Merci Menbiens !

Menbiens vient de consacrer un billet au Partage Marchand

Même si c’est pour évoquer trois prétendus obstacles, son billet fait avancer le débat car peut être que d’autres personnes ont la même vision mais n’osent pas l’écrire…donc merci Marie ! Au passage, j’en profite pour m’étonner de l’attitude de quelques universitaires que j’ai contactés et qui ne me répondent pas. S’il y a bien une chose dont je suis certain, c’est que le Partage Marchand peut avoir une implication énorme dans l’économie du XXIe siècle. Il ne devrait donc pas laisser indifférents ceux qui s’intéressent à l’avenir du Net. N’hésitez donc pas à suivre l’exemple de Marie.

Reprenons l’argumentaire sur le fond:

1 Le Partage Marchand, ça sent l’arnaque !

C’est un peu normal que l’on ait cette impression car depuis l’Antiquité, pour les biens matériels, partage et marchandisation n’ont jamais fait bon ménage. C’est parce que le Net est maintenant disponible à tous pour calculer, enregistrer, signer que l’on peut avoir des relevés de comptes incluant une myriade de petits remboursements…et qu’il est possible de partager, même en achetant à des instants différents.

releve

L’arnaque pourrait être scientifique….système mathématiquement ou informatiquement infaisable ! Il reste certes quelques inconnues sur le passage à l’échelle (un réseau d’un million de nœuds ne se comporte pas comme un réseau de 10 nœuds !), mais je suis bien entouré et mes collègues chercheurs ne me laisseraient pas, je l’espère, raconter trop de bêtises (un bug est toujours possible…voir l’histoire récente de la faille sur OpenSSL/TLS). Enfin, je ne vois pas trop ce que j’y gagnerais pour ma carrière à jouer les fumistes, même médiatisé !

Je sollicite des économistes et des experts de la finance car ce ne sont pas mes domaines de compétence initiaux. Reste le domaine juridique (dont fait parti Menbiens), qui s’inscrit souvent dans une histoire (voire une jurisprudence), mais dans le cas du Net, il y a un double problème que l’histoire du Net est très courte d’un part et que les biens immatériels obéissent à des lois naturelles différentes des biens matériels. Un avocat ne s’amuserait pas à remettre en cause la rotondité de la Terre ou la gravité. Pour le numérique, il faudrait que le Droit d’Auteur passe sa révolution des Lumières et intègre bien les conséquences du coût marginal nul d’un bien immatériel du Net.

La question des licences en découle. La notion de propriété n’est pas bien comprise et je propose une distinction entre propriété forte et propriété faible. Finalement, en assurant un droit de mobiquité que je revendique pour tous, chacun peut littéralement posséder un bien immatériel à vie (sa vie) et le propriétaire ne peut s’en défaire, ni le donner, ni le vendre, ni le louer, ni le prêter ni en hériter. C’est une propriété plus forte que celle définie temporellement associé à un bien matériel dégradable, volable. La notion que je propose est totalement opposée à l’idée commune qu’avec le Net, on perdrait la possession, on ne ferait qu’un usage, tout serait location (donc DRM !).

Menbiens me taraude avec le Domaine Public. C’est complètement déplacé. Il faut une protection morale des auteurs (paternité, référence, horodatage…d’autant plus facile avec le numérique) et protéger des acheteurs (principalement la mobiquité car le Partage Marchand assure la transparence et l’équité), mais je propose l’approche pragmatique suivante :

Mettons en place le système sans faire appel à un arsenal juridique, et selon les tentatives de fraude que l’on pourra constater, alors les institutions seront amenées à légiférer. Cela ne donne pas du boulot et des batailles acharnées pour les juristes de métier, mais est ce qu’il ne faut pas être simple si possible dans ce domaine et éviter les escalades américaines où c’est le service juridique qui fait le chiffre d’affaire de la boite !

Le Partage Marchand répond parfaitement au « reuse » « mashup« , « remix » par deux mécanismes « co-auteurs et inclusion« …ce qui enlève une grosse épine du pied du Droit d’Auteur.

