Un nouveau format de fichier; IGF

La description ci dessous est relativement informelle pour faire comprendre l’utilité de ce nouveau format de fichier. Une spécification complète, en Anglais sera bientôt disponible pour toute développeur voulant proposer une implémentation. Enfin, vous pouvez me contacter (et voir sur GitHub) mon implémentation.

Le format de fichier HTML est une adaptation des formats de type SGML pour supporter simplement la notion d’hyperlien, mise en évidence par Tim Berners-Lee en 1991. A chaque fois qu’un client sélectionne un hyperlien, le serveur de la page courante analyse une balise « a », il lance une requête HTTP vers le serveur spécifié en préfixe de l’attribut « href ». Ce serveur retourne au client la page HTML classée dans l’arborescence désignée sous le suffixe du même attribut « href » de cette balise « a ».

Le principe est resté aujourd’hui le même sous HTML5 et le protocole HTTPS ne fait que chiffrer les transactions d’une session pour éviter qu’un individu analysant tous les échanges sur le canal de distribution (man in the middle), puisse lire ou reconstituer les données échangées.

Aucun support n’existe sur ces protocoles/formats pour supporter le Partage Marchand. Nous corrigeons en partie cette faiblesse en introduisant un nouveau format de fichier; Intangible Good Format, abrégé IGF.

D’abord, un fichier IGF est une encapsulation du fichier binaire qui est l’objet du partage marchand. Pour un ibook, ce sera vraisemblablement un PDF ou un ePUB. C’est le contenu de l’IG proprement dit, obligatoirement statique (son contenu ne change pas).

Le format IGF est composé d’un préfixe statique et d’un suffixe dynamique.

Le préfixe est décomposé par les éléments suivants, avec leur taille en octets spécifiée:

  1. le codage utf8 du caractère ‘⊔’ (3 octets) pour définir le format de fichier de type IGF.
  2. la version de la spécification de l’algorithme d’encodage/décodage, actuellement de valeur 1 et codée sur 1 octet.
  3. le type (type mime) du fichier contenant l’IG; codé sur 2 octets
  4. la taille de l’IG brut en octet, taille sur 8 octets
  5. le prix initial de l’IG, payé par le premier acheteur. Ce prix est décroissant conformément à la loi du Partage Marchand. codé sur 4 octets
  6. le revenu escompté final touché par le(s) créateurs de l’IG, sur 8 octets
  7. le nombre d’auteurs ayant contribué à la création de l’IG (2 octet)

Après ces premiers 28 octets, pour chaque auteur:

  1. l’identifiant (partie de la clé publique) de l’auteur (9 octets)
  2. le ratio relatif de participation à la création (1 octet)

Ensuite, le fichier IGF contient l’IG lui même de la taille précédemment spécifiée

Ensuite, pour chaque auteur:

  1. la signature (ECDSA), par cet auteur, du message constitué de préfixe (hors signature des autres auteurs), (132 octets). Cette signature porte aussi sur l’IG.

Maintenant, le fichier IGF contient une partie dynamique qui est nulle à la publication de l’IG. Pour chaque acheteur se présentant  pour acquérir l’IG

  1. la date (EPOCH en minutes) de la transaction (4 octets)
  2. l’identifiant de l’acheteur (9 octets),
  3. une référence librement choisie par l’acheteur (2 octets),
  4. la signature de la transaction (voir détail dans le code), (132 octets)
  5. la clé privée de téléchargement de l’IG pour cet acheteur (12 octets)

Donc pour x auteurs et y acheteurs, et pour un IG de taille s, la taille du fichier IGF est de 28+142x+s+159y octets.

La première remarque est que les signatures des créateurs garantissent que ni l’IG, ni ses attributs commerciaux n’ont été modifiés depuis la publication. Ces signatures donnent l’accord sur les répartitions des revenus et il n’est pas possible d’en changer.

Le suffixe est en revanche dynamique et croit en taille au fur et à mesure que des clients achètent le bien. Il est de la responsabilité de l’acheteur de ne pas diffuser la clé secrète lui permettant d’accéder à un de ses achats en mode HTTPS. Ainsi, cette clé n’est pas visible d’un tiers.

Une API (Application Programming Interface) minimale permet de définir les opérations principales sur un fichier IGF, localisé par une url donnée (sans ajouter l’extension .igf).

  • la donnée de l’url sans aucun argument retourne le prix courant du prochain achat.
  • la requête GET « url?id » retourne le solde de l’utilisateur d’identifiant ‘id’ pour cet IG. id est noté en base64 sur 12 octets
  • la requête GET « url?key » retourne l’IG binaire (penser à adapter le type mime). key est notée en base64 sur 36 octets; codage  base64(id acheteur sur 9 octets + position de l’acheteur sur 6 octets + clé sur 14 octets)
  • la requête GET « url?transaction » ajoute un utilisateur au suffixe du fichier IGF. La transaction contient la signature de l’acheteur sur la référence de l’IG. Une transaction est codée ne base64 sur 196 octets (159/3*4). Cette requête retourne une clé pour lire l’IG pour cet utilisateur ou un message d’erreur. La principale raison de refus (outre une mauvaise signature) est l’utilisation d’un date dans le futur. Les achats étant classés par date, un anti-datage fait insérer la transaction dans la liste des anciens acheteurs, cet acheteur payera donc selon sa position, potentiellement plus que s’il avant utilisé la date présente.

Dans le cas de deux acheteurs lançant leur requête d’achat presque au même moment, l’un des deux (celui arrivé en second) payera légèrement moins que ce qui lui été affiché au moment de l’achat.

Pour calculer le solde en ⊔ du compte d’un utilisateur donné (pour autoriser un nouvel achat), il faut interroger la base de données (type Berkeley) des IGS pour avoir la liste des IGS impliquées par cet utilisateur (comme auteur ou comme acheteur) et faire la somme algébrique des requêtes de solde pour chaque url, pour cet utilisateur en lisant le fichier IGF.

Si le serveur (Apache) peut lire tout le contenu d’un fichier IGF, il n’est pas possible depuis un client d’avoir accès au fichier complet, seulement à l’IG si l’on dispose de la clé valide. Enfin la requête est obligatoirement en HTTPS pour ne pas passer en clair cette clé.

Tous les nœuds du réseau ne possèdent pas une copie de tous les IG disponibles car cela saturerait vite ces nœuds et surtout, l’administrateur du nœud aurait accès gratuitement à l’IG. En revanche, comme pour un partage de fichier en BitTorrent, si un acheteur affecte un serveur au partage marchand, et seulement après achat de l’IG, le protocole copiera l’IG sur le serveur de l’acheteur en utilisant un sous-ensemble de nœuds possédant déjà le fichier IGF.

Rappelons qu’il n’y a aucun DRM associé aux IGs. Un acheteur peut techniquement extraire l’IG qu’il a téléchargé pour le publier hors IGF, mais il casse de la sorte le principe du partage des frais vis à vis de l’auteur.Nous pensons que l’absence d’intermédiaires (GAFAM) et le mécanisme des prix dégressifs devrait être dissuasif du piratage.

Une légère adaptation du protocole sur le serveur retourne un IG marqué (tatouage) de l’ID de l’acheteur. Ce n’est pas un système infaillible pour un expert du format binaire de l’IG, mais l’extraction des tatouages demande un certain travail hors de portée de novices. La stratégie reste que cela devienne à terme « ringard », surtout pour les jeunes, de pirater un fichier en Partage Marchand. N’oublions pas qu’il est prévue une part de création monétaire en ⊔, pour donner un accès gratuit à la culture numérique, mais il faut pour cela une adoption relativement massive du protocole car les non-membre seraient désavantagés.

Publicités

La solution à la crise !

Le titre de ce post est volontairement provocateur. Je n’ai pas la prétention d’avoir découvert la vérité économique/politique, la solution miracle qui éliminerait radicalement la pauvreté dans le monde, la pénibilité au travail, la solution au financement de la transition énergétique et à l’éducation massive des peuples pour les détourner de l’envie de se faire la guerre.

L'économie avant le Net

L’économie avant le Net

Cependant, je veux bien prendre le risque de passer pour un fou, pour un illuminé si cela me permet de recevoir des remarques réfléchies, des critiques sérieuses et argumentées sur le fond, venant d’experts de l’économie, de la finance, du droit et même de l’informatique (mon domaine de formation).

Ma proposition peux se résumer de la façon suivante :

La véritable Économie Numérique n’existe pas encore en 2014.

Or cette nouvelle économie à un potentiel énorme de croissance, d’emplois et de recettes fiscales, à tel point que l’économie « classique » pourra y puiser des ressources pour financer une écologie nécessaire.

L’économie numérique, selon ma définition, traite exclusivement des biens à coût marginal nul, donc hébergé par le Net. Je ne suis pas le premier ni le dernier à venter l’Internet pour sauver le monde, mais j’appuie cette assertion sur le raisonnement suivant:

La notion économique de prix d’un bien ou d’un service, telle que nous la connaissons depuis d’Antiquité, n’est pas adaptée aux biens numériques. Maurice Allais par exemple, ne s’est pas penché sur la formalisation des échanges de biens immatériel dans son œuvre « Traité d’économie pure » car il est évident que le potentiel de l’Internet ne s’était pas exprimé en 1943, ni même en 1988, quant il reçu le prix de la banque de Suède en l’honneur de Nodel. L’économie de 1988 n’est pas très différente de celle de 88 avant J.C. et même la révolution industrielle n’a pas changé la définition des prix pour les biens matériels et les services. En revanche, le Net change foncièrement l’économie (des biens rares) dans ses fondements.

Je prétends que 99% des échanges numériques possibles ne sont jamais réalisés car l’une des deux parties est lésée dans la transaction. En conséquence, il y a une forte propension au piratage, y compris au piratage de proximité (échange de disque-dur non quantifié par la Hadopi) et une intermédiation abusive des GAFAM (aucun Français !), qui maintient la majorité des créateurs numériques en grande précarité, alors même que ces derniers définiront le modèle prépondérant d’activité du XXIe siècle.

La Théorie du Partage Marchand explique qu’un échange démocratique de bien immatériels doit vérifier certaines lois (non respectées actuellement !). La relation un-un instantanée d’échange d’un bien matériel ou d’un service doit être remplacée pour un bien immatériel par une relation un-plusieurs, dans le temps, incluant un mécanisme automatique de remboursement partiel, de telle façon que tous les acheteurs aient payé à tout moment le même prix, décroissant vers zéro, et en même temps, que le créateur reçoive un revenu cumulé croissant et borné par une limite initialement proposée à la diffusion du bien sur le Net.

