Un outil démocratique de l’Internet

Le Monde 1.0 est le Monde réel, composé de biens matériels, des objets tangibles tandis que le monde 2.0 est le monde virtuel, composé de biens immatériels, des fichiers intangibles, formant le réseau global Internet. Pour que les sociétés progressent, les humains doivent s’échanger de tels biens dans l’un et dans l’autre des deux mondes.

A la fin de la Préhistoire, la notion de propriété s’est installée dans le monde réel seul existant. La possession personnelle des choses a imposé l’écriture pour comptabiliser les biens et une perte certaine de l’anonymat pour revendiquer devant autrui la preuve de propriété. L’échange de biens matériels implique la dépossession physique de l’objet contre un autre objet de valeur équivalente et face à la difficulté du troc, on a vite trouvé un bien unité neutre pour le commerce: la monnaie.
Un bien matériel est transporté, transformé et disparaît de l’emprise de son créateur initial pour passer dans les mains de nombreux intermédiaires qui se l’échangent au prix de l’offre et de la demande, alimentant possiblement une spéculation.

Sur l’Internet en revanche, les internautes créent et s’échangent des biens immatériels sans en être dépossédés. Produire pour un milliard ou 7 milliards d’individus demande exactement le même effort car le coût marginal d’un tel bien est nul. Doit-on en déduire que tous les biens immatériels sont naturellement des biens commun, libres d’usage ? Il est clair que toutes les publications scientifiques devraient être disponibles dans le domaine public sans condition. Dès l’instant qu’un chercheur est rémunéré par une institution publique ou privée, ses productions ne sont pas des biens marchand mais elles font parties de la connaissance commune à l’Humanité. En revanche, il est légitime pour un artiste, non évalué par ses pair de vouloir vendre ses œuvres directement à des consommateurs afin que la rémunération qu’il en tire lui assure une indépendance. Si nous prenons comme hypothèse qu’une œuvre immatérielle ne peut pas ou ne doit pas être vendue, alors se pose un problème d’équité entre artistes. En effet, un artiste produisant une œuvre matérielle, comme une sculpture pourrait la vendre tandis qu’un autre créateur de même notoriété et ayant produit le même effort ne pourrait tirer aucun revenu d’une œuvre immatérielle, un roman par exemple. Pour résoudre ce problème, on est tenté de matérialiser l’œuvre immatérielle, par exemple imprimer en un livre papier un roman produit initialement sous une forme numérique. Cette transformation est à coût marginal non nul de par son support matériel, l’œuvre est alors vendue beaucoup plus cher, pour participer à un marché de luxe. Comme la grande majorité des consommateurs du bien culturel immatériel peuvent en faire usage gratuitement, l’artiste ne peut pas toucher un revenu suffisant du seul marché marginal des biens matérialisés. Si maintenant la société instaure un revenu de base, inconditionnel, cela souscrit certains artistes du numérique de la nécessité d’avoir un autre métier, mais cela ne résout pas la différence d’équité relevée entre les artistes des deux mondes.