Sur le temps de passage dans le domaine public, effectivement non garanti, il est quand même limité par la mort de l’auteur, car avec le PM, il n’y a pas d’héritiers, ni ayants droits (de quoi?). Donc au pire, c’est passer de 70 ans à 0 ans !

Sur les revenus raisonnables, il y deux composantes, le prix initial et le revenu maximal. Si tous les deux sont trop élevés, alors je le dis clairement: j’invite les internautes à pirater comme en 2014 pour montrer leur désapprobation…espérons que cela ne concerne que quelques anciennes stars qui ne supporteraient pas de baisser leur niveau de vie 🙂

2 Le domaine public, tous n’en rêvent pas !

Si c’est financièrement, je ne comprends pas! Un sculpteur actuellement est obligé de vendre son œuvre sur le marché de l’Art pour vivre et donc il voit ensuite des spéculateurs multiplier son prix par 1000 sans rien toucher (il y aurait un droit de suite m’a dit Calimaq). Oui, un artiste peut toujours dans sa jeune carrière sous estimer le succès d’une œuvre et regretter de ne pas avoir demandé plus, mais je veux rompre avec l’idée que la production artistique serait nécessairement un jeu de loterie avec des écart pharaoniques de gains.

Je comprends des réticences sentimentales, mais en grande part, les créateurs seraient rassurés si la paternité était mieux respectée, comme dans la recherche, ou finalement la citation est l’ultime récompense. Donc être repris et cité devraient moins faire peur aux artistes…cela sous entend une répartition équitable des revenus entre le copieur et le copié (voir le mécanisme d' »inclusion ») Dans un tel système bien rodé, il n’y a pas besoin de demande le consentement à un autre. Par contre « oublier » de référencer un autre porte atteinte sérieusement à la reconnaissance de l’auteur par ses pairs, peut être même par le public. Il n’y a plus l’excuse technique de l’analogique, car avec le numérique, c’est un fichier, qui peut contenir du texte et donc les références de tous les autres œuvres utilisées ou inspirées. Généralement, un niveau suffit, il ne s’agit pas de faire remonter chaque œuvre à une peinture rupestre !

3 Le partage marchand, un service sans marché ?

Pour les e-book, qui à priori sont les meilleurs candidats au partage marchand, il ne sont pas tous à 99 centimes ! Avec le PM, je dirais qu’un prix de départ pourrait être de 5€, mais que très rapidement, il tombera sous 1€, puis 10 centimes, avec une différence énorme par rapport au système actuel. Tout l’argent de la vente va à l’auteur. (même le 70% d’Amazon sont battus!)

Enfin, dire que le PM n’est pas une théorie générale, j’ai la prétention de prétendre exactement le contraire, d’une certaine universalité de la formule.

Quant à savoir s’il faut une étude de marché…si vous voulez,… mais c’est un peu la même situation que Jobs qui demanderait en 1978 si ses clients voulaient une souris ou pas sur leur ordinateur !

On vient de confirmer que le piratage de proximité représente une part très importante des échanges et des consommations culturels, imaginez déjà le transfert de cette masse en Partage Marchand. Enfin, le succès du Crowdfunding montre que les gens sont prêt à donner pour financer la culture. Simplement, il ne faut pas les prendre pour des idiots et il faut leur proposer un système vraiment démocratique.

Ce n’est pas la contribution créative, ce n’est pas le don, ce n’est pas la publicité, c’est le Partage Marchand !

LF

 

 

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5 réflexions au sujet de « Merci Menbiens ! »

  1. Bonjour,
    J’ai lu avec intérêt votre article « Merchant Sharing Theory » (version 2, 27 Novembre 2013), mais j’ai quelques remarques à vous faire. En effet, certaines équations ne sont pas cohérentes à priori. J’ai donc voulu faire quelque tests en utilisant votre modèle pour voir comment il se comporte. Vous trouvezrez ci-dessous les variables que j’ai créées d’après votre modèle (les équations 5 à 8) et plus bas un lien vers une archive stockée sur Dropbox qui contient les graphes issus de mes tests.