L’échange dans le monde physique se mue en partage dans le monde numérique, sans subir les contraintes du capitalisme, à savoir :

  • La spéculation n’a pas de prise sur le Partage Marchand
  • Le besoin de personne morale (entreprise) n’est pas justifié pour l’économie numérique
  • Les investissements sont automatiquement supportés par l’acte d’achat dans le temps.
  • Internet se substitue aux banques de détail pour assurer la fonction de monnaie.

Et le plus profond changement est surement la perte de la prédominance de la course aux richesses matérielles, pour une course à la satisfaction culturelle, via son identité numérique et les biens associés, créés ou achetés. Cela s’accompagne d’une valorisation des activités de création rémunératrice, par la qualité des biens évalués directement par les internautes acheteurs, sans intervention d’une quelconque autorité.

Il n’est pas déraisonnable de penser que l’économie numérique telle que je la définis permettrait la création d’un nouveau secteur « quaternaire », après celui « tertiaire » des services et que le XXIe siècle voit la prédominance à terme de ce secteur dans l’activité économique globale.

La Partage Marchand ne peut d’installer qu’avec une crypto-monnaie mondiale, dédiée aux particularités du numérique. Le moyen de paiement est nécessairement gratuit, open-source, en P2P, sans effet Ponzi (contrairement à Bitcoin).

J’invite le lecteur à trouver tous les détails et autres justifications de ma proposition sur ce blog, avec ce papier…et je l’invite à me poser directement des questions et me faire part des critiques.

Je ne pense pas être aveuglé par le Partage Marchand, comme l’est Galuel avec la TRM, mais si vous pensez que je me trompe ou que je formule une théorie non applicable, alors merci d’avance de ne pas me laisser seul, dans une indifférence polie. Cette découverte du partage marchand a bouleversé depuis plus d’un an le champs d’investigation de mes recherches, et j’aurais adoré avec 20 ans de moins, faire une thèse sur ce sujet. Sachez que je n’ai aucune position académique à défendre, mais il est très difficile de pénétrer le domaine de la recherche en économie tant ce milieu est fermé. Critiquez autant que vous pouvez, partagez et diffusez des articles sur le Partage Marchand. Je vous en serai très reconnaissant.

Je sais que j’ai procédé à l’inverse de l’approche classique consistant à faire une étude d’antériorité, construire une bibliographie pour ensuite apporter ma petite pierre. Je suis parti de quelques connaissances basiques en économie mais surtout de ma bonne connaissance de l’Internet. Aussi, je vous remercie d’avance de me fournir des pistes que d’autres chercheurs auraient explorés, quelque soit leur domaine, pistes que je n’aurais pas trouvé, ni analysé en détail, ni compris. Enfin, je suis à la disposition de tout journal, toute revue d’économie ou tout comité de lecture que l’on me conseillerait pour soumettre un papier sur le Partage Marchand.

Laurent Fournier

Droit d’unicité

Ce post est plus une question adressée au plus juristes d’entre vous qu’une réflexion de plus. Vous pouvez me contacter par e-mail si vous préférez.

A l’époque du Net, est-il envisageable de demander un droit d’unicité d’identité numérique ?

Pour comprendre ce besoin, il faut revenir à la notion d‘identité numérique.

L’État donne un numéro unique à chaque habitant de son pays dès sa naissance. En France, c’est le numéro de sécurité social qui joue ce rôle. Ce simple numéro est signifiant, cela veut dire que chaque fois que vous donnez votre numéro de sécurité sociale à quelqu’un, il peut en tirer des informations personnelles (sexe, age, lieu de naissance,…) qui devrait lui rester confidentielle, ce qui soulève un problème pour la CNIL. Ce numéro n’était jusqu’à présent jamais utilisé pour prouver son identité. C’est la possession physique d’une carte papier ou plastique (carte nationale d’identité, passeport,…) et la signature manuscrite choisie par la personne, qui permettaient jusqu’à présent de prouver son identité.

Or avec le numérique et puisque l’on fait de plus en plus d’opérations à distance, il devient utile de compléter la possession d’une carte par deux autres moyens d’authentification; une biométrie (empreintes, iris,…) et la connaissance d’une passe-phrase, un mot de passe connu seulement de la personne. Soit les cartes incorporent une puce, soit le téléphone simule la fonction de la carte, mais une authentification moderne forte exigera toujours trois éléments:

  • un objet que vous possédez (téléphone, carte)
  • une information sur votre corps (biométrie)
  • une phrase secrète que vous connaissez seul

Historiquement, c’est une autorité de l’état qui produit cette carte, à un coût non négligeable pour la nation, et par construction, la passe-phrase est enregistrée sur une base de donnée centrale dans le cas de perte par le propriétaire (et un gros risque de fraude!). C’est comme si une banque remettait à un adolescent de 16 ans un chéquier en lui imposant une signature manuscrite particulière.

Le citoyen du XXIe siècle devrait avoir le droit de choisir lui même, déconnecté d’Internet, un jeu de clé cryptographique asymétrique (clé publique, clé privée) et ainsi de pouvoir utiliser sa signature électronique, non imposée. En plus, il devrait pouvoir obtenir de l’administration 1/ la preuve que cette signature est bien associée à son identité et donc à la donnée de son numéro de sécurité social vérifié par un agent assermenté, et 2/ qu’il ne possède qu’une seule identité et puisse prouver ce fait à un tiers.

Si l’administration était jusqu’à présent responsable d’allouer de façon unique un numéro de sécurité sociale (aux erreurs de saisie prés et aux effets de personnes nées à 100 ans d’intervalle), elle ne donne aucune preuve de l’association avec une possible signature électronique de la personne concernée.

Pourtant, ce droit serait très simple à satisfaire; Il faut et il suffit que toute personne qui se présente devant le service d’état civil d’une maire,

  • présente ses papiers d’identité qui lui corresponde et qui atteste la véracité du numéro de sécurité social présenté,
  • signe électroniquement le hashé (voir définition dans un cours de cryptographie) du numéro de sécurité social,
  • l’agent vérifie que la clé publique et le hashé ne sont pas déjà déposés sur Internet.

Si la procédure est validée par l’agent, ce dernier met alors en clair l’information minimum suivante (dans une table de hashage distribuée sur le Net):

HASH_NUM_SECU+CLE_PUBLIQUE+SIGNATURE_HASH

(moins de 500 octets par citoyen!)

Ainsi, même si un citoyen s’enregistre dans une marie à 1000 km de son habitation, il ne pourra jamais s’enregistrer sous deux identités numériques différentes. Bien qu’il puisse créer plusieurs couples (clé public, clé privé) et donc se définir des comptes en préservant son anonymat, il ne pourra disposer que d’un seul compte principal attestant l’unicité de son identité.

En signant électroniquement tout message, même à distance, il prouve qu’il est bien le propriétaire d’un numéro unique non signifiant.

Ce nouveau besoin est indispensable dans le cas d’une institution qui voudrait créditer une somme d’argent à un ensemble de personnes sans qu’il soit possible pour un individu de frauder se déclarant plusieurs fois.

L’État exige de connaitre l’identité de ses ressortissants par exemple pour suivre leur déplacements à l’étranger, mais en retour, un citoyen devrait pouvoir exiger de l’administration un système informatique qui lui permette de prouver l’unicité de son identité à quiconque sans dévoiler aucun attribut de cette identité ou une information minimale (vivant ou mort, année de naissance).

Précisons que le coût de satisfaction de ce droit est vraiment ridicule et sans comparaison aux plans centraux prévus pour délivrer une identité numérique à chaque citoyen. Il faut disposer d’un téléphone portable pour user de ce droit. Aussi, il ne s’agit d’un devoir, qui imposerait à chaque citoyen l’achat d’un smartphone.

Nous avons besoin de ce droit pour mettre en œuvre l’Eurofranc avec un début de création monétaire citoyenne. Quelle démarche faut-il engager pour espérer obtenir ce droit citoyen à terme ? Faut-il une requête à l’Assemblée Nationale ou à un tribunal administratif ?

Merci pour votre aide

LF

Le charlatanisme de Galuel

Les vidéos youTube permettent à chacun d’exprimer librement toute idée, toute théorie, même les plus farfelues. C’est plutôt un progrès démocratique à l’époque du numérique. Il n’est pas exclut qu’un citoyen ait un jour de par son expérience unique, une vision que les experts du domaine n’ont jamais eu par simple manque de recul. L’ANR a même prévu un financement pour ce genre d’innovation. Cependant, il est quand même rare que l’idée géniale passe au travers des mailles du filet des travaux d’universitaires qui sont payés et passent leur temps à réfléchir à cela. Mais ne jugeons pas à priori ! et regardons la proposition de la Théorie Relative de la Monnaie qui d’après son auteur Galuel aka Stéphane Laborde, permet de créer des « monnaies libres ». Etienne Chouard à eu l’ouverture d’esprit d’écouter la présentation de la TRM, parce qu’il reste réceptif à toute nouvelle proposition en apparence démocratique dans le domaine économique et de la politique. Sa volonté de comprendre les détails présentés comme scientifiques est tout à son honneur. Je ne parlerai pas de l’approche universitaire de Jean-Baptiste Bersac, au demeurant approche très intéressante et qui coupe court à l’intuition que l’état devrait rembourser sa dette comme un simple foyer…milles excuses.

Précisons que j’ai eu plusieurs échanges avec Stéphane Laborde depuis deux ans, sur mon blog, sur le sien et par e-mail. J’en viens aujourd’hui à la conclusion que la TRM est une pure arnaque et que son gourou fait preuve d’un profond charlatanisme que je vous propose de démasquer ici…après avoir regardé la vidéo en entier.

Galuel fait un usage constant d’un biai cognitif qui consiste à asséner une vérité B quand on parle d’un domaine ou d’une problématique A. Son auditoire étant captivé devant la justesse des affirmations et devant la rigueur de la présentation, en oublie de se demander….mais c’est quoi le rapport avec la choucroute ? Alors que la problématique qui intéresse tout le monde est la crise économique et politique que nous traversons et le rapport à la monnaie, Galuel nous fait l’éloge de la Physique Relativiste et pousse même le bouchon jusqu’à venter la logique modale de Godel. Il faudrait selon lui, comprendre la preuve ontologique de Godel  pour comprendre la TRM ! Il ne manque pas aussi de montrer son admiration pour Richard Stallman sans faire le lien avec le sujet. Je peux comprendre que l’on ait une curiosité forte devant certaines constructions théoriques des plus brillantes, mais est-ce une raison de les raccrocher à chaque occasion et à chaque problématique de la vie ? C’est même une des plus vieilles ficelles des scientistes d’invoquer des grand scientifiques pour justifier des idées sans aucun rapport.

