Économie du partage : une chimère !

La société post-industrielle se cherche pour espérer sortir de cette crise qui n’en finit pas et qui semble alimenter des tensions géo-politiques toujours croissantes, le tout dans un contexte de détérioration irréversible des ressources de la Terre !

Quoi de plus naturel que de proposer des changements radicaux, même si les conséquences ne sont pas bien analysées. C’est le cas de l’économie du partage, appelée aussi économie collaborative.

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Photo : stanjourdan

D’abord, il faut rappeler la finalité de l’économie. C’est principalement de satisfaire les besoins de chacun pour vivre en société et pour s’épanouir. Cela passe par la gestion des ressources rares, mais aussi de celles à priori abondantes, ce qui sera l’objet de l’économie numérique.

L’Histoire confirme que la spécialisation des activités, découlant sur des échanges, a prouvé que globalement, elle diminuait la pénibilité et augmentait le niveau de vie des populations, mais tout en provoquant de profondes inégalités, résorbées partiellement par l’État. Les économistes sont d’accord pour dire que la monnaie a grandement facilité les échanges par rapport à diverses formes de troc.

Il n’existe pas un méchant génie qui voudrait que tous les échanges soient marchands, en passant par de l’argent, mais constatons une chose simple: Tous les échanges ne sont pas mesurés (avec une monnaie), mais ceux qui le sont respectent mieux l’équilibre et la liberté du vendeur et de l’acheteur. Regardez sur Leboncoin.fr, les échanges marchands sont bien plus faciles et nombreux que les propositions de trocs. Ce n’est pas le principe et l’usage de la monnaie qui est la source des malheurs du monde, bien au contraire, sans elle, on se taperait dessus à la moindre suspicion d’échange non équitable.

La société Industrielle, le Fordisme avec ses avatars de la publicité, du marketing, poussent à la consommation pour écouler des sur-productions, mais n’oblige en rien le citoyen à acheter. Le principe de la libre concurrence contraint les entreprises à fusionner, produire toujours à plus grande échelle pour dégager une plus importante marge par des couts marginaux toujours plus faibles. Le modèle industriel est basé sur une chaine de transformations, nécessitant une force de travail (salariat) et des capitaux. Malgré certains excès, ce système est autonome dans le sens qu’il procure une activité rémunératrice à un maximum de personnes, pour globalement améliorer leur bien-être.

L’automatisation, la robotisation viennent décupler la productivité, produisant un chômage de masse, impossible à résorber. L’économie à donc maintenant pour tâche d’occuper chacun pacifiquement. Quand les rendements de la terre étaient trop faibles, il fallait bien tous les bras au travail, mais maintenant que ce sont en partie les machines qui produisent, il faut occuper les anciens travailleurs à une activité, un emploi parfois inutile économiquement, les inviter à passer du temps à consommer, et donc les rémunérer, afin qu’ils renoncent à une croisade religieuse ou guerrière.

Le XXIe siècle pose un nouveau défit économique qui est de rémunérer chacun par un système de répartition apparemment juste, mais indirectement lié à la valeur travail où à la valeur capital. Or ce siècle est celui d’Internet qui permet de réaliser les conditions idéales du commerce; un vendeur peut informer la Terre entière de son offre et tout terrien peut potentiellement le trouver pour procéder à un échange qui arrange les deux parties. Ce n’est absolument pas un changement de paradigme, juste une meilleure diffusion de l’information (sur le Net) pour ne faire des échanges des plus classiques. En particulier, on peut partager un bien matériel dans le temps, le louer (appartement, voiture, aspirateur,..) et optimiser certaines dépenses (covoiturage, tondeuse,…) mais absolument rien de nouveau sur le plan économique, juste la présence d’Internet.

On semble redécouvrir l’échange de personne à personne, qui est pourtant la base de l’économie (la personne physique était préexistante à la personne morale). L’industrialisation a eu tendance à bien séparer les commerçants d’un coté et les consommateurs de l’autre. On n’achetait presque tout neuf, à un professionnel, mais ce n’est pas une règle à suivre absolument. Bien entendu, les échanges de personne à personne ne sont pas trop favorisés par l’État, qui ne peut les tracer ni prélever une TVA, mais ils n’ont jamais été interdit et devraient se développer encore grâce au Net.

