Économie du partage : une chimère !

La société post-industrielle se cherche pour espérer sortir de cette crise qui n’en finit pas et qui semble alimenter des tensions géo-politiques toujours croissantes, le tout dans un contexte de détérioration irréversible des ressources de la Terre !

Quoi de plus naturel que de proposer des changements radicaux, même si les conséquences ne sont pas bien analysées. C’est le cas de l’économie du partage, appelée aussi économie collaborative.

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Photo : stanjourdan

D’abord, il faut rappeler la finalité de l’économie. C’est principalement de satisfaire les besoins de chacun pour vivre en société et pour s’épanouir. Cela passe par la gestion des ressources rares, mais aussi de celles à priori abondantes, ce qui sera l’objet de l’économie numérique.

L’Histoire confirme que la spécialisation des activités, découlant sur des échanges, a prouvé que globalement, elle diminuait la pénibilité et augmentait le niveau de vie des populations, mais tout en provoquant de profondes inégalités, résorbées partiellement par l’État. Les économistes sont d’accord pour dire que la monnaie a grandement facilité les échanges par rapport à diverses formes de troc.

Il n’existe pas un méchant génie qui voudrait que tous les échanges soient marchands, en passant par de l’argent, mais constatons une chose simple: Tous les échanges ne sont pas mesurés (avec une monnaie), mais ceux qui le sont respectent mieux l’équilibre et la liberté du vendeur et de l’acheteur. Regardez sur Leboncoin.fr, les échanges marchands sont bien plus faciles et nombreux que les propositions de trocs. Ce n’est pas le principe et l’usage de la monnaie qui est la source des malheurs du monde, bien au contraire, sans elle, on se taperait dessus à la moindre suspicion d’échange non équitable.

La société Industrielle, le Fordisme avec ses avatars de la publicité, du marketing, poussent à la consommation pour écouler des sur-productions, mais n’oblige en rien le citoyen à acheter. Le principe de la libre concurrence contraint les entreprises à fusionner, produire toujours à plus grande échelle pour dégager une plus importante marge par des couts marginaux toujours plus faibles. Le modèle industriel est basé sur une chaine de transformations, nécessitant une force de travail (salariat) et des capitaux. Malgré certains excès, ce système est autonome dans le sens qu’il procure une activité rémunératrice à un maximum de personnes, pour globalement améliorer leur bien-être.

L’automatisation, la robotisation viennent décupler la productivité, produisant un chômage de masse, impossible à résorber. L’économie à donc maintenant pour tâche d’occuper chacun pacifiquement. Quand les rendements de la terre étaient trop faibles, il fallait bien tous les bras au travail, mais maintenant que ce sont en partie les machines qui produisent, il faut occuper les anciens travailleurs à une activité, un emploi parfois inutile économiquement, les inviter à passer du temps à consommer, et donc les rémunérer, afin qu’ils renoncent à une croisade religieuse ou guerrière.

Le XXIe siècle pose un nouveau défit économique qui est de rémunérer chacun par un système de répartition apparemment juste, mais indirectement lié à la valeur travail où à la valeur capital. Or ce siècle est celui d’Internet qui permet de réaliser les conditions idéales du commerce; un vendeur peut informer la Terre entière de son offre et tout terrien peut potentiellement le trouver pour procéder à un échange qui arrange les deux parties. Ce n’est absolument pas un changement de paradigme, juste une meilleure diffusion de l’information (sur le Net) pour ne faire des échanges des plus classiques. En particulier, on peut partager un bien matériel dans le temps, le louer (appartement, voiture, aspirateur,..) et optimiser certaines dépenses (covoiturage, tondeuse,…) mais absolument rien de nouveau sur le plan économique, juste la présence d’Internet.

On semble redécouvrir l’échange de personne à personne, qui est pourtant la base de l’économie (la personne physique était préexistante à la personne morale). L’industrialisation a eu tendance à bien séparer les commerçants d’un coté et les consommateurs de l’autre. On n’achetait presque tout neuf, à un professionnel, mais ce n’est pas une règle à suivre absolument. Bien entendu, les échanges de personne à personne ne sont pas trop favorisés par l’État, qui ne peut les tracer ni prélever une TVA, mais ils n’ont jamais été interdit et devraient se développer encore grâce au Net.

On voit donc que l’économie collaborative n’est en rien nouvelle ni révolutionnaire, c’est juste une utilisation d’Internet à des fins économiques.

Ceci ne serait sans conséquence, juste un effet de mode, s’il n’y avait pas l’idée « révolutionnaire » que les échanges puissent être gratuits, ce qui se comprend communément dans le mot « partage ». On favoriserait le don pour contrer la marchandisation galopante. N’est ce pas agréable de s’offrir des petits cadeaux, d’avoir beaucoup d’amis et de partager avec eux des moments importants de la vie ? L’Économie ne s’y oppose pas, les dons seront toujours possibles. Rappelons quand même quelques vérités sur le don. Il établit une relation très forte entre personnes, l’un des deux ou les deux se sentent redevables, sentiment lourd à porter. Alors qu’un échange marchant est instantané, juste, anonyme. Comme le montre Facebook, on ne peut pas avoir 5000 vrais amis, mais il est tout à fait courant d’avoir à échanger avec 5000 personnes différentes, et on ne supporterait pas de devoir en faire des amis ou de créer une relation durable avec chacun d’entre eux. Prenons un exemple, si emprunter un aspirateur au voisin m’oblige à chaque fois à l’écouter raconter des choses inintéressantes pendant deux heures, alors il est fort probable que je préfèrerai acheter l’aspirateur, au risque qu’il occupe un placard à 99% du temps. Les choses de petites valeur peuvent s’échanger gratuitement car l’acte d’achat est proportionnellement trop contraignant, mais pour les choses qui ont une valeur non négligeable, serions nous plus heureux à nous les échanger gratuitement ?