Notre hypothèse est donc démocratiquement contestable. Existe t-il une autre solution basée sur un échange marchand des biens immatériels ?
Cette nouvelle hypothèse de bien immatériel marchand implique que l’accès à des œuvres immatérielles soit interdit pour les internautes qui n’ont pas rétribué l’auteur et autorisé pour ceux qui ont payé un montant à l’auteur. Remarquons déjà que comme l’Internet tisse des liens sans contrainte spatiale ni temporelle, un acheteur d’un bien immatériel est directement en contact avec son créateur. Tout intermédiaire si il existe sur le réseau est une perversion des lois du Numérique. Contrairement au monde matériel qui définit des transactions commerciales instantanée, entre un seul vendeur et un seul acheteur, relation 1-1, les deux pouvant être anonymes dans l’échange, pour le monde 2.0, la même transaction commerciale s’effectue entre un ou plusieurs créateurs d’un coté et toujours un groupe souvent très nombreux de consommateurs de l’autre, une relation n-n. Raisonnons avec un seul créateur pour simplifier et nous lèverons cette contrainte à la fin. Un échange marchand est libre et non faussé si l’une des deux parties n’est pas lésée. Dans le cas contraire on parlera de vol. Cette dernière notion est symétrique; il y a vol si l’acheteur acquière le bien pour un prix nul ou inférieur au montant désiré par l’auteur, mais il y a aussi vol, comme on l’entend dans l’expression commune « j’ai acheté un bien mais je me suis fais volé« , à savoir que le vendeur a caché délibérément une information à l’acheteur et que la donnée de cette information aurait conduit à un désaccord sur la transaction et un ajustement du prix en faveur de l’acheteur. Appliqué aux biens immatériels sur l’Internet de 2013, toutes les ventes de biens sont des vols car le vendeur cache aux acheteurs l’information du revenu exact qu’il tire de la vente. Si, première solution, le bien est mis en vente à un prix fixé par le créateur et applicable à tous, il faudrait que le vendeur communique en temps réel le nombre exact des précédents acheteurs à tout acheteur potentiel pour que ce dernier estime librement si le prix du bien est juste au regard du revenu déjà touché par l’auteur. Or dans ce cas, l’auteur d’un bien très populaire touchera un revenu potentiellement infini, sans comme une mesure avec l’effort, le génie et le travail fournis pour créer ce bien, il ne mérite pas démocratiquement un tel revenu.  La vente dans ces conditions de biens à coût marginal nul est de ce fait un vol des consommateurs. Si on décide arbitrairement, parce ce qu’un  bien immatériel donné est très populaire, que son prix doit être revu à la baisse pour limiter le revenu de l’auteur, alors il y a une différence d’équité entre les consommateurs, les premiers ayant payé au prix fort tandis que les suivants payent un montant moins élevé. La seconde solution est que l’artiste fixe un revenu maximum R qu’il espère tirer pour ce bien. Estimant aussi le nombre n le plus probable d’acheteurs, il en déduit un prix de vente du bien de R/n. Si moins de n acheteurs se présentent, alors le revenu de l’artiste reste raisonnablement conforme à son engagement et les acheteurs ne se considèrent pas comme volés, mais si plus de n acheteurs désirent ce même bien, doit-on proposer le bien gratuitement, recréant alors le manque d’équité de la première solution? On pourrait aussi décider que le surplus de revenu soit destiné aux États souverains qui hébergent le créateur. Dans ce cas le vendeur aurait tout intérêt à définir initialement un revenu escompté trop élevé et un nombre d’acheteurs qui suit en proportion, seulement dans le but d’empêcher le prélèvement de l’impôt, sans impacter le prix de vente au consommateur.
Dans une transaction marchande d’un bien immatériel, les acheteurs ne se présentent pas tous au même moment pour l’acte d’achat et la transaction dure indéfiniment tant que le bien peut intéresser de nouveaux individus. Pour satisfaire des contraintes démocratiques, notre raisonnement nous conduit à l’obligation pour le acheteur d’allouer le montant du prix de vente pour partie au vendeur et pour l’autre en remboursement des n-1 précédents acheteurs du même bien. Les contraintes sont que le revenu cumulé de l’auteur soit toujours croissant dans le temps; jamais on ne lui demande de rembourser de l’argent et aussi que le prix de vente soit décroissant vers zéro pour qu’à chaque instant tous les acheteurs aient payé exactement le même montant. Une double courbe de revenu et de prix respectant ces contraintes est appelée double courbe de « Pélinquin » et il existe plusieurs familles d’équation mathématiques solution à ce problème de contraintes. Deux familles possibles sont des fonctions linéaires par morceau ou des fonctions basées sur l’exponentielle sachant qu’on peut toujours définir un paramètre normé, xi, de valeur entre [0, 1] ou [0%,100%] et qui détermine la vitesse d’allocation de revenu dans le temps discret des achats. Donc contrairement à une transaction instantanée d’un bien matériel définie par un prix de valeur scalaire, la notion de prix d’une transaction de bien immatériel est une fonction définie par sa famille, son prix initial, consenti au premier acheteur, son revenu final, borné quand le nombre d’acheteur tend vers l’infini et enfin par son paramètre de vitesse xi.

Nous venons de voir qu’une transaction de bien immatériel engendre un grand nombre de micro échanges entre le vendeur et les acheteurs à chaque fois qu’un nouvel acheteur se présente. Laisser la charge de ces transactions élémentaires aux banques traditionnelles, dans les devises locales pose trois problèmes:

  • les échanges sur l’Internet étant par nature internationaux, il y aurait de très nombreuses conversions avec des taux de change rarement favorables aux clients.
  • les banques prendraient des commissions en prétextant la multiplicité et la complexité des transactions à effectuer.
  • le mélange avec la même unité des opérations classiques sur des échanges de biens matériels, par un prix scalaire et sur les échanges de biens immatériels avec un prix fonction ajouterait une confusion qui permettrait de polluer le monde 2.0 de pratiques spéculatives inhérentes au monde 1.0.

