L’économie du XXIe siècle

A relire ASAP et ajouter une photo

La science économique a toujours été à la croisée de plusieurs objectifs :

  • observer les phénomènes sociaux naturels en vue de comprendre les mécanismes d’échange marchand.
  • optimiser selon divers critères les échanges marchands pour satisfaire plus de besoins de plus de monde.
  • respecter au mieux les contraintes démocratiques de vie en société.

La notion de valeur est fondamentale pour caractériser un bien, mais aussi pour caractériser l’échange potentiel de ce bien, et enfin pour caractériser la satisfaction des personnes qui participent à l’échange. La monnaie a toujours été le moyen privilégié pour faciliter les échanges et pour résoudre la problématique l’illiquidité. Donc la détermination du prix d’un bien a été in fine l’objet de nombreuses études économiques.

Un prix a toujours été une valeur scalaire (une valeur numérique) au point qu’on n’envisage pas jusqu’à présent qu’il en soit autrement. Donc le revenu total T d’un producteur du bien est simplement égal au prix P de ce bien payé par le consommateur, lors d’une relation instantanée et préservant l’anonymat des personnes. La relation P=T est tellement simple qu’il vient à l’idée de personne de la qualifié de « loi économique ». Pourtant cette relation illustre bien un accort tacite entre le vendeur et l’acheteur que le juste prix inclut le travail du producteur et une marge légitime, tout en restant dans des limites compatibles avec le revenu et avec l’intérêt de l’acheteur. Un échange marchand est donc une expression de liberté à ne pas prendre d’engagement pour autrui et d’équité relative dans l’échange. Tout cela est bien admis et respecte fortement les exigences démocratiques tant que l’on reste dans un schéma de production artisanal.

Le simple effet de la concurrence entre producteurs a incité dès le XIXe siècle, a fusionner les moyens de production, à faire appel en conséquence à des capitaux extérieurs, pour produire à la chaîne des biens identiques et bénéficier ainsi d’un effet d’échelle; soit une baisse du prix, soit une hausse de la marge. Ainsi les entreprises (personnes morales) ont largement envahi le monde économique des artisans. Mais si l’on y regarde de plus près, un bien manufacturé est en réalité composé de deux entités bien distinctes :

  • une conception immatérielle produite une seule fois
  • une fabrication à partir de matières premières répétée à chaque instance produite

Donc pour un bien vendu en n exemplaires, son prix le plus équitable devrait être proportionnel au coût de fabrication et seulement 1/n du coût de conception. Prenons par exemple une voiture fabriquée à plusieurs millions d’exemplaires, son prix devrait être sensiblement inférieur à celle qui n’est fabriquée qu’en dix exemplaires, même si la qualité des voitures sont comparables. Chacun admet que le prix soit un pari sur l’avenir d’un produit lancé car on ne sait jamais à l’avance combien d’instances du produit seront achetées (donc fabriquée) et à quelle fréquence. C’est l’argument principal des apporteurs de capitaux pour assurer des investissements productifs (contre une rémunération au passage). Il suffit d’une mauvaise évaluation du prix et c’est l’un des deux acteurs de l’échange qui est lésé, rompant ainsi avec un principe d’équité démocratique, même si le prix est contraint par les enjeux concurrentiels d’un coté et les effets du marketing de l’autre. Ainsi un bien très populaire aura vu sa conception vendue illégitimement autant de fois que d’objet fabriqué, laissant une marge réelle sans aucune limite supérieure, sans aucun rapport avec la finitude du travail de conception requis, aussi génial soit-il.

Imaginons maintenant un système légèrement différent sur la notion de prix, qui n’est plus scalaire, mais une fonction-prix, variable dans le temps, en fonction du nombre et des instants d’achat du même bien manufacturé. Ce changement de paradigme sur le prix permet au producteur de reverser une partie de son revenu pour rembourser partiellement les premiers acheteurs et offrir un bien à un prix décroissant dans le temps, de telle façon que tous les acheteurs aient payé à tout instant le même prix. A chaque achat i, on observe alors la relation entre le revenu cumulé et le prix courant Ti = iPi cette fois plus complexe. Il y a alors respect total de l’équité démocratique dans l’acte d’achat mais un phénomène nouveau apparaît alors: Puisque le prix décroît en fonction du nombre de personnes qui achètent librement le même produit, on observe un partage des coûts entre acheteurs, en assurant pour autant un revenu (sa marge) croissant et légitime pour le concepteur, mais borné par une limite définie initialement (revenu total espéré). C’est au prix de cette complexification de la notion de prix que l’équité bien établie dans un échange marchant artisanal est préservée pour un échange (partage plus exactement) marchand industriel.

Pourquoi ne suivons nous pas ce modèle de prix depuis le XIX siècle ? Pour deux raisons principales :

  • la partie immatérielle (conception) d’un produit était jusqu’à très récemment de moindre valeur relative ou considérée comme telle, que la partie matérielle (fabrication) et donc il n’y avait aucune raison de changer nos habitudes issues du commerce artisanal de biens matériels. Pour des produits à forte composante immatérielle comme un livre, on a préférer imposer un arsenal législatif du Droit d’Auteur pour résoudre ce problème.
  • La tenue des comptes des fonctions prix n’est techniquement pas possible avec des formes archaïque de monnaie. Il est requis un réseaux informatique global, ouvert, avec des coûts de calcul et de transaction gratuits et une monnaie de type dette et non de type valeur. Seul Internet a la capacité de remplir cette fonction (le réseau privé bancaire ne le peux pas)

Qu’est ce qui caractérise foncièrement l’économie du XXIe siècle ? C’est bien la présence d’Internet pour la double fonction :

  • de réservoir de bien immatériels purs (100% de conception 0% fabrication)
  • de monnaie/moyen-de-paiement par l’enregistrement de crypto-transactions sécurisées.