On voit donc que l’économie collaborative n’est en rien nouvelle ni révolutionnaire, c’est juste une utilisation d’Internet à des fins économiques.

Ceci ne serait sans conséquence, juste un effet de mode, s’il n’y avait pas l’idée « révolutionnaire » que les échanges puissent être gratuits, ce qui se comprend communément dans le mot « partage ». On favoriserait le don pour contrer la marchandisation galopante. N’est ce pas agréable de s’offrir des petits cadeaux, d’avoir beaucoup d’amis et de partager avec eux des moments importants de la vie ? L’Économie ne s’y oppose pas, les dons seront toujours possibles. Rappelons quand même quelques vérités sur le don. Il établit une relation très forte entre personnes, l’un des deux ou les deux se sentent redevables, sentiment lourd à porter. Alors qu’un échange marchant est instantané, juste, anonyme. Comme le montre Facebook, on ne peut pas avoir 5000 vrais amis, mais il est tout à fait courant d’avoir à échanger avec 5000 personnes différentes, et on ne supporterait pas de devoir en faire des amis ou de créer une relation durable avec chacun d’entre eux. Prenons un exemple, si emprunter un aspirateur au voisin m’oblige à chaque fois à l’écouter raconter des choses inintéressantes pendant deux heures, alors il est fort probable que je préfèrerai acheter l’aspirateur, au risque qu’il occupe un placard à 99% du temps. Les choses de petites valeur peuvent s’échanger gratuitement car l’acte d’achat est proportionnellement trop contraignant, mais pour les choses qui ont une valeur non négligeable, serions nous plus heureux à nous les échanger gratuitement ?

Il y a une certaine idéologie à promouvoir le partage gratuit au point de rêver à une société sans droit de propriété privée. Mais la rareté des biens matériel ramène ce doux rêve à d’implacables injustices. Imaginons que l’on donne une maison à chaque foyer. Sur quel critère donnerait-on celles à Lille et celles à Nice ? Tout le monde ne cherche pas à être milliardaire, mais il faut de l’argent ne serait ce que pour faire un voyage à l’étranger. De même, je viens de m’acheter une voiture électrique (une c-zéro), un geste écologique qui n’est pas gratuit et qui ne peut pas l’être dans aucun système.

L’idéologie de la gratuité est portée par deux phénomènes:

  • des stratégies marketing qui offrent certains produits pour en faire payer plus cher d’autres ou pour vendre plus…c’est une forme de « faux gratuit », ou « gratuit déguisé »
  • le développement des logiciels Open-Source; offrant gratuitement le code mais se rémunérant sur des services annexes (formation, expertise, support,…) ou sur d’autres projets (développeurs salariés de grands groupes)

Les « commonistes« ; ceux qui défendent comme principe économique et politique le partage sous entendu gratuit d’un maximum biens, prétextent d’un modèle économique d’Internet. Regardez tous les biens de la connaissance, tous les biens culturels sur le Net. Ils sont non rivaux, abondants, copiable sans effort, pourquoi nous priver de les partager gratuitement ? Plus le citoyen pourra avoir accès à des biens culturels, mieux il se portera. Refuser ce partage serait faire preuve de conservatisme, ne rien comprendre au numérique, refuser le progrès.

Le petit problème dans ce raisonnement hâtif est d’oublier d’en faire un système économique autonome. Si tout est gratuit sur le Net, la demande devient forte, mais les créateurs de biens immatériels ne peuvent pas être rémunérés par la vente directe. L’offre diminue en quantité et surtout en qualité. La société dévalorise et détériore lentement la culture, sa diversité, favorise les concentrations abrutissantes, un star système à l’opposé de l’Art. On peut, mais on pourra de moins en moins parasiter l’économie des biens matériels; l’achat d’un tee-shirt permet de financer un écrivain…mais ce système sera toujours déficitaire.

Quelle contradiction à ne pas voir qu’Internet développera une de-intermédiation qui mettra en contact direct les producteurs (artisans numérique) et les consommateurs. Espérer des sources de financement externe (État, don, publicité,..) est aussi prometteur que d’analyser les risques d’un produit dérivé financier…chimérique !

C’est alors que l’on me sort le couplet sur les dérives du « droit d’auteur »: les abus des multinationales de la culture, la persécution de la Hadopi, la réalité du piratage…et d’exiger « la légalisation du partage non marchand ». C’est oublier une récente découverte.

