Encore un Ponzi 2.0 !

Un internaute m’a informé il y a deux jours de l’existence d’une nouvelle crypto-monnaie; le NXT, et donc je suis allé voir de quoi il en retournait. Pour les personnes qui auraient évité l’engouement du Bitcoin, je conseille la lecture de ce très bon et vieil article en introduction.

By Isokivi (Own work) [CC-BY-SA-3.0]

Il est expliqué pour cette monnaie qu’une masse monétaire de 1Milliard de NXT a été créée à l’initialisation et répartie entre seulement 73 personnes (ou comptes!). C’est exactement la même chose quand une entreprise crée des actions, des parts de société, (généralement moins qu’un milliard!), qu’elle répartit entre ses dirigeants et ses actionnaires, contre un investissement en une devise courante officielle, $, €, £,…L’action a une cote de départ, généralement fonction des fonds collectés et si l’activité de l’entreprise rassure les marchés, il y aura demande d’achat d’actions et donc envolée de la cote pour signifier que l’entreprise crée et créera potentiellement de la valeur dans l’économie. Les premiers investisseurs récupèreront leur mise avec une très substantielle marge. Si au contraire, l’activité de l’entreprise ne convainc pas les marchés, tous les propriétaires de l’action voudront vendre et la cote de l’action s’effondrera entrainant la faillite de l’entreprise et les premiers investisseurs perdent leurs mise.

Les initiateurs du projet NXT nous expliquent dans une logique très « libérale américaine » que parmi ces 73 « early adopters », certains sont des investisseurs qui ont permis au projet de naitre en payant les développements logiciels (client NXT, site Web, place de marché virtuelle). Ces investisseurs espèrent bien s’en tirer avec une petite fortune dans quelques temps, car ils ont prix un risque ! De même, les dirigeants créateurs, qui ont soit disant « amélioré » le code de Bitcoin, espèrent aussi une récompense pour leur géniale innovation !

Seulement voila ! à la différence d’une entreprise réelle de l’économie réelle, entreprise qui crée des produits ou rend des services, nous sommes dans le cas de Bitcoin ou de NXT, face à une entreprise qui ne crée RIEN, que du vent !, une curiosité mathématique. Je sais que cela ne gêne pas les instances américaines de breveter du logiciel,  mais en Europe, c’est interdit jusqu’à présent parce que derrière un logiciel, il y a simplement de la logique mathématique, et faut-il le rappeler ? Les maths ne peuvent pas se vendre, c’est un bien commun à l’Humanité. La seule récompense des découvreurs est une reconnaissance éternelle par les pairs et quelque fois par les citoyens dans le cas de formules ou d’algorithmes connus.

Dans le cas de Bitcoin, l’algorithme de Nakamoto est d’un grand intérêt scientifique car il valide le principe d’un échange sécurisé en Pair à Pair de ressources numérique finies. Il n’est jamais question de $ dans le code source C de Nakamoto. Ce dernier a eu la sagesse de vouloir répondre à la problématique de l’affectation initialement inéquitable de la masse monétaire, soit la question: « qui possède la planche à billet ?« , en imposant de faire travailler des machines en force brute. Donc le critère n’est pas: Qui a le plus d’argent ? qui est le plus connu ? qui à le plus de pouvoir ? qui est le mieux né ? qui est le plus intelligent ? ….mais qui va s’intéresser le plus tôt à ce papier et à cet algorithme pour miner sur des machines et éventuellement acheter de la puissance de calcul. A ce petit jeu, en 2014, les portes sont closes pour les particuliers un peu lents à réagir en 2009. On est donc bien en face d’une pyramide de Ponzi temporelle, mais les règles sont explicites et vont favoriser la ‘curiosité’. C’est original comme compétition et comme classement, mais finalement pas plus idiot que les avantages liés à la naissance, qui eux perdurent depuis des siècles. Comme tout Ponzi, les derniers arrivés payent pour les premiers jusqu’au moment où une majorité prend justement conscience que c’est un Ponzi et le système s’effondre sans rembourser les derniers arrivants.