Nous vivons une mutation profonde dont la crise est révélatrice, à savoir une automatisation/robotisation croissante, une rareté de l’emploi classique du travail matériel, un besoin de biens immatériels culturels et donc en face une reconnaissance accrue et légitime des métiers de création de biens immatériels (de la connaissance et de la culture). Viendra un moment au XXIe sicle où cette économie des biens immatériels sera plus importance et plus génératrice de richesse que l’économie classique, énergivore que nous avons connu depuis l’Antiquité jusqu’au XXe siècle. A ce moment là, il serait légitime de rompre avec le modèle de prix scalaire et d’adopter un véritable outil démocratique pour le XXI siècle. Le fait de passer d’échanges marchand à un partage marchand résout la problématique sous évaluée du piratage, du Droit d’Auteur imposé en force, mais surtout, le Partage Marchand est un formidable incitateur et activateur d’activités créatrices de richesse dans un contexte complètement social et plus seulement individuel car l’acte d’achat est fortement façonné par le mimétisme, les besoin d’appartenance et d’activité sociale. Contrairement à l’économie classique qui privilégie l’individualisme, cette nouvelle économie numérique est génératrice de lien social, tout en favorisant le mérite et donc l’effort à produire des biens immatériels toujours de meilleur qualité, c’est à dire des signes culturels qui fournisse au peuple le moyen de s’émouvoir et de s’éduquer de plus en plus et de mieux en mieux. L’historique des productions et des achats forgent une signature personnelle qui traduit l’expérience, l’apprentissage et les goûts de chacun. Si l’on ajoute des mécanismes redistributif (double taxation des revenus et des changes de devises locales avec la devise mondiale dédiée aux biens immatériel), on obtient un économie numérique/immatérielle/culturelle qui respecte mieux que l’économie classique des principes de :

  • liberté (choix du bien, aucune dépendance avec le vendeur)
  • égalité (prix pour le même bien, équité entre le concepteur et l’ensemble des acheteurs)
  • solidarité (mécanismes public de taxation et redistribution jusqu’à un revenu de base)
  • mérite (valorisation de l’effort, du travail et des qualités de production culturelle)

Comble du bonheur que nous offre cette économie du XXIe siècle !, la spéculation n’a aucune prise sur le Partage Marchand de bien immatériels. L’impact philosophique est aussi primordial; En effet, quand seule l’économie des biens matériels et des services n’existaient, le moteur implicite de la société était la course à la richesse matérielle avec les excès que l’on connaît et l’indifférence correspondante de la grande pauvreté d’une partie des peuples. Or la cohabitation de plus en plus prégnante de l’économie numérique devrait au contraire valoriser une course au bien être et non au « avoir beaucoup », une satisfaction de sa soif de connaissance et de jouissance culturelle et donc un relatif désintérêt de l’accumulation matérielles. Une fois résolu un minimum d’éducation et l’accès gratuit à Internet pour tous, chaque enfant sur Terre sera bien mieux armé pour s’épanouir dans la vie que ce qu’il a été jusqu’à présent en fonction de son héritage matériel, source des inégalités les plus injustes. La question même des inégalités (voir les travaux de Picketty) devient alors moins prégnante par le soutien parallèle du Partage Marchand. Il est amusant de constater que l’activité principalement artisanale depuis l’Antiquité est passée par deux au trois siècle d’activités principalement industrielle pour maintenant et prochainement redevenir artisanale, mais dédiée à la production de biens à coût marginal nuls; totalement immatériels, mais de grande valeur que ne pourront jamais réaliser des ordinateurs. (Ce qui caractérisera l’Art sera l’incapacité à être réalisé par un robot). L’Art aura trouvé son Graal car tout artiste pourra diffuser ses œuvres sur le Net (immense audience sans frais), sans se dé-saisir de l’original analogique et sans céder aux caprices du marché spéculateur des amateurs d’Art. La dé-intermédiation qui accompagne le Partage Marchand renforce aussi les liens humains entre les créateurs et leurs public.

Quant à la transition énergétique nécessaire si l’on veut préserver notre planète pour les prochaines générations, elle se serait tout simplement pas possible sans le générateur de richesse que peut constituer cette économie numérique. Que les promoteurs du « non marchand » à tout prix en prennent lourdement la mesure car en s’opposant au Partage Marchand sous prétexte de monétarisation, ils s’interdisent tout simplement une sortie écologique par le haut et imposent à tout que l’on revienne vivre à un état autarcique, près-économique, avec une une souffrance décuplée vu les prochaines conditions démographique du XXIe siècle.

Si Internet nous est donné tant il fait partie de notre acquis naturel ou artificiel, il reste encore du travail pour câbler sur TCP-IP un protocole applicatif qui permette à chacun de participer au Partage Marchand. Cette économie n’est donc beaucoup moins basée sur l’observation de phénomènes naturels mais plus sur la construction d’un système démocratique qui ne se crée pas tout seul, mais qui permet si adopté une optimisation jamais rencontrée dans l’Histoire de la création de richesse et de sa distribution équitable.

Il y a donc bien une économie spécifique au XXI siècle et comme nous n’en n’avons parcouru que un huitième, il ne tient qu’à nous et à nos représentants politiques d’adopter et de construire le Partage Marchand pour bénéficier de ses opportunités ou-bien de se laisser emporter par une crise qui peut s’envenimer en crise religieuse, guerre civile ou autre invention auto-destructrice dont l’Homme a le secret.

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