Si l’économie du partage, ou collaborative n’a rien inventé et ne devrait pas se prévaloir d’une nouvelle branche de l’économie, il en est différemment de l’économie numérique, pas celle commentée en 2014 sur les exploits des GAFAM, la finance haute fréquence ou encore Bitcoin, mais une toute nouvelle branche de l’économie qui ne s’intéresse qu’aux biens immatériels à cout marginal nul. Cette économie part des principes théoriques du Partage Marchand pour corriger l’échange commercial en lui même (relation un-plusieurs au lieu de un-un). Le cout marginal nul impose si l’on veut respecter des principes démocratiques, un remboursement dans le temps des précédents acheteurs d’un même bien. Ce remboursement peut être géré automatiquement et gratuitement par Internet (sans Banque) et aboutir à un véritable Partage des biens immatériels, tout en rémunérant les créateurs (on partage aussi avec le créateur). On peut suivre la règle qu’un bien culturel immatériel de qualité ne doit jamais être gratuit pour être juste…tout au moins un certain temps car selon la fonction de prix décroissant et revenu croissant, il arrive un moment où un bien populaire devient effectivement gratuit, passant naturellement dans le domaine public (son créateur ayant été rémunéré comme espéré).

Donc l’économie du partage (gratuit) est une chimère car elle tue toute développement du Partage-Marchand, donc toute croissance de l’économie numérique.

Or l’économie numérique [du Partage-Marchand] est une poule aux œufs d’or. Elle occupe des artistes dans une activité qui leur plait et elle occupe des consommateurs à se construire une identité culturelle numérique par leurs achats partagés. Contrairement aux besoins basiques (nourritures, habillement, habitation), les besoins culturels, et donc sa croissance, peuvent croitre jusqu’à occuper le temps complet des gens. Cette croissance supplémentaire doit bien entendu ne pas rester entre les mains d’une minorité et donc l’État a la charge d’en tirer des recettes fiscales, pour les redistribuer inconditionnellement, à chacun (un revenu de base venant des surplus fiscaux qui n’existerait pas sans économie numérique), pour pouvoir consommer des biens culturels numérique tout le temps libéré par le non-emploi. Pour résumer, la société postindustrielle paye des gens à consommer de la culture, laisse les créateurs vendre leurs œuvres sur le Net et maintient des robots pour produire le nécessaire vital.

Contrairement à l’économie collaborative qui prétend être écologique alors qu’elle n’est tout au plus que « optimale », donc plus encore économique (…la décroissance irait même dans le sens d’une certaine restriction des moyens écologiques !), l’économie numérique par le Partage Marchand produit une nouvelle croissance, de nouveaux emplois et occupations, sans puiser sur notre mère Nature, donc se donne tous les moyens de réussir une écologie.

LF

Pourquoi Bitcoin va s’effondrer !

Complété le 25 Juillet 2014

Pour comprendre pourquoi la crypto-monnaie Bitcoin s’effondra et ne vaudra plus rien, moins de $0.01, il est nécessaire de se pencher sur la fonction principale d’une monnaie, à savoir : permettre et faciliter les échanges commerciaux de produits et services entre personnes.

Par Inconnu [Public domain], via Wikimedia Commons

Il y a deux types de monnaies, la monnaie valeur et la monnaie dette. Nous verrons qu’il en est de même avec les crypto-monnaies. Depuis l’antiquité, c’est la monnaie valeur qui s’est d’abord imposée. En effet, pour accepter de remplacer le troc par des objets ou des matériaux sécables, transportables, il était nécessaire que la monnaie ait une valeur équivalente au produit échangé. Ainsi, on a utilisé des métaux précieux, qui avait un rapport valeur/volume très grand. Plusieurs monnaies valeurs pouvaient exister au même endroit, de l’Or, de l’argent, des alliages sans poser de soucis particulier. L’échange était possible même s’il n’y avait pas de confiance entre l’acheteur et le vendeur. La normalité est même que la méfiance est de mise face à l’étranger. Mais chacun trouvait son avantage dans l’échange (gagnant-gagnant) car on connaissait la valeur des pièces de monnaie et il serait toujours possible de racheter un bien équivalent contre cette quantité de métal précieux le cas échéant.