Certes une monnaie est une mesure « relative » de la valeurs des biens entre eux, mais cela n’a rien à voir avec la constance, l’invariant de la vitesse de lumière. Si le GPS est une des très rares application de la Relativité restreinte, pour la très grande majorité des activités humaines et en particulier pour les échanges économiques, les objets et les personnes ne circulent pas à la vitesse de la lumière et l’on peut très largement se satisfaire d’une approche plus intuitive (plus Newtonienne dirait-on pour garder l’analogie Physique). En utilisant une monnaie, les citoyens recherchent une stabilité, il veulent gommer le caractère justement « relatif » des prix et se donner une échelle mentale absolue. En démocratie, tout échange commercial est basé sur le fait que chaque acteur repart gagnant de l’échange et dans des proportions équivalentes. Sinon l’échange ne se fait pas. Parce que l’économie est un mélange de création de richesse et de partage, dont tout acteur rationnel est conscient, il ne réalise un échange que dans des conditions particulières d’équité apparente. Il y a deux cas extrêmes où un individu peut refuser un échange contre un bien dont il aurait besoin, mais le prix ou les conditions donneraient un gain, un avantage à autrui jugé trop important, ce dernier s’enrichirait trop relativement à soit.  Inversement, un individu peut se forcer à un échange pour un bien dont il n’a pas vraiment besoin, mais pour combler une injustice, donner un léger avantage « relatif » à son interlocuteur. Quand Galuel affirme que l’on ne peut pas comparer la volatilité du Dollar par rapport au Bitcoin ou de celle du Bitcoin par rapport au Dollar à cause de la relativité. Il avance simplement une énormité mais avec un tel charisme que personne ne bronche. Si l’on prend l’ensemble des devises qui existent, pondérée par leur masse respective, alors on peut calculer les taux de change de n’importe quelle monnaie par rapport à n’importe quelle autre et on peut même définir une devise virtuelle appelée référence, initialement à une valeur arbitraire, mais qui ensuite suivrait une variation relative qui minimise la somme des écarts des taux de change avec les autres monnaies (voir Merchant Sharing pour avoir une formule de calcul de cette référence). Il est alors aisé de comparer la volatilité du Dollar et celle du Bitcoin par rapport à cette monnaie de référence….et on verra que le Bitcoin est beaucoup,  beaucoup plus volatile, donc moins stable que le Dollar. Les spéculateurs ne s’y trompent pas en faisant de Bitcoin un terrain de jeu pour ceux qui aiment le risque et veulent gagner beaucoup en peu de temps.

Galuel tente par une pirouette de dire que c’est la symétrie inhérente au principe de relativité qui est la caractéristique fondamentale des monnaies issues de la TRM, sous entendant que les autres monnaies seraient asymétrique. Si les échanges commerciaux sont depuis l’Antiquité, toujours symétriques (un vendeur, un acheteur), sans faire intervenir une quelconque autorité, une quelconque hiérarchie, alors de quelle a-symétrie parle Galuel ? La TRM aborde le problème légitime de la création monétaire.

De tout temps, la création monétaire a été un objet de lutte du pouvoir concomitant avec la notion d’État. Une société s’organise par la définition d’une devise et les institutions gouvernant l’État sont responsables de l’émission de la monnaie et de la lutte contre tout autre création de monnaie sur le territoire. Le fait qu’il n’y ait pas de monnaie unique mondiale reflète le fait qu’il y ait des pays différents qui se font une concurrence acharnée et tentent d’imposer à l’autre leur propre devise pour augmenter leur pouvoir relatif.

Un état démocratique va toujours chercher le moyen le plus efficient et le plus juste de procéder à la création monétaire de sa devise. Cette création monétaire est directement fonction du nombre d’humains, de leur espérance de vie parce que l’économie s’intéresse à la satisfaction des besoins des humains (manger, se vêtir, s’abriter, se divertir, apprendre,…) Ce n’est pas spécifique aux monnaies dites libres.  D’un autre coté, tous les humains ne sont pas les mieux placés équitablement pour valoriser la monnaie créée en produisant l’équivalent en bien ou service. Dans un mode constitué seulement d’agriculteurs et d’artisans individuels, il serait moralement juste de donner exactement le même montant de création monétaire à tout être vivant. C’est ce que dit la TRM et elle donne même la valeur du Dividende Universel en fonction du nombre de personnes et de leur espérance de vie moyenne.

Mais deux faits viennent renverser cette belle idée:

  • Depuis la révolution industrielle et une plus grande spécialisation du travail, la pénibilité moyenne du travail a diminué (je pense à mes grand parents cultivateurs qui n’avait aucune vacances et se ruinaient la santé) mais alors beaucoup d’actifs se sont éloignés du rôle de producteur terminal pour devenir salarié, employé. Du coup, la création monétaire dont ils disposeraient si elle était répartie équitablement, ne serait pas utilisée pour des investissements, mais seulement en consommation. Inversement, pour la direction d’une entreprise, donc par définition le groupement de travailleurs pour optimiser la production à l’échelle de biens en dégageant plus de gains dans une concurrence toute capitalistique, cette direction doit pouvoir investir plus que le montant de création monétaire des seuls dirigeants. Ce principe est surtout valable dans l’économie de bien matériels…on verra dans un livre à paraitre que c’est différent dans l’économie numérique.
  • Avant l’arrivée d’Internet, et même encore actuellement, il est  techniquement impossible de rétribuer équitablement tous les citoyens toute la création monétaire. Certains citoyens risquent d’être oubliés tandis que d’autres fraudeurs inventeront plusieurs identités pour toucher plusieurs fois ce revenu.

Donc historiquement, ce sont les banques privées et les banques centrales qui se sont chargées de la création monétaire au moment de la demande d’un crédit car il y a souvent (pas toujours !) corrélation entre une demande de crédit et un projet de création de richesse économique. Ce système a de nombreux défauts (dénoncés a juste titre par Etienne Chouard et d’autres) et en particulier de générer des inégalités flagrantes, des rentes de situation, mais l’État est aussi là pour procéder à des redistributions et pour fournir à chacun un matelas de revenu pour vivre décemment. On peut même y avoir une logique d’efficience à bien rémunérer, même à ne rien faire, les plus démunis pour qu’ils soutiennent la consommation, et non l’épargne.

La bonne solution est certainement dans un compromis avec une partie de création monétaire délivrée lors des crédit d’investissement des entreprises et l’autre partie répartie équitablement dans l’espace entre citoyens (une sorte de revenu de base partiel). Or la TRM propose un système dans lequel le montant de DU est déterminé, fixé seulement par le nombre de membres et par le niveau d’espérance de vie, sans intégrer le fait qu’une partie de création monétaire puisse rester la prérogative des banques. C’est donc le régime politique opposé de celui en vigueur actuellement. Pour l’appliquer, il faudrait transférer toute la création monétaire dans les mains des citoyens à part égale et le faire pendant plusieurs siècles pour que les effets  inter-générations produisent leurs effets. En plus, la TRM fait l’hypothèse d’un monde stérilisé où l’action politique n’a aucun effet économique. Nous savons bien que l’expérience historique nous montre que c’est faux. Chaque génération a largement la liberté et les moyens de réguler la répartition de richesse entre les jeunes et les vieux s’il y a déséquilibre. Il ne servirait à rien d’étiqueter des règles pour les prochains millénaires car tant d’accidents peuvent subvenir. (Faire la TRM pour 2085 n’a pas de sens) .Et si le problème est un déséquilibre générationnel, le rôle de l’État est d’y remédier.  Donc l’exigence de symétrie temporelle n’est pas à satisfaire et le montant individuel de création monétaire (par mois), doit impliquer les autres formes de création monétaire et la fiscalité. La belle formule de la TRM ne sert donc à rien sur Terre. Elle ne pourrait que s’appliquer sur Mars, et encore si tous les martiens sont tous des artisans auto-entrepreneurs et qu’il n’y ait pas d’État !

Le second argument de séduction (car il n’y a aucune démonstration mathématique) de la TRM est son rapport à la liberté, au point que les monnaies respectant la TRM sont qualifiées par Galuel et ses disciples de « monnaie libre« . Or nous venons de voir des principes de symétrie de la TRM qu’il s’agit plus de promouvoir une « égalité » (temporelle et spatiale) qu’une « liberté« . En fait, Stéphane Laborde est un partisan de la multitude des monnaies et donc la liberté qu’il défend est « la liberté de pouvoir créer sa propre monnaie » pour soi et pour ses proches. C’est ni plus ni moins qu’une demande de légalisation du faux monnayage ! Je veux bien qu’il y ait actuellement un ras-le bol des institutions, une haine des « banksters » et une envie de casser tout le système, mais un état démocratique ne peut pas tolérer trop longtemps qu’on laisse chacun créer sa propre monnaie, une fonction régalienne par excellence. Pourquoi me direz vous ?

Parce que premièrement la multiplication des monnaies rend les transactions complexes au point que certain échanges seraient abandonnés par cette complexité de l’outil de paiement. D’autre part il s’installerait obligatoirement une activité purement spéculative dans les échanges inter-devises, sans pour autant produire de la richesse. C’est même pire, les plus gros gagnants seraient les investisseurs, décourageant ceux qui travaillent dur dans l’économie réelle. A l’extrême, l’activité générale migrerait du domaine de la production de biens et services utiles pour satisfaire les besoins humains à celui purement parasitaire de spéculation, entrainant la mort programmée de la production pour transformer le monde en un gigantesque « jeu d’argent ». Ceux qui ne voudraient pas jouer devraient aller vivre en autarcie comme leurs ancêtres. C’est pour cela que nous demandons la qualification par le ministère des finances de l’activité autour du Bitcoin comme « jeu d’argent », et donc taxation comme tel.