La solution la plus simple est de créer une nouvelle monnaie, que nous appellerons, le ⊔, prononcé /k^p/, dédié exclusivement aux biens immatériel. Cette monnaie est naturellement internationale comme son support l’Internet. Le nœud applicatif d’une architecture pair à pair se chargent alors de calculer et de sauvegarder toutes les transactions en ⊔, en toute confidentialité vis à vis de tiers. Il n’y a aucune autorité de régulation et dans une transaction, seul le vendeur dispose de la liste des identifiants des acheteurs de l’œuvre et chaque internaute gère seul l’accès à la liste de ses productions et consommations personnelles. Cette transaction, qui n’est plus instantanée comme dans le monde réel, oblige les parties prenantes à s’authentifier et à maintenir dans le temps leur identifiant, donc perdre un anonymat totale qui préexistait sur l’Internet. L’anonymat sur l’Internet reste nécessaire dans d’autres utilisations. Chaque individu peut donc constituer sa véritable Identité Numérique Citoyenne en créant localement, déconnecté de l’Internet, un jeu de clé cryptographique et en utilisant ces clés pour vendre ou pour acheter des biens immatériels. Il est requis que l’authentification soit forte pour préserver les données privées du citoyen, qui devra donc combiner quelque chose qu’il connaît; une phrase de passe, une donnée de son corps; par exemple son empreinte digitale et enfin un objet transportable qu’il possède; son smartphone, ces trois éléments combinés pour accéder à sa mémoire numérique personnelle. L’Internet, par ses applications distribuées garde alors trace des transactions mais aussi des biens immatériels eux-mêmes pour un double avantage;

  • D’une part l’internaute n’a plus à copier manuellement les fichiers achetés, car il peut les consulter n’importe ou n’importe quand et sur n’importe quel appareil, même si ce matériel ne lui appartient pas. Ce droit est appelé droit de mobiquité. Il n’y a plus à se soucier de perdre un fichier personnel.
  • D’autre part, contrairement à un échange de bien matériels qui en fait combine deux transactions; l’une de l’objet, l’autre de la monnaie, et qui peuvent dans certains cas êtres frauduleuses; l’objet est envoyé sans payement ou le payement est réglé sans livraison de l’objet. Dans le monde 2.0 de l’Internet, le bien et la monnaie ⊔ sont tous les deux immatériels, le logiciel chargé d’opérer la transaction comme banque en unité ⊔, assure par construction qu’il ne peut pas y avoir fraude car les deux cotés de l’échange sont réalisés par la même opération atomique.

La création monétaire en ⊔ peut être autorisée ou pas selon le désir des pays souverains des internautes concernés, mais quand elle est autorisée, elle est obligatoirement équitablement répartie ou distribuée selon des critères de politique sociale, par exemple en donnant un patrimoine à des jeunes d’une tranche d’âge donné. Le ⊔ peut aussi être le support d’un revenu de base inconditionnel, donc un dividende universel est versé en ⊔ à chaque citoyen. En aucun cas des banques ou toute autres entreprise de type « personne morale » n’ont le droit ni de création monétaire en ⊔ ni même le droit de détenir une identité numérique citoyenne.

Comment se font les conversions entre le monde 1.0 qui utilise plusieurs monnaies flottantes (€, $,…) et le monde 2.0 avec sa monnaie unique; ⊔ ? Si un citoyen peut acheter facilement des biens culturels en ⊔, un artiste qui produit plus qu’il ne consomme culturellement se retrouve avec un surplus de ⊔ qu’il aimerait légitimement transformer en € ou en $ pour subvenir aux besoins matériels. Les conversions sont autorisées mais avec trois contraintes très strictes pour éviter toute possibilité de spéculation:

  • Le taux nominal de conversion entre le ⊔ et la monnaie locale est calculé de telle façon que la somme des différentiels des taux de toutes les monnaie soit minimum tous les jours. Le ⊔ joue le rôle d’un amortisseur ou bien on peut définir son taux comme la référence invisible de l’ensemble des devises définies relativement entre elle, quotidiennement. Ainsi toute conversion d’une devise A vers une devise B en passant par le ⊔ est toujours défavorable par rapport à la conversion directe de A en B. La même propriété de stabilité est valable dans le temps pour la même devise A, prise à des instants différents t0 et t1.
  • L’état souverain dans lequel l’internaute est citoyen peut appliquer une taxe à l’achat et une autre taxe à la vente pour toute conversion entre les ⊔ et la devise officielle. C’est une sorte de TVA de passage entre les deux mondes et par conséquent, un artiste payé en ⊔ et achetant un bien culturel en ⊔ n’est pas taxé.
  • Contrairement aux échanges de biens matériels pouvant aussi porter sur de l’argent, la monnaie devenant valeur au lieu d’unité, une transaction en ⊔ implique obligatoirement la création et la diffusion aux acheteurs d’un bien immatériel. Si la valeur du bien immatériel créé est sensiblement sous-évaluée ou sur-évaluée, alors il y a suspicion que la transaction en ⊔ cache une transaction matérielle associée de compensation pour l’un ou l’autre des parties, mais l’une d’elle peut alors dénoncer en Justice cette tentative de fraude fiscale. Bien évidement, comme pour les payement en espèce et non déclarés, il sera toujours possible à un commerçant sur le marché de vendre un dessin d’un kilo de tomates, comme une œuvre immatérielle, et donner sur réception des ⊔ demandé le réel kilo de tomates!

