Le Revenu-Jeune

Pour compléter le billet sur la redistribution possible avec le Partage Marchand, j’aimerais détailler une proposition de mesure qui me semble très bénéfique pour la société, surtout en période de crise 🙂

By Clem from Paris, France (2010-10-16 – 100L4174) [CC-BY-SA-2.0]

Nous avons acquis que chaque actif ait droit à une retraite au troisième et quatrième âge de sa vie et il déplorable de trouver encore dans des pays se disant démocratique des petits vieux obligés de suer physiquement pour ranger nos courses à la sortie des super-marchés afin de gagner quelques malheureux dollars pour survivre !

Pourquoi les jeunes n’auraient-ils pas aussi droit à un revenu…sans condition ?

Je ne parles pas du revenu de base, qui concerne tout le monde sans exception, mais d’un revenu complémentaire, comme l’est une pension de retraite pour les plus âgés.

A y réfléchir, ils en ont même bien plus besoin que les retraités car les jeunes n’ont pas encore constitué un patrimoine, ils doivent poursuivre des études, se cultiver, ce qui leur laisse pas ou peu de temps pour un travail classique. L’idée de devoir travailler à McDo pour payer son logement est loin d’être un progrès social !

Nous l’avons expliqué pour le revenu de base, le principe est simple:
Chaque jeune se crée un compte principal (double relevé en € et ⊔) qu’il déclare à sa Mairie (pour éviter les doublons) et l’État alimente en ⊔ tous les mois le même montant, sans condition d’activité. Techniquement, c’est équivalent à l’envoie d’un e-mail avec un contenu signé-électroniquement; aucun frais exorbitant pour l’administration ! Il y a peu de chance que les concernés accusent leurs ainés de ne pas disposer d’un téléphone avec accès au Net (obligatoire pour payer en ⊔ ou en €)…on ne va pas leur apprendre !

Le financement serait du même type que pour le revenu de base, sur un transfert de prérogative de création monétaire de la banque centrale. Une très grande partie de cette monnaie créée alimente la nouvelle économie culturelle numérique et donc ne parasite pas l’économie classique du XXIe siècle, mais pourra au contraire la soutenir.

Il est très important que ces comptes soient crédités en ⊔ et non en € pour inciter très fortement les jeunes à utiliser cet argent pour acquérir des biens culturels numériques, plutôt que du matériel et donc avec un mécanisme de remboursement qui les pousse plus encore ou ne les restreint pas à consommer de la Culture.
Il n’est pas interdit pour un jeune de convertir des ⊔ en €, mais comme le stipule le Partage Marchand, il est alors redevable d’une taxe, qui revient à l’État et donc il perd un peu de pouvoir d’achat.

Une telle mesure aurait un effet sur les pratiques des internautes, en particulier sur le piratage de proximité, car avec un compte en ⊔ crédité régulièrement et une assurance de mobiquité sur les biens achetés, ajouté au principe du partage des coûts, il devient vraiment  irrationnel, voire ringard, de continuer à pirater.

Le deuxième effet est directement économique pour les créateurs sur le Net. Ces derniers, parfois des jeunes eux mêmes, pourraient avoir une rémunération en ⊔ qui reconnaisse leur talent et leur effort artistique (la conversion en € est aussi redevable d’une taxe qui peut alimenter les assurances sociales classiques).
Rappelons que l’acte d’achat est le meilleur système pour faire valoir que l’on aime un bien culturel. Le clic de téléchargement ou le bouton like/unlike sont biaisés par construction car il n’y a pas d’authentification ni de limitation de ressource. De plus, chacun n’est pas disposé à perdre son temps précieux à des évaluations qualitative ou quantitative. Rappelons aussi que les inégalités de revenu sont bien moins sensibles pour l’acquisition de biens immatériels qui pour l’acquisition de biens matériels. Enfin le Revenu-jeune, distribué sans condition à tous les jeunes, atténuerait encore plus les différences.