De différentes manière, toutes les monnaies et crypto-monnaies qui se créent actuellement désavantagent les non adhérents au profit des premiers entrants. La moins mauvaise est Eurofranc, mais ce serait long à expliquer. Donc la liberté de la TRM de choisir sa monnaie n’est absolument pas un bon objectif démocratique à suivre. J’ai même montré dans un précédent article qu’un individu seul pouvait berner toute une société par la création de sa propre monnaie (en faisant croire que toute une communauté le suit). Si enfin la définition de la limite de la liberté est dans la « nuisance à autrui », alors cette liberté devrait être requalifiée car elle procède au plus ignoble des chantages;

…crée ta propre monnaie ou bien spécule sur celle des autres pour survivre car si tu ne veux pas jouer, tu es condamné à la misère !

Il y a un an, je ne comprenais pas pourquoi Galuel n’était pas si critique que cela avec Bitcoin et les monnaies de la même famille. Maintenant, je réalise qu’il voue une haine farouche envers tout organisme centralisé, que sa passion des architectures distribuée du Net déborde sur sa vision de l’économie et qu’il insiste tant sur le logiciel libre au point de faire de Stallman un Dieu. La liberté des logiciels open-source est justifiée par l’efficacité d’une production logicielle rapide et de très bonne qualité, mais en pompant des richesses de l’économie classique (logiciels privatif). On ne le dira jamais assez: une monnaie n’est pas un bien, même immatériels. C’est un instrument de mesure de référence de valeur pour une population. Du coup Galuel est prêt à accepter la plus ignoble des impostures plutôt que de laisser une autorité contrôler l’émission monétaire, même si l’autorité est légitiment élue et représentative du peuple ! Cette imposture est plus exactement celle de tolérer que des ignorants achètent des « preuves de consommation électrique de super-calculateur », preuve sans aucune utilité, alors qu’aucune création humaine n’intervient dans le processus et que les mêmes défenseurs du minage de Bitcoin fustigent les éditeurs de logiciels privateur, quand bien même ces logiciels ont exigé un travail humain, travail qui mérite une rémunération. Par analogie, cela me fait penser à un collègue soit disant écolo qui critiquait que je roule en voiture électrique, même avec de l’électricité issue de panneaux photovoltaïques (car j’utilise en tampon un centrale nucléaire), mais laissait tranquille ceux qui venait en gros 4×4 Diesel  !

Vous noterez que Galuel refuse tout association de la valeur des biens avec une notion de travail humain. Il glorifie Richard Stallman, un ayatollah de la « liberté », et le qualifie du plus grand créateur du siècle…pour son œuvre de destruction des activités économiques « open-source » non aussi pure que les « logiciels libres » !

Le peu d’économie que j’ai fait à l’école, on m’a appris qu’une démocratie était un savant équilibre de liberté, d’égalité et de fraternité…des gens y ont longtemps réfléchi. Sur ce, arrive un prof de Math (seulement ingénieur, pas agrégé ni docteur) qui se permet de moquer le niveau de compréhension en Maths d’Etienne Chouard: « sur la vidéo:…moi je peux plus rien pour vous, au bout d’un moment, il faut faire des maths les mecs ! »;…et à nous vendre du Godel…un logicien extra-ordinaire certes, mais cette vidéo n’était pas le lieux de diffusion de ses préférences littéraires; le Godel n’est pas un ouvrage technique pour logicien et quant à lire un roman, il aurait pu proposer La déesse des petites victoires. Bref !, le pseudo scientisme pédant de Galuel va soit rebuter le lecteur, soit en faire un disciple admiratif qui ne comprendra jamais rien, mais trouvera génial que l’on relie une théorie aux travaux d’Einstein, Godel, Stallman…Il a oublié de faire une théorie économique des cordes et aussi une théorie fractale de la monnaie 😉

En fin de compte, Galuel fait preuve d’un égoïsme total face à Etienne Chouard dont la démarche reste toujours humaniste et orientée vers l’adhésion et le bon sens du peuple. Contrairement à ce que laisse entendre Stéphane Laborde qui ne veut obliger personne, ne veut rien imposer à personne, l’économie et surtout la politique est l’art de faire des choix dont certains s’imposeront à tous, fussent-il issus d’une minorité. C’est parce qu’il y a imposition nécessaire que la discussion est requise. S’il n’y a pas d’État et plus de politique parce tout est « liberté », alors la société ne tardera pas à régresser socialement.

Si je peux me permettre un dernier conseil à Stéphane, c’est de s’inscrire en première année de fac d’économie et de nous reparler de la TRM dans 10 ans, appliquée au Terriens, pas aux Martiens !

LF

NB: Galuel n’a jamais répondu sur le fond aux questions que je lui posais et plutôt que de me remercier de m’intéresser à ses travaux, il m’a renvoyé à ma prétendue nullité en Physique relativiste et en Logique modale…il ne sait pas que j’ai suivi un DEA d’Intelligence Artificielle à Jussieu, mais au delà de ça, ce qui me choque le plus, est une sa démarche « anti-recherche » manifeste. Il ne tolère aucune critique. Néanmoins, je lui laisse ici et maintenant la liberté entière de me répondre et d’avancer des arguments si il arrivait que je me soit trompé et que la TRM mérite bien un prix Nodel.

Une « monnaie libre » n’est pas libre !

Wikipedia comporte depuis cet été un article sur monnaie libre et sur la théorie relative de la monnaie. Ce type de monnaie prétend se baser sur des concepts similaires aux libertés exigées dans le logiciel libre. Est ce vraiment légitime ?

By Antonu (Own work) [Public domain], via Wikimedia Commons

Un logiciel libre est un programme informatique dont le code source (dans le cas où l’exécutable est issu d’un processus de compilation et non d’interprétation !) est disponible pour les utilisateurs. La licence associée à cette création immatérielle protège légalement tout utilisateur pour exécuter ce logiciel, l’étudier, le redistribuer ou l’améliorer. Le grand bénéfice de ce type de logiciel est sa diffusion possible de façon virale sur tout Internet, et donc une qualité et une résistance aux bug ou faille jamais atteinte avec un logiciel fermé. L’inconvénient est que le modèle économique de développement de ce type de logiciel n’est pas autonome. Une partie des investissements sur ces logiciels libres provient de la vente de logiciels fermés. Par exemple, de grands programmeurs/contributeurs de logiciels libres sont salariés de société commerciales. L’informatique s’oriente donc vers un écosystème composés de logiciels libres et fermés qui se complètent parfaitement.

Si l’on dépasse un éventuel désir de Stéphane Laborde, l’inventeur de la TRM de transposer le travail de Richard Stallman au monde monétaire, on peut se demander ce qui motive ce parallèle.

Tous deux sont des mouvements non gouvernementaux, non officiels, issus de simple individus ayant de grande compétences techniques, mais sans aucun pouvoir politique ni financier, et qui diffusent largement par le Net, qui attaquent, qui contestent la légitimité de certaines institutions dotées elles de gigantesques pouvoirs historiques, politiques et financiers. Ces combats sont auto-justifiés au nom de principes démocratiques, en particulier la défense de la liberté que les institutions restreindraient ou bafoueraient des droits fondamentaux des citoyens du XXI siècle.

Le parallèle devrait s’arrêter là car une monnaie n’est pas un logiciel, même si elle en utilise de plus en plus pour son utilisation moderne.

De quelle liberté parle t-on ?

Si l’on évoque la liberté d’échanger, d’acheter ce que l’on veut, où l’on veut, sans discriminer l’acheteur (prix à la tête du client), sans obliger le vendeur à vendre, alors on ne fait que se référer à la loi de l’offre et de la demande sur un marché ouvert. Certes, en cachant des informations, on peut spéculer ou monopoliser un marché, mais cette liberté n’est en rien contrôlée par la ou par les monnaies utilisées. Cette liberté peut être aussi bien bafouée que respectée quelque soit la devise, Euro, Bitcoin ou Sol-violette. L’échange n’est effectif que si les deux partis en sortent gagnants et si le refus de l’un implique qu’il ni ait alors plus d’échange possible.

De même, dans une société démocratique, chacun est libre de créer la valeur économique qu’il désire, en fonction de ses compétences, ses désirs, ses possibilités, ses relations, son investissement, mais là encore, la monnaie reste un outil neutre dans les effets de cette liberté.

Sur la liberté d’estimer la valeur d’un bien ou d’un service, chacun est bien entendu libre d’avoir son opinion, mais pour concrétiser un échange, il faut que les estimations des acheteurs rejoignent celles des vendeurs avec tous les effets de groupe qui émergent d’un marché. La monnaie ne joue ici que le rôle de référentiel commun, d’unité de mesure de l’argent. Il ne s’agit pas de savoir si une monnaie subie une inflation (relative), une déflation, ou si même ces concepts sont applicables. Ce qui est important est la stabilité de la représentation mentale de cette unité, afin que les échanges soient le plus justes possibles. Si une baguette de pain est affichée à 1€, cela donne une idée relative aux autres biens et relative aux salaires, de la valeur d’une baguette, en tout lieux et en tout temps. C’est parce que les prix sont relativement stables que l’on peut faire confiance, la plupart du temps dans le prix proposé en société sans faire une analyse détaillée du pouvoir d’achat de l’acheteur, et du gain estimé du vendeur. Tous les jours, nous ne nous posons pas la question s’il est normal qu’une baguette de pain vaille 5, 6 ou 10 minutes d’enseignement d’un prof par exemple. Une monnaie stable dans le temps permet éventuellement de révéler quelques positions abusives que le peuple pourra ensuite corriger en régulant le marché ou en exigeant un répartition différentes des taxes.

Les valeurs des choses sont toutes relatives les unes aux autres et la monnaie qui sert à quantifier ces valeurs est elle aussi relative au référentiel constitué de tous ces biens. Dans un univers ou tout bouge, la monnaie est justement responsable de maintenir une illusion de stabilité. Donc le caractère « relatif » de la monnaie n’est pas lié aux monnaies dites « libres » de la « TRM ». Au contraire, plus il y a stabilité, plus les effets intrinsèques à la monnaie s’effacent pour n’être qu’un instrument facilitant le troc (différé). Sans fixation d’un taux de change d’une nouvelle monnaie par rapport à une ancienne, on subit les aléas non rationnels d’un marché de jeunesse, marché qui fait le bonheur des spéculateurs.

Enfin, d’après les tenants des monnaies dites « libres », il faudrait que chaque citoyen puisse choisir librement sont système monétaire car croit-on,

la monnaie ne s’impose pas !