Ces trois dispositions bloquent toute spéculation sachant en plus qu’il n’y a aucun intermédiaire sur l’Internet. La magie du numérique permet même à l’artiste de dédicacer en version digitale son œuvre pour chaque exemplaire vendu, rendant le bien immatériel unique pour chaque acheteur.
Quand un acheteur veut partager son bien avec une autre personne, il engage simplement cette personne à acheter le bien, participant ainsi à l’achat commun de ce même bien et donc le prescripteur touche un montant de remboursement. Un biens très populaire voit son prix tendre vers zéro et ainsi sortir naturellement d’une phase marchande, privative de l’accès à tous, vers une phase dite « dans le domaine public« , accessible gratuitement à tous. Par ailleurs, le vendeur a été rémunéré a hauteur de son espérance qu’il avait affichée à la mise en vente du bien et qu’il ne peut pas changer ensuite.
Précisons que les biens achetés sont obligatoirement exempt de tout DRM ou d’une quelconque publicité. L’achat se réalise en un seul clic, avec une sécurité sur le débit des dépenses en ⊔. Seuls les biens immatériels proposés au prêt sont nécessairement équipés d’un DRM.

Aucune protection technique possible empêcherait un acheteur d’enlever les traces numériques de dédicace d’un fichier qu’il a acquis pour le diffuser anonymement sur Internet et toute personne peut télécharger ce fichier. Tant qu’un internaute n’a pas les moyens d’avoir une identité numérique forte, c’est le cas en 2013 et tant que la monnaie ⊔ n’est pas complètement installée, le droit de mobiquité n’est pas satisfait et donc le téléchargement dit illégal ne peut que être toléré car l’alternative reste uniquement le vol dit  « offre légal », par les intermédiaires de type GAAF (Google, Apple, Amazon, Facebook) n’apportant aucune plus-value artistique. Pour cette raison, nous affirmons que nous somme encore en 2013 en phase préhistorique du monde 2.0.
Quand on pourra sortie du choix binaire de voler ou d’être volé, et que la mobiquité sera assurée totalement, zéro téléchargement, alors nous passerons en phase historique et la monnaie ⊔ sera disponible à tout citoyen. Notons que l’activité de copie manuelle et de gestion des fichiers n’a jamais été gratifiante en soit pour l’utilisateur qui désire avant tout profiter des biens culturels dans une économie de l’attention toujours plus chargée. En adoptant le système de monnaie ⊔, un internaute achète un certain confort et corollairement, pour ceux qui veulent profiter de la gratuité totale, ils devront renoncer à la mobiquité et gérer manuellement leurs fichiers entre leurs divers appareils de lecture. Toute mesure répressive à la HADOPI serait d’un rendement et d’un effet insignifiant.
La désintermédiation totale de échanges immatériels fait obligatoirement baisser les prix des œuvres culturelles tout en augmentant les revenus touchés par les auteurs. Nous prévoyons un rapport de 10 à 20 entre le prix actuellement consenti d’une œuvre matérialisée et sa version numérique, sachant que l’effet groupe de la monnaie ⊔ vient encore baisser le prix initial du bien.
Contrairement aux propositions de contribution créative et de licences globales, le système économique proposé par ⊔ ne passe pas par un « pot commun » qui obligerait à une solidarité forcée entre artistes travaillant pourtant sur des œuvres totalement indépendantes. Nous estimons que seul le public, au travers des achats est meilleur juge de la notoriété et de la récompense financière qu’il octroie à chaque créateur et à chaque œuvre d’art immatérielle. Le mécénat est toujours possible simplement en achetant plusieurs fois le même bien alors qu’un seul suffi à son utilisation dans le monde numérique. Au moment du décès de l’auteur, si son œuvre continue d’être achetée, son compte en ⊔ n’est plus provisionné et tout les revenus vont au remboursement des précédents acheteurs jusqu’à sortie dans le domaine public, sans avoir à légiférer, ni à imposer une quelconque durée. Enfin, la notion d’ayants droit est simplement limité à l’auteur, qui a la paternité éternelle de ses œuvres. Les héritiers ou pire encore, les personnes morales ne peuvent pas toucher de revenu en ⊔. Le précédent raisonnement s’applique aussi dans le cas d’œuvres immatérielles produites par un groupe d’artistes, composés d’amateurs ou de professionnels. Pour l’économie en ⊔, l’artiste principal a la responsabilité d’allouer les parts de revenu en pourcentage à chaque membre auteur. Optionnellement, toute modification de cette répartition est soumise à un vote au sein du groupe.