Dans le cas de NXT, le Ponzi est encore plus explicite car il est argumenté comme une innovation que le minage type Bitcoin ne sert à rien car il fait travailler des machines (coute de l’électricité) pour rien et donc il suffit de partir avec une masse monétaire fixe, sans minage (le ‘forgeage ne sert à rien’) répartie entre ‘copains’. Non seulement, il s’agit d’une régression car le « copinage » est moins démocratique que la « curiosité-cratie », mais il est présenté dans la documentation NXT comme une amélioration, un comble !

Demain, je crée la TotoCoin, une nouvelle crypto-monnaie qui déchire !…pour ne pas qu’on m’accuse de plagiat, je fais une modification au code Bitcoin, plus conséquente que simplement changer la chaine racine. Par exemple je change la courbe elliptique (360P) par celle que j’utilise pour la monnaie  (521P)…et je peux me venter d’avoir amélioré la sécurité, ce qui est mathématiquement vrai. Je crée ex-nihilo 1Md de TotoCoin et je fournis tous les outils pour observer les échanges P2P. Je peux même tricher en créant 1000 comptes (pour moi seulement) et simuler, stimuler une activité intense sur un marché virtuel nouvellement créé, et cerise sur le gâteau, je glisse un taux de change de 1 TotoCoin égal à environ 1 BTC, que je laisse varier comme, mais pas tout à fait comme le BTC. Il y a de bonnes chances si mon site web de TotoCoin est d’un design super-pro, qu’une communauté (virtuelle ou pas) autour du projet donne l’impression d’intense activité, et que quelques curieux m’échangent des $, des € ou de BTC contre des TotoCoin. Alors, comme un virus, les premiers piégés (qui ne le soupçonnent pas !), vont en attirer d’autres et ainsi de suite…suffit que la soi-disant innovation soit bien cachée. Négligemment, sans trop éveiller l’attention, et de façon bien répartie dans le temps, je vends des TotoCoins pour recevoir des € sonnants et trébuchants. Si j’arrive à céder seulement un dixième du volume de départ, soit 100.000.000 TotoCoins à $500 pièce, cela devrait me faire 50 Milliards de dollars…sur votre dos !

Bien que l’on échange toujours de l’immatériel, je voudrais montrer l’immence différence entre la vente, à mon sens illégale, de « produits » de « risque » ou de « risque de risque », par des intermédiaires anonymes, sans aucune créativité, et le PartageMarchand de biens culturels créés entièrement par des humains (artisanat numérique) et dont les œuvres sur le Net apportent un réel bénéfice culturel, donc une valeur qui mérite un revenu. Le comble est que les artistes créateurs acceptent de limiter leur revenu pour nouer une relation équitable avec les internautes, tandis que nos investisseurs du NXT peuvent toucher un revenu presque infini sans jamais nous le dire.

Les partisans des biens communs informationnels gratuits non seulement menacent le Partage Marchand, mais sont souvent les moins critiques face à des crypto-monnaies ultra-libertarienne.

Au final, je considèrerais être malhonnête de monter un tel projet de TotoCoin, mais pourtant, dans la tête de certains entrepreneurs, et puisque ce n’est pas répréhensible, c’est un buniness comme un autre ! On ne fait que gagner de l’argent sur la crédulité et sur l’ignorance des gens. Il y a précisément arnaque car ni Bitcoin, ni NXT ne répondent à un besoin véritable. Il n’y a aucun produit ni service derrière. On me rétorquera qu’ils proposent un moyen de paiement numérique pratique (si le taux ne bouge pas trop!), facilement utilisable avec un téléphone. C’est en partie vrai car les gros dinosaures VISA, Mastercard et Paypal font un énorme chantage à la Terre entière et touchent des commissions honteuses avec des technologies du XXe siècle et une sécurité médiocre pour vendre des contrats d’assurances. C’est exactement comme dans une cours de récréation: « M’sieur j’ai triché mais lui il a triché encore plus que moi !  »

A l’heure d’Internet, il est techniquement possible de remplacer toutes les transactions financières courantes (sans intérêt) par des nœuds d’un réseau P2P et un protocole cryptographique adapté. C’est exactement ce que veut faire le projet de monnaie et son moyen de paiement numérique associé, mais contrairement à Bitcoin ou à NXT, il n’y a pas d’investisseur privé, tout doit être financé par la recherche et donc par des organismes publics et il n’y a pas de masse monétaire ajoutée, décidée par moi ou par une communauté autour de ⊔Foundation.