Que dirait-on d’une société qui autoriserait chaque membre à faire ses propres routes et à y implanter des péages pour les autres automobilistes, avec un système d’abonnement. Chacun devrait réfléchir des heures pour déterminer si tel abonnement est nécessaire ce mois ci et s’il ne vaut pas mieux changer d’itinéraire. Une minorité des heureux possesseurs de routes feraient fortune tandis que d’autres feraient faillite sur des routes parallèle toujours vides. Il y a certaines fonctions régalienne que l’État ne doit pas laisser au secteur privé pour la simple et bonne raison qu’elles génèreraient plus de problèmes qu’elles n’en résoudraient. De même, imaginons que nous ayons chacun 500 prestataires d’électricité, avec seulement les différences marketing. Ce serait un monde de liberté proche de l’enfer !

Pour certaines fonctions et la monnaie est peut être la meilleure candidate, nous ne voulons pas de concurrence, nous n voulons pas nous prendre la tête à choisir, à comparer, à mesurer. Pourquoi voudrions nous choisir un panier de systèmes monétaires différents, fusent-ils libres ou pas ? Donc cette liberté n’est absolument pas à revendiquer. Chacun a besoin d’une monnaie et une seule, mais pas plus d’une, car plus il y en a et plus c’est compliqué…. pour rien !

Par contre, comme le système monétaire d’usage officiel est naturellement et historiquement en position dominante, il faudra veiller à ce que leurs dirigeants n’abusent pas de leur position privilégiée et respectent certaines règles démocratiques. Pour faire respecter ces exigences, certains petit citoyens malins utilisent des véritables armes de combat financier, dont font partis les crypto-monnaies de type bitcoin ou les « monnaies libres » (non encore déployées en 2014). Toutes ces monnaies non officielles ont l’avantage de faire pression sur les institutions pour leur dire:

…si vous magouilliez trop avec l’€ ou avec le $, le peuple va utiliser Bitcoin ou équivalent, et vous ne pourrez plus rien contrôler du tout.

Seulement voila, ces monnaies alternatives ont de très gros défauts, elles sont inéquitables et elles génèrent d’autres injustices, parfois plus grosses que celles des imposées par les banquiers. Elles sont le terrain de jeux idéal des spéculateurs qui ne font qu’une bouchée des curieux venus voir ces nouvelles monnaies modernes plein de promesses. Que les choses soient claires, les crypto-monnaies « libres » ou à la Bitcoin sont des armes anti-finance, qui se servent des citoyens comme soldats pour les emmener à la boucherie. Pour tous les gens normaux qui ne spéculent pas et qui préfèrent passer leur temps à créer de la vrai valeur économique, ces nouvelles monnaies sont un piège à éviter absolument.

Le pire est que si des dizaines ou des centaines de telles crypto-monnaies apparaissaient, avec un blanchiment obligatoire si leur masse monétaire dépasse une taille critique, alors le comportement rationnel de tout citoyen seraient de s’y abonner au plus tôt pour faire parti des gagnants, ce qui imposerait un véritable travail de veille, et ensuite de gestion complexe et inutile et qui créerait un véritable jeu d’argent forcé. S’y désintéresser vous condamnerait à être toujours perdant et donc à payer les vrais joueurs. Donc cette liberté de multiplication des systèmes monétaires conduirait à une obligation de jeu. Il n’y aurait pas la liberté de « ne pas jouer ». On aboutit donc à une contradiction qu’une monnaie dite « libre », prive chacun d’une liberté fondamentale; celle de ne pas devoir jouer pour échanger des biens et services. D’un point de vue économique, les répercussions sont aussi graves car une partie de plus en plus grande de l’activité humaine serait consacrée à spéculer entre monnaies et non à créer de la vrai valeur.

Pour illustrer mon propos, imaginons une société/groupe composé d’une seule personne; un singleton, qui invente une monnaie, le Single (Sg). Comme c’est une crypto-monnaie, il crée (programme) 10.000 comptes initialisés avec une valeur totale d’un milliard de Sg.

Il fait générer par un ordinateur un bon milliard de transferts aléatoire entre ces comptes en veillant à ce que vu de l’extérieur, on perçoit une activité économique intense d’environ 10.000 individus qui travaillent durement tous les jours. De même, il fait générer des transferts aléatoire, disons 100.000 vers et depuis un compte réel en €, sachant que ce dernier compte n’a pas besoin d’être provisionné et aucune activité réelle n’y est observée en privé. Ces échanges avec l’extérieur sont un prétexte pour fixer un taux de change avec l’€ sur un simulacre de marché. Notre homme ferait grimper régulièrement ce taux, avec quelques petits sauts pour simuler l’activité d’un marché ouvert en pleine croissance. Comme un très beau site web au rendu professionnel en HTML5, retrace l’activité quotidienne de ce marché, très dynamique, il est fort probable qu’il y ait des curieux ou des investisseurs qui voudront y participer, en amenant de l’argent frais; des vrais € ou des vrais $ ! Quand les poissons ont mordu à l’hameçon, le créateur de monnaie vend ces Sg qui ne lui ont rien couté contre des vrais €. Anticipant sur la chute du court, il se retire avec quelques millions d’€ gagnés. Bien entendu, durant toute l’opération, il n’aura créé aucun bien manufacturé ni aucun service. Il n’a juste volé autrui.

Il y a une règle commune aux crypto-monnaies type bitcoin et aux monnaies libres; c’est qu’elles favorisent les premiers entrants, les premières parce que le minage est plus facile, les secondes parce que l’entrée tardive dans la communauté ne donne pas accès aux revenus antérieurs (arriérés). L’injustice est cependant moins importante pour les monnaies libres que pour les Ponzi-crypto-monnaie, mais elle n’est pas nulle. Plus il y a de monnaies libres, avec des communautés réduites, et plus il y a d’injustice par l’impossibilité dans le temps de s’abonner à toutes et de toutes les suivre.

Nous venons de voir qu’une monnaie « libre » prive en fait de liberté et de temps pour jouir des biens/services acheté/vendu. Or avec la montée de l’économie de l’attention au XXI siècle, le temps est une donnée précieuse. L’idéal est toujours qu’il n’y ait qu’une seule monnaie, respectant des contraintes démocratiques. C’est avec cette optique que nous proposons l’Eurofranc en France à partir de 2015. C’est une crypto-monnaie adossée à l’€ car il est fixé par construction qu’1€=1€f en valeur. Dans une première phase, et tant que la majorité des citoyens n’a pas créé un compte sur leur téléphone portable, il n’y aura pas de création monétaire. Cela veut dire qu’€f n’est qu’un moyen de paiement, gratuit, pratique, open-source, sécurisé,….en €.

Ensuite, seulement si la communauté est importante, alors il y aura création monétaire dans des proportions bien inférieures à celles demandées par les partisans du Revenu de Base (<150€f). Le montant versé chaque mois est toujours limité par le ratio: nombre de comptes principaux/ nombre d’individus pouvant prétendre à un compte. Un mécanisme d’arriéré partiel est mis en place pour combler partiellement les injustices sur les retardataires. Enfin, la BCE devra accompagner ce début de création monétaire citoyenne par une baisse correspondante de la création monétaire classique par les prêts des banques.

Le montant du dividende universel n’est pas directement fonction de l’espérance de vie moyenne comme dans la TRM car cette dernière correspond à une situation sans aucune autre monnaie d’usage et sans historique,…à appliquer sur Mars !

L’€f est au contraire un projet pragmatique ne revendiquant pas la défense de nouvelles libertés autres que celles connues, mais proposant un optimum relatif pour minimiser les injustices monétaires.

Pour en revenir à Wikipedia, je ne suis pas l’auteur anonyme qui demande la suppression de l’article TRM et Création Monétaire, mais je conteste vivement la prétendue défense de liberté de ces monnaies. Au contraire, je les accuses d’être des armes finalement tournées contre le peuple car les banquiers restent qu’on le veuille ou pas, mieux protégés que le citoyen moyen.

LF

NB. Je ne vois pas d’objection à ce qu’un lecteur référence cet article dans les articles de Wikipédia sur la TRM, pour donner un peu plus d’objectivité au sujet.

Économie du partage : une chimère !

La société post-industrielle se cherche pour espérer sortir de cette crise qui n’en finit pas et qui semble alimenter des tensions géo-politiques toujours croissantes, le tout dans un contexte de détérioration irréversible des ressources de la Terre !

Quoi de plus naturel que de proposer des changements radicaux, même si les conséquences ne sont pas bien analysées. C’est le cas de l’économie du partage, appelée aussi économie collaborative.

à retrouver

Photo : stanjourdan

D’abord, il faut rappeler la finalité de l’économie. C’est principalement de satisfaire les besoins de chacun pour vivre en société et pour s’épanouir. Cela passe par la gestion des ressources rares, mais aussi de celles à priori abondantes, ce qui sera l’objet de l’économie numérique.

L’Histoire confirme que la spécialisation des activités, découlant sur des échanges, a prouvé que globalement, elle diminuait la pénibilité et augmentait le niveau de vie des populations, mais tout en provoquant de profondes inégalités, résorbées partiellement par l’État. Les économistes sont d’accord pour dire que la monnaie a grandement facilité les échanges par rapport à diverses formes de troc.

Il n’existe pas un méchant génie qui voudrait que tous les échanges soient marchands, en passant par de l’argent, mais constatons une chose simple: Tous les échanges ne sont pas mesurés (avec une monnaie), mais ceux qui le sont respectent mieux l’équilibre et la liberté du vendeur et de l’acheteur. Regardez sur Leboncoin.fr, les échanges marchands sont bien plus faciles et nombreux que les propositions de trocs. Ce n’est pas le principe et l’usage de la monnaie qui est la source des malheurs du monde, bien au contraire, sans elle, on se taperait dessus à la moindre suspicion d’échange non équitable.

La société Industrielle, le Fordisme avec ses avatars de la publicité, du marketing, poussent à la consommation pour écouler des sur-productions, mais n’oblige en rien le citoyen à acheter. Le principe de la libre concurrence contraint les entreprises à fusionner, produire toujours à plus grande échelle pour dégager une plus importante marge par des couts marginaux toujours plus faibles. Le modèle industriel est basé sur une chaine de transformations, nécessitant une force de travail (salariat) et des capitaux. Malgré certains excès, ce système est autonome dans le sens qu’il procure une activité rémunératrice à un maximum de personnes, pour globalement améliorer leur bien-être.