Pour résumer, la monnaie ⊔ est la seule solution globale et démocratique au problème d’échange de biens immatériels sur l’Internet.Cette affirmation peut paraître présomptueuse de motre part mais nous la maintenons tant que je n’ai pas la preuve scientifique du contraire. Merci d’attaquer mes arguments et de me faire part de vos analyses.

C’est en ce sens un outil particulièrement destiné à la génération Y, qui a trop souffert d’accusation de Piratage quand bien même le monde 2.0 n’est encore qu’en phase préhistorique.

Merci pour cette génération Y, qui a en main l’avenir de l’Internet.

LF (CupFoundation)

PS: Ma présentation le 27 Mars à Toulouse par l’association Toulibre, a duré plus de 2h30(!) et je désirais en faire une version plus concise pour me préparer aux prochaines conférences. Je n’entre donc pas volontairement dans la description de l’implémentation, ou des primitives cryptographiques utilisées. Ce canevas servira de scénario à une animation vidéo pour expliquer et promouvoir largement le ⊔. N’hésitez pas à me contacter si vous connaissez des personnes expérimentées en animation vidéo à base de dessins ou de scénettes Lego par exemple.

Tom & Anna

Le ⊔ expliqué à mon fils !

Tom et Anna sont deux jeunes artistes. Ils ont tous les deux vingt ans. Tom est sculpteur et Anna est romancière. Tous deux ont travaillés dur les six derniers mois pour achever leur dernière création. L’œuvre de Tom est une sculpture moderne de trois mètres de haut, associant divers matériaux tel les bois, le cuivre et la laine. L’œuvre d’Anna est une histoire originale d’un voyage en Asie surs fond de réseaux sociaux et jeux de hasard. Nos jeunes sont encore étudiants, mais l’un comme l’autre aimeraient se lancer professionnellement pour pouvoir vivre de leur art. Leur renommée est à construire, mais ils sont déjà considérés pleinement comme des artistes par leur entourage. Leurs œuvres ont assurément une valeur marchande, résultant de plusieurs mois d’effort, d’imagination et d’une certaine dose de génie. Anna a remporté à quatorze ans un concours de nouvelles pour un quotidien et Tom a déjà exposé au printemps dernier à Toulouse. A la date de fin de leur récentes créations respectives, la valeur qu’ils estiment pour leur travail est d’environ 20.000€.

Qu’est ce qui différencie la situation de Tom de celle d’Anna ?

Tom a réalisé un bien «matériel», – tangible – tandis qu’Anna a réalisé un bien «immatériel» – intangible -. Mises à part quelques impressions papier pour relire son texte tranquillement installée dans un canapé, Anna n’a jamais senti le besoin de matérialiser son roman. D’ailleurs, elle ne peut pas se payer le luxe de recourir à un éditeur. Nous sommes en 2017 et de nombreux écrits, même des romans, ne sortent qu’en version numérique (e-book). Bien entendu, il sera toujours possible pour un lecteur un peu fortuné de se faire imprimer à la demande et sur papier épais, avec reliure et couverture de qualité, le prochain roman d’Anna, mais pour elle et pour ses lecteurs de sa génération, dite génération Y, l’œuvre d’Anna n’est matériellement qu’une suite bien choisie de zéro et de un, susceptible d’être disponible sur l’Internet.
Pour Tom, le choix est plutôt simple. Soit il met à la vente sa sculpture immédiatement et il a grande chance de trouver un acquéreur en quelques jours, soit il confie cette rechercher de l’amateur interéssé à un cabinet pour espérer toucher environ 30.000€ au mieux, mais pas avant un an. Dans ce milieu, l’acquéreur devra aussi payer une commission non négligeable à cet intermédiaire. Tom est jeune et naturellement, il a besoin d’argent sans tarder. De plus, il se dit que sa renommée se construira par la vente de ses premières œuvres, même si au fond de lui il regrette de devoir s’en séparer. Il lui est donc difficile de trop attendre. Bien entendu, si par chance ou par génie sa carrière artistique décollait, il verrait son œuvre se revendre dans quelques années pour le bonheur et pour le porte monnaie de quelques amateurs éclairés. Tom n’est pas naïf, ces gens sont plutôt des spéculateurs cherchant un bon placement ou pire un bon rendement, mais que peut-il y faire ? Il sait qu’une fois sa sculpture vendue, il ne touchera plus de revenu de ce bien matériel…il sera véritablement dépossédé de son bébé!