Le Revenu-Jeune aurait aussi un effet d’assainissement des pratiques de location/abonnement de biens immatériels. Explications:

On voit régulièrement fleurir des offres d’abonnement pour accéder à des biens culturels numériques. Il s’agit d’une double arnaque. La plateforme qui propose l’abonnement devra regrouper suffisamment d’œuvres pour attirer le consommateur et plus il y a de créateurs engagés par cette plateforme, moins ces dernier toucheront de revenu. De plus, se pose un important soucis de répartition, et il est régulièrement constaté des inéquités entre artistes et un manque total de transparence. Enfin, même sur de très grosses plateformes, le consommateur averti risque de ne pas trouver son bonheur.
Ce dilemme de l’abonnement numérique trouve son paroxysme dans l’édition. Un lecteur aime généralement disposer d’une totale liberté de choix des e-books et des auteurs, souvent indépendamment des éditeurs, et il est extrêmement rare que cela corresponde à un abonnement à une plateforme donnée. Les publicitaires/commerciaux feront croire aux plus naïfs que l’abonnement leur donne un accès « comme gratuit » à une grande quantité d’œuvres, mais dans les faits, une très grande majorité des utilisateurs payeront par cet abonnement bien plus cher que s’il avait effectué un payement à l’acte sur seulement les œuvres de leur choix. Rappelez vous l’effet FranceLoisir chez nos grand-parents. Ils ont payé 20 fois le prix des livres qu’il ont réellement lu.

On me dira que les plateformes d’abonnement jouent un rôle de prescription. Les internautes ne savent pas toujours choisir et ils apprécient qu’un « professionnel » les guident !
Pourquoi ce service serait-il payant ? C’est un peu comme si l’on vous demandait de payer la publicité. Dans le numérique, il y a des mécanismes à base de DRM qui permettent de fournir des échantillons, ou de consommer en streaming avec contraintes pour découvrir et se forger un avis. Il faut bien distinguer deux types de consommation culturelle numérique:

  • Les acquisitions véritable (propriété forte) de biens culturels immatériels, sans DRM, sans publicité, mais payante pour rétribuer légitiment son créateur jusqu’à la sortie dans le domaine public. C’est le principe du Partage Marchand qui assure une mobiquité, un accès à la longue traine et une dé-intermédiation.
  • L’exploration d’un espace de prescription, de publicité, de recommandation, bien évidemment gratuit, mais devant comporter des restrictions (DRM, pub) pour ne pas faire une concurrence déloyale à la vente. C’est un usage sans aucune assurance de mobiquité et avec un risque moutonnier (concentration).

Si ces deux espaces/temps sont biens délimités sur le Net (pas le cas en 2014!), alors il n’y a plus de place pour les abonnements. Or les ⊔ donnés par le revenu jeune ne peuvent pas servir à la souscription d’un abonnement. Dans ce contexte, ils améliorent la diversité culturelle et assurent une répartition plus optimale entre les consommateurs et les créateurs, quelque soit les pratiques; gros consommateurs, consommateur très occasionnel, artiste prolifique ou artiste amateur.

Pour la musique en 2014, la plateforme Bandcamp me semple la moins mauvaise. Les inconvénients que je relèves sont :

  • Le moyen de paiement est beaucoup  trop lourd et passe par le système classique CB peu sécurisé.
  • C’est une plateforme encore centralisée, alors que nous voudrions qu’un protocole permette de publier une oeuvre sur n’importe quel serveur.
  • Il n’y a aucun mécanisme de remboursement, de partage et de passage dans le domaine public en fonction du nombre d’acheteurs. Prix fixe= arnaque.
  • Le partage marchand ne s’applique pas uniquement à la musique
  • Les créateurs laissent quand même 15% à la plateforme !

…mais l’acte d’achat est préservé, valorisé, comme sur iTunesStore  plateforme fermée.

Donc vous l’avez bien compris, l’abonnement (payant) numérique est absolument à éviter. Le prêt gratuit est le principe même des bibliothèques. C’est pourquoi elles sont obligées de passer par des DRM pour ne pas nuire aux auteurs en numériques.

Pour nombres d’économistes de l’Art, l’abonnement était le seul modèle économique envisageable et certains pensent encore que l’on ne pourra pas s’en défaire. C’est sans compter avec le Partage Marchand, qui affirme une vrai notion de propriété-numérique aux biens. Enfin, le Partage Marchand serait valorisé et plus rapidement adopté par cette mesure hautement bénéfique du revenu-jeune.

N’hésitez pas à donner votre avis sur le Revenu-Jeune et à le soutenir si vous le souhaitez, ….que vous soyez jeunes ou moins jeunes !

L.F.

NB: Je n’ai pas discuté de la tranche d’âge exacte, ni du montant exact de ce revenu. Cela ne me semble pas bloquant. Il convient d’abord d’en adopter le principe.

 

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Une réflexion au sujet de « Le Revenu-Jeune »

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