Il y a une certaine idéologie à promouvoir le partage gratuit au point de rêver à une société sans droit de propriété privée. Mais la rareté des biens matériel ramène ce doux rêve à d’implacables injustices. Imaginons que l’on donne une maison à chaque foyer. Sur quel critère donnerait-on celles à Lille et celles à Nice ? Tout le monde ne cherche pas à être milliardaire, mais il faut de l’argent ne serait ce que pour faire un voyage à l’étranger. De même, je viens de m’acheter une voiture électrique (une c-zéro), un geste écologique qui n’est pas gratuit et qui ne peut pas l’être dans aucun système.

L’idéologie de la gratuité est portée par deux phénomènes:

  • des stratégies marketing qui offrent certains produits pour en faire payer plus cher d’autres ou pour vendre plus…c’est une forme de « faux gratuit », ou « gratuit déguisé »
  • le développement des logiciels Open-Source; offrant gratuitement le code mais se rémunérant sur des services annexes (formation, expertise, support,…) ou sur d’autres projets (développeurs salariés de grands groupes)

Les « commonistes« ; ceux qui défendent comme principe économique et politique le partage sous entendu gratuit d’un maximum biens, prétextent d’un modèle économique d’Internet. Regardez tous les biens de la connaissance, tous les biens culturels sur le Net. Ils sont non rivaux, abondants, copiable sans effort, pourquoi nous priver de les partager gratuitement ? Plus le citoyen pourra avoir accès à des biens culturels, mieux il se portera. Refuser ce partage serait faire preuve de conservatisme, ne rien comprendre au numérique, refuser le progrès.

Le petit problème dans ce raisonnement hâtif est d’oublier d’en faire un système économique autonome. Si tout est gratuit sur le Net, la demande devient forte, mais les créateurs de biens immatériels ne peuvent pas être rémunérés par la vente directe. L’offre diminue en quantité et surtout en qualité. La société dévalorise et détériore lentement la culture, sa diversité, favorise les concentrations abrutissantes, un star système à l’opposé de l’Art. On peut, mais on pourra de moins en moins parasiter l’économie des biens matériels; l’achat d’un tee-shirt permet de financer un écrivain…mais ce système sera toujours déficitaire.

Quelle contradiction à ne pas voir qu’Internet développera une de-intermédiation qui mettra en contact direct les producteurs (artisans numérique) et les consommateurs. Espérer des sources de financement externe (État, don, publicité,..) est aussi prometteur que d’analyser les risques d’un produit dérivé financier…chimérique !

C’est alors que l’on me sort le couplet sur les dérives du « droit d’auteur »: les abus des multinationales de la culture, la persécution de la Hadopi, la réalité du piratage…et d’exiger « la légalisation du partage non marchand ». C’est oublier une récente découverte.

Si l’économie du partage, ou collaborative n’a rien inventé et ne devrait pas se prévaloir d’une nouvelle branche de l’économie, il en est différemment de l’économie numérique, pas celle commentée en 2014 sur les exploits des GAFAM, la finance haute fréquence ou encore Bitcoin, mais une toute nouvelle branche de l’économie qui ne s’intéresse qu’aux biens immatériels à cout marginal nul. Cette économie part des principes théoriques du Partage Marchand pour corriger l’échange commercial en lui même (relation un-plusieurs au lieu de un-un). Le cout marginal nul impose si l’on veut respecter des principes démocratiques, un remboursement dans le temps des précédents acheteurs d’un même bien. Ce remboursement peut être géré automatiquement et gratuitement par Internet (sans Banque) et aboutir à un véritable Partage des biens immatériels, tout en rémunérant les créateurs (on partage aussi avec le créateur). On peut suivre la règle qu’un bien culturel immatériel de qualité ne doit jamais être gratuit pour être juste…tout au moins un certain temps car selon la fonction de prix décroissant et revenu croissant, il arrive un moment où un bien populaire devient effectivement gratuit, passant naturellement dans le domaine public (son créateur ayant été rémunéré comme espéré).

Donc l’économie du partage (gratuit) est une chimère car elle tue toute développement du Partage-Marchand, donc toute croissance de l’économie numérique.

Or l’économie numérique [du Partage-Marchand] est une poule aux œufs d’or. Elle occupe des artistes dans une activité qui leur plait et elle occupe des consommateurs à se construire une identité culturelle numérique par leurs achats partagés. Contrairement aux besoins basiques (nourritures, habillement, habitation), les besoins culturels, et donc sa croissance, peuvent croitre jusqu’à occuper le temps complet des gens. Cette croissance supplémentaire doit bien entendu ne pas rester entre les mains d’une minorité et donc l’État a la charge d’en tirer des recettes fiscales, pour les redistribuer inconditionnellement, à chacun (un revenu de base venant des surplus fiscaux qui n’existerait pas sans économie numérique), pour pouvoir consommer des biens culturels numérique tout le temps libéré par le non-emploi. Pour résumer, la société postindustrielle paye des gens à consommer de la culture, laisse les créateurs vendre leurs œuvres sur le Net et maintient des robots pour produire le nécessaire vital.

Contrairement à l’économie collaborative qui prétend être écologique alors qu’elle n’est tout au plus que « optimale », donc plus encore économique (…la décroissance irait même dans le sens d’une certaine restriction des moyens écologiques !), l’économie numérique par le Partage Marchand produit une nouvelle croissance, de nouveaux emplois et occupations, sans puiser sur notre mère Nature, donc se donne tous les moyens de réussir une écologie.

LF

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