    —————————————————————–
    # Choosen variables (by creator of IG)
    epsilon <- 1 # Choosen by creator
    Tmax <- 100 # Max income for creator
    Pinit <- 1 # Initial price of IG (for i=1)

    # Computed variables (proposed by myself)
    Customers <- Tmax*Pinit # Tmax*(Tmax/Pinit)

    # Computed variables (as proposed by the model)
    lambda <- ((Tmax-Pinit)/(Tmax-2*Pinit))^epsilon
    Pi <- (Tmax + (Pinit-Tmax)*lambda^(1-i))/i
    Ii <- (1-lambda)*(Pinit-Tmax)*lambda^(1-i)
    Ri <- (Tmax + lambda^(1-i)*(1+i*(lambda-1))*(Pinit-Tmax))/(i*(i-1))
    Ti <- Tmax + (Pinit-Tmax)*lambda^(1-i)
    thPi <- Ii+(i-1)*Ri # Theoric Pi, as stated

    # Personal computing
    Tcum <- Tcum + Ii # Computed cumulated income, should = Ti, start at 0
    Ti2Tcum <- Ti – Tcum # Difference between Ti and Tcum
    P2I <- Pi – Ii # Difference between Price (Pi) and Income (Ii)
    P2thP <- Pi – thPi # Difference between theory and practice
    —————————————————————–

    Vous trouverez les graphiques qui présentent les résultats obtenus à l'adresse suivante : https://www.dropbox.com/s/04mw3xywtko77ir/CUP_Graphs.zip.
    Le nom des graphiques contient les valeurs testées pour les variables Tmax & Pinit (100 & 1 ; 10000 & 5 ; 100000 & 15) et epsilon (0 ; 0.01 ; 0.1 ; 0.5 ; 1). Dans le cas des graphiques dont le nombre total d'acheteurs correspond au ipd tel que défini dans l'équation (9), le nom de fichier commence par "N_Tmax".

    Voilà une liste des remarques que j'ai à faire :
    1/ Quand epsilon = 0 (zéro), le produit est gratuit. C'est un cas particulier à commenter (pas de Prix initial, pas de T∞).

    2/ L'équation (5) ne respecte pas la valeur de prix initial fixée par le créateur (quand i=1).

    3/ L'équation (8) avec epsilon=1 et i=ipd tel que défini dans l'équation (9) donne un résultat qui est environ souvent inférieur à la valeur T∞. Ce qui signifie que la valeur de ipd fixée (arbitrairement?) à T∞ ne permet pas à l'auteur d'atteindre le bénéfice désiré.

    4/ Il y a une inégalité entre votre Ti et un Tcumulatif qu'on peut calculer autrement (voir mon Tcum). Ceci vient du fait que selon la valeur de epsilon, le premier client paye plus que le prix initial.

    5/ Vous avez abordé le problème du "numerical rounding issue", mais je pense qu'il gagnerait à être développé.

    Merci d'avoir développé vos idées, elles sont intéressantes dans le principe.
    Bien cordialement,
    Arnaud

  2. Bonjour Arnaud,
    Merci pour votre travail, j’ai vraiment hâte d’analyser tout cela. Je pars en vacances une semaine, donc merci de patienter un petite dizaine de jours avant que je vous réponde.
    N’hésitez pas à utiliser mon mail ou à écrire un draft en LaTex. Dites moi aussi votre position. Quel labo, quelle boite, quelle école ?

