Un milliard d’euros par mois de retard !

J’ai reçu hier soir un retour fort intéressant sur la monnaie ⊔:

http://www.clubdesgrincheux.fr/la-monnaie-cup-monnaie-de-singe-ou-vraie-bonne-idee/

…car Antony a une culture plutôt littéraire et pointe les détails que j’avais mal ou peu expliqués, donc c’est l’occasion de revoir cela.

J’ai d’abord remarqué une incompréhension majeure du modèle sur un point fondamental : Contrairement à l’interprétation qu’en fait Antony, toutes les valeurs sont continues, que ce soit sur le prix, le revenu ou le remboursement, tout varie très doucement, sans à-coups. Le passage dans le domaine public n’est pas un seuil. Avec une précision de 2 chiffres, on passe d’un prix de 1 centime de ⊔ à zéro. Ce n’est pas du crowdfunding! Il n’y a aucune condition à passer dans le domaine public pour toucher un remboursement. Le prix payé par chaque nouvel acheteur est réparti entre le vendeur et l’ensemble des précédents acheteurs, sous la forme d’un micro remboursement, automatique, de telle façon que chacun ait payé le même montant. C’est donc très égalitaire entre consommateurs.

Maintenant, Antony avance que l’auteur (les auteurs dans le cas d’une œuvre collective) serait exclu du cercle ou que les acheteurs auraient sur lui une position dominante.

Il faut se rappeler le contexte actuel avec les deux systèmes dictatoriaux suivants:

  • D’un coté le piratage des œuvres fourni un accès gratuit à la culture numérique pour le peuple, mais exclu de fait l’auteur, qui ne touche aucun revenu direct. Parler de « partage » est abusif car c’est un partage entre i-voleurs. C’est la dictature de la gratuité, avec d’énormes ravages si elle venait à être légalisée. Quant à une éventuelle compensation par une Contribution Créative, ce serait une dictature d’une administration centralisée.
  • De l’autre, un système de vente classique, au prix fort, avec de nombreux intermédiaires prenant tous leur propre commission, une sortie dans le domaine publique au moins 70 ans après la mort de l’auteur. Ce système entretient un « star système » et l’illusion de faire fortune tout en paupérisant la majorité des artistes. Les revenus sont proportionnels au nombres d’acheteurs et la variabilité est un argument pour justifier l’existence de l’industrie culturelle, composée d’investisseurs, qui ne sont pas parti prenante dans le création artistique. C’est une dictature des intermédiaires.

Dans un cas comme dans l’autre, les auteurs sont malmenés, donc il n’est pas très difficile de prouver que notre système est meilleur pour satisfaire des principes démocratiques, mais est-il optimal ?

Antony semble regretter qu’il ne persiste pas un système de revenu de l’auteur plus ou moins proportionnel à la popularité de l’œuvre, comme si l’éventualité d’un revenu infini (très très élevé) était partie intégrante de la création numérique. C’est à mon sens équivalent au raisonnement d’ultra-libéraux pour supprimer l’impôt, pensant que le marché est le seul régulateur pour récompenser le mérite des travailleurs. Reprenons à zéro, un artiste passe un certain temps à produire une œuvre immatérielle. Il peut raisonnablement calculer son revenu minimal, lui permettant de toucher de 1000 à 3000€/mois, en intégrant les périodes de non production. S’il fixe par exemple à 10 fois ce prix comme revenu escompté, il a de très forte chance de toucher un revenu pour sur-vivre et si sa popularité devient inespérée, il touchera 10 fois plus….à plus de 10.000€/mois, je ne vois pas de quoi se plaindre. Effectivement, il s’est fixé librement un plafond, mais son revenu est quand même dépendant de sa popularité; si sa production n’est vraiment pas de bonne qualité, il de fortes chance de ne pas avoir assez pour en vivre.

De plus, avec le numérique, comme le public est bien plus large, potentiellement la Terre entière, si le revenu reste proportionnel au nombre d’acheteur, il y a un risque fort de revenu indécemment élevé pour les œuvres les plus populaires. Les intermédiaires classiques jouaient le rôle de résistance, pour absorber les surplus, mais si l’auteur est directement en contact avec les acheteurs par le Net, il y a un risque de divergence, exactement comme un circuit RLC sans résistance (voir notions d’électricité, d’hydraulique ou de mécanique sur les systèmes oscillants!).