Une monnaie valeur est basée sur un produit rare et cette rareté lui donne une valeur qui peut être différente de celle communément admise et affichée pour les échanges. En particulier, selon les quantités de métaux précieux extraits des mines, la valeur de cette monnaie peut changer, sans obligatoirement correspondre à sa valeur faciale. La création monétaire est par conséquent contrôlée par les organisations et les personnes qui réalisent ce minage, pas forcement les instances gouvernementales d’un pays démocratique. La quantité limitée de monnaie freine sensiblement les échanges commerciaux et donc l’activité économique génératrice de croissance. Le seul avantage de ces monnaies est de ne nécessiter aucune autorité régulatrice centrale…tiens tiens !… on voit que Bitcoin n’est pas précurseur en la matière !

Un autre problème important de la monnaie valeur est que les créateurs et les possesseurs d’argent ne sont pas forcement les mêmes qui veulent ou qui peuvent investir dans des ressources industrielles pour créer de la richesse. C’est cette mauvaise répartition qui justifie que l’argent ait un loyer, « l’intérêt ». Une entreprise qui dispose d’une trésorerie suffisante pour investir ne se prête pas de l’argent à elle même avec intérêt !

La valeur intrinsèque de cette monnaie valeur lui attribue une rareté qui donne caution aux rentiers de se faire payer pour des apports de capitaux d’une part, et qui incite certains à thésauriser, donc à sortir du circuit des quantités de monnaie… alors que la fonction principale d’une monnaie est clairement l’inverse, de fluidifier les échanges. A la limite, on pourrait dire qu’il n’y a pas de monnaie au sens moderne du terme, juste des objets intermédiaires facilitant le troc.

La solution a tous ces inconvénients majeurs des monnaies valeur passe par l’introduction d’une monnaie dette. Une telle monnaie n’a aucune valeur contrairement à la précédente. Elle est basée sur une simple écriture, une reconnaissance de dette qui est enregistrée dans un grand livre de compte. Une ligne est du type:

« Mr X doit à Mme Y, Z unités de monnaie pour l’échange du bien B, à la date D »

Il est très facile de calculer le solde de tout les participants en consultant ce livre, et de vérifier que la somme reste nulle (tâche passionnante de la comptabilité !). Une monnaie dette impose cependant de fixer des limites à l’endettement car sinon, tout le monde jouerait à la cigale ! Il faut donc une autorité, de préférence légitimement acceptée de tous, organisation qui tienne les comptes à jour, enregistre les transactions, mais aussi qui donne les règles de limite d’endettement. Au sein d’un village, on peut envisager qu’un scribe puisse avoir tenu ce rôle et convoquait régulièrement les dirigeants du village pour traiter le cas des plus endettés. En France, le taux d’endettement maximum de 1/3 du patrimoine pour les particuliers est un exemple d’une telle règle.  Ce simple exemple à petite échelle montre que tout humain à droit de la part de la société qui l’héberge, à un certain montant d’endettement, inconditionnel, seulement par le fait qu’il existe, qu’il a besoin de ressources pour vivre, pour consommer et enclencher la machine économique, pour remplacer l’effet du minage des monnaies valeur. Cela n’a rien avoir avec un salaire qui récompenserait un effort de travail. Cela devrait être un dû démocratique et un nécessité économique.

L’abandon du minage d’une monnaie valeur doit être remplacé par un dividende inconditionnel d’une monnaie dette.

Mais si le système verse un montant égal et régulier à chaque citoyen comme dette, premièrement, il n’est pas légitime de demander une quelconque taxe sur cette dette; un intérêt, à moins d’en faire une source de revenu pour l’État. Deuxièmement, il est illégitime de devoir hypothéquer des biens pour avoir accès à cette dette puisque tout le monde la perçoit. Au passage, on remarque que le système bancaire actuel, utilisant les réserves fractionnaires est bien de l’argent dette, mais avec création monétaire consenties par des organismes privés, appelés banques, principalement aux entreprises, selon des critères discutables, plutôt que d’être réparti dans la population.

Notez que je n’exige pas que ce montant soit suffisant pour vivre, contrairement au Revenu de Base, dont le discours n’est pas clair en mélangeant fiscalité et création monétaire.