L’automatisation, la robotisation viennent décupler la productivité, produisant un chômage de masse, impossible à résorber. L’économie à donc maintenant pour tâche d’occuper chacun pacifiquement. Quand les rendements de la terre étaient trop faibles, il fallait bien tous les bras au travail, mais maintenant que ce sont en partie les machines qui produisent, il faut occuper les anciens travailleurs à une activité, un emploi parfois inutile économiquement, les inviter à passer du temps à consommer, et donc les rémunérer, afin qu’ils renoncent à une croisade religieuse ou guerrière.

Le XXIe siècle pose un nouveau défit économique qui est de rémunérer chacun par un système de répartition apparemment juste, mais indirectement lié à la valeur travail où à la valeur capital. Or ce siècle est celui d’Internet qui permet de réaliser les conditions idéales du commerce; un vendeur peut informer la Terre entière de son offre et tout terrien peut potentiellement le trouver pour procéder à un échange qui arrange les deux parties. Ce n’est absolument pas un changement de paradigme, juste une meilleure diffusion de l’information (sur le Net) pour ne faire des échanges des plus classiques. En particulier, on peut partager un bien matériel dans le temps, le louer (appartement, voiture, aspirateur,..) et optimiser certaines dépenses (covoiturage, tondeuse,…) mais absolument rien de nouveau sur le plan économique, juste la présence d’Internet.

On semble redécouvrir l’échange de personne à personne, qui est pourtant la base de l’économie (la personne physique était préexistante à la personne morale). L’industrialisation a eu tendance à bien séparer les commerçants d’un coté et les consommateurs de l’autre. On n’achetait presque tout neuf, à un professionnel, mais ce n’est pas une règle à suivre absolument. Bien entendu, les échanges de personne à personne ne sont pas trop favorisés par l’État, qui ne peut les tracer ni prélever une TVA, mais ils n’ont jamais été interdit et devraient se développer encore grâce au Net.

On voit donc que l’économie collaborative n’est en rien nouvelle ni révolutionnaire, c’est juste une utilisation d’Internet à des fins économiques.

Ceci ne serait sans conséquence, juste un effet de mode, s’il n’y avait pas l’idée « révolutionnaire » que les échanges puissent être gratuits, ce qui se comprend communément dans le mot « partage ». On favoriserait le don pour contrer la marchandisation galopante. N’est ce pas agréable de s’offrir des petits cadeaux, d’avoir beaucoup d’amis et de partager avec eux des moments importants de la vie ? L’Économie ne s’y oppose pas, les dons seront toujours possibles. Rappelons quand même quelques vérités sur le don. Il établit une relation très forte entre personnes, l’un des deux ou les deux se sentent redevables, sentiment lourd à porter. Alors qu’un échange marchant est instantané, juste, anonyme. Comme le montre Facebook, on ne peut pas avoir 5000 vrais amis, mais il est tout à fait courant d’avoir à échanger avec 5000 personnes différentes, et on ne supporterait pas de devoir en faire des amis ou de créer une relation durable avec chacun d’entre eux. Prenons un exemple, si emprunter un aspirateur au voisin m’oblige à chaque fois à l’écouter raconter des choses inintéressantes pendant deux heures, alors il est fort probable que je préfèrerai acheter l’aspirateur, au risque qu’il occupe un placard à 99% du temps. Les choses de petites valeur peuvent s’échanger gratuitement car l’acte d’achat est proportionnellement trop contraignant, mais pour les choses qui ont une valeur non négligeable, serions nous plus heureux à nous les échanger gratuitement ?

Il y a une certaine idéologie à promouvoir le partage gratuit au point de rêver à une société sans droit de propriété privée. Mais la rareté des biens matériel ramène ce doux rêve à d’implacables injustices. Imaginons que l’on donne une maison à chaque foyer. Sur quel critère donnerait-on celles à Lille et celles à Nice ? Tout le monde ne cherche pas à être milliardaire, mais il faut de l’argent ne serait ce que pour faire un voyage à l’étranger. De même, je viens de m’acheter une voiture électrique (une c-zéro), un geste écologique qui n’est pas gratuit et qui ne peut pas l’être dans aucun système.

L’idéologie de la gratuité est portée par deux phénomènes:

  • des stratégies marketing qui offrent certains produits pour en faire payer plus cher d’autres ou pour vendre plus…c’est une forme de « faux gratuit », ou « gratuit déguisé »
  • le développement des logiciels Open-Source; offrant gratuitement le code mais se rémunérant sur des services annexes (formation, expertise, support,…) ou sur d’autres projets (développeurs salariés de grands groupes)

Les « commonistes« ; ceux qui défendent comme principe économique et politique le partage sous entendu gratuit d’un maximum biens, prétextent d’un modèle économique d’Internet. Regardez tous les biens de la connaissance, tous les biens culturels sur le Net. Ils sont non rivaux, abondants, copiable sans effort, pourquoi nous priver de les partager gratuitement ? Plus le citoyen pourra avoir accès à des biens culturels, mieux il se portera. Refuser ce partage serait faire preuve de conservatisme, ne rien comprendre au numérique, refuser le progrès.

Le petit problème dans ce raisonnement hâtif est d’oublier d’en faire un système économique autonome. Si tout est gratuit sur le Net, la demande devient forte, mais les créateurs de biens immatériels ne peuvent pas être rémunérés par la vente directe. L’offre diminue en quantité et surtout en qualité. La société dévalorise et détériore lentement la culture, sa diversité, favorise les concentrations abrutissantes, un star système à l’opposé de l’Art. On peut, mais on pourra de moins en moins parasiter l’économie des biens matériels; l’achat d’un tee-shirt permet de financer un écrivain…mais ce système sera toujours déficitaire.

Quelle contradiction à ne pas voir qu’Internet développera une de-intermédiation qui mettra en contact direct les producteurs (artisans numérique) et les consommateurs. Espérer des sources de financement externe (État, don, publicité,..) est aussi prometteur que d’analyser les risques d’un produit dérivé financier…chimérique !

C’est alors que l’on me sort le couplet sur les dérives du « droit d’auteur »: les abus des multinationales de la culture, la persécution de la Hadopi, la réalité du piratage…et d’exiger « la légalisation du partage non marchand ». C’est oublier une récente découverte.

Si l’économie du partage, ou collaborative n’a rien inventé et ne devrait pas se prévaloir d’une nouvelle branche de l’économie, il en est différemment de l’économie numérique, pas celle commentée en 2014 sur les exploits des GAFAM, la finance haute fréquence ou encore Bitcoin, mais une toute nouvelle branche de l’économie qui ne s’intéresse qu’aux biens immatériels à cout marginal nul. Cette économie part des principes théoriques du Partage Marchand pour corriger l’échange commercial en lui même (relation un-plusieurs au lieu de un-un). Le cout marginal nul impose si l’on veut respecter des principes démocratiques, un remboursement dans le temps des précédents acheteurs d’un même bien. Ce remboursement peut être géré automatiquement et gratuitement par Internet (sans Banque) et aboutir à un véritable Partage des biens immatériels, tout en rémunérant les créateurs (on partage aussi avec le créateur). On peut suivre la règle qu’un bien culturel immatériel de qualité ne doit jamais être gratuit pour être juste…tout au moins un certain temps car selon la fonction de prix décroissant et revenu croissant, il arrive un moment où un bien populaire devient effectivement gratuit, passant naturellement dans le domaine public (son créateur ayant été rémunéré comme espéré).

Donc l’économie du partage (gratuit) est une chimère car elle tue toute développement du Partage-Marchand, donc toute croissance de l’économie numérique.

Or l’économie numérique [du Partage-Marchand] est une poule aux œufs d’or. Elle occupe des artistes dans une activité qui leur plait et elle occupe des consommateurs à se construire une identité culturelle numérique par leurs achats partagés. Contrairement aux besoins basiques (nourritures, habillement, habitation), les besoins culturels, et donc sa croissance, peuvent croitre jusqu’à occuper le temps complet des gens. Cette croissance supplémentaire doit bien entendu ne pas rester entre les mains d’une minorité et donc l’État a la charge d’en tirer des recettes fiscales, pour les redistribuer inconditionnellement, à chacun (un revenu de base venant des surplus fiscaux qui n’existerait pas sans économie numérique), pour pouvoir consommer des biens culturels numérique tout le temps libéré par le non-emploi. Pour résumer, la société postindustrielle paye des gens à consommer de la culture, laisse les créateurs vendre leurs œuvres sur le Net et maintient des robots pour produire le nécessaire vital.

Contrairement à l’économie collaborative qui prétend être écologique alors qu’elle n’est tout au plus que « optimale », donc plus encore économique (…la décroissance irait même dans le sens d’une certaine restriction des moyens écologiques !), l’économie numérique par le Partage Marchand produit une nouvelle croissance, de nouveaux emplois et occupations, sans puiser sur notre mère Nature, donc se donne tous les moyens de réussir une écologie.

LF

Pourquoi Bitcoin va s’effondrer !

Complété le 25 Juillet 2014

Pour comprendre pourquoi la crypto-monnaie Bitcoin s’effondra et ne vaudra plus rien, moins de $0.01, il est nécessaire de se pencher sur la fonction principale d’une monnaie, à savoir : permettre et faciliter les échanges commerciaux de produits et services entre personnes.

Par Inconnu [Public domain], via Wikimedia Commons

Il y a deux types de monnaies, la monnaie valeur et la monnaie dette. Nous verrons qu’il en est de même avec les crypto-monnaies. Depuis l’antiquité, c’est la monnaie valeur qui s’est d’abord imposée. En effet, pour accepter de remplacer le troc par des objets ou des matériaux sécables, transportables, il était nécessaire que la monnaie ait une valeur équivalente au produit échangé. Ainsi, on a utilisé des métaux précieux, qui avait un rapport valeur/volume très grand. Plusieurs monnaies valeurs pouvaient exister au même endroit, de l’Or, de l’argent, des alliages sans poser de soucis particulier. L’échange était possible même s’il n’y avait pas de confiance entre l’acheteur et le vendeur. La normalité est même que la méfiance est de mise face à l’étranger. Mais chacun trouvait son avantage dans l’échange (gagnant-gagnant) car on connaissait la valeur des pièces de monnaie et il serait toujours possible de racheter un bien équivalent contre cette quantité de métal précieux le cas échéant.