Pour Anna, c’est un peu plus compliqué. Elle n’est pas encore une romancière connue, donc elle ne peut espérer toucher une quelconque rémunération issue d’une entreprise de perception et vue sa petite expérience, elle ne peut espérer travailler pour un éditeur. Il y a quelques années, certains ont cru à l’application en France d’une licence globale appelée « contribution créative », mais cela ne s’est jamais réalisé. Pour des jeunes inconnus comme Anna, on voit mal comment l’artiste pourrait revendiquer un salaire par un tel système.

Pour faire comme Tom, si la jeune écrivain mettait son roman prototype à la vente, donc sur l’Internet au prix de 20.000€, assurément qu’elle ne trouverait personne pour l’acheter, pas même un lecteur généreux. Elle pourrait diffuser quelques extraits gratuitement mais pour vraiment apprécier l’intrigue du roman, il faut l’avoir en entier…et dans ce cas, pas de retour en arrière possible…bon finalement ce roman n’est pas si bien, je ne l’achète pas!
Comme tout bien immatériel, le roman d’Anna a un coût marginal nul, c’est à dire que cela ne coûte aucun effort de plus pour l’écrivain, Anna, de satisfaire un seul, vingt mille, vingt millions, ou un milliard de lecteurs…(aux frais de traduction prés!). Ce n’était pas le cas de l’édition papier il y a quelques années quand on devait trouver des fonds pour imprimer un nombre déterminé de livres dont une grande partie pouvait repartir au pilon. Avec l’Internet, il n’y a absolument aucun investissement supplémentaire requis pour Anna, même dans le cas où le nombre de lecteurs croit exponentiellement.

La première solution au problème d’Anna, issue de l’expérience (les premiers échanges basés sur une monnaie datent de 880 avant J.C.!) du commerce classique des biens matériels est de fixer un prix et d’évaluer un nombre réaliste de lecteurs. Le compte est vite fait. Pour toucher 20.000€, si Anna compte sur environ 2000 lecteurs, elle devra proposer son roman à 10€ sur l’Internet. Le problème principal de cette transaction classique d’un bien immatériel est son manque total de transparence. Si par chance 20.000 lecteurs se manifestent, dix fois plus, elle touchera la coquette somme de 200.000€. Ce serait bien pour elle mais le risque est particulièrement grand avec un prix si élevé pour un livre au format numérique. Peut être aurait-elle préféré ne toucher que 50.000€, mais avec beaucoup moins de risque, voire une certaine assurance, par exemple en proposant son roman seulement à 2€50 sur l’Internet pour permettre à des jeunes de rompre avec l’habitude des téléchargements en BitTorrent (l’HADOPI n’existe plus en 2017!). En effet, une étude de 2016 a montré que la majorité des « pirates » justifient leur action pour protester contre les prix excessifs de librairies en ligne et contre la captation des intermédiaires,..éditeurs et fournisseurs de contenu.
Anna se dit que le lecteur consommateur est certainement bafoué par l’obligation d’acquitter un prix fixe pour un bien immatériel car ce prix, souvent élevé, ne tient pas compte du nombre total de lecteurs du même ouvrage.
Ne serait-il pas plus juste pour l’auteur et pour le lecteur qu’il existe et soit disponible un  système qui répartissent les coûts plus équitablement ? Si tous les lecteurs achetaient le bien au même moment, comme on le fait d’achats groupés, il serait facile de négocier un bon prix avec l’auteur, mais ce n’est jamais le cas et on ne peut priver le consommateur de la liberté de choisir l’instant de son achat.
Imaginons maintenant un intermédiaire, une sorte d’ange gardien pour Anna et chargé d’établir cette équité entre elle et les acheteurs. Anna devrait préalablement donner deux prix; celui qu’elle souhaite pour le premier acheteur et le revenu maximal final, escompté de son roman. Anna choisi respectivement 15€ et 50.000€. Notre intermédiaire collecterait les achats pour le roman d’Anna, et ferait connaître dynamiquement sur le Net le prix courant de l’e-book. Les règles qu’il devrait suivre pour réaliser des transactions équitables sont:

  • Il doit assurer que l’auteur, Anna, touchera un revenu toujours croissant à chaque nouveau acheteur…pas question qu’elle ait à retourner une partie de l’argent qu’elle gagne.
  • Inversement, il assurera qu’a tout moment, les lecteurs payent tous le même prix et de moins en moins cher le même bien, jusqu’à un prix nul si l’e-book devient très populaire.