Dans l’Histoire, Les artisans se sont regroupés pour bénéficier des progrès de l’automatisation/robotisation d’une part et des effets d’échelle d’autre part, afin de baisser les coûts marginaux et ainsi augmenter leur marge. Les fusions d’entreprises n’ont de limite que la situation de monopole contrôlé par l’État. Le besoin énorme en capitaux pour ces « personnes morales » devenues multinationales à permis l’essor du capitalisme. Dans cette logique, il était plus simple techniquement et plus optimal économiquement que le financement aille aux entreprises (économie de l’offre), et donc que les salaires/revenus des personnes ne soient qu’une conséquence de ce flux monétaire.

Pourtant, avec ce type de monnaie, les dettes sont légitimement destinées aux personnes car liée  à leur existence, mais il était jusqu’à très récemment impossible de respecter ce principe. Normalement, le système bancaire à deux étages; banques-centrales/banques-privées doit affecter les dettes aux organisations pour favoriser l’économie réelle qui améliore la vie des populations, mais premièrement, il se laisse berné par des spéculateurs déguisés en investisseurs et deuxièmement, il ne se gène pas pour prendre une part du gâteaux, alors même que son rôle n’est que support administratif de la monnaie. L’Informatisation aidant, ce support ne coûte presque plus rien ! On a même parlé d’Industrie financière, de produits financiers et la City est basée sur l’idée fausse que la complexification de la gestion de la monnaie, au point d’inventer des produits dérivés qui font perdre toute trace du risque, était créatrice de richesse. C’est l’inverse, elle consomme sur le dos de l’économie réelle et comme elle au plus pré de la source de création monétaire, elle se sert allègrement. (comparez par exemple le salaire d’un informaticien prévisionniste à la Météo et celui d’un autre informaticien à la City, alors qu’il font le même travail !)

Or une monnaie dette est entièrement basée sur la confiance dans l’autorité bancaire et comme cette confiance n’est jamais acquise totalement, il est normal que subsiste des résidus de monnaies valeurs, basée elle sur la méfiance.

Historiquement, le passage d’une monnaie valeur à une monnaie dette utilise une étape intermédiaire, où on remplace les métaux précieux par des billets de banques dont la valeur faciale reflète exactement le montant exigible en métal précieux, mais se trouve être plus pratique à transporter et à s’échanger. Quand la population est habituée à l’usage des billets et si l’autorité sait punir durement les faussaires pour gagner la confiance dans cette substitution, alors on passe à une monnaie dette simplement en déclarant du jour au lendemain l’abandon de l’équivalence or, et la banque centrale peut librement faire tourner sa planche à billet pour octroyer des prêts aux banques privées qui créent à leur tour des prêts à qui le demande. S’il n’y a pas soulèvement de la population, cela veut dire que la pilule a été avalée et que la société fonctionne maintenant sur une monnaie dette, imposant une grande confiance dans son système bancaire.

Avec l’arrivée d’Internet, des résultats de recherche en cryptographie et l’utilisation d’ architectures distribuées en pair à pair, il est techniquement possible de simuler la fonction monnaie dette à moindre coût, avec une plus grande transparence, une plus grande sécurité, une plus grande impunité face à la fraude et surtout une plus grande équité. Ce qui n’était pas techniquement possible; distribuer de la dette à chaque citoyen, sans contrepartie, le devient avec Internet…et l’application qui va bien !

Pourquoi le système bancaire ne fait pas le pas ?

Je n’ai pas la prétention d’avoir la réponse exacte, mais je pense que c’est par conservatisme et incompétence en cryptographie. Reconnaitre ce passage justifierait de licencier 90% des emplois liés aux banques et de revoir très largement à la baisse les salaires des banquiers. On comprend que ceux ci préfèrent en rester à de méthodes anciennes (réseau privé, transactions non signées électroniquement, processus manuels, réserves fractionnaires) pour justifier leurs commissions. Ils sont soutenus par les dirigeants d’entreprise qui préfèrent recevoir des crédits des banques plutôt que des personnes.