Une monnaie valeur est basée sur un produit rare et cette rareté lui donne une valeur qui peut être différente de celle communément admise et affichée pour les échanges. En particulier, selon les quantités de métaux précieux extraits des mines, la valeur de cette monnaie peut changer, sans obligatoirement correspondre à sa valeur faciale. La création monétaire est par conséquent contrôlée par les organisations et les personnes qui réalisent ce minage, pas forcement les instances gouvernementales d’un pays démocratique. La quantité limitée de monnaie freine sensiblement les échanges commerciaux et donc l’activité économique génératrice de croissance. Le seul avantage de ces monnaies est de ne nécessiter aucune autorité régulatrice centrale…tiens tiens !… on voit que Bitcoin n’est pas précurseur en la matière !

Un autre problème important de la monnaie valeur est que les créateurs et les possesseurs d’argent ne sont pas forcement les mêmes qui veulent ou qui peuvent investir dans des ressources industrielles pour créer de la richesse. C’est cette mauvaise répartition qui justifie que l’argent ait un loyer, « l’intérêt ». Une entreprise qui dispose d’une trésorerie suffisante pour investir ne se prête pas de l’argent à elle même avec intérêt !

La valeur intrinsèque de cette monnaie valeur lui attribue une rareté qui donne caution aux rentiers de se faire payer pour des apports de capitaux d’une part, et qui incite certains à thésauriser, donc à sortir du circuit des quantités de monnaie… alors que la fonction principale d’une monnaie est clairement l’inverse, de fluidifier les échanges. A la limite, on pourrait dire qu’il n’y a pas de monnaie au sens moderne du terme, juste des objets intermédiaires facilitant le troc.

La solution a tous ces inconvénients majeurs des monnaies valeur passe par l’introduction d’une monnaie dette. Une telle monnaie n’a aucune valeur contrairement à la précédente. Elle est basée sur une simple écriture, une reconnaissance de dette qui est enregistrée dans un grand livre de compte. Une ligne est du type:

« Mr X doit à Mme Y, Z unités de monnaie pour l’échange du bien B, à la date D »

Il est très facile de calculer le solde de tout les participants en consultant ce livre, et de vérifier que la somme reste nulle (tâche passionnante de la comptabilité !). Une monnaie dette impose cependant de fixer des limites à l’endettement car sinon, tout le monde jouerait à la cigale ! Il faut donc une autorité, de préférence légitimement acceptée de tous, organisation qui tienne les comptes à jour, enregistre les transactions, mais aussi qui donne les règles de limite d’endettement. Au sein d’un village, on peut envisager qu’un scribe puisse avoir tenu ce rôle et convoquait régulièrement les dirigeants du village pour traiter le cas des plus endettés. En France, le taux d’endettement maximum de 1/3 du patrimoine pour les particuliers est un exemple d’une telle règle.  Ce simple exemple à petite échelle montre que tout humain à droit de la part de la société qui l’héberge, à un certain montant d’endettement, inconditionnel, seulement par le fait qu’il existe, qu’il a besoin de ressources pour vivre, pour consommer et enclencher la machine économique, pour remplacer l’effet du minage des monnaies valeur. Cela n’a rien avoir avec un salaire qui récompenserait un effort de travail. Cela devrait être un dû démocratique et un nécessité économique.

L’abandon du minage d’une monnaie valeur doit être remplacé par un dividende inconditionnel d’une monnaie dette.

Mais si le système verse un montant égal et régulier à chaque citoyen comme dette, premièrement, il n’est pas légitime de demander une quelconque taxe sur cette dette; un intérêt, à moins d’en faire une source de revenu pour l’État. Deuxièmement, il est illégitime de devoir hypothéquer des biens pour avoir accès à cette dette puisque tout le monde la perçoit. Au passage, on remarque que le système bancaire actuel, utilisant les réserves fractionnaires est bien de l’argent dette, mais avec création monétaire consenties par des organismes privés, appelés banques, principalement aux entreprises, selon des critères discutables, plutôt que d’être réparti dans la population.

Notez que je n’exige pas que ce montant soit suffisant pour vivre, contrairement au Revenu de Base, dont le discours n’est pas clair en mélangeant fiscalité et création monétaire.

Dans l’Histoire, Les artisans se sont regroupés pour bénéficier des progrès de l’automatisation/robotisation d’une part et des effets d’échelle d’autre part, afin de baisser les coûts marginaux et ainsi augmenter leur marge. Les fusions d’entreprises n’ont de limite que la situation de monopole contrôlé par l’État. Le besoin énorme en capitaux pour ces « personnes morales » devenues multinationales à permis l’essor du capitalisme. Dans cette logique, il était plus simple techniquement et plus optimal économiquement que le financement aille aux entreprises (économie de l’offre), et donc que les salaires/revenus des personnes ne soient qu’une conséquence de ce flux monétaire.

Pourtant, avec ce type de monnaie, les dettes sont légitimement destinées aux personnes car liée  à leur existence, mais il était jusqu’à très récemment impossible de respecter ce principe. Normalement, le système bancaire à deux étages; banques-centrales/banques-privées doit affecter les dettes aux organisations pour favoriser l’économie réelle qui améliore la vie des populations, mais premièrement, il se laisse berné par des spéculateurs déguisés en investisseurs et deuxièmement, il ne se gène pas pour prendre une part du gâteaux, alors même que son rôle n’est que support administratif de la monnaie. L’Informatisation aidant, ce support ne coûte presque plus rien ! On a même parlé d’Industrie financière, de produits financiers et la City est basée sur l’idée fausse que la complexification de la gestion de la monnaie, au point d’inventer des produits dérivés qui font perdre toute trace du risque, était créatrice de richesse. C’est l’inverse, elle consomme sur le dos de l’économie réelle et comme elle au plus pré de la source de création monétaire, elle se sert allègrement. (comparez par exemple le salaire d’un informaticien prévisionniste à la Météo et celui d’un autre informaticien à la City, alors qu’il font le même travail !)

Or une monnaie dette est entièrement basée sur la confiance dans l’autorité bancaire et comme cette confiance n’est jamais acquise totalement, il est normal que subsiste des résidus de monnaies valeurs, basée elle sur la méfiance.

Historiquement, le passage d’une monnaie valeur à une monnaie dette utilise une étape intermédiaire, où on remplace les métaux précieux par des billets de banques dont la valeur faciale reflète exactement le montant exigible en métal précieux, mais se trouve être plus pratique à transporter et à s’échanger. Quand la population est habituée à l’usage des billets et si l’autorité sait punir durement les faussaires pour gagner la confiance dans cette substitution, alors on passe à une monnaie dette simplement en déclarant du jour au lendemain l’abandon de l’équivalence or, et la banque centrale peut librement faire tourner sa planche à billet pour octroyer des prêts aux banques privées qui créent à leur tour des prêts à qui le demande. S’il n’y a pas soulèvement de la population, cela veut dire que la pilule a été avalée et que la société fonctionne maintenant sur une monnaie dette, imposant une grande confiance dans son système bancaire.

Avec l’arrivée d’Internet, des résultats de recherche en cryptographie et l’utilisation d’ architectures distribuées en pair à pair, il est techniquement possible de simuler la fonction monnaie dette à moindre coût, avec une plus grande transparence, une plus grande sécurité, une plus grande impunité face à la fraude et surtout une plus grande équité. Ce qui n’était pas techniquement possible; distribuer de la dette à chaque citoyen, sans contrepartie, le devient avec Internet…et l’application qui va bien !

Pourquoi le système bancaire ne fait pas le pas ?

Je n’ai pas la prétention d’avoir la réponse exacte, mais je pense que c’est par conservatisme et incompétence en cryptographie. Reconnaitre ce passage justifierait de licencier 90% des emplois liés aux banques et de revoir très largement à la baisse les salaires des banquiers. On comprend que ceux ci préfèrent en rester à de méthodes anciennes (réseau privé, transactions non signées électroniquement, processus manuels, réserves fractionnaires) pour justifier leurs commissions. Ils sont soutenus par les dirigeants d’entreprise qui préfèrent recevoir des crédits des banques plutôt que des personnes.

Curieusement, on pourrait croire que face à cette situation, des citoyens volontaires, experts en Informatique, cryptographie, réseaux, s’associent pour créer une crypto-monnaie dette sans l’aide des banques classiques. Or une telle monnaie dette a toujours besoin d’une autorité pour fixer les limites de l’endettement, mais aussi pour assurer l’unicité des comptes qui pourraient recevoir un dividende universel par création monétaire (Il faut éviter qu’un même individu puisse recevoir deux fois un dividende !). Ce problème difficile est actuellement à l’étude pour une mise en œuvre limitée à la France, en utilisant le numéro de sécurité sociale anonymisé. Cela eut été trop complexe de viser une portée à l’Europe entière ou au monde entier. Voir le projet Eurofranc 2015 présenté par ailleurs. Notez qu’une fois les règles d’endettement acceptée, cette autorité n’a qu’un pouvoir exécutif, aidé de preuves mathématiques difficilement contestables. Elle n’a pas à arbitrer comme actuellement; je donne X à l’entreprise A et Y>X à l’entreprise B selon mes critères totalement subjectifs et mon intérêt commercial dans l’affaire.

Comme une monnaie valeur n’a pas besoin d’autorité, il a semblé plus facile aux informaticiens que les premières crypto-monnaies, et Bitcoin depuis 2009, visent le modèle de la monnaie valeur plutôt que celui de la monnaie dette. On a pu penser que l’Histoire de répétant, il y aurait une acceptation d’abord de crypto-monnaies valeur pour ensuite passer à une crypto-monnaie dette quand la confiance serait acquise.

Ainsi, Bitcoin et consœurs parlent de « minage » pour rappeler le processus de création monétaire par les métaux précieux et rendent ce minage de plus en plus difficile au point de limiter par l’algorithme du protocole lui même, le montant maximum de masse monétaire qu’il est possible de créer. En imposant par construction une telle rareté, similaire à celle imposée par dame Nature sur l’Or, Bitcoin espère donner une valeur intrinsèque à ses unités cryptographiques.