On voit donc que tout est affaire de modération, de compromis. Il faut bannir les mirages du star système; une star touche des millions à ne plus savoir qu’en faire pour maintenir l’espoir à des milliers d’artistes précarisés, et surtout convaincre tout le monde qu’il ne puisse pas exister d’autre système. Les sociétés démocratiques ont inventé une forme de solidarité entre citoyens au travers de l’impôt progressif, mais on peut aussi envisager une forme de solidarité entre un vendeur (le créateur) et des acheteurs (les consommateurs) par la concession de ne jamais gagner plus que le revenu maximal escompté. La transparence est fondamentale dans cette affaire, car pour un bien immatériel, le prix que je consens à payer est fonction du revenu touché par l’artiste; voir par exemple le réflexe de ne pas pirater un jeune artiste prometteur et inversement d’i-voler une star arrogante et gavée. Il n’est pas étonnant que des systèmes de crowdfunding se développent en réaction, pour demander plus de transparence sur les revenus, mais alors que le crowdfunding est basé sur le don, donc obligatoirement minoritaire (voir les études économiques sur ce sujet), notre système n’est pas un système de don. C’est bien l’auteur qui fixe les prix des œuvres, libérant l’acheteur d’une dette morale et aussi résolvant la problématique d’équité des dons.

Pourquoi limiter le revenu maximal escompté ? Parce que mathématiquement, cette contrainte permet de satisfaire la règle que le prix décroit constamment, doucement vers zéro. et donc qu’il y a une sortie naturelle dans le domaine public. C’est équivalent à dire que le public, le peuple, s’est offert telle œuvre.

Je voudrais bien dire que c’est uniquement le public qui devrait fixer le montant du revenu de chaque artiste, mais concrètement, comment fait-on cela démocratiquement ? Il me semble que ma proposition est équilibrée dans le sens que l’artiste donne une proposition de revenu maximale et que le public y répond en aimant ou pas l’œuvre. Oui, un artiste ne doit pas se sous-évaluer puis le regretter dans quelques années, mais avec notre système, il persiste une forme d’équilibre de l’offre et de la demande; si l’auteur est trop gourmand, il risque de ne pas bien vendre ses productions. Rendez-vous compte que certains artistes en sont actuellement à se persuader qu’il faut mettre leur œuvres gratuitement sur l’Internet, car c’est ainsi, c’est l’avenir, cela les fera connaitre et avec un peu de chance, on leur donnera une pièce dans quelques années ! Quelle honte pour la société d’en être arrivée là à l’ère du numérique!

On oublie souvent de voir que le numérique (Internet) apporte à l’Art ce que ce dernier à toujours rêvé; la capacité de toucher tous les Terriens, sans frais additionnel (cout marginal nul). Enfin l’Art peut se détacher du Luxe, du snobisme des soit disant « amateurs ». Faudrait-il que ce formidable progrès s’accompagne d’une régression sur la rémunération, à savoir une généralisation au numérique de « la manche », sous prétexte que c’est le sort des artistes depuis toujours. La garantie de l’indépendance, de la libre expression des artistes passe par l’éviction des intermédiaires, parasites du XX siècle, de l’ère prè-numérique, mais en aucun cas elle passe par la paupérisation des artistes. Ouvrons des salles de torture si la qualité de œuvres est fonction de la souffrance et du malheur des créateurs! Comprenez bien le décalage entre une situation actuelle abjecte sur le plan démocratique et une proposition qui peut avoir quelques défauts ou contraintes comme celle de demander à l’auteur de prévoir un revenu maximal, mais qui reste beaucoup, beaucoup plus démocratique que la dictature de la gratuité ou la dictature des intermédiaires. Nous somme surement aveuglés par des pratiques millénaires alors que le Net n’a que quelques années d’existence.

Un système qui permet aux artistes de vivre de leur art, sans pour autant gaver une minorité, système équitable dans la répartition décidée uniquement par le peuple, ce système devrait non seulement rendre plus heureux les artistes eux même, mais susciter une plus grande quantité et une plus grande qualité des productions, pouvant absorber de plus en plus de richesse donc créer in extenso de nouveaux marchés. Ces artistes ainsi professionnalisés libèrent des « métiers à la con » pour des gens moins doués et soulagent l’inexorable rareté des « jobs », dans une société de plus en plus rentable à produire automatiquement des biens matériels à très grande échelle.

J’estime à un milliard d’euro par mois, la richesse produite supplémentaire, certains parlerait de croissance, par la simple adoption de la monnaie ⊔ et du système associé sur l’Internet. Je me trompe peut être, et 10 Md€ serait surement plus juste. Malheureusement, il est difficile de faire une modélisation précise, tant l’adoption à un caractère viral dont la vitesse de propagation n’est pas connue.

Je concède que mon système enlève dans l’esprit des artistes une part de rêve et d’espoir sur le plan pécunier, mais je croyais que justement les artistes avaient la hauteur d’esprit de se libérer de l’attrait de l’argent pour l’argent. Pourquoi joueraient-ils au loto avec leur métier ? Inversement, ils pourront être adulé par leur public non pas pour leur portefeuille mais pour leur talent, n’est pas pas la plus belle reconnaissance ?

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