Curieusement, on pourrait croire que face à cette situation, des citoyens volontaires, experts en Informatique, cryptographie, réseaux, s’associent pour créer une crypto-monnaie dette sans l’aide des banques classiques. Or une telle monnaie dette a toujours besoin d’une autorité pour fixer les limites de l’endettement, mais aussi pour assurer l’unicité des comptes qui pourraient recevoir un dividende universel par création monétaire (Il faut éviter qu’un même individu puisse recevoir deux fois un dividende !). Ce problème difficile est actuellement à l’étude pour une mise en œuvre limitée à la France, en utilisant le numéro de sécurité sociale anonymisé. Cela eut été trop complexe de viser une portée à l’Europe entière ou au monde entier. Voir le projet Eurofranc 2015 présenté par ailleurs. Notez qu’une fois les règles d’endettement acceptée, cette autorité n’a qu’un pouvoir exécutif, aidé de preuves mathématiques difficilement contestables. Elle n’a pas à arbitrer comme actuellement; je donne X à l’entreprise A et Y>X à l’entreprise B selon mes critères totalement subjectifs et mon intérêt commercial dans l’affaire.

Comme une monnaie valeur n’a pas besoin d’autorité, il a semblé plus facile aux informaticiens que les premières crypto-monnaies, et Bitcoin depuis 2009, visent le modèle de la monnaie valeur plutôt que celui de la monnaie dette. On a pu penser que l’Histoire de répétant, il y aurait une acceptation d’abord de crypto-monnaies valeur pour ensuite passer à une crypto-monnaie dette quand la confiance serait acquise.

Ainsi, Bitcoin et consœurs parlent de « minage » pour rappeler le processus de création monétaire par les métaux précieux et rendent ce minage de plus en plus difficile au point de limiter par l’algorithme du protocole lui même, le montant maximum de masse monétaire qu’il est possible de créer. En imposant par construction une telle rareté, similaire à celle imposée par dame Nature sur l’Or, Bitcoin espère donner une valeur intrinsèque à ses unités cryptographiques.

Cette répétition de l’Histoire est biaisée pour deux raisons :

  • dans le monde physique, avant l’arrivée d’internet, il était techniquement impossible de passer directement à une monnaie dette. Dans l’exemple du village, les problèmes seraient apparus pour commercer avec un village voisin, des étrangers, alors même que le commerce est basé sur l’échange justement avec l’étranger. Il fallait passer par un système de méfiance pour ensuite imposer une monnaie dette dans un contexte de préférence démocratique. Donc la transition était imposée par la Nature et le niveau technologique de l’époque, par l’absence de grand livre globalement disponible. Or Internet peut jouer exactement ce rôle de grand livre de compte, et donc il serait possible de passer directement à une crypto-monnaie dette. Rien ne nous impose en effet, à part certains intérêts privés d’une minorité de passer par une crypto-monnaie valeur.
  • Une crypto-monnaie valeur est une imposture par construction. Si le vrai minage demande des efforts humains, même relayé par des machines, il est éthiquement toléré que les mineurs gagnent cette nouvelle monnaie pour au moins récompenser leur travail…ils gagnent des métaux précieux et non de la monnaie. Mais dans le cas d’un « crypto-minage », c’est à dire un calcul en force brut sur un problème mathématique sans aucun intérêt, c’est la machine qui travaille et elle seule. Comment peut-on éthiquement justifier que son propriétaire puisse recevoir un revenu alors qu’il n’est pas le concepteur du programme, juste celui qui lance l’exécution du calcul qui n’a aucune utilité scientifique, ni technique, ni économique ? Le fait que ce calcul dépense de l’énergie électrique n’est pas une raison valable. Si je laisse mon robinet ouvert toute l’année dans mon jardin, je ne vais pas aller réclamer à la mairie de me verser de d’argent alors même qu’utiliser l’eau avec parcimonie ne m’exempte pas d’une facture.

Mais le plus cocasse est à suivre !

Pour des simples besoins pédagogiques et pour mieux faire comprendre les mécanismes entourant Bitcoin, j’ai créé une nouvelle crypto-monnaie, le πcoin (Je mettrai prochainement tout le code sur GitHub, mais c’est un peu le rush en ce moment !). L’idée est que chacun puisse se créer une ou plusieurs jeux de clés asymétriques de type ECDSA. [ La courbe elliptique utilisée est légèrement plus sécurisée que celle de Bitcoin, mais pour simplifier, disons que c’est de la même famille. ]. L’idée de πcoin est que chaque nouvel adhérant reçoive 1 πcoin correspondant à une nouvelle décimale du nombre π, selon l’ordre d’enregistrement dans la chaîne. Ainsi, on peut dire qu’avoir un πcoin, c’est être propriétaire d’une certaine approximation de π; 3,14159… La preuve de propriété est fournie par une signature cryptographique avec pour message la date et la valeur approchée de π. En tant que premier contributeur, je possède donc le nombre « 3 », le prochain le nombre « 31 », le suivant « 314 » et ainsi de suite. Vous pouvez y aller, il ne faut pas une grosse capacité CPU pour fournir quelques milliards de décimales de π.