En fait, à chaque fois qu’une crypto-monnaie se crée (il y a plus de cent actuellement !), c’est exactement comme si une nouvelle banque se créait, sans autorisation ni aucune contrainte imposée par une quelconque banque Centrale. Bien entendu que les règles prudentielles des banques classiques laissent à désirer et ont conduit à la crise que nous connaissons, mais cela ne va surement pas améliorer les choses que de créer des banques totalement libres. De plus, une banque centrale est légèrement (pas assez!) contrainte par un pouvoir politique élu assez démocratiquement, tandis que pour une crypto-monnaie, libre de toute création monétaire, la démocratie est simplement absente.

Les monnaies locales abusent aussi de ce principe de création monétaire, souvent avec l’aval d’une administration locale, et en plus pour se soustraire à déférentes taxation, mais autant cela peut stimuler l’économie locale à la naissance (la planque à billet à tournée), autant c’est anti-démocratique si la masse de monnaie en circulation devient trop importante. L’État ferme les yeux tant que cela reste local.

A l’inverse, si une crypto-monnaie est suffisamment acceptée/utilisée par la population, les pouvoirs publics sont obligés, passé un certain seuil, de reconnaitre, donc de « blanchir » cette masse d’argent qu’aucune banque centrale n’a créé, comme on blanchi des faussaires ou des producteurs de drogue. Les monnaies nationales sont encore assez importantes pour supporter un taux de blanchiment négligeable, mais ce sont bien les honnêtes travailleurs qui payent la facture, après les curieux tardifs des pyramides de Ponzi.

Or l’économie est un terrain trop sérieux, car il détermine ce que les gens peuvent manger, où il peuvent dormir et comment ils peuvent apprendre, se distraire, pour laisser des taupes saccager la pelouse avec des crypto-monnaies pour spéculateurs/joueurs.

On sait que les banques créent de l’argent dette (prêtent la même somme à plusieurs personnes au même moment) et que les banques centrales gardent la prérogative de création monétaire d’argent « banque centrale », qui détermine les quantité M1, M2, M3 dans l’économie, alors la seule solution vraiment démocratique serait d’adopter une monnaie libre au sens de la TRM, c’est à dire que la création monétaire soit équitablement répartie dans le temps et dans l’espace…et avec un moyen de paiement cryptographique associé. Mais cet objectif louable bloque sur un problème transitoire;

Comment transférer la prérogative de création monétaire des banques centrales vers les citoyens ?

Par le revenu de base évidemment !

Mais là où je diffère d’opinion avec certains, je ne pense pas qu’il soit possible de réclamer un niveau de revenu exactement égal à celui calculé par la TRM. Par pragmatisme, je propose qu’on mette en place le système automatisé par le Net, pour les devises € et (pour les biens immatériels) et qu’une toute petite création monétaire soit acceptée; une dizaine d’€/mois pour chaque Européen…pour ensuite augmenter le montant. La BCE voudra toujours garder une marge de manœuvre vis à vis de la FED par exemple.

Donc ne vous y trompez pas, si vous avez besoin d’un simple moyen de paiement numérique moderne, attendez un peu qu’une solution open-source, gratuite, indexée à l’euro voit le jour, mais permettez moi un petit conseil, à moins que justement vous vouliez jouer au Casino, ne mettez pas votre argent dans des crypto-monnaies qui ont leur masse propre. C’est une arnaque.

LF.

NB: J’expliquerai dans un autre billet en quoi la convertibilité de est importante et pourquoi cette monnaie n’intéresse pas les spéculateurs. J’avancerai aussi l’idée qu’avec Internet, on peut avoir pour la première foi de l’Histoire, un système bancaire sans notion d’interêt (l’argent n’est pas rémunéré).

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Une réflexion au sujet de « Encore un Ponzi 2.0 ! »

  1. Ping : L’Euro-franc sans attendre | ⊔Foundation

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