  3. Je trouve également le concept de partage marchand très intéressant, c’est une alternative qui pourrait à la fois satisfaire lecteurs et auteurs sauf que… Comme vous le savez, la chaîne du livre n’est actuellement pas organisée (à quelques marginalités près, c’est-à-dire certaines ventes en ligne) de sorte que le lecteur soit directement au contact avec l’auteur et cette organisation n’est pas le fruit d’un hasard.
    S’il existe des éditeurs, ce n’est pas uniquement parce que le monde est pourri jusqu’à la moelle et qu’il a besoin de vilaines sangsues pour continuer à tourner (c’est l’impression que l’on a parfois, à lire certains contestataires). Leur rôle est un rôle de tri, de médiation, de publicité, parfois pour le meilleur comme pour le pire, à mon humble avis de lecteur. Selon le Figaro, en 2009, un Français sur trois souhaitait écrire. Imaginez le tas de manuscrits que doit se farder un éditeur pour y dénicher des textes intéressants, bien écrits, originaux, qui correspondent à une ligne éditoriale précise. Je ne dis pas que le tri est optimal, je pense même que des fois il peut-être consanguin (on publie le copain plutôt qu’un parfait inconnu). Certains éditeurs passent également à côté de livres à succès, récemment : « les gens heureux lisent et boivent du café » , qui a finalement été racheté par une maison d’édition à la suite de son succès numérique…
    N’empêche que ce tri professionnel est sûrement nécessaire. Je pense qu’une plateforme fonctionnant sous le principe du partage marchand pourrait vite se transformer en foire à la saucisse, où tout le monde écrit mais personne ne lit – je me rappelle avoir lu le témoignage d’un éditeur qui affirmait que le principal défaut des auteurs en herbe était de ne pas lire assez – , où chacun veut partager sa petite vie ou son écriture brouillonne avec le monde entier, où foisonneraient les histoires de vampires pour ados mal dans leur peau ou les livres de fantasy plus ou moins bancals, et j’en passe. Se passer des maisons d’édition me semble donc bien illusoire.
    On pourrait donc imaginer une alternative : faire évoluer la maison d’édition vers le partage marchand mais je ne pense pas qu’elles aient envie que l’on touche à leur équilibre économique, souvent fragile. En effet, les recettes leur proviennent de best-sellers mais aussi de livres « solides » qui s’écoulent correctement sur le long terme. Hors, le partage marchand ne s’inscrit pas dans cette logique. Reste l’optique finale : faire évoluer une plateforme de partage marchand qui n’existe pas encore vers un modèle de maison d’édition, à savoir : effectuer un tri conséquent avant publication, fixer une politique éditoriale, assurer la promotion sur sa plateforme et auprès des médias, réaliser une maquette, corriger le tapuscrit, etc. Pourquoi pas, mais y a du pain sur la planche à n’en point douter !

  4. (j’ajouterai que c’est bien que des gens se penchent sur la question de manière constructive, continuez vos efforts, ça change des râleurs ordinaires à courte-vue !)

  5. Merci pour vos encouragements !
    Vous soulevez des questions intéressantes et j’y répondrai en détails de retour de vacances ! Premièrement, le Partage Marchand n’est pour l’instant pas une plate-forme, mais un protocole, en P2P, entre BitTorrent et Bitcoin si vous voulez des exemples. On veut fournir à chacun les outils pour s’auto-publier (paiement, archivage de l’oeuvre,…) mais pas reproduire un autre intermédiaire.
    Sur le rôle des éditeurs, voir un vieux billet https://cupfoundation.wordpress.com/2013/03/27/le-%E2%8A%94store . L’idée principale est plutôt de remplacer l’éditeur par le libraire,…et que ce dernier écrive des critiques/analyses/choix qui seront inclus directement dans la version imprimée à la demande de la librairie physique. Réfléchissons, c’est quand même incroyable la rente des éditeurs quand on sait qu’il n’écrivent presque rien. Par exemple, j’ai adoré « La Théorie de l’information » d’Aurélien Bellanger, mais qui s’offusque qu’il n’y ait aucun texte inclus d’Antoine Gallimard dans ce texte ?…je suis pratiquement persuadé qu’il ne l’a pas lu !…Quant à la ligne éditorial de Gallimard, quelle est-elle ! ?
    Laissons les gens publier massivement sur le Net. Les libraires feront leur choix et nous lecteurs suivront certains libraires qui nous plaisent, comme on « follow » sur Twitter. Un e-book = un texte d’un auteur original + un texte d’un libraire pro original + dédicace au lecteur.
    On ne va quand même pas se plaindre que le Net permette à la longue traine (= diversité culturelle) d’exister ! C’est le nombre de suiveurs pro qui discriminera le livre qui restera dans l’histoire et l’essai de tante Germaine voulant devenir auteure !
    Au XXI siècle, éditeur+libraire+moine-copiste devrait former la même personne…je parle de personnes car une entreprise n’a pas sa place ici. La majorité des lecteurs veulent un contact humain (auteur, libraire), plutôt qu’une maison d’édition renommée…enfin, personnellement, je me fou de l’éditeur quand j’achète un livre, tant qu’il n’y écrit rien.

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