Il est tout a fait possible de faire des transactions en πcoin, exactement comme en Bitcoin. Une transaction n’est autre qu’un chèque électronique. Le message signé est toujours du type :

« X doit à Y, Z unités de monnaie pour l’échange du bien B, à la date D ».

Impossible de toucher au contenu du message sans invalider la signature, vérifiable par quiconque et par définition, seul le possesseur de la clé privée peut signer, donc dépenser ses « coins » (la transaction est refusée si par exemple le solde est nul).

On pourrait arguer que forcer à trouver de nouvelle décimales de π aide les maths et certains s’empresseraient de déclarer que c’est négociable sur un marché ! C’est oublier que les résultats de la recherche scientifique appartiennent à tous et personne ne peut les vendre. Pour les mêmes raisons, les logiciels, des sortes de « maths en boite », ne sont pas brevetables en Europe. Certes, la vision anglo-saxonne fait que tout et n’importe quoi est vendable du moment qu’un marché se crée et que des clients sont disposés à l’acheter. Mais même dans ce cas il y a un problème de titre de propriété et de légitimité du marché. Personne ne possède un nombre entier, et même s’il trouve un acheteur, il n’a pas le droit de le vendre. Or une signature électronique n’est juste qu’un nombre entier, très long, mais seulement un entier, sans aucune singularité mathématique qui pourrait lui donner une valeur comme une constance physique,…comme π !

La rareté n’est pas non plus un argument; une approximation de π à n décimales a beau être unique et de même qu’une signature de cette approximation par une personne P à une date D, cela ne crée en aucun cas une valeur marchandable à un nombre entier. Un Bitcoin n’a aucune valeur !

Voici mon πcoin; preuve qu’il m’appartient; mais pourquoi pourrais-je vendre ce nombre ?


10788102226463536530685326287777441453842254268672379569191137653576791190544092338463734
65730758576999347799008538802607046093430967135967825223193048935644145820819409067404403
15886236712752746538806571472631382165785485157530403609089619505566369832292922012807788
54710013632682243924340826390401107048032828180009441775330831233023130505771187123143235
95429808428016647558497845464150587266484914670760779051921170801600931775413951658915143
08998076735834036511066142231835715721998596372659860519459251346204604571112410213300809
73308105814916362214373371663680686817644391226339195138708955264169779689322434488523866
26810833221770483835621212880135701142800099112970441003902669845533189596914666777903292
56728719661869109526064588727408582904172519913874712647238420807647731824197051856271711
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Donc une transaction d’un compte sur un autre en bitcoins ou en πcoins est en soit une opération mathématique des plus banales. Elle devient franchement illégale dès l’instant que cette transaction est compensée par un versement en sens contraire d’une vrai monnaie ou d’un produit ayant un réelle valeur. Parce que j’ai signé le premier le nombre « 3.1 », pourquoi pourrais-je l’échanger contre une pizza ou contre $5 ? On voit qu’il y a vol manifeste d’un bien commun, issus des éléments de l’arithmétique et donc que ce marché est illégal.

Ce qui est le plus contradictoire est que les partisans du logiciel Open-Source soient les premiers à s’opposer à la vente directe de logiciel modifiant un logiciel libre (voir licence GPL par exemple), alors que parfois, un travail de conception justifierait un revenu, et qu’ils laissent librement vendre des nombres entiers, produit de l’exécution simple d’un logiciel de minage Bitcoin à la seule raison que le code source du client Bitcoin est ouvert !

C’est comme si une association de défense du littoral obtenait par expropriation le passage par un chemin public en bord de mer et quand même temps, elle autorise chaque propriétaire à installer un péage pour faire payer au passant le droit de voir le beau paysage !

