des maux de son équivalent dans le monde physique. Au XIXe et XXe siècle, l’industrialisation a du mettre en place des intermédiaires et des entreprises toujours plus grosse pour maximiser les gains, laissant la possibilité d’activités spéculatives. Sur le Net et en suivant les principes du PM, la spéculation est impossible, les intermédiaires sont évincés et on retrouve une forme d’artisanat, de relation directe entre humains. Il n’y a pas de personnes morales, seulement des créateurs qui auto-publient leurs œuvres directement auprès des internautes, acheteurs, consommateurs, eux aussi personnes réelles. Les plus doués, peuvent largement en tirer un revenu pour vivre, avec plaisir en plus, et les ‘un peu moins doués’ toucher un complément. De nombreux emplois artistiques peuvent être créés et de nombreux emplois classiques peuvent être libérés. C’est toute une économie, une croissance sans limite qui peut apparaître, non énergivore et donc très écologique. La véritable économie numérique future n’est-elle pas dans la création intellectuelle artistique, organisée par le Partage Marchand ?

Mais le PM n’est pas compatible avec la légalisation du partage non marchand. La gratuité le tuerait dans l’œuf. Personne ne s’étonnerait que des emplois potentiels soient finalement impossibles par une mesure qui légalise une pratique populaire reconnue. Cela donnerait encore plus d’occasion de protester contre les abus du capitalisme ou de l’inconscience écologique. Ce qui peut exister pour l’éducation et le bonheur du peuple (la finalité de la Culture !) si nous faisons les bons choix sera irrémédiablement perdu si nous faisons comme Eric Walter, avançant des propositions sans en mesurer toutes les conséquences, même sur un système qui n’a pas encore vu le jour comme le PM. Or le Partage Marchand est tellement porteur d’espérance démocratique que ce serait vraiment un gâchis collectif que de l’ignorer.

Donc la Hadopi, porteuse de cette mesure de légalisation du partage non marchand, proposition incluse dans la RPP, se retrouve (volontairement ou pas) opposée à la création des emplois futurs du Partage Marchand. A coté, le message de répression qui a fait haïr cette institution par la population représente bien peu face à la privation d’un emploi, la privation d’un revenu et la privation d’un bonheur mérité à pratiquer son art préféré. Il n’y a vraiment pas lieu d’en rire par quelques bout de phrases de 140 caractères. Je trouve personnellement les Tweets d’Eric Walter populistes, voire déplacés, souvent indignes de sa fonction publique et indignes de sa responsabilité dans l’économie numérique. Il est parfois reproché à la Théorie du Partage Marchand sa très grande jeunesse, mais cette proposition est largement ouverte à l’analyse scientifique et à la critique la plus dure. La RPP est en revanche beaucoup plus dangereuse économiquement.

Franchement, j’en viens à ma demander s’il ne serait pas louable que moi, petit citoyen, provoque une « réponse graduée » jusqu’au tribunal (Il faudrait que je télécharge beaucoup sur T411!) pour expliquer aux juges, aux politiques et à la presse cette mesure extra-ordinaire de destruction massive d’emplois par la Hadopi, destruction d’une croissance future, destruction de nouvelle recettes fiscales…je crois que ce n’est pas un détail par temps de crise !

LF