— Précisons ce mécanisme qu’un enfant de 13 ans peut comprendre. A chaque nouvel achat, une partie de la somme est allouée à rembourser partiellement les précédents acheteurs de telle façon qu’à tout instant, tous les consommateurs du même bien aient payé exactement le même montant. Comme la fonction de répartition entre le complément de revenu pour l’auteur et le prix d’achat est donnée sur le Net, quiconque peut connaître ou estimer à une date donnée à la fois le revenu de l’auteur, mais aussi le coût partagé des acheteurs. Le manque de transparence du commerce des biens immatériels est donc levé –.

Anna retrouve une situation qui se rapproche de celle de Tom vendant sa sculpture unique. Concrètement, pour le roman d’Anna, un seul acheteur, le premier payera 15€ (une sorte d’investissement à être le premier), somme entièrement destinée à Anna, le deuxième s’acquittera de 12€ (7€ de plus pour Anna et 3€ remboursé au premier acheteur). Se présente sur l’Internet le troisième lecteur intéressé par le roman, le prix proposé est alors de 10€ (6€ pour Anna et 2€ pour chacun des deux précédents acheteurs)…ainsi de suite jusqu’à ce que Anna touche les 50.000€ escomptés. Si la vente se poursuit, le prix de l’e-book tendra doucement vers zéro. Il devient même nul si l’œuvre devient très populaire et son roman passe donc naturellement dans le domaine public. Le prix de cet e-book est au final, très certainement bien inférieur à celui fixé dans le système classique si bien que de nouveaux lecteurs se manifesteront, en particulier ceux qui avaient l’habitude de télécharger et de partager les ouvrages gratuitement sur l’Internet. « Partager » avec ce système, c’est inciter l’autre, son ami, son voisin, son parent à acheter le même bien pour en répartir les coûts. L’e-book est un véritable achat, sans aucun DRM, au format PDF et EPUB, donc lisible sur toute tablette, ordinateur, liseuse, smartphone,…

Pour les remercier, le système permet à Anna de dédicacer chaque e-book vendu avec le nom du lecteur…Anna est tellement contente qu’elle se permet d’ajouter un petit mot de remerciement pour chaque acheteur. La signature d’Anna est électronique (RSA 4096), c’est une suite de lettres et chiffres qui certifie que l’ouvrage a été acheté par untel à telle date et que son contenu n’est jamais altéré. Avec la clé publique d’Anna disponible sur son site Internet, un lecteur peut vérifier que son achat est bien signé par l’écrivain Anna.

En fait notre intermédiaire chargé de faire tous ces petits calculs financiers est déjà disponible gratuitement. Merci aux protocoles réseaux et aux applications Open-source. L’Internet a ceci de magique qu’il peut permettre à Anna de vendre directement son œuvre à des consommateurs finaux, ses lecteurs, dont elle peut consulter la liste (en revanche, un tiers, même la police ne peut savoir qui est lecteur du roman d’Anna), mais aussi de garder en mémoire automatiquement ces liens pour procéder aux micro-remboursements étalés dans le temps, sans autre intermédiaire et sans aucune commission.

Vous aurez remarqué que pour n acheteurs, notre petit système demande de réaliser n*n transactions individuelles. N’y a t-il pas un risque de saturer le réseau, et quelle banque accepterait de faire ces nombreux calculs sans commission ?
Rassurez vous, pour le moins puissant des nœuds du réseau Internet, capable de diffuser des vidéos HD en temps réel, ces calculs basiques restent tout a fait négligeables en temps de calcul et ils ne sont en aucun cas réalisés par les serveurs d’une banque classique. Le réseau Internet lui même, via des bonnes applications pair à pair, s’en charge parfaitement… et gratuitement! Tous les codes source de ces applications sont libres (Open-Source) afin que tout hacker puisse tester la sécurité du système. (Il y a même une récompense pour les découvertes de crack).

Comme le lui expliqué son Père, Anna a depuis longtemps compris que les biens immatériels induisent un autre type de relation commerciale, transaction entre plusieurs auteurs et plusieurs acheteurs étalés dans le temps, il serait fortement inadapté et fortement injuste d’imposer une relation commerciale classique; c’est à dire une transaction instantanée entre un seul vendeur et un seul acheteur. C’est un peu comme si les biens immatériels obéissaient à des lois physiques différentes. On ne peut pas nier la gravité sur Terre !