Cette répétition de l’Histoire est biaisée pour deux raisons :

  • dans le monde physique, avant l’arrivée d’internet, il était techniquement impossible de passer directement à une monnaie dette. Dans l’exemple du village, les problèmes seraient apparus pour commercer avec un village voisin, des étrangers, alors même que le commerce est basé sur l’échange justement avec l’étranger. Il fallait passer par un système de méfiance pour ensuite imposer une monnaie dette dans un contexte de préférence démocratique. Donc la transition était imposée par la Nature et le niveau technologique de l’époque, par l’absence de grand livre globalement disponible. Or Internet peut jouer exactement ce rôle de grand livre de compte, et donc il serait possible de passer directement à une crypto-monnaie dette. Rien ne nous impose en effet, à part certains intérêts privés d’une minorité de passer par une crypto-monnaie valeur.
  • Une crypto-monnaie valeur est une imposture par construction. Si le vrai minage demande des efforts humains, même relayé par des machines, il est éthiquement toléré que les mineurs gagnent cette nouvelle monnaie pour au moins récompenser leur travail…ils gagnent des métaux précieux et non de la monnaie. Mais dans le cas d’un « crypto-minage », c’est à dire un calcul en force brut sur un problème mathématique sans aucun intérêt, c’est la machine qui travaille et elle seule. Comment peut-on éthiquement justifier que son propriétaire puisse recevoir un revenu alors qu’il n’est pas le concepteur du programme, juste celui qui lance l’exécution du calcul qui n’a aucune utilité scientifique, ni technique, ni économique ? Le fait que ce calcul dépense de l’énergie électrique n’est pas une raison valable. Si je laisse mon robinet ouvert toute l’année dans mon jardin, je ne vais pas aller réclamer à la mairie de me verser de d’argent alors même qu’utiliser l’eau avec parcimonie ne m’exempte pas d’une facture.

Mais le plus cocasse est à suivre !

Pour des simples besoins pédagogiques et pour mieux faire comprendre les mécanismes entourant Bitcoin, j’ai créé une nouvelle crypto-monnaie, le πcoin (Je mettrai prochainement tout le code sur GitHub, mais c’est un peu le rush en ce moment !). L’idée est que chacun puisse se créer une ou plusieurs jeux de clés asymétriques de type ECDSA. [ La courbe elliptique utilisée est légèrement plus sécurisée que celle de Bitcoin, mais pour simplifier, disons que c’est de la même famille. ]. L’idée de πcoin est que chaque nouvel adhérant reçoive 1 πcoin correspondant à une nouvelle décimale du nombre π, selon l’ordre d’enregistrement dans la chaîne. Ainsi, on peut dire qu’avoir un πcoin, c’est être propriétaire d’une certaine approximation de π; 3,14159… La preuve de propriété est fournie par une signature cryptographique avec pour message la date et la valeur approchée de π. En tant que premier contributeur, je possède donc le nombre « 3 », le prochain le nombre « 31 », le suivant « 314 » et ainsi de suite. Vous pouvez y aller, il ne faut pas une grosse capacité CPU pour fournir quelques milliards de décimales de π.

Il est tout a fait possible de faire des transactions en πcoin, exactement comme en Bitcoin. Une transaction n’est autre qu’un chèque électronique. Le message signé est toujours du type :

« X doit à Y, Z unités de monnaie pour l’échange du bien B, à la date D ».

Impossible de toucher au contenu du message sans invalider la signature, vérifiable par quiconque et par définition, seul le possesseur de la clé privée peut signer, donc dépenser ses « coins » (la transaction est refusée si par exemple le solde est nul).

On pourrait arguer que forcer à trouver de nouvelle décimales de π aide les maths et certains s’empresseraient de déclarer que c’est négociable sur un marché ! C’est oublier que les résultats de la recherche scientifique appartiennent à tous et personne ne peut les vendre. Pour les mêmes raisons, les logiciels, des sortes de « maths en boite », ne sont pas brevetables en Europe. Certes, la vision anglo-saxonne fait que tout et n’importe quoi est vendable du moment qu’un marché se crée et que des clients sont disposés à l’acheter. Mais même dans ce cas il y a un problème de titre de propriété et de légitimité du marché. Personne ne possède un nombre entier, et même s’il trouve un acheteur, il n’a pas le droit de le vendre. Or une signature électronique n’est juste qu’un nombre entier, très long, mais seulement un entier, sans aucune singularité mathématique qui pourrait lui donner une valeur comme une constance physique,…comme π !

La rareté n’est pas non plus un argument; une approximation de π à n décimales a beau être unique et de même qu’une signature de cette approximation par une personne P à une date D, cela ne crée en aucun cas une valeur marchandable à un nombre entier. Un Bitcoin n’a aucune valeur !

Voici mon πcoin; preuve qu’il m’appartient; mais pourquoi pourrais-je vendre ce nombre ?


10788102226463536530685326287777441453842254268672379569191137653576791190544092338463734
65730758576999347799008538802607046093430967135967825223193048935644145820819409067404403
15886236712752746538806571472631382165785485157530403609089619505566369832292922012807788
54710013632682243924340826390401107048032828180009441775330831233023130505771187123143235
95429808428016647558497845464150587266484914670760779051921170801600931775413951658915143
08998076735834036511066142231835715721998596372659860519459251346204604571112410213300809
73308105814916362214373371663680686817644391226339195138708955264169779689322434488523866
26810833221770483835621212880135701142800099112970441003902669845533189596914666777903292
56728719661869109526064588727408582904172519913874712647238420807647731824197051856271711
69773332780338789540425395375109656419766704215953656920428346673895704268160913343754697
348460779525082553972891697617195494949004939675704363229585821708089879

Donc une transaction d’un compte sur un autre en bitcoins ou en πcoins est en soit une opération mathématique des plus banales. Elle devient franchement illégale dès l’instant que cette transaction est compensée par un versement en sens contraire d’une vrai monnaie ou d’un produit ayant un réelle valeur. Parce que j’ai signé le premier le nombre « 3.1 », pourquoi pourrais-je l’échanger contre une pizza ou contre $5 ? On voit qu’il y a vol manifeste d’un bien commun, issus des éléments de l’arithmétique et donc que ce marché est illégal.

Ce qui est le plus contradictoire est que les partisans du logiciel Open-Source soient les premiers à s’opposer à la vente directe de logiciel modifiant un logiciel libre (voir licence GPL par exemple), alors que parfois, un travail de conception justifierait un revenu, et qu’ils laissent librement vendre des nombres entiers, produit de l’exécution simple d’un logiciel de minage Bitcoin à la seule raison que le code source du client Bitcoin est ouvert !

C’est comme si une association de défense du littoral obtenait par expropriation le passage par un chemin public en bord de mer et quand même temps, elle autorise chaque propriétaire à installer un péage pour faire payer au passant le droit de voir le beau paysage !

Mais alors, si un bitcoin n’est qu’un nombre entier sans valeur marchande ou si une crypto-monnaie valeur est obligatoirement un vol d’un bien commun mathématique, pourquoi autorise t-on ces échanges contre de la vrai monnaie ou des vrais produits ?

La réponse est que cet échange peut être assimilé à un jeu d’argent, comme le Loto, les machines à sous,…Une société ne peut interdire complètement les jeux d’argent, et cela devient de plus en plus difficile à contrôler avec Internet. Mais d’un autre coté, les jeux d’argent ont toutes les caractéristiques des stupéfiants, avec des risques d’addiction, de détérioration de la santé physique et mentale et c’est donc à ce titre que les instances dirigeantes peuvent et doivent réguler ce type de jeu.

Dans le cas de Bitcoin, le jeu est une pyramide de Ponzi. Les premiers sont toujours gagnants et les nouveaux arrivants essaient de convaincre de nouvelles personnes qu’ils seront encore gagnants jusqu’à ce que la pyramide s’effondre et qu’une très grande majorité payent pour quelques rusés qui ont lancé le jeu. On est proche du principe du Loto car le hasard spatial est remplacé par un hasard temporel. Or pour remplir la fonction d’échange commercial demandé à une monnaie, il n’est nullement besoin de passer par un jeu de hasard et au passage de laisser une commission à l’organisateur du jeu.

Donc Bitcoin n’est pas une crypto-monnaie valeur comme elle voudrait le faire croire, ou si on admet qu’elle l’est, toute crypto-monnaie valeur ne peut pas remplir légitimement une fonction de monnaie. Tout marché en crypto-monnaie valeur est un vol de bien public.

Par contre, une crypto-monnaie dette est tout à fait possible. Ce n’est assurément pas Bitcoin !

Une bonne part de la valeur actuelle de Bitcoin (~$600) est due à l’ignorance des curieux et au fait que les acheteurs (les mineurs individuels n’existent plus à ce jour!) croient participer à une révolution technologique (voir le message commercial de Paymium qui assimile abusivement Bitcoin à « money over IP« ), alors même que qu’ils contribuent à une immense machine à sous. Une minorité sait très bien que c’est un Ponzi et en tant que spéculateurs avisés, attendent le bon moment pour se retirer avant la catastrophe…c’est le jeu !

Obliger à passer par un jeu pour acheter son pain ou « oublier » d’informer le client que c’est un jeu devrait être un délit.

Enfin, l’argument des autorités de régulation de dire que personne n’est contraint d’acheter en Bitcoin est fallacieux car à ce jour, c’est pratiquement la seule crypto-monnaie vraiment utilisable, donc offrant le confort et sécurité du numérique. Il y a donc une absence totale de réponse et d’offre pratique, gratuite, à un besoin légitime citoyen, par une institution qui est censée avoir le monopole de création monétaire !

Finalement, que le Bitcoin s’effondre n’est en soit pas important. D’autres Ponzi se créeront et s’effondreront ensuite, tant que le peuple éprouve le besoin de jouer avec son argent. Il est néanmoins du devoir des autorités de faire reconnaître et d’informer les citoyens que c’est un jeu d’argent de type Ponzi d’une part, donc que les joueurs peuvent tous perdre sans assurance de remboursement, et de taxer les revenus au même titre que les revenus des Casinos.

Il est en revanche plus important que les autorités financières se bougent pour créer ou pour participer à la création d’une crypto-monnaie dette avec création monétaire démocratique (équitablement répartie entre les citoyens). L’attentisme par exemple du gouvernement Français, voir la note récente de Michel Sapin sur Bitcoin; « on n’est pas contre, mais on aimerait réguler » montre que le système bancaire cherche à gagner du temps pour continuer à se nourrir sur la bête (l’économie réelle) et il ne faudrait pas trop critiquer Bitcoin, qui doit rester un « os à ronger » pour les détracteurs des institutions centralisées fut-elles démocratiques. Bitcoin reste un alibi pour ne pas évoluer comme Internet pourrait l’autoriser dans le domaine monétaire.

La bataille continue pour une véritable crypto-monnaie dette citoyenne. J’expliquerai prochainement dans un livre prévu à l’automne, les tenants et aboutissants de cette aventure qui ne fait que commencer.

L.F.