Mais alors, si un bitcoin n’est qu’un nombre entier sans valeur marchande ou si une crypto-monnaie valeur est obligatoirement un vol d’un bien commun mathématique, pourquoi autorise t-on ces échanges contre de la vrai monnaie ou des vrais produits ?

La réponse est que cet échange peut être assimilé à un jeu d’argent, comme le Loto, les machines à sous,…Une société ne peut interdire complètement les jeux d’argent, et cela devient de plus en plus difficile à contrôler avec Internet. Mais d’un autre coté, les jeux d’argent ont toutes les caractéristiques des stupéfiants, avec des risques d’addiction, de détérioration de la santé physique et mentale et c’est donc à ce titre que les instances dirigeantes peuvent et doivent réguler ce type de jeu.

Dans le cas de Bitcoin, le jeu est une pyramide de Ponzi. Les premiers sont toujours gagnants et les nouveaux arrivants essaient de convaincre de nouvelles personnes qu’ils seront encore gagnants jusqu’à ce que la pyramide s’effondre et qu’une très grande majorité payent pour quelques rusés qui ont lancé le jeu. On est proche du principe du Loto car le hasard spatial est remplacé par un hasard temporel. Or pour remplir la fonction d’échange commercial demandé à une monnaie, il n’est nullement besoin de passer par un jeu de hasard et au passage de laisser une commission à l’organisateur du jeu.

Donc Bitcoin n’est pas une crypto-monnaie valeur comme elle voudrait le faire croire, ou si on admet qu’elle l’est, toute crypto-monnaie valeur ne peut pas remplir légitimement une fonction de monnaie. Tout marché en crypto-monnaie valeur est un vol de bien public.

Par contre, une crypto-monnaie dette est tout à fait possible. Ce n’est assurément pas Bitcoin !

Une bonne part de la valeur actuelle de Bitcoin (~$600) est due à l’ignorance des curieux et au fait que les acheteurs (les mineurs individuels n’existent plus à ce jour!) croient participer à une révolution technologique (voir le message commercial de Paymium qui assimile abusivement Bitcoin à « money over IP« ), alors même que qu’ils contribuent à une immense machine à sous. Une minorité sait très bien que c’est un Ponzi et en tant que spéculateurs avisés, attendent le bon moment pour se retirer avant la catastrophe…c’est le jeu !

Obliger à passer par un jeu pour acheter son pain ou « oublier » d’informer le client que c’est un jeu devrait être un délit.

Enfin, l’argument des autorités de régulation de dire que personne n’est contraint d’acheter en Bitcoin est fallacieux car à ce jour, c’est pratiquement la seule crypto-monnaie vraiment utilisable, donc offrant le confort et sécurité du numérique. Il y a donc une absence totale de réponse et d’offre pratique, gratuite, à un besoin légitime citoyen, par une institution qui est censée avoir le monopole de création monétaire !

Finalement, que le Bitcoin s’effondre n’est en soit pas important. D’autres Ponzi se créeront et s’effondreront ensuite, tant que le peuple éprouve le besoin de jouer avec son argent. Il est néanmoins du devoir des autorités de faire reconnaître et d’informer les citoyens que c’est un jeu d’argent de type Ponzi d’une part, donc que les joueurs peuvent tous perdre sans assurance de remboursement, et de taxer les revenus au même titre que les revenus des Casinos.

Il est en revanche plus important que les autorités financières se bougent pour créer ou pour participer à la création d’une crypto-monnaie dette avec création monétaire démocratique (équitablement répartie entre les citoyens). L’attentisme par exemple du gouvernement Français, voir la note récente de Michel Sapin sur Bitcoin; « on n’est pas contre, mais on aimerait réguler » montre que le système bancaire cherche à gagner du temps pour continuer à se nourrir sur la bête (l’économie réelle) et il ne faudrait pas trop critiquer Bitcoin, qui doit rester un « os à ronger » pour les détracteurs des institutions centralisées fut-elles démocratiques. Bitcoin reste un alibi pour ne pas évoluer comme Internet pourrait l’autoriser dans le domaine monétaire.

La bataille continue pour une véritable crypto-monnaie dette citoyenne. J’expliquerai prochainement dans un livre prévu à l’automne, les tenants et aboutissants de cette aventure qui ne fait que commencer.

L.F.