La mémoire sur l’Internet sert aussi à enregistrer toutes les transactions immatérielles afin de fournir un droit de « mobiquité » (voir sur Wikipedia ce terme) à chacun. Si un des lecteurs du roman d’Anna efface malencontreusement son précieux fichier, le réseau le lui redonne dès que possible. Chaque consommateur culturel dispose donc d’une liste de biens immatériels dont il fait l’acquisition au cours de sa vie, à son propre nom. Grâce à la signature électronique, chaque exemplaire d’e-book est différent car dédicacé par l’auteur au nom de l’acheteur.

Comme les biens immatériels obéissent à des lois différentes des biens matériels, vouloir enfermer les premiers dans des règles du second est soit impossible, soit conduit à des situations bien peu démocratiques.
Par exemple, le prêt, la location ou la revente n’ont pas de sens pour les biens immatériels achetés. En effet, le préteur ne peut pas être dépossédé de son bien comme l’est Tom de sa sculpture, sauf au moyen d’un DRM qui impose une forme de location temporaire ou spatiale mais en aucun cas une telle transaction n’est considérée comme un véritable achat respectueux des droits minimaux du consommateur.
En particulier, la revente n’est pas possible. Tout nouvel acheteur est directement en relation avec l’auteur original et le bien n’est jamais déprécié, donc pourquoi paierait-il à un tiers qui n’est pas l’auteur ? Enfin, aucun agent ne peut modifier la fonction de prix définie par l’auteur initialement.

Ce principe s’arrange très bien avec les biens proposés par plusieurs artistes, des coauteurs qui se répartissent une pondération de leur contribution créative. Ainsi Anna a décidé de donner 5% de ses revenus à une amie Eva, qui a conçu la jolie page de couverture de son roman.

Le système que nous venons d’élaborer à un nom: « ⊔net » et une monnaie dédié le «  » (prononcer /k^p/). Chacun peut y mettre à la vente une œuvre immatérielle s’il sent qu’elle a une valeur marchande suffisante. En revanche, les mails, blogs d’amateurs et autres contenus de réseaux sociaux n’intéressent qu’un public restreint autour de l’auteur ou-bien sont plus le fruit d’une impulsion, sans travail significatif et sans marque de génie. En 2017, Anna profite de ⊔net et aucun centime n’est versé aux intermédiaires.

Tom ne peut pas vendre sa sculpture en ⊔ car c’est un bien matériel, mais il peut accessoirement et dans une moindre mesure vendre des photos ou un film présentant son travail et son œuvre, pour gagner des ⊔.

Les ⊔ sont résistants à toute spéculation et ils produisent un revenu fiscal pour les États dont sont membres les acheteurs et les vendeurs. J’expliquerai en détail les sécurités de ce mécanisme dans un prochain article, mais pour faire simple, le taux de change nominal du ⊔ dans les monnaies nationales s’établit par un calcul d’optimisation qui minimise les fluctuations, une sorte d’amortisseur automatique qui dissuaderait tout spéculateur de changer une quantité de monnaie dans une autre monnaie en passant par un transfert en ⊔.

De plus, mise à part les banques affiliées au système, personne ne peut transférer directement des ⊔. Toute transaction est obligatoirement un achat-vente d’un bien immatériel, sans rétribution ou rétro commission en parallèle. Tout bien immatériel vendu à un prix trop faible ou trop élevé seraient soupçonné de cacher une transaction frauduleuse, au moins fiscalement (transaction qui peut être révélée à la Justice par l’un des acteurs). Les banques sont chargées de récolter les taxes pour les États souverains, sous la forme de l’écart de taux de vente et taux d’achat par rapport au taux nominal. Elles ne peuvent ajouter une quelconque commission.

Tous les détails techniques et mathématiques de ce système sont décrits dans [1] et il est conseillé de lire préalablement la page Wikipédia « Bien immatériel ». Les évolutions du système sont décrites sur cupfoundation.net.

Pour la fin de notre petite histoire, Tom a trouvé récemment un acheteur à 24.000€ et il s’est remis au travail pour sa prochaine sculpture. Depuis 6 mois qu’Anna a publié son roman, elle a touché ce jour 24.000€ ! Son e-book est à la vente aujourd’hui à 1.8€, mais l’avenir lui réserve possiblement 26.000€ de plus… et peut-être un passage très honorifique de son œuvre dans le domaine public dans quelques années. Chaque lycéen ou lycéenne pourra alors télécharger gratuitement l’histoire inventée par Anna en ce début d’année 2017.

Pour approfondir:

[1] http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/75/73/33/PDF/eco_fr.pdf